SITUATION INQUIETANTE AU SUD-KIVU.-

25 mars 2007

Actualités

 

 ARCHIDIOCESE DE BUKAVU 

COMMISSION DIOCESAINE « JUSTICE ET PAIX » – Flash Spécial n° 8 du mois de mars 2007 

Rappelons-nous les faits. L’histoire ne se répète pas mais se ressemble dit-on ! Le mobile, si mobile il y avait, à l’origine des récentes guerres qu’a connue la RD. Congo depuis 1996 était, d’après leurs instigateurs : le renouvellement de la classe politique, le rassemblement du peuple autour d’un projet démocratique pour développer le pays, la mise en place des nouvelles institutions et la restauration de l’autorité politique sur toute l’étendue de la République. Mais à l’actif de toutes ces guerres, plus de 4 millions des morts alors que la population de bon nombre d’Etats africains comme le Botswana, la RCA , le Cap vert, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Congo Brazza, la Guinée Bissau , le Lesotho, le Swaziland, les Seychelles, la Mauritanie , le Comores, la Gambie , etc. n’atteint pas ce nombre. Au delà de ces 4 millions des congolais tués innocemment, soulignons en plus la destruction des infrastructures (marchés et autres édifices publics pillés, brûlés et saccagés), les viols massifs et propagation délibérée du VIH/SIDA et des plusieurs autres cas de violation massive du droit international humanitaire. La période dite de transition gérée par tous les anciens belligérants n’a pas pourtant permis d’endiguer l’insécurité dans la partie Est du pays envahie par des milices locales et étrangères. Les faits que nous allons relater dans ce flash tirent leur soubassement dans cette période triste de l’histoire de notre pays où complicité internationale, soif de sang, appétits gloutons et surtout trahison de nos compatriotes se sont diaboliquement exaltés. Et où sont les vainqueurs ? Qu’ont-ils qui ne périra pas avec l’ouragan de l’histoire ? Venons-en maintenant à la situation sécuritaire au Sud Kivu où des signes inquiétants sont observés depuis un certains temps. Nous en énumérerons quelques uns. Notre Parlement au niveau Provincial et National devrait tirer les conséquences de tous ces événements dans leur agir politique. Le vendredi, 02 mars 2007, la 10e région militaire mets la main sur 11 militaires et annonce que ces derniers avaient fui le centre de brassage de Luberizi. Parmi eux, il y avait des éléments qui avaient désertés il y a quelques mois les rangs des troupes du Général déchu Laurent Nkunda dans le Nord Kivu, selon le Bureau des renseignements militaires, avait rapporté radio Okapi. Parmi ces déserteurs, il y aurait un ougandais et deux rwandais, les autres s’étant déclaré être des congolais du territoire de Masisi au Nord-Kivu. D’après les mêmes sources, ces éléments ont reconnus avoir fuit le centre de brassage de Luberizi à cause des mauvaises conditions de vie dans ce centre, conditions qualifiées de normales par le commandant de la 10ème région militaire. Seulement, lorsque des civils sans aucune formation militaire y arrivent, ils trouvent les exercices difficiles a-t-il renchéri. Quant au sort de ces présumés déserteurs, le Commandant de la 10ème Région Militaire, le Général Sylvain Tshikwej, déterminé et bien motivé, a dit avoir reçu l’ordre de sa hiérarchie de garder les nationaux, puis de les renvoyer au brassage quand leur état de santé se sera rétabli. Pour ce qui concerne les trois étrangers, ils devraient être transférés à l’état-major général de FARDC à Kinshasa qui déciderait de leur sort. La question qu’il convient de se poser est celle de savoir comment des éléments étrangers ont –ils pu être pris pour des candidats au brassage et arriver même à s’évader dans une zone qui est toujours considérée comme sensible ? Après cet épisode, la hiérarchie militaire demande au Commandant de la 10ième Région militaire d’accueillir une délégation d’officiers en provenance du Nord Kivu ayant pour mission de l’aider à convaincre un groupe de militaires réfractaires au brassage et basé dans les hauts plateaux de Minembwe.

Première surprise : au lieu de six officiers annoncés et mentionnés sur l’ordre de mission, il se trouve en face d’un groupe de trente officiers et militaires confondus.

Deuxième surprise : Parmi ces officiers on retrouve ceux-là qui avaient endeuillé la ville de Bukavu pendant l’insurrection de Jules MUTEBUTSI appuyé par Laurent NKUNDA en mai-juin 2004 .Parmi ces éléments, on pouvait reconnaître entre autres : Le colonel Eric Ruhorimbere, homme de main du colonel insurgé Jules Mutebusi, des lieutenants- colonels Kibibi et Biyoyo, et du major Elias qui avaient tous fuis vers le Rwanda après avoir mis la ville de Bukavu à feu et à sang en mi-juin 2004. Informée de la présence dans ce groupe et surtout du lieutenant-colonel Biyoyo, la MONUC s’était dite indignée de voir circuler librement cet officier qui avait été condamné par le tribunal de garnison de Bukavu en mars 2006 pour, notamment, mouvement insurrectionnel et détention illégale d’enfants au Sud-Kivu, en avril 2004. Le même tribunal l’avait renvoyé des FARDC et avait prononcé une condamnation de 5 ans de prison pour recrutement forcé d’enfants. Comme si cela ne suffisait pas, le lieutenant Biyoyo s’est évadé de la prison de Bukavu en juin 2006 lors d’une évasion massive orchestré par les présumés assassins de l’activiste Pascal KABUNGULU! Et dire que la délégation était envoyée par les plus hautes autorités militaires pour soit disant aider la dixième Région Militaire à rétablir la paix. Le gouverneur de province intérimaire, au cours d’une conférence de presse a dit quant à lui que les autorités concernées avaient agi dans ce sens parce qu’il fallait « faire la paix avec tout le monde ». Flash se demande quelle paix on peut construire avec des gens repris des prisons alors qu’ils ont été régulièrement condamnés par leurs pairs.

Troisième surprise : Pendant ce même temps, on aurait observé la présence de certains éléments de l’aile politique du Mouvement insurrectionnel de Laurent Nkunda qui opère au Nord Kivu. Ces éléments ont circulé sporadiquement dans la ville bravant le signe de victoire dont ils sont seuls à connaître les vaincus si ce n’est la population sud kivutienne.

Quatrième surprise : Le lendemain, alors que le Comandant de la 10ième Région militaire venait d’annoncer le renvoi de ce groupe à Goma, neuf d’entre eux ont ainsi rejoint d’autres éléments dissidents réfractaires au brassage dans les hauts plateaux de Minembwe, a-t-on appris des sources proches de la commission défense et sécurité de l’Assemblée provinciale du Sud-Kivu. Ils auraient même voyagé, à bord d’un aéronef mis à leur disposition par l’état-major général des FARDC, selon la même source, rapportée par Radio Okapi !

Pendant ce même temps, par simple coïncidence ou simple hasard, dans plusieurs coins de la province, les actes de barbarie et de violations graves des droits de la personne sont perpétrés dont voici quelques illustrations malgré la présence de la MONUC : La Paroisse de BAGIRA, située dans l’une de 4 communes de la ville de Bukavu n’est pas épargnée. En effet, dans la nuit du 21 au 22 février 2007 entre minuit et une heure du matin, une bande de six hommes armés et en uniformes militaires et non autrement identifiés ont envahi la maison de Mr Claude KAFUNDWE, Cambiste de son état, récemment père de triplet et résidant sur avenue Bièga, quartier Lumumba. Les assaillants ont emporté plus de 450 dollars et 400.000 Fc et plusieurs biens domestiques. Ceci a provoqué une indignation de la population malgré par la présence de plusieurs camps militaires à Bagira et la présence de la Police qui n’interviennent pas souvent en cas des pillages et des tueries dans cette commune.

En date du 23 février 2007, des militaires qui seraient venus du Nord-Kivu et en déplacement vers le Sud-Kivu ont semé une panique générale sur l’axe nord de la province. La population riveraine de la grand route, surtout au niveau de Kabamba et Katana a été victime des tracasseries, tortures, viols, etc. Ces derniers ont forcé enseignants, élèves, parents et autres à transporter leurs effets alors que les camions et autres véhicules militaires offerts par la Belgique à notre armée servent au transport des marchandises des militaires et parfois des personnes dans les cortèges de mariage! Un phénomène similaire a été signalé dans l’axe Walungu où les militaires FARDC en partance pour le brassage ont systématiquement emporté les biens des paisibles citoyens, spécialement dans les localités de Nyamarhege et de Burhale. Tous ces faits qui requièrent une attention particulière de la part de nos autorités élues ne semblent pas les émouvoir outre mesure. Dans ces contrées et territoires, il ne passe plus une semaine, sans enregistrer l’enlèvement des femmes et des hommes par les Interahamwe.

Dans la nuit du 27 février au tour de minuit, dans le secteur de Nyamarhege en territoire de Walungu, un groupe d’hommes armés assimilés aux Interahamwe (rebelles rwandais) attaquent deux familles au sein desquelles il emporte dix personnes dont six femmes et quatre hommes dont le chef de secteur catholique du même nom. Une de ces personnes emportées trouvera la mort en cours de route dans des circonstances non encore élucidées. Le lendemain, un des otages est envoyé pour aller collecter une rançon de deux mille dollars américains pour la libération du groupe dans un délai de vingt quatre heures. N’ayant pas réuni le montant dans le délai lui imparti l’infortuné est rentré au lieu de détention pour que les bourreaux ne tuent pas les autres otages. Un camp militaire se trouve non loin du lieu où ces personnes ont été enlevées comme d’habitude !

Dans le secteur de LUDAHA en Territoire de KABARE, en date du 04 mars 2007 vers 3 heures du matin, Mme N. J., enceinte de 7 mois a été victime d’un viol et plusieurs biens ont été emportés par les hommes en uniformes non autrement identifiés. Plusieurs autres personnes ont subi le même sort dans ce secteur. Par ailleurs, pendant que les femmes de la ville de Bukavu commémoraient la journée internationale de la femme sous la danse et habillées en uniformes bien cousues selon des milliers des modèles différents, dans les paroisses de Burhinyi et Luhwinja, ce sont les tueries, les pillages et violences sexuelles qui continuent. Ici, les femmes ont défilé en portant un foulard noir, un habit noir et des souliers en plastiques noirs. Dans le foulard, elles avaient fixé des papiers sur lesquels on pouvait lire : « Nous voulons la paix et non la guerre. Nous refusons le viol et tout genre d’exploitation contre la femme dans tous les coins du monde ». Flash se demande si réellement les femmes de la ville ont été solidaires à celles de l’intérieur pendant cette journée. L’année prochaine, ne faudra-t-il pas descendre dans l’une de nos paroisses comme à Kaniola et fêter avec toutes ces femmes violées, persécutées en vue de leur consolation ? Flash exhorte les femmes à être soudées dans la charité et dans la prière comme nous recommande le Christ notre Sauveur pour mener à bien le combat de leur émancipation totale. Après quelques jours de répit et des lueurs d’espoir à la suite de certaines interventions de la MONUC , le groupement de Kaniola encore à chaud et à sang. En effet, pour la population de cette contrée de la République , alors que la fin de la récréation a été officiellement sonnée, la milice rwandaise communément appelée Interahamwe lance un défi aux nouvelles autorités élues en multipliant les attaques comme pour marquer leur présence et dire que la fin de ladite recréation ne les concerne en rien.

Dans la nuit du samedi 24 février 2007, à Kaniola II, au cours d’un raid, ces malfrats ont assassiné Mr MUSHISHA (un vieil homme d’environs 80 ans) et son épouse dont les cadavres ont été brûlés en même temps que leurs cases devant le regard impuissant des militaires FARDC qui étaient manifestement en petit nombre par rapport aux envahisseurs. Ces malfrats ont poursuivi leur promenade de pillage le 25 février et le 04 mars respectivement à Cihamba, Nabisahaka et Cindubi sans la moindre résistance. Le dimanche 11 mars, c’est le tour de la localité de Kalongo, dans le même groupement de Kaniola où un groupe de dix personnes dont la grande majorité est constituée d’élèves appartenant à une même famille est emporté vers la brousse. A cette occasion, Mme BASIMIKA M’NYARUGETA est assassinée à l’arme blanche. Dans ce village également, le nombre des militaires commis à la sécurité des habitants est de 3 unités malgré l’insécurité qui y prévaut à cause de sa situation à proximité de la forêt d’où viennent les assaillants! Sur le chemin de retour, les malfrats passent par le village de CISAZA où ils emportent en plus 11 personnes dont le Chef de localité et ses enfants. Ici, contrairement à l’habitude, seules les personnes pour la plupart des jeunes filles et des femmes intéressent et non les biens. Pour que toutes ces personnes soient libérées, ces ravisseurs exigent une rançon qui varie entre 200 et 300 dollars par personne selon qu’il s’agit d’une femme ou d’un homme ou de leur importance. Malheureusement, on ne voit pas le gouvernement s’émouvoir face à cette situation alors qu’il existe un ministère des affaires humanitaires et des affaires sociales pour qui cela ne semblent pas être une priorité.

Que faire ? -

Flash prie instamment les autorités politico-militaires de la Province d’être toujours à l’écoute des souffrances de la population. Car le droit à la vie et à la sécurité est un droit fondamental. L’encadrement et le paiement des salaires réguliers et décents de nos militaires peuvent être un moyen de les motiver et de leur enlever tout prétexte justifiant leur impuissance à protéger efficacement la population civile ou à vivre sous son dos. – Flash rappelle que tout le monde, y compris la population du Sud Kivu, a besoin de profiter des dividendes de la période de transition qui a abouti à l’organisation des élections dans notre pays. – A la population, Flash demande de continuer à soutenir les nouvelles autorités élues et à revendiquer ses droits dans la non violence active et de les tenir à l’œil.

 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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