PASSER DE LA THEORIE DU COMPLOT A L’ETHIQUE DE L’ENGAGEMENT

14 mai 2007

Actualités

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- Ouvrez les portes ou les fenêtres tôt le matin et regardez les rues.

- Vous ecouterez des  vocabulaires, connus dans tout le milieu et qu’on entend à longueur des journées dans les rues,  qui traduisent un profond malaise et une réelle frustration

- Notre crise plonge ses racines dans un environnement externe et interne.

- Flash ne veut pas sombrer dans la théorie de la victimisation en considérant toujours que notre malheur est toujours voulu et planifié par les autres sans nous. Flash ne va pas cautionner les allégations des tenants de la théorie du complot qui nous exonérant de toute responsabilité et à affirmer que nous sommes des victimes malheureuses d’un complot ourdi ailleurs. Il y a du vrai dans tout cela mais regardons d’abord plus près de nous. Le Bureau Justice et Paix de l’Archidiocèse de Bukavu  dans son Flash du mois de mai 2007 nous livre un témoignage passionnant  qui demande un véritable examen de conscience et surtout un changement profond d’engagements réels.

 

Depuis 1996, avec des guerres à répétition les gens ont fui les villages et se réfugient en ville. Un mouvement migratoire jamais pensé ni coordonné. On a voulu éviter un problème en créant une catastrophe. Le milieu devient sal, pas d’emplois pour tous. La ville est devenu un vivier des bandits et des gens qui emploient tous les stratagèmes pour survivre. La morale est enfermée dans les sacristies. Pour tous, le seul maître-mot est la débrouillardise. 

            Ouvrez les portes ou les fenêtres tôt le matin et regardez les rues. Beaucoup des personnes en mouvement pour l’école, le travail. D’autres et les plus nombreux fuient le toit familial à cause de la tracasserie des enfants qui demandent la prime, des bayeurs qui demandent le loyer, des enfants qui n’ont pas mangé et qui exigent quelque chose à mettre sous la dent, des créanciers qui veulent qu’on restitue leurs dettes… Rester à la maison c’est s’exposer à un chapelet des problèmes insolubles. Il faut alors fuir mais chez qui et pourquoi ? A la tombée de la nuit, plusieurs se demandent où aller. On se résigne et on rentre dans son calvaire. Pour plusieurs , le domicile familial devient une prison où l’on suffoque. 

            Alors sur les rues, on observe un curieux spectacle. Des slogans à boucher les oreilles : « Unitoshe chini », « Unipangiye », « uni brancher », « Omburhe nani », « Rhwe baguma », « Unitiye mu manjonjo ». Ces vocabulaires, connus dans tout le milieu et qu’on entend à longueur des journées dans les rues, traduisent un profond malaise et une réelle frustration. Pour survivre, il faut aller toquer aux portes des ONG, des bureaux ou des magasins pour négocier un petit travail. Celui-ci ne se décroche plus sans connaissance. Le seul diplôme ne suffit pas et d’ailleurs qui en tient compte ? Les employés de l’Etat n’échappent pas à cette démarche. La clé de compréhension de tout ce phénomène, c’est la crise car l’informel qui fait survivre les gens ici ne profite pas à tout le monde. Et au nom de cette crise tout est permis mais pour résoudre quel problème dans la durée ? 

            Les tueries orchestrées par des bandits ou des hommes en uniformes sont parfois motivées par le vol d’un téléphone ou même d’une poule, d’un lapin. Ravir, au prix du sang, un téléphone à quelqu’un résout quel problème dans la vie du ravisseur ? 

            Ceux-là qui rançonnent les gens sur la route en faisant payer 50 FC et en laissant circuler des véhicules de nuit sans phares, quelle crise pensent-ils résoudre en définitive dans leur vie ? Ils se réveillent et dorment avec les injures des passants ? Qu’en pensent ou qu’en disent leurs enfants ? Et ceux qui s’enrichissent au dos d’une telle misère comment faut-il les appeler ? 

            Ces enseignants ou professeurs qui font passer de classe des têtes brûlées, des êtres inachevés seulement pour avoir reçus 10 dollars ou pour avoir passé des soirées entières d’immo-ralité avec leurs propres élèves, quelle type de crise croient-ils résoudre dans leur milieu éducatif ou dans leur vie ? Peut-on brader l’honneur pour n’importe quoi ? 

            Ces ONG, heureusement pas toutes, qui se la coulent douce  sur le dos des femmes violées ou des enfants de la rue ; qui passent des journées à pérorer sur le sida et ne facilitent pas l’octroi  des anti rétroviraux ou qui se taisent sur le pourquoi du surgissement de ce fléau, quelle type de crise croient-ils résoudre ? On les voit appuyer des organisations inefficaces et même fictives dans le milieu, rouler carrosse à tombeau ouvert, afficher des offres d’emploi fantaisistes, mais franchement quelle type de crise croient-ils résoudre ?  Pires sont ceux-là qui exigent la moitié de salaire ou la totalité pour le nouvel agent pour avoir un emploi ? Ne parlons pas des opérations retour pour avoir accès au financement. Le sérieux ne paye plus ! 

            Et ces commerçants qui apparemment prospèrent et qui sont devenus les bourreaux de leurs propres frères en les exploitant dans des comptoirs d’achat au prix de 50 dollars par mois  alors qu’ils exportent des tonnes de cassitérites à l’étranger, coltan et or,  peut-on compter sur ceux-là pour résoudre la crise actuelle ? Qui sont leurs vrais maîtres ? On utilise l’Afrique pour piller l’Afrique ! Nos pires ennemis sont nos compatriotes congolais complices dans nos malheurs. 

            A ne considérer que ces quelques exemples, il se dégage un constat : notre crise plonge ses racines dans un environnement externe et interne. Certains la remontent même à notre histoire largement dominée par le colonialisme et l’esclavage. D’autres parlent de la nouvelle éthique mondiale avec ses dérives au niveau culturel et social ; d’autres même d’une mondialisation dont nous ne sommes pas les acteurs mais des consommateurs résignés. 

Flash ne veut pas sombrer dans la théorie de la victimisation en considérant toujours que notre malheur est toujours voulu et planifié par les autres sans nous. Flash ne va pas cautionner les allégations des tenants de la théorie du complot qui nous exonérant de toute responsabilité et à affirmer que nous sommes des victimes malheureuses d’un complot ourdi ailleurs. Il y a du vrai dans tout cela mais regardons d’abord plus près de nous. 

Notre crise est d’abord et surtout identitaire. On dirait qu’il y a négation du sujet et de soi comme acteur pensant et voulant dans tout ce qui nous arrive. A force de croire que le levier qui commande nos malheurs est ailleurs, on sombre dans un pessimisme qui engendre une réelle entropie. Ainsi on ne s’aperçoit plus de la crise des valeurs qui conduit à la fragilité de soi en exaltant même et parfois inconsciemment des anti-valeurs. 

A-t-on jamais entendu dans notre tradition qu’un homme ait fui par exemple devant ses agresseurs en emportant ses chèvres et ses vaches; laissant dans les mains des brigands ses enfants et sa femme ? A-t-on jamais vu des citoyens pactiser avec l’ennemi, trahir sa nation en se rassemblant avec ceux-là qui clopin-clopant dépiècent le patrimoine commun ? A-t-on vu un homme trahir, mentir publiquement pour un gain frauduleux ? N’est-ce pas là le comble de toute abomination ? N’est pas là nier son identité tribale, clanique et même nationale ? Des chantiers à construire, il y en aura beaucoup franchement. 

Notre crise est morale. L’enseignant était toujours considéré comme un pilier de la société. Chez nous le « Mwalimu » est une personne honorable. Si maintenant, ce sont eux qui vendent les points au lieu de vendre le savoir, que peut-on attendre des générations futures ? Evidement on comprend qu’un peuple victime de ses propres incohérences et choix politiques, sociaux et mêmes économiques depuis longtemps, n’ait plus la lucidité de démasquer les fausses brebis qui se déguisent en agneaux dans la bergerie. On a vu des compatriotes pendant la campagne électorale acheter des voix avec un plat de haricots, avec un morceau de pagne ; avec même une main de bananes. A cause de la faim, de la jalousie, de la médiocrité, plusieurs prostitutions sont faciles mais jamais tolérables ni permises. On ne doit pas se voiler la face. Le mal est profond et contagieux ! 

Notre crise est celle du manque de modèle. Nous vivons dans une société hybride où les repères sont brouillés. On est porté à imiter des modèles étrangers et qui, à la longue, conditionnent notre vie socio-économique. Peut-on imaginer par exemple, une personne qui rase ses beaux cheveux pour se greffer des poiles des moutons ? C’est la mode. Et avec cela on devient plus belle ? 

Il faut de nouveau enseigner une éthique de la responsabilité, de l’engagement et s’imprégner de la culture de l’excellence. Effectuons une plongée dans nos traditions pour identifier celles qui ont fait l’orgueil de nos peuples et éradiquons celles qui ternissent notre visage au concert des nations. On ne saurait y arriver sans donner la valeur à nos familles et à nos écoles, cellules mères de toute civilisation. Une nation ne se bâtit jamais par procuration ou avec un cheque en blanc mais c’est au prix des efforts conjugués et des nobles engagements librement consentis. 

Nous sommes en crise mais osons espérer que tout n’est pas perdu. Avant nous d’autres nations ont traversé des situations plus profondes et s’en sont tirées. Cela exige essentiellement deux choses : une prise de conscience du fait qu’une telle situation est inacceptable et une détermination collective et individuelle d’en sortir. Avec toi, faisons  le premier pas. Courage !!! 

Archidiocèse de Bukavu
COMMISSION DIOCESAINE « JUSTICE ET PAIX »
B.P 162 BUKAVU
Tél: +243 99 77 12 735
+243 99 86 65 862
E-mil :cdjpbukavu@yahoo.fr

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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