L’histoire de la RDC doit être écrite par ses acteurs politiques

6 juillet 2007

Actualités, Billet du jour

Par Angelo Mobateli

La cacophonie, observée dans diverses interventions publiques sur l’accession à la souveraineté nationale et internationale du Congo-Kinshasa ainsi que sur la période post-indépendance, fait craindre une grave altération des faits et des événements.

« Combattant de l’indépendance aujourd’hui victorieux,…je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez ineffaçablement gravée dans vos cœurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté », avait recommandé Patrice Emery Lumumba le 30 juin 1960.

Mais, l’expérience renseigne que très peu d’acteurs politiques congolais des années de l’indépendance, des 1ère et 2ème République ainsi que ceux du régime Afdl ont écrit des livres ou des mémoires sur ce qu’ils ont réellement vécu et fait à leur époque respective. « Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté, et nous allons faire du Congo le centre de rayonnement de l’Afrique tout entière », avait promis le Premier ministre congolais.

Vérités non dites.

La plupart des événements survenus au Congo avant et après son indépendance sont relatés par des historiens, des chercheurs et des journalistes dont le trait commun est celui de n’avoir pas été les principaux acteurs des faits rapportés.

L’imaginaire populaire a, comme points de repères de la lutte pour l’indépendance du Congo Belge, la création de grands partis comme l’ABAKO de Joseph Kasa-Vubu et le MNC de Patrice Emery Lumumba, la rédaction du Manifeste de la Conscience africaine, la révolte du 4 janvier 1959 à Kinshasa ainsi que les tables rondes politique et économique organisées à Bruxelles début 1960. Mais, de ce qui s’est réellement passé durant cette période, le commun des mortels congolais n’en sait rien.

En effet, très peu de leaders des principaux mouvements de revendication et de leurs proches collaborateurs ont laissé des écrits sur ce qu’ils ont personnellement fait et vécu tout au long de leur action politique.

Même le jeune Congolais qui arracha à Baudouin 1er, le jour même de l’indépendance, le sabre qui symbolisait son pouvoir royal, n’aurait rien écrit sur son exploit. Devenu adulte, il aurait pu réussir un best seller dans lequel il justifierait son geste et en expliquerait ce qui l’avait poussé à penser que le roi, après avoir passé le pouvoir aux Congolais, n’en aurait plus besoin !

Passés les fastes du 30 juin, commença la série noire pour la jeune République du Congo.

Le 4 juillet, la Force publique se mutina brusquement et brutalement. Le 11 juillet, éclata la sécession du Katanga suivie de celle du Sud-Kasai. Le 5 septembre, le président Kasa-Vubu et le Premier ministre Lumumba se révoquèrent mutuellement.

Neuf jours plus tard, Joseph-Désiré Mobutu, commandant en chef de la jeune armée congolaise, réalisa son premier coup d’Etat, en neutralisant les deux chefs de l’Exécutif et en mettant en place un Collège des commissaires généraux.

Le 17 janvier 1961, Patrice Lumumba ainsi que ses compagnons d’infortune Mpolo Maurice et Joseph Okito étaient assassines au Katanga. Il y eut aussi, à Bakwanga (aujourd’hui Mbuji-Mayi) l’assassinat de plusieurs leaders nationalistes.

S’il est vrai que des vérités ont été dites et écrites sur l’histoire de la République démocratique du Congo, il est établi aujourd’hui que de nombreux acteurs politiques gardent toujours secrète leur part individuelle de la vérité.

Des témoins encore en vie.

On aurait bien voulu lire les témoignages des pères de l’indépendance qui sont en vie et dont certains continuent d’évoluer dans et en dehors des institutions de la République.

Anciens ministres du premier gouvernement du Congo indépendant, commissaires généraux « complices » de Mobutu dans le renversement du gouvernement issu des élections en 1960, compagnons de la « révolution » ayant renversé le président Kasa-Vubu en 1965, rebelles des deux guerres du Shaba (Katanga) en 1977-78, opposants au régime dictatorial du « Maréchal du Zaïre » en 1980, architectes de la Constitution adoptée à la Conférence nationale souveraine, Afdéliens de 1997 et participants au Dialogue intercongolais en 2002 ont, tous, des vérités qu’ils se refusent à écrire…

Et si les trois premiers présidents de la RDC n’ont pas laissé d’écrits personnels, on espère lire un jour les mémoires des pères de l’indépendance, des commissaires généraux de 1960 et de tous ceux qui, de près ou de loin, ont façonné le Congo.

Leurs écrits devraient permettre de remettre les pendules à l’heure, de combler les trous de mémoire et d’éviter que l’histoire de la RDC soit lue à l’envers.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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