Congo-Kinshasa: Droits de l’homme – Louise Arbour - « Le Potentiel (Kinshasa) -18 Mai 2007
Mme Louise Arbour, haut commissaire de l’Onu aux droits de l’homme, a quitté la RDC après une visite de travail. Avant de s’en aller, elle a tenu une conférence de presse, le mercredi 16 mai à la Monuc pour faire le point de son séjour au pays. Selon elle l’impunité constitue un obstacle à l’instauration d’un Etat de droit en République démocratique du Congo. Au cours d’un tête-à-tête avec la presse, Mme Arbour a relevé que « l’impunité règne en RDC et constitue un obstacle à l’instauration d’un Etat de droit ». Elle a cité aussi le délabrement total dans lequel se trouve le système judiciaire du pays. Pour ce haut fonctionnaire de l’Onu, force est de constater que la vaste majorité des Congolais n’a pas d’accès à la justice et doit faire face à des obstacles majeurs pour faire valoir ses droits fondamentaux quand ceux-ci sont bafoués.
Parmi d’autres questions évoquées figurent « les conditions dans les prisons et les centres de détention ; d’où la nécessité d’accélérer un certain nombre de réformes ». S’agissant de la situation critique dans le domaine du respect des droits civils et politiques, elle a déclaré « qu’il est parfois aisé d’oublier que le peuple congolais souffre également de manquement graves dans l’application de droits économiques et sociaux ». Mme Louise Arbour a conseillé que les institutions de l’Etat, et en premier lieu les gardiens de ces droits qui sont le Parlement et le système judiciaire doivent s’atteler sans tarder à la tâche de faire de ces droits une réalité. Ce n’est pas une question de grands chantiers de réforme mais des actions concrètes et même modestes qui peuvent avoir des effets rapides a-t-elle martelé.
Evoquant l’essentiel des entretiens avec les autorités congolais, Mme Louise Arbour a rappelé «l’attitude d’ouverture avec laquelle elle a été reçue, notamment lorsqu’elle a mis sur le tapis le projet d’inventaire de graves violations des droits de l’homme qui ont lieu de 1993 à 2003 en RDC ». Elle reste convaincue que cette «cartographie» peut constituer un pas vers la reconstruction d’un pays sur des bases assainies et un rejet durable de l’impunité, ce fléau qui hypothèque l’avenir de la RDC.
Dans cette dynamique, la Haut Commissaire a souligné la nécessité de « créer un espace pour la société civile et se débarrasser des réflexes répressifs dont les dirigeants font souvent preuve quand ils n’ont pas l’habitude d’une saine démocratie ». Concernant les violences faites aux femmes et ce qu’elle qualifie de «mépris profond», contre les femmes, la Haut-Commissaire n’a pas caché sa révolte. « Ces actes nous inspirent une solidarité très profonde envers les victimes et cela exige que les auteurs de ces infractions soient traduits en justice », a-t-elle suggéré.
Parlant de la justice à Radio Okapi, Louise Arbour s’est dit «convaincue » que la réforme institutionnelle doit être accompagnée de preuves d’intégrité et de professionnalisme de la part des magistrats. « Il ne faut pas s’imaginer que les réformes des structures en place vont, de soi, porter leurs fruits. D’ailleurs, il est très dangereux de ne se préoccuper que du processus institutionnel. Je pense que les magistrats aussi doivent arracher leur indépendance. Ils doivent faire preuve, dans leurs activités quotidiennes, d’intégrité, de professionnalisme, de courage, être à même de prendre la parole, poser des actes de justice même avec leurs moyens limités », conclu Mme Arbour.









19 mai 2007
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