(Le Révélateur 07/09/2007)
Le général déchu Nkundabatware commence à perdre ses arrières, un argument de taille qui a justifié son entêtement à narguer les autorités établies à Kinshasa. Kinshasa et Kigali ont marchandé lundi 3 septembre de le sacrifier contre tout soutien tant moral, politique, militaire que financier aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) qui ont d’ailleurs vendu la mèche sur le poids du Rwanda (12 000 hommes de troupes, matériels et équipements militaires) dans l’aventurisme de l’ex-général.
Premier effet, sauf erreur dans le chef des analystes politiques, une première vague de défection a été enregistrée parmi les fidèles de Nkunda, criminel de guerre visé par un mandat d’arrêt international. Ces 105 premiers soldats repentis qui se sont rendus à l’armée nationale ont quitté Goma mardi 4 septembre soir pour probablement la base militaire de Kitona dans le Bas-Congo, a-t-on précisé à la MONUC.
Des défections en cascades
Des sources proches de la MONUC qui auraient accueilli ses repentis affirment que nombre d’entre eux se déclaraient fatigués d’une guerre inutile à laquelle Nkunda les menaient et qui ne lui profitait qu’à lui seul. Selon un rebelle tutsi qui aurait quitté les rangs de Nkunda juste après le mot d’ordre de la hiérarchie des FARDC de confier la traque des FDLR aux seuls militaires intégrés, une évaluation avait été rendue sur la protection des civils tutsis sur laquelle le CNDP justifiait sa substitution des pouvoirs centraux. Un échec.
Le rebelle annonce que de nombreux autres rebelles (aujourd’hui otages de Nkunda) qui réussiront l’exploit de le quitter sont prêts à gonfler les rangs des FARDC. Dans cette guerre ethnique rwandaise transposée en territoire congolais, à chaque attaque contre les civils hutus suivaient des représailles foudroyantes des FDLR. Et des morts, des viols et des exactions se comptaient par centaines sans que cela ne ramène la paix tant attendue car les Hommes de Nkunda cherchaient à leur tour à se venger aveuglement contre les Hutus, Rwandais ou Congolais, civils ou militaires, femmes, enfants et vieillards sans distinction. Et le cycle reprenait. A bien lire le tableau, son mentor, le Rwanda a commencé à mettre en doute l’efficacité de Nkunda à traquer les rebelles rwandais (dont plus de la majorité est constituée des jeunes qui ont fui le Rwanda au lendemain du génocide en 1994 et que d’autres sont nés en RDC) et à protéger les populations tutsies.
Au regard des expériences passées
Le Rwanda, par le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) interposé, n’est pas parvenu, en plus de 5 ans de guerre (1998-2003), avec la possibilité de mettre toute l’envergure de l’attaque à son actif, dans un territoire que le gouvernement central de la RDC ne contrôlait d’ailleurs plus, à réduire la virulence de ces rebelles.
Le Rwanda et la RDC ont convenu au point 12 du communiqué conjoint publié après les travaux de Kinshasa lundi 3 septembre qu’il était anormal que la protection des citoyens d’un pays relève d’un individu. Ils se sont fondé sur le Pacte sur la Paix, la Stabilité et le Développement dans la Région des Grands Lacs spécialement en son article 5 à »s’abstenir d’envoyer ou de soutenir les oppositions armées ou des groupes armés ou rebelle sur le territoire d’un autre Etat membre ou de tolérer sur le territoire les groupes armés ou rebelles engagés dans des conflits armés ou impliqués dans des actes de violence ou de subversion entre le Gouvernement d’un autre Etat » et que »la résolution de la question des ex-Far et Interahamwe ainsi que celle des réfugiés congolais vivant au Rwanda relève exclusivement de la compétence des Etats et non des individus ». C’est clair.
Mais pour Nkunda, c’est lui qui a »accepté de laisser partir une centaine d’éléments de la brigade mixée Delta qui sont ici avec nous. Ils ne voient pas l’utilité de continuer à se battre et veulent rejoindre leurs familles », a-t-il reconnu. Et puisqu’il appelle aux négociations, il se propose de libérer une vingtaine de soldats FARDC capturés près de Ngungu en début de semaine, »mais je ne sais pas à qui m’adresser, je n’ai pas d’interlocuteur », a-t-il expliqué, niant avoir lancé les hostilités et perpétré des actes de sabotage, négation contredite par la MONUC et les populations locales.
Les FARDC gagnent du terrain
Les soldats de l’armée loyaliste ont poursuivi leur traque contre les positions des militaires insurgés fidèles à Laurent Nkunda, dans les collines avoisinantes de Sake où ils se sont retranchés. L’armée nationale a mis à contribution les hélicoptères pour bombarder les positions des rebelles.
Prudence tout de même
Seulement il reste que le Rwanda devra faire preuve de confiance car on a appris, selon des sources diplomatiques, à se servir des pincettes lorsqu’on est en face de ce petit pays qui ne dit pas ce qu’il pense. Ceci fait penser à l’ensemble d’accords qui ont été conclus depuis près de dix ans et qui sont restés lettres mortes. Beaucoup de voix s’élèvent pour appeler à la prudence, surtout au sujet des soldats insurgés qui ont rallié l’armée pour le brassage à Kitona. S’il faut les mettre en confiance et les sécuriser pour s’attendre à en recevoir d’autres, les experts avisent également qu’il faut les tenir à l’œil. Vivant toujours dans des groupes homogènes, ces soldats banyarwanda ont du mal, pour ne pas dire refusent, à s’intégrer.
Catastrophe humanitaire en vue
»La première victime est la population civile », a souligné Sylvie van den Wildenberg, porte-parole de la MONUC au Nord-Kivu. Mercredi 5 septembre, plusieurs dizaines de familles quittaient Sake pour Goma. Plus de 1.000 familles venues de Sake et vivant dans des conditions déplorables ont déjà été enregistrées. De sources policières, on annonce d’autres vagues de déplacés qui risquent de se retrouver dans le dénuement le plus total. C’est ainsi que le sous-secrétaire général aux Affaires humanitaires de l’ONU, John Holmes, a appelé les belligérants au respect des principes humanitaires : permettre un accès libre et sans condition aux acteurs humanitaires, éviter d’engager des civils dans le conflit, protéger l’ensemble de la population civile. »Nous appelons toutes les parties en conflit au Nord Kivu pour qu’elles respectent les principes humanitaires fondamentaux », a-t-il indiqué selon un communiqué de OCHA à la suite de la visite effectuée mercredi 5 septembre auprès de Joseph Kabila.
Emmanuel Makila










8 septembre 2007
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