La Monuc sauve Nkunda

8 septembre 2007

Actualités

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Cessez-le-feu au Nord-Kivu
*Par sa politique de neutralité négative dans ce conflit, la Monuc loge gouvernement et rebelles sous la même enseigne. *Cette démarche, c’est du déjà vu, notamment pendant la guerre d’agression. *Le mouvement de la Monuc est en train d’être suivi par la communauté internationale. *Le Département d’Etat américain met également rebelles et armée régulière sur le même pied d’égalité et demande à tout le monde de cesser la violence. *Les déclarations de Nkunda selon lesquelles il y aurait chasse à l’homme contre les rwandophones est de beaucoup dans ces prises de position. *La compréhension de la communauté internationale permet à Kigali de légitimer son soutien aux insurgés congolais.

La Monuc vient d’obtenir un cessez-le-feu entre les soldats congolais et les insurgés sous le commandement de Nkundabatware. Ce geste confirme toutes les craintes que suscitait la situation qui prévaut à l’Est du pays, particulièrement dans la province congolaise du Nord-Kivu. Rien de ce qui est arrivé n’était imprévisible. Apparemment, Nkundabatware est en train d’obtenir ce qu’il voulait, à savoir, la neutralité de la communauté internationale dans ce dossier. C’est le premier pas, très important, dans la mesure où il légitime l’insurrection. Cette légitimation est un blanc-seing au soutien rwandais. Ce dernier, la conscience tranquille, peut apporter son concours à ce qui est officiellement toléré par la communauté internationale.

Pour en arriver là, Nkundabatware sait par où passer. Il faut présenter cette guerre comme étant tournée vers une population, particulièrement vers les  » rwandophones « . A quelques heures depuis l’ouverture des hostilités, Nkundabatware a dégainé pour larguer son argument massue. Mettant la soldatesque insurgée en déroute, les Fardc, selon Nkundabatware, auraient massacré des populations civiles. Le commandement général des Fardc a tenu à apporter un cinglant démenti à ce sujet. Dans un communiqué déposé à notre rédaction, l’Emg/Fardc dit avoir suivi avec indignation les déclarations d’un proche de Nkundabatware le 4 septembre dernier sur les antennes d’une radio périphérique. Sieur Kakolele, puisque c’est de lui qu’il s’agit, parle de l’attaque des Fardc alors qu’il s’agissait de la contre-attaque. En plus, il argue que les Fardc auraient tué des civils en bombardant la localité de Karuba à 8 Km de Sake, dans le territoire de Masisi.

Le communiqué de l’Emg/Fardc précise que les assaillants qui avaient déclenché les hostilités le 27 août 2007 contre les positions des Fardc dans le Masisi et Rutshuru, connaissent un véritable revers. Dans leur débandade, les insurgés saccagent tout sur leur passage. Cette politique de terre brûlée, signale le communiqué, a emporté les antennes de deux compagnies de télécommunication. Nkundabatware est donc surpris par la détermination et la vaillance des soldats des Fardc. Convaincu cette fois que cette voie militaire librement choisie par lui était en train de le conduire à la ruine, Nkundabatware colmate les brèches pour mobiliser le soutien international qui donnerait un blanc-seing au Rwanda. La Monuc est, selon toute vraisemblance, tombée dans le panneau si on ne veut pas croire à la mauvaise foi de la mission onusienne. C’est ainsi que Denis Semadunga, succédant à Kakolele, a allégué que l’Etat-major de la 8ème région militaire aurait organisé une chasse à l’homme. Ce prétendu chef de la communauté rwandophone a même prétendu que la chasse à l’homme aurait atteint même les zones non touchées par la guerre, entre autre la ville de Goma.

Le génocide, fonds de commerce

Ces accusations fantaisistes appellent plusieurs réflexions. Si les rwandophones ne sont menacés que maintenant avec cette guerre, c’est la preuve qu’avant, cette communauté vivait dans la paix. Qu’est-ce qui justifie alors la résistance de Nkundabatware ? N’expliquait-il pas le refus de brassage par le souci de rester sur place pour protéger la population ? En fait, Nkundabatware a bien retenu la leçon de Kigali qui fonde depuis toujours sa survie diplomatique sur le génocide utilisé comme fonds de commerce. Les rwandophones congolais ont également besoin de leur génocide pour obtenir l’attention certes, mais avant tout la complicité silencieuse de la communauté internationale. Le communiqué de l’Emg/Fardc voit juste.

Par ces accusations sans fondement, Nkundabatware veut s’attirer la compassion et la commisération de la communauté internationale. Tout ne doit pas s’arrêter à cette prise de conscience. Il faut se mettre en tête que faute de génocide ou de massacres commis par les Fardc, les hommes de’ Nkundabatware qui n’ont ni foi ni moral, sont capables de fabriquer des pièces à conviction, notamment en massacrant des populations civiles afin d’en faire porter le chapeau aux Fardc.

Il n’y aura personne pour porter un contre-témoignage. Surtout, il ne faudra pas compter sur la Monuc. Car, la mission de l’Onu, ainsi que l’a déclaré Nkundabatware sous un ton d’éloge, s’est montrée neutre dans ce dossier. La Monuc ne devrait pas prendre cela comme un éloge. Car, en effet, elle ne peut être neutre dans cette situation sans trahir le gouvernement congolais et se trahir elle-même. On s’est toujours posé la question de savoir comment et pourquoi la situation d’insécurité persiste dans l’Est du Congo où certaines actions de violence sont commises sous la barbe des casques bleus. Le gouvernement congolais ne doit compter que sur sa vigilance et sa capacité de dénoncer. Ce que l’Etat major fait à travers ce communiqué est à encourager. Il n’y a plus de guerre loin des camera et des plumes. Il faut une forte médiatisation de cette guerre.

La Monuc influence la communauté internationale

Quand la Monuc s’enrhume, la communauté internationale se met à tousser. La première quinte de toux du Département d’Etat s’est faite entendre hier. Dans un communiqué remis à la presse, le porte-parole du Département d’Etat américain prône la fin de la violence en Rdc. Les Usa disent suivre de près la situation en Rdc. Ils demandent à tous les responsables de cesser la violence qui  » continue à mettre en danger la vie d’innocents et déplacer des milliers de civils « . Pourquoi ne pas comprendre que la mayonnaise commence à prendre ? Au nom de la protection des civils, le gouvernement et les insurgés sont logés sous la même enseigne. C’est tout simplement inacceptable.

Comme pendant la guerre d’agression du 2 août 1998, on assiste de plus en plus à la même confusion. Il y a Nkundabatware, un insurgé de l’armée congolaise qui résiste à toutes les tentatives d’intégration, même les plus compromettantes pour la Rdc – c’est le cas du mixage. Il prend les armes contre son pays. Mais, tout de suite, on pense que le Congo doit négocier avec le Rwanda. Dans son communiqué, le Département d’Etat américain se réjouit de la rencontre entre les officiels congolais et rwandais. Pour les Usa donc, ce geste est un pas important vers la normalisation des relations entre les deux pays. Quel lien fait-on donc entre les relations entre le Rwanda et la Rdc et la situation de guerre actuelle au Nord-Kivu ? Peut-on aider les deux pays à vivre en paix, comme le souligne le porte-parole du Département d’Etat, sans adopter une position claire vis-à-vis de Nkundabatware ?

Murigande avait pourtant déclaré, pince-sans-rire, que Nkundabatware est une affaire interne de la Rdc. Ce qu’on veut aujourd’hui, c’est de demander à Nkundabatware de déposer les armes d’autant plus que le pays s’est doté d’institutions démocratiques faisant en sorte que plus personne ne puisse s’ériger en justicier notamment en recourant aux armes pour résoudre ses problèmes. Ne pas résoudre l’équation Nkundabatware et se contenter de la normalisation des relations entre le Rwanda et la Rdc apparaît comme de la poudre aux yeux des Congolais. Tout cela, c’est du déjà vu.

Hier, on disait que les institutions en place au pays n’étaient pas démocratiques. Par conséquent, il fallait négocier pour mettre en place d’autres institutions concertées afin d’amener le peuple aux élections. Quelle sera aujourd’hui la recette de la situation qui se prépare à l’Est du Congo ? Après la démocratie, que va-t-on demander aux Congolais afin de retrouver la paix à l’Est du pays ? Le problème de nationalité qui était la pomme de discorde entre les communautés de cette partie du Congo a trouvé des solutions dans le cadre de la Constitution du pays.

L’Avenir

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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