KINSHASA – Le procès des deux assassins présumés d’un journaliste de la radio Okapi, abattu le 13 juin à Bukavu, a été ajourné jusqu’au 11 juillet par le tribunal militaire de cette ville de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), a-t-on appris de source judiciaire.
Le ministère public a demandé un renvoi pour mener des compléments d’enquêtes, concernant notamment l’expertise balistique de l’arme présentée comme celle du crime et pour « suivre de nouvelles pistes » – qu’il n’a pas détaillées -, a déclaré à l’AFP Me Grégoire Kasadi, membre du collectif d’avocats des parties civiles.
L’audience avait repris lundi après une suspension de huit jours, déjà à la demande du parquet militaire, pour permettre une « étude approfondie de l’arme » supposée du crime et une analyse des derniers appels reçus sur le téléphone portable du journaliste.
Serge Maheshe, 31 ans, a été abattu à Bukavu, capitale du Sud-Kivu, par deux inconnus en civil, alors qu’il s’apprêtait à monter dans sa voiture de service, marquée du sigle des Nations unies. Les tueurs n’ont pas ouvert le feu sur les deux amis du journaliste qui se trouvaient à ses côtés, et se sont enfuis sans rien dérober.
Le 14 juin, au lendemain du crime, la police a arrêté 19 personnes, dont deux militaires présentés comme les assassins présumés et qui ont été traduits le soir même devant un tribunal militaire.
Les avocats de la famille Maheshe s’étaient insurgés contre la précipitation de la justice, réclamant qu’une expertise scientifique soit menée, ainsi qu’une reconstitution de la scène du crime et une audition plus rigoureuse des témoins.
Le 16 juin, au cours d’une reconstitution sur les lieux du crime, les témoins ont affirmé que l’attitude des deux militaires correspondait à celle des tueurs, sans toutefois les identifier formellement.
Lundi, le ministère public a dénoncé des menaces qu’aurait proférées l’un des accusés à l’encontre des enquêteurs et des témoins, à la suite de cette reconstitution.
Par ailleurs, un responsable de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc) a indiqué lundi à l’AFP qu’aucune autopsie n’avait été pratiquée sur le corps de Serge Maheshe.
« Il y a eu un examen du corps, mais pas de véritable autopsie. Les balles n’ont pas été extraites du corps », a-t-il indiqué, précisant que le médecin de l’ONU qui assistait à cet examen n’était là qu’en tant que témoin dans une enquête menée par les autorités judiciaires congolaises.
En revanche, les douilles des balles tirées ont été retrouvées sur les lieux du crime et pourraient permettre une expertise balistique.
« Une agence de l’ONU a proposé de financer cette expertise », a indiqué à l’AFP Carmine Camerini, porte-parole ad interim de la Monuc à Bukavu. « La Monuc a accueilli favorablement cette proposition, a-t-il poursuivi. Ces éléments de preuve (douilles et armes saisies) pourraient être examinés dans un laboratoire à Paris ».
« Nous espérons que le délai de 14 jours avant la reprise du procès va permettre de faire cette expertise », a déclaré Me Kasadi.
« La famille de Serge ne veut qu’une chose, c’est que la lumière soit faite sur ce crime, pas seulement qu’il y ait un procès », a-t-il poursuivi, accueillant favorablement ce nouvel ajournement du procès.
Selon plusieurs sources onusiennes contactées à Bukavu et Kinshasa, la Monuc n’a pas ouvert d’enquête interne après l’assassinat de Serge Maheshe, qui était pourtant membre du personnel des Nations unies en tant qu’employé de radio Okapi, née d’un partenariat entre l’ONU et une ONG suisse.
Sous couvert d’anonymat, plusieurs employés de la Monuc ont déploré la « mollesse » et le « manque de volonté » des Nations unies dans cette affaire, qui concerne pourtant « un membre de son staff ».
(©AFP / 25 juin 2007 19h40)










26 juin 2007
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