PIERRE KABEZA AU CONGRES DE CHIAMA L’AFRICA

23 avril 2007

Interview


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Pierre Kabeza à Parme (Italie) : avec des Xavériens (nes) congolais (ses) et à la maison mére. 

L’Idée syndicale n’est pas encore bien comprise en RDC 

Pierre Kabeza, enseignant, 42 ans, père de famille, de la paroisse Mater Dei de Bukavu, une personne bien connue qui  se distingue pour le courage dans les batailles syndicales. Il a été invité en Italie pour participer au Congrès de  l’association italienne « Chiama l’Africa », comme témoin de premier ordre  dans l’engagement pour la défense des droits de l’école et des enseignants « à l’aube de la démocratie » en RDC. Pierre Kabeza a constitué à Bukavu  un comité syndical qui avec lui  a écrit des lettres de revendication, a organisé marches, sitting, journées de grève… Toute une sorte d’intimidations,  de menaces et  messages de morte et injuries lui sont parvenus en ces dernières années. Deux fois a été incarcérées, avec l’accusation de déranger le calme publique. Il a passé diverses nuits en  dehors de sa maison, caché dans des endroits plus surs. 

 Sa lutte produit lentement des fruits enregistrant ainsi  quelque reconnaissance des droits des enseignants et en suscitant sympathie et collaboration  auprès des soldats et des fonctionnaires, qui se trouvent  dans les mêmes conditions d’injustice. Il est en train de  créer dans les gens une mentalité nouvelle d’action démocratique, qui part de la base et qui est la prémisse d’un état de droit. 

Pierre Kabeza s’est rencontré à Rome avec une plateforme de syndicalistes italiens ce samedi  matin 21 avril, qui ont été « surpris du grande courage de ce jeune homme qui malgré le manque de moyens financiers et logistiques, a entrepris une lutte de grande envergure. » Dans l’après midi Pierre Kabeza est intervenu au Congrès de Chiama l’Africa à Ancona. 

Nos sources nous signalent : «  l’intervention de Kabeza a été  un véritable témoignage d’une personne convaincue qui vit les problèmes de la justice et de la paix sur sa propre peau. Il a été formidable avec un exposé très clair, détaillé, et plein de grandes émotions. Le Congrès a écouté une nouvelle page de l’histoire contemporaine de la RDC, une page qui est encore en train de s’écrire… » 

Nous avons rencontré Pierre Kabeza à Parme dans la maison mère des Missionnaires Xavériens, où il est venu comme en pèlerinage ce dimanche 22 avril 2007 et nous lui avons posé des questions. 

-          Monsieur, pouvez-vous nous parler de la situation politique dans la ville de Bukavu ? 

Kabeza : Nous venons de recevoir le nouveau Gouverneur. La population de Bukavu l’a bien accueilli. Nous attendons le démarrage de toute la structure administrative de la Province. Cela ne semble pas facile. L’Assemblée Provinciale est en train d’étudier le projet de budgétisation.  Une certaine insécurité continue à régner à Kanyola où le FDLR continue à semer panique et violence. Dans la plaine de la Ruzizi les soldats banyamulenge ne veulent pas entendre de brassage. Partout dans la Province du Sud-kivu (comme aussi dans le reste de la RDC) les enseignants attendent impatiemment les promesses du gouvernement de salaires justes. L’idée syndicale n’est pas encore entrée dans la mentalité congolaise, elle n’est pas comprise. Je fatigue aussi à me faire comprendre au sein de l’Eglise Catholique. L’idée syndicale, comme du reste l’idée de démocratie demandent des changements profonds  de mentalité : on doit passer d’une mentalité de chef coutumier à celle de plus simple de dialogue, partage, de différences de rôles, d’autres responsabilités, etc. 

-          Mais Monsieur Kabeza il y a des espoirs en ce moment où la RDC vit son aube de démocratie ? 

Kabeza : Espoirs ? Oui, il y en a. Je pense à l’avenir de mes enfants, de notre jeunesse. Mais je suis sceptique car les autorités savent bien promettre tout en sachant que ne le réaliseront jamais. C’est ce qu’elles ont fait dans la campagne électorale.  Entre temps Bukavu continue à souffrir par manque d’électricité, d’eau, d’un réseau routier convenable, etc.…Entre temps les enseignants continuent à vivre avec des misérables salaires de 25/dollars par mois. Et je laisse à coté le solde des militaires encore plus misérable, et pitoyable. 

-          Monsieur, les gens de Bukavu avaient accueilli le Président Kabila dans une manière épouvantable. Ils avaient voté massivement pour lui, voyant en lui le libérateur et le défenseur de la paix. Aujourd’hui les choses semblent bien changer. Comment les bukaviens sentent cette nouvelle démocratie qui vient de naitre ? 

Kabeza : Les gens de Bukavu sont très prudents, car ils savent que les promesses électorales resteront irréalisées. Ils ont bien accueilli le nouveau Gouverneur et son vice. Mais comme toujours les bukaviens savent bien attendre. Munzihirwa nous avait répété : « seulement les yeux qui ont pleurés sont capables de comprendre ». 

Bukavu a perdu toutes ses routes, toutes sont impraticables, avec des gros trous,. Récemment on a tué encore à Kanyola. Les gens sont trop traumatisés, ils auraient bien voulu voir des changements, mais nul ne se fait. Bukavu est déçu de Kabila et de son gouvernement. De temps en temps des gens me disent : « mais c’est ça la démocratie ? Revenons en arrière… » 

-          Monsieur Kabeza, dernièrement vous avez voulu organiser une marche pour dénoncer l’insécurité qui règne dans les quartiers de la ville et  dans les villages de l’intérieur, en particulier à Kanyola et Nindja, mais on vous a interdit de la faire. Pourquoi ? 

Kabeza : La marche était organisée par les jeunes de  société civile, dont je suis le président, pour dénoncer les centaines épisodes d’insécurité dont les Interamwe, les FDLR, les Rastas  et les FARDC en sont les responsables. Pour deux fois le maire de la ville nous a interdit de marcher, sans savoir pour quelle raison. Personnellement je sens une complicité de notre pouvoir pour cette insécurité. Il y a des accords entre Laurent Nkunda et Kabila.  A cette occasion nous avons envoyé une pétition au chef de l’Etat, Monsieur Joseph Kabila, dans la quelle nous lui demandons : 

1.      Que les accords entre lui et Nkunda, avec toutes ses closes, soient bien connus par toute la population congolaise. La démocratie se gagne avec la justice et contre toute espèce de mixage. 

2.      Que le Président Kabila fasse sortir un plan clair et précis pour le rapatriement des Interamwe. C’est la vie de nos frères et sœurs congolais qui est en danger. 

3.      Que les victimes des atrocités de Laurent Nkunda et des Interamwe puissent recevoir pas seulement une réparation morale mais aussi matérielle. 

4.      Enfin qu’on mette ordre dans le haut commandement militaire de la RDC. Il est temps qu’on intervient pour l’impunité. Trop de voleurs et de tueurs circulent impunément sur nos routes et personne n’intervient. 

Monsieur Kabeza Pierre interviendra ce vendredi dans la librairie Fiaccadori de Parme pour la présentation du livre d’Eugenio Melandri : « L’Alba di una démocrazia » et le 1er mai en Place Saint Jean

Latran, à Rome, pour la rencontre national de la fête du travail. 

Parme : le 23 avril 2007 

© www.kakaluigi.unblog.fr 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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