LETTRE OUVERTE A ROMANO PRODI

2 septembre 2007

Actualités

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Romani Prodi, chef du gouvernement italien a remis ce jeudi 27 aout 2007 le prix de « l’abolitionniste de l’année 2007″ au président du Rwanda, Paul Kagame, pour avoir aboli la peine de mort dans son pays. « Ce n’est pas une bataille facile », a souligné M. Prodi, invité par le mouvement « Nessuno tocchi Caino » (Que personne ne touche à Caïn), issu du petit Parti radical, à remettre son prix – une sculpture en bronze représentant la terre avec deux enfants – à M. Kagame. Ce geste de Romano Prodi ne nous encourage pas, au contraire trouve toute notre désapprobation et condamnation. Nous lui avons adressé cette lettre ouverte.

Mon cher Romano Prodi, 

Je me permets de t’appeller avec ton nom parce je suis un émilien comme toi, pas t’origine mais d’adoption. J’habite Parme à l’Institut pour les Missions Etrangères construit par un grand émilien  le Bienheureux  Évêque Monseigneur Guido Maria Conforti. Aujourd’hui cet institut est bien connu avec l’appellation  « Missionaires Xavériens de Parme ». C’est  à partir de cette maison que les aiglons ont toujours pris le vol pour atteindre toutes les parties du monde, et annoncer le seul évangile de Jésus Christ, fait d’amour,  de justice et de droits humains. 

Depuis plusieurs années, avec mes  confrères, provenant tous de ce même  Institut,  je travaille comme missionnaire dans l’est de la République Démocratique du Congo, à la frontière avec la Rwanda, tout  en cherchant de construire dans cette très belle région la civilisation de l’amour  et de la fraternité. J’ai vécu les conséquences du génocide  ruandais  avec l’accueil en 1994 de milliers et milliers de réfugiés dans la Province du Sud Kivu, en particulier dans la ville de Bukavu. J’ai vécu les différentes guerres de libération du Congo, appuyés par la complicité ruandaise, jusqu’à s’achever aux tristes actes de  mai- juin  2004, lorsque les soldats mutinés du colonel Mutebusi, avec l’appui  des forces militaires du Général Nkunda,  tous les deux des traits somatiques ruandais, avaient pris la ville de Bukavu, et avaient aussi tenté d’éliminer avec plus une trentaine de tirs   de s’ouvrir  une brèche dans le grand portail de ma Radio Marie Malkia wa Amani (Radio Marie Reine de la Paix),   

Je ne sais pas si tu es au courant que la situation de région demeure toujours alarmante et très  précaire.  Les vents  de guerre soufflent insistants et semblent ne pas finir, tout en créant panique et peur au milieu des populations inermes que de 1998 elles ont vues succomber bien 4 millions et demi de leurs frères et sœurs. 

Jeudi 27 août 2007, très cher Romain, tu, avec tes amis radicaux, t’es prêté à un sale jeu politique. Tu étais présent à la cérémonie de l’attribution du prix « Abolitionniste pour l’an 2007″, invité par l’association « Aucun touches Caïn » association du parti radical promotrice du prix, et tu même as délivré le prix au Président Paul Kagame en affirmant que « il était un geste courageux et de réconciliation », « plein d’espoirs. » 

Mon cher  Romain Prodi, tu as fait mal à y aller, tu devais rester dans ta maison et penser plutôt aux choses plus nécessaires et urgentes de l’Italie, qui de toi attend des réformes concrètes. Je suis pour l’abolition de la peine de mort. Au mois de juin j’avais salué avec joie la décision du gouvernement ruandais. Mais ce qui a été écrit ne correspond pas à la réalité que le peuple ruandais est en train de vivre qui vit dans la peur et terreur quotidiennes.    

Ton geste ne trouve pas tout à fait mon approbation, ni celle des missionnaires italiens qui travaillent dans ces zones tourmentées du Kivu et qui ont été témoins d’innombrables  violences perpétrées par  des soldats ruandais, en tuant, en volant, en violant, et même, comme on dit un peu de partout, en semant le SIDA.   

Ce n’est pas le moment pour te parler de tout le macabre  festin  que les soldats ruandais  ont commis et qui marque nos yeux et nos cœurs, et qui demande une véritable et équitable justice.   

Très cher Romain Prodi, je suis fort déçu de toi. Tu n’as pas pensé les conséquences de ton geste.  Tu « t’en es foutu » de nous tous et des gens qu’affectueusement nous accompagnons dans cette vaste région des Grands Lacs. Tu as posé plutôt toute ta confiance sur un simple mot du Président Paul Kagame et tu lui as délivré le prix sans te demander beaucoup pourquoi. 

C’est triste !  Pourtant chaque fois que je me suis rencontré avec quelqu’un de la diplomatie italienne il m’a toujours répété : « nous savons tout, nous connaissons tout… » Non, n’est pas suffisante une loi de dix articles sur l’abolition de peine de mortes, pour assainir les immenses blessures encore bien ouvertes, et pour garantir le respect des Droits Humains et une équitable administration de la Justice. 

Kagame a aboli la peine de  morte, mais pourquoi l’a-t-il fait ? 

* C’est sa stratégie pour faire plaisir à l’Occident, en espérant surtout de continuer à percevoir leurs bénéfices et de se montrer bien devant la Communauté internationale qui lui a imposé, comme condition « sine qua non », de terminer les procès en première instance, concernant les accusés de génocide,  pour la fin de 2008. 

* Kagame veut pouvoir mettre ses avides mains, nettement génocidaires elles-mêmes, sur toute cette masse de ruandais accusés de participation au génocide  de 1994 (environ 43.000 personnes) qui vivent à l’étranger et en obtenir ainsi leur extradition pour les pouvoir faire juger par la Justice rwandaise. 

* Kagame est un homme très rusée et la loi sur l’abolition de peine de mort au Rwanda cache autres mires politiques. Kagame veut être plus libres de faire et défaire comme il veut, et  agir comme un dictateur, pour continuer à tuer, et à partir  ce jeudi 27 août 2007 avec le consentement même de l’Italie. Je me sens terriblement lésé et blessé dans mon identité patriotique d’italien et dans ma conscience chrétienne. 

* Au Rwanda, aujourd’hui encore,  il y a des gens qui meurent, qu’on fait disparaître, qu’on subordonne à la cruauté des tribunaux populaires des gacaca.  Les suicides au Rwanda sont augmentés, et cela à cause de ces « gacaca ». 

* Dans les provinces du Sud et du Nord- Kivu en RDC il y a encore une présence, pas indifférente, de militaires ruandais. Des infiltrés passent librement les frontières. Militaires en civil se promènent dans les rues des villes d’Uvira, Bukavu et Goma.                           Un mandat d’ arrêt international pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité a été émis pour le Général Laurent Nkunda Batware, mais, libre de tout  mouvement, continuent à que semer de la peur et de l’insecurité, et prépare avec la complicité de Kigali une IIIe guerre.   

* Oui, une nouvelle guerre se prépare. Tous en parlent, tous en connaissent  les promoteurs, mais personne n’intervient.  La région des Grands Lacs n’intéresse à l’occident que seulement pour les richesses du sous-sol qui servent à enrichir qui est déjà riche et à construire la « nouvelle Kigali ». 

Maintenant que la bêtise  a été faite comment pouvoir y  remédier ? 

Très cher Romain, je ne sais pas si tu as le courage de réparer les torts que tu as fait à tous ces missionnaires italiens de toute la Région des Grands Lacs (il y en a assez), et aux 4 millions et à moitié à des victimes innocentes de la guerre qui de 1998 a sévi les provinces du Kivu, d’Ituri et de Maniema. 

Très cher Romain, tu as eu même mon vote pour devenir Président du Gouvernement Italien ; j’avais espéré que quelque chose changerait et qu’on tracerait un nouveau chemin de relations de solidarité avec les pays émergents et en état de guerre. Hier Veltroni, aujourd’hui tu, tous les deux vous avez épousé la cause de la Ruanda.   

Le chemin de la réconciliation des ruandais est  long et  plein d’inconnues. Et alors je vous prie de pousser le gouvernement ruandais  à  un dialogue inter-ruandais, et l’aider à se questionner et à reconnaître ses erreurs et donner ainsi au peuple ruandais et à toute la communauté de la région des Grands Lacs l’espoir d’un futur de paix et de sérénité. 

Je te remercie, Président du Conseil Italien, pour la bonté que tu as eu à me lire et m’écouter. J’ai employé une formule familiale, parce que je crois que « les habits sales doivent être lavés en famille ». 

Salutations fraternelles. 

Rome : 01 settembre 2007 P. Luigi le Stocco – des Missionnaires Xavériens  de Parme 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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