Des vies volées et violées….. Et cela pour toujours! Trop c’est trop !

26 mai 2007

Actualités

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A l’occasion du troisième anniversiare de la prise et l’occupation  militaire de la ville de BUKAVU du 26 Mai au 10 juin 2004 par les troupes insurgées de Laurent NKUNDA et Jules MUTEBUSI, voici un numéro de notre Flash de la Commission Diocésaine Justice et Paix de Bukavu (Flash Spécial – n°14 du mois de mai 2007)

Durant l’année 2006, nous avons accueilli dans nos bureaux 1054 femmes violées. La plus part à la recherche d’une assistance matérielle et sanitaire. Notre service offre une assistance plutôt juridique mais, forcés par les événements, nous avons négocié un contrat de collaboration avec l’hôpital de Panzi qui leur assure les soins médicaux. Leur âge varie entre 5 ans et 80 ans. Elles proviennent principalement de nos paroisses les plus sinistrées en particulier celles de Burhale, Walungu et Mwanda. 853 ont été déclarées malades par les médecins : Leurs dossiers médicaux  sont   réservés. 

Ces victimes des violences sexuelles bénéficient à l’aller comme au retour du village jusqu’à l’hôpital d’une assistance psycho sociale grâce à nos bureaux opérationnels dans le milieu. Dans le cadre du suivi des activités ; Flash vous propose un témoignage d’une jeune maman dont la vie a été volé et violé par ces hommes que la guerre du Rwanda de 1994 a déversée dans les collines et dans les villages à l’Est de
la RD Congo.
 

  

Voici les faits :  

            Nous sommes le 26 février 2005. Madame Cibalonza Emérence âgée de 25ans reçoit une visite insolite à son domicile. Il est 22h dans ce village de Musengesi à Izege, zone de Walungu, territoire du Sud-Kivu à l’Est de
la RD Congo à moins de 50km avec le Rwanda. 

 

                  

 

Des hommes armés forcent et pénètrent brusquement dans la maison. Ils fulminent la mort. Ils sont identifiables grâce à leur habillement et leur langue. Nul doute, ce sont des Interhamwe. Les enfants sont terrifiés. Copieusement battu, le mari est ligoté et jeté dehors. On lui réclame l’argent. Il remet le peu qu’il a. Rien à faire il est lâchement abattu avec deux de ses enfants devant sa femme et les quatre autres enfants. Le dernier n’a que deux mois. Celui-ci a survécu par miracle. Voulant secourir ses petits enfants, le papa d’Emérence habitant dans la case voisine est aussi récupéré et tué sur le champ ; la voisine Léocadia M’Kadurha est brulée dans sa maison un peu plus loin. C’est la débandade au village. L’odyssée ne vient que de commencer pour la pauvre Emérence qui venait de quitter la maternité il y avait seulement deux mois. 

Elle est brutalement réintroduite dans la maison avec ses petits enfants dont le plus grand n’a pas dix ans. Entretemps les cadavres gisent dehors. On lui enfonce un morceau d’étoffe dans la bouche probablement pour étouffer les cris. Les bras sont attachés et les épaules fortement tenues à terre par les bottes des malfrats. Alors commence le viol en série. Combien l’ont-ils violée ? Elle se rappelle avoir vu trois et après elle a perdu connaissance, le sang coulant de partout. Les assaillants partis, les survivants au village récupèrent les enfants, enterrent les morts ! De telles scènes sont très fréquentes. Et chacun rentre chez soi comme si rien ne s’est passé après avoir vu le malheur chez le voisin : Quelques radio locales comme Maendeleo, Maria, Okapi en parlent … Et c’est tout. 

  

Des interrogations demeurent : 

  

Le viol tel que subi par Emérence choque tout le monde. Les malfrats n’ont rien emporté et l’argent qu’ils ont exigé a été déchiré devant les victimes. Ils venaient humilier et violer. Et les deux enfants tués, le mari, le beau père ou la voisine brulée dans la maison : qu’ont-ils fait pour mériter un tel châtiment ?  

Jusqu’aujourd’hui Emérence souffre atrocement. Elle ne réussit pas à travailler de ses bras à cause des blessures reçues, d’ailleurs elle ne réussit pas encore à tenir correctement debout. Elle est fortement traumatisée. Elles a quatre enfants dont le plus âgé actuellement a 7ans. Pour ces enfants, impossible d’aller à l’école encore moins de trouver de quoi se vêtir ou se faire soigner. Quand les enfants demandent à leur maman où sont partis leur papa et leur grand père ; un flot des larmes coulent des yeux. Mais au quartier les petits enfants apprendront ce qui est arrivé à leur maman. Et les tombes des victimes sont à coté de leur habitation. Inutile de déterrer les os des victimes pour authentifier les crimes. 

Le mari d’Emérence était fils unique. Les huttes que les malfrats ont laissées n’ont pas survécu aux intempéries de la pluie et au soleil. Elle vit presque à la belle étoile. Les bras courageux de son mari n’existent plus pour réfectionner les huttes, bâtir l’enclos et pourvoir aux besoins de la famille. 

Emérence a déjà eu les soins de santé. Elle nous a confié qu’elle a fui l’hôpital avant qu’elle ne guérisse complètement car elle préférait rejoindre ses quatre petits enfants laissés chez ses compagnes au village. Quand elle est seule, elle a peur, crie et pleure. Son traumatisme est tellement fort que si cela dépendait d’elle elle aurait pu fuir ce village où elle a vu sa vie violée et volée, son mari et son père ainsi que ses deux enfants mourir….. Inconsolable, elle se demande pourquoi le destin lui a réservé un tel sort cruel ? 

 

 

Quelles solutions ? 

  

Quel discours tenir à ces hommes qui disent aux gens : « tutawatawara kwa silaha », « Regeza shingo usinivunjiye kisu wewe mujinga nikucinje » ? Crier, pleurer, hurler ?  Jusqu’au jour où les congolais seront eux-mêmes les auteurs ou les co-acteurs dans le bradage de leur sécurité et de leur souveraineté nationale ; à quel saint se vouera-t-on pour attendre des miracles ? Nos bourreaux sont là, parfois mixés, brassés ou malaxés. L’imagination est féconde pour justifier l’injustifiable. La table ronde n’est-elle pas une forme de mixage ou de brassage politique ? Quel est le réel agenda de toutes ces distractions ? 

Peut-on avoir le courage de chanter à Emérence ; à ces milliers des victimes qu’il revient à elles de résoudre leur problème ? Certains taxent les voisins des lâches et des mouchards, d’immobilisme car ils devaient se sensibiliser et poursuivre jusqu’à l’extermination les agresseurs. Peut-être s’ils le pouvaient mais a-t-on la mémoire trop courte pour oublier que ces ennemis ont été acheminés dans ces villages par
la Communauté Internationale ? Croyant trouver une solution au problème du voisin, on a implanté une machine de mort chez autrui ! Le gouvernement congolais doit défendre l’intégrité de son territoire et garantir la sécurité de ses habitants mais le problème d’Emérence doit trouver une solution au niveau national, sous-régional et surtout international.
 

Le pardon est gratuit. Il faut se réconcilier et vivre en paix avec tous et toutes. Mais qui pourrait forcer Emérence à pardonner ? Qui oserait lui dire d’oublier et d’ailleurs était-elle en mesure de le faire ? Parfois la morale c’est bon pour les autres. 

Il vaut mieux plutôt mourir que de subir de telles humiliations devant les siens répètent toutes ces victimes. Il faut intensifier les cérémonies collectives de purification de la mémoire souillée dans plusieurs villages. La seule assistance psycho sociale que nous faisons auprès des victimes ne suffit plus. 

Flash ne préconise pas la méthode de tuer indistinctement tous les rwandais présents dans nos forêts congolaises. On risquerait par là d’éliminer les innocents et d’interdire aux victimes un droit de voir leurs bourreaux traduit devant la justice un jour. Il faut que les responsables de ces massacres répondent de leurs actes. D’où la nécessité de documenter tous les faits et de les étudier dans la plus grande objectivité. La thèse selon laquelle ces viols, infligés à certaines communautés et personnes à l’Est de
la RD Congo ont été utilisés comme arme de guerre est probable. Si non comment pourrait-on s’expliquer les viols sur des mineures de moins de dix ans, des vieilles mamans de plus de 70 ans ? A cause de ces viols, le nombre des sidéens a augmenté, des mineurs sont devenus chefs de famille, les familles sont disloquées, les enfants de la rue augmentent. Peut-on s’étonner que tout ceci apporte de l’eau au moulin de la misère et de la faim en Afrique en général, et ici chez nous en particulier ?  
 

L’histoire d’Emérence est celle de ces 1054 femmes que nous avons accueillies dans nos bureaux toute l’année 2006. Loin de diminuer les chiffres pour 2007 augmentent. 

Cette histoire est aussi celle de Madame NTAKOBAJIRA M’BISIMWA  dont le mari  et le fils de 8 ans ont été assassinés devant elle et sa fillette de quelques mois avec qui elle a été emportée dans la brousse et où elle a enfanté d’une autre fillette avant d’être libérée. A son retour dans le village, comme si cela ne suffisait pas, il lui a été refusé  de continuer à vivre  sur  le lopin de terre qu’elle occupait avec feu son mari parce qu’ils n’avaient jamais payé la totalité de la redevance coutumière à son « propriétaire ».

 

 

Cette histoire est  également  celle de 7 fillettes enlevées le 31 mars 2007 à Kaniola et emportées dans la forêt par les  mêmes assaillants et qui sont retournées après avoir été violées pour certaines et après  paiement des rançons allant de 100 à 200 dollars américains par personne.

Qui n’a jamais croisé le regard de ces personnes ne comprend pas le degré d’humiliation irréparable qu’une femme peut subir  dans sa vie. Devant la misère et le destin violé et volée de ces victimes, même le silence des bons est très coupable. 

Nous remercions tous nos partenaires locaux et internationaux qui acceptent de devenir la voix de ces milliers des femmes sans voix là où se prennent toutes les décisions qui minimisent leur sort et relativisent leur souffrance : Emérence et les autres victimes  qui ont  accepté généreusement  de publier leurs  photos vous remercient  infiniment. 

Actuellement, d’après plusieurs sources concordantes, le Groupement de  Kaniola  en territoire de Walungu est parmi ceux  qui ont   connu, à l’est de
la RDC, des moments les plus difficiles de leur  histoire depuis 1996. Ces sources  indiquent  que 535 personnes ont été tuées dont 141 victimes entre 1996 et 2000, et le reste  pendant ces six dernières années, une dizaine d’écoles et centres de santé endommagés,  283 maisons ont été incendiées depuis 2003 dont 104 ces deux dernières années ; 34 944 vaches et plus ou moins 40 mille chèvres et moutons emportés ; 1438 personnes emportées dont plus de 600 en deux ans (2006-2007) et environs  150 000 $  de rançons avec une moyenne de 100$ par personne enlevée.

Près de 80 pour cent des habitants  de Kaniola avaient abandonné au moins une fois  leurs logis à cause de l’insécurité provoquée par les groupes armés pour passer la nuit à la belle  étoile et souvent sans aucune assistance.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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