JEUDI SAINT: UN GESTE, UN MANDATUM, UNE PURIFICATION

4 avril 2007

Billet du jour, Evangile

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IL  SE MIT A LAVER LES PIEDS DE SES DISCIPLES 

 

Devant l’image du lavement de pieds que Jésus de Nazareth  fait à ces douze apôtres ce jeudi saint, lors de la Sainte Cène,  des innombrables sentiments, avec des  réactions, remplissent notre cœur et nous obligent à des  véritables réflexions. Le lavement des pieds est un geste riche de symbolisme; geste difficile à comprendre, difficile à accepter et difficile à imiter.

 

Oui, il nous est difficile comprendre la profondeur de ce geste, comme il nous est difficile accepter toute la signification intime  que ce geste des évangiles  dénonce ouvertement. Si nous ne le comprenons pas, nous ne l’accepterons pas et si nous ne l’acceptons pas, nous ne l’imiterons pas, malgré la demande de Jésus. 

 

C’est l’évangéliste Jean, dans le chapitre 13 du 1er  au 15e  verset, qui  nous raconte  scrupuleusement  avec beaucoup de détails ce geste assez emblématique de Jésus de Nazareth, le Maître et Fils de Dieu.   

 

En tant qu’homme d’église ce geste m’interpelle en première personne. Au long de mes 35 années passées en terre congolaise, moi aussi dans mon église je répétais ce geste. Et chaque fois je sentais  en moi mes limites et mes incohérences, comme de quelqu’un qui pour saisissant l’appel de ce geste n’avait jamais pas eu  la force et le courage de rompre avec tous ces compromis qu’enveloppait  mon jeune église africaine.  

 

Ce geste interpelle aussi toute cette église que je sers depuis les années 1970: l’église de la RDCongo et qui s’apprête, encore une fois, à célébrer la Pâques et répéter ce geste du lavement des pieds, et refait le scenario d

   

Jésus se lève de table, quitte son vêtement et prend un linge qu’il se noue à la ceinture; puis, il verse de l’eau dans un bassin et commence à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture. 

 

Autant le lavement des pieds peut avoir un sens avant le repas, autant il est choquant au milieu d’un repas de fête. Jésus accomplit le geste de l’esclave. Il se dépouille lui-même de ses vêtements. Sur la croix, il sera dépouillé par d’autres. Comme un esclave, il se met aux pieds de ses disciples, se fait petit et vulnérable. Quand Dieu sert, quand il nous sert, quand il lave les pieds de sa créature, il révèle le fond de son cœur. 

 

Mon Eglise a besoin d’apprendre. Elle célèbre ses premiers 100 ans d’évangélisation. Elle est encore jeune. Elle a besoin  d’un renouveau profond qui  la projette vers le nouveau millénaire comme  une Eglise servante,  avec des clercs serviteurs, et une vie consacrée au service.

Tout cela parfois semble  être  que des mots ou  un simple soupir du cœur.  Mais  seront ces types de gestes qui créeront dans l’Eglises des nouvelles relations et de nouvelles stratégies pastorales.

 

Le pouvoir du service qui se met en genou devant son semblable pour lui demander pardon, pour l’aider à se soulever et se mettre debout et pour donner force et fraicheur à ces pieds fatigués.. Je vois alors les pieds des refugiés, des déplacés, des mamans, des enfants de la rue, des enfants sorciers, les pieds des écoliers… Tous ces milliers de pieds que chaque jour piétinent la terre et les route de la ville de Bukavu, avec le seul espoir du quotidien  survivre… Le Fils de Dieu lave les pieds souillés des humains.  Eh bien! moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert (Lc 22, 27).  

  

Je rêve d’une église qui avec courage et  force cherche de se déshabiller de tout  pouvoir  et qui prenne les habits de servante et d’esclave, une église  qui sache  franchir les barrières du tribalisme, du matérialisme, de l’apparence,   

 

Geste difficile à comprendre. Geste difficile à accepter. Geste difficile à imiter! 

Car c’est difficile le commandement de l’amour fraternel qui nous sera donné lors de cette dernière Cène et qui va sceller le scenario de ce jeudi saint. La cérémonie du lavement des pieds est appelée le « mandatum », le « commandement ». Il y a parallélisme parfait entre les deux phrases de Jésus: C’est un exemple que je vous ai donné: ce que j’ai fait pour vous, faites-le vous aussi. Vous devez vous aussi vous laver les pieds les uns aux autres (Jn 13, 14.15). Je vous donne un commandement nouveau: aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés(Jn, 13, 34). 

 

C’est un geste qui donne à l’autorité son rôle prophétique.   

C’est un geste qui est donc « mandatum » pour son église et pour les pasteurs de cette église. 

Il arrive ainsi devant Simon-Pierre. Et Pierre lui dit: « Toi, Seigneur, tu veux me laver les pieds! » Jésus lui déclara: « Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant; plus tard tu le comprendras. » Pierre lui dit: « Tu ne me laveras pas les pieds; non, jamais! » Jésus lui répondit:  « Si je ne te lave pas, tu n’auras point de part avec moi. » 

 Pierre juge selon les normes humaines et refuse d’accueillir ce geste d’abaissement qui va à l’encontre de l’image qu’il se fait de son Maître. Mais, il y a plus encore dans ce refus: il ne comprend pas le geste de Jésus, parce qu’il ne comprend pas la Passion, qui reste pour lui un scandale.  Une église qui se renouvelle constamment. Une église qui se purifie aussi. Et toute purification est souffrance et croix. 

 

Conclusion 

« Si je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur, vous devez, vous aussi, vous laver les pieds les uns aux autres ». L’obligation porte ici non pas simplement sur l’acte précis de laver les pieds, mais sur le comportement beaucoup plus étendu dont cet acte n’est que le symbole, le paradigme. Geste à ne pas prendre à la lettre, mais au sérieux. Mettre l’accent sur la valeur et la dignité d’un humble service rendu à un autre. Accueil et acceptation de devenir église pauvre, proche des pauvres, avec le visage du pauvre de Yahvé  (Kakaluigi)

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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