Kabila – Bemba : la trêve est rompue

3 juillet 2007

Actualités

Par  Le Potentiel

 

 

 

La confrontation a tout simplement changé de terrain. Elle est désormais médiatique entre Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba. A travers deux interviews incisives à Jeune Afrique et à radio télévision belge francophone, Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba, ont tenu à faire valoir leurs droits. L’un est désormais président de la République et l’autre entend s’affirmer comme « chef de file » de l’Opposition. La trêve est rompue.

Deux interviews en l’espace d’une semaine. Voilà qui devient intéressant et suscite plusieurs interrogations susceptibles de relancer le débat politique sur une autre forme. En effet, dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique, le président de la République, Joseph Kabila s’est attardé sur le cas Jean-Pierre Bemba, répondant ainsi aux questions qui lui ont été posées par les collaborateurs de cet organe de presse. A la question de savoir ce qu’il pensait de son adversaire principal qui a recueilli 42% des voix lors de l’élection présidentielle et qui vit depuis plus de mois au Portugal dans une sorte d’exil qui ne dit pas son nom et que s’il ne s’agissait pas d’un raté de taille dans le fonctionnement de la jeune démocratie congolaise, le président J. Kabila a répondu en ces termes : « Ecoutez. Ségolène Royal a obtenu 47% à la présidentielle française. Est-elle partie se cacher ou se soigner en Nouvelle Zélande ? Non. Elle est restée à Paris pour se battre sur le terrain politique. Le dysfonctionnement est ailleurs. Si M. Bemba est parti, c’est que le terrain sur lequel il a voulu jouer le troisième tour des élections – et sur lequel il a perdu – n’avait rien de politique. Les événements des 22 et 23 mars derniers ont été très graves. Il est indispensable d’en identifier les responsables et de les traduire en justice, sinon on risque de ne jamais en finir avec l’impunité dans ce pays. Ce que je dis là est également valable pour les événements du Bas-Congo, fin janvier, et pour ceux de l’Ituri. Le sénateur Bemba est certes parti de Kinshasa le 11 avril avec l’autorisation du président du Sénat. Mais la justice congolaise, elle réclame son dû. Le Procureur général de la République a ouvert une enquête et demandé la levée de l’immunité parlementaire de M. Bemba. Laissons la justice faire son travail ».

A une autre question sur son analyse sur les événements de mars, de l’objectif de ceux-ci et de ce que Jean-Pierre Bemba comptait faire de lui, Joseph Kabila est précis dans ses réponses : « Il y a un peu de tout cela. De l’affolement sans doute, mais aussi une volonté de porter atteinte aux institutions élues de ce pays. Le résultat, vous le connaissez. Vingt quatre heures de combat à Kinshasa et beaucoup de vies fauchées… Je vous l’ai dit, l’objectif est la prise du pouvoir…Il comptait m’éliminer physiquement… »

REPONSE DU BERGER A LA BERGERE

Alors qu’il avait pris l’engagement de n’entreprendre aucune activité politique pendant son séjour médical au Portugal, Jean-Pierre Bemba vient de rompre le silence. Dans une interview accordée à la Radio télévision belge francophone, RTBF, il répond à Joseph Kabila. Ainsi, à la question de savoir ce qu’il pense de Kabila quand il insiste que la Justice s’occupe de son cas, Jean-Pierre Bemba répond : « Je me pose la question de savoir si le Congo s’achemine réellement vers un Etat démocratique ou assiste-t-on à l’installation d’une autre forme de régime ».

Devant l’insistance de la presse de préciser ce qu’il voulait exactement dire, le président national du MLC lâche le mot : « Si ce n’est pas une démocratie, ça ne peut être qu’ une dictature ». Plus de doute, qu’il s’agit là de la réponse du berger à la bergère.

LA « ZIMBABWEMANIA »

Ces déclarations incisives démontrent clairement que les deux personnalités n’ont pas encore baissé la garde. Certes, dans la foulée de leurs déclarations, elles ont essayé de mettre un peu de bémol, mais en réalité, la méfiance persiste. Elles viennent de rompre la trêve quand on sait que depuis mars, elles étaient avares de déclarations. Il n’en est plus le cas avec toutes les conséquences qui pourraient en découler de cette attitude au risque de revivre les tragiques événements des mois d’août 2006 et mars 2007.

Certes, la garde de Bemba a été défaite. Mais ce climat de méfiance est à même de susciter d’autres élans d’animosité que des opportunistes pourraient saisir la balle au bond et perturber le processus politique par des actions de violence.

Il serait naïf et imprudent de ne pas s’appesantir sur cette situation. En fait, les donnes ont changé réellement. Joseph Kabila est actuellement le président élu de la République démocratique du Congo. Sur ce point, il userait de toutes les prérogatives qui lui sont dévolues pour garantir la stabilité des institutions et la sécurité dans le pays. La crainte consisterait à voir son action être l’objet des interprétations sélectives jusqu’à provoquer de nombreux débats houleux dont la jeune démocratie congolaise n’a que faire.

De son côté, il ne fait plus l’objet d’aucun doute que Jean-Pierre Bemba tient à incarner l’Opposition. Par la grâce de cette loi qui vient d’être votée à l’Assemblée nationale sur le Statut de l’Opposition, il s’emploie déjà à être le « Coordonnateur » de l’Opposition. Le fait qu’il ait rompu le silence, « violé » son engagement de ne pas faire des déclarations politiques tant qu’il sera au Portugal, démontre amplement qu’il « refuse de mourir politiquement ». Il est en train de négocier son retour sur scène.

Le premier cas de figure est le schéma du Zimbabwe, entre d’une part, Robert Mugabe, et de l’autre son principal adversaire politique, Morgan Tsvagirai. On sait où cette rivalité politique a conduit le Zimbabwe. La « zimbabwemania » n’ apporterait pas une bonne recette à la RDC.

Faut-il laisser le bras de fer s’affirmer davantage entre les deux personnalités ? Nombreux sont ceux qui ne le souhaitent pas. Ils entendent voir les deux personnalités respecter les règles du jeu pour consolider les acquis du processus électoral et s’engager vers des lendemains meilleurs. Quitte à laisser le temps agir et si l’aventure politique s’annonce merveilleuse, observer et laisser faire les principes directeurs de l’alternance du pouvoir, si cela s’avérait nécessaire.

C’est à partir de cette réalité politique qu’il faut se pencher pour parvenir à un compromis politique qui n’aliène nullement les dispositions constitutionnelles. Mais qui aura le mérite d’avoir renforcé les règles du jeu démocratique. Car, à la lumière de deux dernières interviews incisives, l’on est encore loin de la détente politique.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22