Rwanda: Le calvaire des enfants de prisonnières

25 mars 2007

Actualités

Au Rwanda, les petits dont les mères sont emprisonnées connaissent une petite enfance difficile en détention. À trois ans, ils sont confiés à des orphelinats ou à des parents qui leur font parfois payer les fautes commises par leurs mères…

 

Dans la cour de la Prison centrale de Kigali, la capitale rwandaise, une trentaine de gamins de détenues entourent une prisonnière qui est aussi leur maîtresse. Comme dans une crèche classique, ils chantent et dansent. Invité à dire quelques mots au journaliste qui leur rend visite, l’aîné du groupe, âgé de 4 ans, se porte volontaire et récite une prière. «Seigneur Dieu, aidez-nous à regagner la maison ; que maman rentre, que notre maîtresse rentre et que ce monsieur rentre également. Amen !»

L’agent social, une femme, explique au garçon que le monsieur n’est pas incarcéré. Pour elle, cette prière illustre bien le traumatisme que subissent ces tout-petits ici. Certains arrivent avec leurs mamans lorsqu’elles sont arrêtées. D’autres naissent en détention. Bon nombre de mères les gardent avec elles jusqu’à leur sevrage. D’autres familles, plus riches, s’organisent pour qu’ils puissent rester à la maison.

Pétronille Mukafurere, une prisonnière, témoigne qu’en détention un repas particulier n’est garanti aux petits que le soir. Elle raconte que chaque vendredi, un œuf est donné à chaque enfant qui n’a pas eu de viande. «Nous laissons les bienfaiteurs s’occuper d’eux, car nous n’avons pas de budget pour cela», répond Steven Balinda, directeur du Service national des prisons, avant de préciser qu’en prison, on cultive des légumes et on élève des vaches et des poules pour diversifier l’alimentation.

D’après le personnel, la santé des enfants serait ici suivie de près. Ils sont vaccinés et convenablement soignés. «Les districts règlent les frais de mutuelle pour les enfants et leurs mamans. Ils ne s’épanouissent cependant pas aisément ici tant physiquement que psychologiquement», constate M. X., ancienne détenue libérée il y a 4 mois.

De son côté, leur maîtresse regrette que les enfants apprennent, au contact de certaines prisonnières, de mauvaises façons de parler et de se comporter.

STIGMATISES DANS LEURS PROPRES FAMILLES

A 3 ans, une fois sevrés, ces enfants laissent leurs mamans en prison et, conformément à la loi, rentrent dans leurs mères où ils ne sont pas toujours les bienvenus. Mais certains restent plus longtemps avec leur mère faute d’un foyer pour les accueillir. «Dans certains cas, les informations sur la famille manquent ; dans d’autres, personne ne peut s’occuper d’eux. Quand nous rendons visite à ces enfants, certains nous disent être traités comme des domestiques», regrette Gloriose Mukanzayire, coordinatrice de l’association spécialisée Enfant chez soi.

Les pères, en particulier ceux qui se sont entre temps remariés, refusent parfois de les prendre en charge. Dans certaines familles, on fait même payer aux petits les erreurs de leurs mères. «Chaque fois que je commettais une faute, ma tante paternelle qui m’avait accueillie me menaçait de rejoindre ma mère en prison», raconte Rosine U., 11ans, qui a passé sa petite enfance en prison aux côtés de sa maman avant d’être hébergée par sa tante.

En l’absence de famille pour les accueillir, les enfants sont confiés à des orphelinats. Une situation traumatisante à la fois pour les petits et pour leurs mères : les mois passent sans qu’ils puissent se voir ou échanger des nouvelles. Les éducateurs de Mateke, qui vit dans un orphelinat, évoquent ses difficultés à s’intégrer aux autres pensionnaires.

Le nombre d’enfants de détenues augmente d’année en année. Ils étaient 107 en 2003. Quatre ans plus tard, ils sont 269. Une progression liée à celle du nombre croissant de femmes incarcérées (2 682 en 2003, 3 467 en 2007). «Dans la plupart des cas, les mamans sont poursuivies pour des crimes de droit commun. Mais, depuis que les juridictions Gacaca ont commencé, certaines sont incarcérées pour des crimes liés au génocide», révèle Steven Balinda.

La lenteur de la justice explique également ces chiffres. Les prisonnières sont en effet parfois obligées de passer près d’un an en détention avant l’ouverture de leur procès.

DIDIER SEMANYENZI  – Source Le Potentiel – date:2007-02-15 09:29:16

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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