Augmentation des violences sexuelles par des forces régulières de l’armée et de la police
Kinshasa, le 13 avril 2007 – (D.I.A.) – Le Bureau intégré des Nations Unies pour les droits de l’homme, Bnudh en sigle, un service de la Mission des Nations Unies au Congo ou Monuc, a présenté récemment à Kinshasa, en République Démocratique du Congo, RDC, un rapport accablant sur l’augmentation significative des violences sexuelles faites à la femme. Lesdites violences sont commises principalement par les forces de l’ordre tant policières que militaires, affirme le rapport.
A partir de ce document, les professionnels des médias, lors du point de presse, ont appris que les viols continuent à être commis de manière généralisée sur l’ensemble du territoire national. Ceci en dépit de nombreuses initiatives entreprises pour lutter contre les violences sexuelles et malgré l’adoption de deux lois relatives aux violences sexuelles le 20 juillet 2006.
- La police en première ligne
Le diagramme n° 6 inclus dans le rapport du Bnudh indique que la police est responsable de 23 % des cas de violence sexuelle. Ce nouveau chiffre résulte d’une augmentation considérable allant de juillet (7 %) à décembre 2007. Le Bnudh fourni nombre de cas concrets et précis. Il a reçu des éléments de preuve relatifs à des viols collectifs commis à grande échelle par un groupe d’agents de la Police nationale congolaise à Bolongo-Loka, à 500 kilomètres au nord-est de Mbandaka. Les 5 et 6 août 2006, trente-sept femmes et filles auraient été victimes de viol systématique et d’aggression sexuelle. Le service de la Monuc a pu s’entretenir avec 20 femmes qui auraient été violées par 12 policiers qui ont pu être identifiés. A la suite de cet incident des centaines de villageois ont été contraints de se réfugier dans d’autres villages et forêts avoisinants. D’après le témoignage reçu par le Bnudh, les policiers agresseurs présumés seraient venus à Botewa afin de faire payer des amendes aux habitants de Bolongo-Loka, en exécution d’un jugement d’un tribunal local. Sept agents de la police nationale parmi les agresseurs sont actuellement en détention dans un cachot de l’auditeur militaire à Lisala. Dans la même province de l’Equateur deux viols collectifs auraient été commis par un commandant et plusieurs agents de la Police nationale congolaise dans deux localités du territoire de Bongandanga à 400 kilomètres au nord-est de Mbandaka. Le 18 septembre 2006, six femmes auraient été violées, alors qu’elles étaient détenues illégalement dans des cachots de la Police nationale congolaise à Busumelo, à 412 kilomètres au nord-est de Mbandaka. Un mois après, le 16 octobre 2006, les mêmes officiers de la Police nationale congolaise, Pnc, ont violé un nombre inconnu des femmes dans le village de Busumokili.
Cette fois-ci dans la capitale à Kinshasa, le 13 septembre 2006, une femme a été violée par plusieurs policiers, alors qu’elle était gardée dans un cachot de la Pnc. Quatre policiers l’ont menottée et attachée, déchiré ses vêtements pour la violer à tour de rôle, précise le rapport du Bnudh. Une femme condamnée à 20 ans de prison a été violée par un gardien de cette institution au cours de sa détention à l’ex-prison principale (Makala) de Kinshasa ou Cprk.
- Les Fardc s’illustrent dans l’Est dans des viols
Le Bnudh a signalé dans son diagramme n°6 que les éléments des Forces armées de la République Démocratique du Congo, Fardc, ont été les auteurs présumés de violence sexuelle dans l’ordre de 40 % des cas. Ces actes ont été principalement perpétrés dans les localités de l’Est du pays. Cette-fois ci, le Bnudh a également fourni des cas concrets. En septembre 2006, le service spécialisé de la Monuc en matière de violence sexuelle a finalisé ses enquêtes à Kibirizi à 138 kilomètres au nord-ouest de Goma. Il a trouvé des éléments confirmant que le viol a été utilisé comme une arme de guerre. Pendant l’occupation de Rutshuru entre 40 et 90 femmes et filles ont été agressées sexuellement par des soldats de la 83ème brigade. Dans le district de l’Ituri, au nord-ouest de la RDC, les Fardc se sont illustrées par la commission d’actes de violence sexuelle, particulièrement brutaux, en toute impunité. Ces actes ont été commis dans les sites de déplacés généralement situés à proximité des camps militaires. Ces sites sont principalement habités par des femmes et des enfants, qui sont de ce fait facilement victimes de soldats. Le site de déplacés de Geti, à 40 kilomètres au sud de Bunia, a subi nombre d’atrocités, dont le viol d’au moins trois femmes à leur retour des champs dans cette zone au mois de novembre 2006. Une clinique dans un secteur rural du district de l’Ituri a enregistré 115 cas de viol commis par des éléments des Fardc et des groupes armés non autrement identifiés.
En matière de violence sexuelle, la situation s’est aggravée à Uvira et à Kalemie pendant la période couverte par ce rapport. Des fillettes, dont les plus jeunes sont âgées de six ans, ont été violées dans cette cité lacustre par des militaires de la force navale. Sous le commandement du lieutenant-colonel Mutupeke basé à Uvira, des soldats des Fardc de la 109ème brigade ont été accusés à plusieurs reprises d’avoir commis des actes de violence sexuelle. Le Bnudh a cependant noté que deux agresseurs seulement ont été poursuivis en justice et condamné à une peine de prison par le tribunal militaire de Kalemie en novembre 2006. Généralement, relève ce service de la Monuc, les auteurs de ces pratiques ont été identifiés et traduits en justice dans un nombre de cas insignifiants. De plus, suivant la Monuc, les victimes de viol sont peu disposées à parler de leur souffrance compte tenu notamment du dysfonctionnement du système judiciaire congolais et de leur stigmatisation par la société. Du reste, la Monuc est vivement préoccupée par le fait que le gouvernement congolais procède à des nominations ou promotions à des grades et fonctions au sein des Fardc des officiers soupçonnés d’implication dans la commission de graves violations des droits de l’homme.
(Agence catholique D.I.A./ www.dia-afrique.org)










13 avril 2007
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