Congo Actualité n° 72

1 octobre 2007

Congo Actualités

25 Septembre 2007 – News RDC                                     

SOMMAIRE

ÉDITORIAL 

LES BRIGADES MIXEES 

Qui est Laurent Nkunda? 

Les brigades mixées 

À PROPOS DES OPERATIONS MILITAIRES DES FARDC CONTRE LES FDLR 

LA REPRISE DES COMBATS AU NORD KIVU 

LES REACTIONS ET LES DECLARATIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES 

LES RENCONTRES DES QUATRE PAYS TRANFRONTALIERS

 

 

 

ÉDITORIAL

 

Encore une fois, la province du Nord Kivu est bouleversée par la guerre. Depuis le 27 août, les troupes régulières de la République Démocratique du Congo (RDC) sont en train de se battre avec les milices de l’ex général pro rwandais Laurent Nkunda qui dit lutter pour la défense de la communauté congolaise rwandophone, tutsie en particulier, menacée de génocide par les rebelles hutus rwandais, les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (Fdlr), les anciennes Forces Armées Rwandaises (ex Far)  et les milices Interahamwe,  qui avaient quitté le Rwanda immédiatement après le génocide de 1994. Ces affrontements se situent dans le cadre du soi-disant « Accord de Kigali », négocié en janvier dernier entre Laurent Nkunda même et l’ancien Chef d’État Major des Forces aériennes Congolaises, John Numbi, avec la médiation du Chef d’État-major Général de l’Armée Rwandaise, James Kabarebe. Tel accord avait conduit à l’intégration des milices de Nkunda dans l’armée congolaise, dans la modalité du mixage (troupes mixtes). 

Le premier objectif des nouvelles troupes mixées était la chasse aux rebelles hutus rwandais (Fdlr, ex Far et Interahamwe) encore présents sur le territoire congolais. Tout de suite, les troupes mixées ont échappé au contrôle des Autorités militaires congolaises et dépendaient de plus en plus de Nkunda même, appuyé militairement et logistiquement   par le régime en place actuellement au Rwanda. Dans l’entre temps, comme reconnu aussi par l’Onu, beaucoup de militaires démobilisés de l’armée rwandaise étaient infiltrés dans les nouvelles troupes mixées de l’armée congolaise aux ordres de Nkunda. Sous couvert d’une attaque aux forces négatives des Fdlr, des ex Far et des Interahamwes, les troupes nkundistes ont entrepris la chasse contre tous les Hutus, sans aucune distinction entre Hutus congolais et Hutus rwandais, civiles hutus réfugiés et miliciens hutus armés. Le danger d’un génocide contre les Hutus était devenu imminent. Le conflit rwandais ethnique et tribal entre Hutus et Tutsis, réprimé et caché en patrie, au Rwanda, pour sauver l’image devant le monde et pour gagner la bienveillance de la Communauté Internationale, a enfin été exporté en territoire congolais, pour un règlement définitif des comptes. 

C’est face à cette menace et à ce danger que les Autorités militaires congolaises ont décidé, à la mi août, de retirer aux brigades mixées la mission de neutraliser les forces négatives, encore présentes dans le Kivu, pour la confier aux brigades déjà  intégrées régulièrement dans l’armée (les brigades brassées). Devant cette décision, l’ex général Nkunda a réagi et ordonné à ses milices d’attaquer les positions de l’armée régulière, en prenant comme excuse le non respect des accords de Kigali de la part du gouvernement congolais. En réalité, la lutte contre les Fdlr, les ex Far et les Interahamwes est en train de devenir un prétexte dans les mains du Rwanda pour continuer sa présence en RDC, en vue de l’exploitation illégale des ressources minières du Kivu et pour continuer la réalisation de son plan de déstabilisation de la RDC, en vue de la création, dans le Grand Kivu, d’un nouvel état satellite du Rwanda même. 

Les affrontements actuels se situent dans le même scénario des deux guerres antérieures, quand l’armée rwandaise envahit la RDC en 1996-1997, par l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (Afdl) interposée et l’occupa en 1998-2003, au temps du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (Rcd). Actuellement, le danger immédiat est celui d’une troisième guerre fatale, imposée au Congo de l’extérieur, à travers une nouvelle rébellion, celle du Congrès National pour la Défense du Peuple (Cndp) de Laurent Nkunda, appuyé par le régime rwandais et avec le prétexte habituel de la défense d’une éthnie menacée, les Tutsis congolais, comme il est déjà arrivé dans le passé. Derrière le Rwanda de Paul Kagame e le Cndp de Laurent Nkunda, se cachent des sociétés minières et pétrolifères et des forces politiques et économiques, rassemblées dans un réseaux mafieux du marché de minéraux précieux, commerce des armes et stratégie politique, comme reconnu par les divers rapports du Groupe des experts de l’Onu pour la RDC. 

 

Un observateur de la situation congolaise, Dorcas Lokendo, se pose certaines questions en vue d’une réflexion pour comprendre et cerner les causes profondes de l’insécurité à l’Est de la RDC. 

Selon lui, un véritable génocide des Hutus congolais est en train d’être perpétré au Nord-Kivu par Paul Kagamé avec l’entremise de l’ex Général félon et paranoïaque Laurent Nkunda. Actuellement, il y a plus de 600.000 personnes déplacées à l’intérieur de cette province, principalement les Hutus congolais qui sont présentement exposées à la maladie, à la famine et aux intempéries avec le retour de la saison de pluie. Nkundabatware et ses soldats de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) sont en train de perpétrer un véritable génocide des Hutus congolais. Les charniers récemment découverts à Rubare à environs 40 km de Goma, ne représentent que le sommet de l’iceberg des massacres que Paul Kagame est en train de commanditer au Kivu. C’est une politique planifiée de nettoyage ethnique, à fins d’occupation territoriale et d’exploitation des richesses de l’Est de la RDC. 

Des questions : 

1. Pourquoi avoir envoyé le Gnl John Numbi pour aller négocier l’opération de mixage à Kigali et qui a permis officiellement à Paul Kagamé d’injecter massivement les soldats de l’APR dans les rangs des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC)? 

2. Pourquoi actuellement les deux provinces du Kivu sont-elles officieusement dirigées sur le plan militaire par des « anciens » officiers de l’APR? Nkundabatware qui ne s’en cache pas de son statut d’ancien officier de l’APR contrôle les territoires les plus fertiles et riches en pâturage et en minerais au Nord-Kivu (Masisi, Rutshuru, Lubero,Walikale) pendant que son consanguin Masunzu commande présentement le Sud-Kivu. 

3. Pourquoi actuellement la majorité des commandants des bataillons au Sud-Kivu (Shabunda, Walungu, Bunyakiri, Mwenga, Kalehe) et au Nord-Kivu (Masisi, Rutshuru, Lubero) sont des soit disant « Banyamulenge »? En réalité ne sont-ils pas des officiers rwandais récemment infiltrés dans les rangs des mercenaires de Laurent Nkunda? 

4. Pourquoi garde-t-on encore intact le haut commandement militaire où travaillent les officiers du RCD-Goma qui sont reconnus être inféodés à Paul Kagamé et au service du Rwanda? Pourquoi la logistique des FARDC est encore sous la responsabilité du Général Malik Kijege, ancien officier de l’APR et du RCD-Goma? Comment voulez-vous que les FARDC gagnent des combats contre les insurgés à la solde du Rwanda (Nkunda, Bisogo, Rukunda….) pendant que les pions du Rwanda sont légion dans l’armée nationale, dans les services de sécurité et dans le commandement des régions militaires? 

5. Pourquoi propose-t-on maintenant le brassage aux hommes de Nkunda? Devra-t-on au nom de la paix brasser les troupes qui sont auteurs des massacres de populations du Kivu? Devra-t-on brasser dans les FARDC les troupes (étrangères, rwandaises) qui laissent des charniers et des fosses communes partout où elles passent? Par ce brassage des troupes de Nkunda, ne risque-t-on pas de disséminer dans tout le Kivu, des hordes des tueurs sans foi ni loi qui vont exterminer les populations du Kivu? 

6. Pourquoi les militaires de FARDC malgré leur « bravoure « sont envoyés dans les champs de bataille sans armes et munitions suffisantes, sans logistique de soutien, sans nourriture, sans une solde digne de ce nom, pour servir seulement de chair à canon aux soldats rwandais tapis dans la milice de Laurent Nkunda? 

7. A qui profite la présence des Interhamwe, des FDLR, des insurgés de Nkunda et Bisogo, qui du reste sont tous des rwandais ou des rwandoïdes à l’est de la RDC? Ne profite-t-il pas totalement au Rwanda? Les minerais extraits par les Interahmwe et les FDLR au Kivu ne transitent pas et ne sont-ils pas exportés officiellement par le gouvernement rwandais? Comment le Rwanda est-il devenu un des plus grands exportateurs d’or, de cassitérite et de coltan en Afrique centrale pendant qu’il ne dispose de ces minerais dans sons sous sol? La problématique des Interahamwe, des FDLR, des insurgés n’est-elle pas une joint venture d’intérêts maffieux rwando-rwandais pour perpétuer le désordre au Kivu et faciliter le pillage des richesses du Kivu, pour servir à la reconstruction du Rwanda? Les avions rwandais n’atterrissent-ils pas en toute illégalité sur des nombreuses pistes d’aviation disséminées dans les secteurs exploités et sous contrôle des Interhamwe et des FDLR, pour charger des tonnes de minerais qu’ils acheminent au Rwanda? 

Il faut savoir que les véritables raisons de la persistance de l’insécurité et des massacres au Kivu sont d’ordre économique. Le Rwanda entretiendra toujours ce statu quo qui lui profite à 100 %. Par une stratégie malignement élaborée, les faux Interhamwe, les fausses FDLR , les faux insurgés, tous des Rwandais, continueront à écumer le Kivu dans une véritable situation d’impasse politique sciemment entretenue par Paul Kagame et ses stratèges, en complicité avec ses mentors de la maffia occidentale ainsi que sa kyrielle des politicailleurs et courtisans congolais en quête d’enrichissement facile et rapide.[1] 

 

 

LES BRIGADES MIXEES

 

Qui est Laurent Nkunda?

 

Laurent Nkunda est un Tutsi d’origine rwandaise et son nom intégral est Nkundabatware. Comme de nombreux autres Tutsis dont les parents ont fui la prise de pouvoir des Hutus au Rwanda à la veille de l’indépendance du pays, Laurent Nkunda est né au Congo. 

C’est là qu’il a grandi et poursuivi ses études. En 1990, quand des Tutsis rwandais basés en Ouganda lancent une offensive contre le Rwanda de Juvénal Habyarimana, Laurent Nkunda a seulement 24 ans. À cette époque, il ne se prétend pas congolais, mais tutsi rwandais, et dit lutter pour rentrer au Rwanda. 

À l’issue d’une guerre de quatre ans (1er octobre 1990 – 6 avril 1994) et du génocide (avril –juillet 1994), les forces de Paul Kagamé prennent le pouvoir à Kigali et les Hutus fuient par centaines de milliers dans l’ex-Zaïre. 

 Laurent Nkunda est désormais un officier de la nouvelle armée rwandaise. C’est à ce titre qu’il participe à la première invasion de l’ex-Zaïre, en 1996, destinée principalement à détruire les bases hutues et qui conduiront au renversement du maréchal Mobutu. 

En 1998, lors de la deuxième guerre d’invasion, ce ne sont plus seulement les Hutus que l’armée rwandaise massacre, mais tous les Congolais opposés à la présence rwandaise, et ils sont nombreux.
À partir de cette année-là, Laurent Nkunda va se faire connaître pour de multiples crimes de guerre et crimes contre l’humanité à Kisangani en 2002, puis à Bukavu en 2004. 

Ex officier de l’armée du FPR, Laurent Nkunda mène actuellement «une guerre par procuration». D’où est-ce que un jeune homme qui, en 1994, était encore sur les bancs de l’école à l’Université adventiste de Mudende au Rwanda, a trouvé des moyens pour lever une armée et s’attaquer aux Forces armées de la RDC dans région du Nord-Kivu? D’où est-ce qu’il tire cette expertise de faire la guerre vu qu’il a fait le métier des armes après la victoire du FPR au Rwanda? Le Général Laurent Nkunda roule sans conteste pour le Général Paul Kagame. 

Selon certains observateurs, Laurent Nkunda permet de facto au régime de Kigali de perpétuer la guerre en RDC, lui permettant d’y poursuivre les pillages et d’éviter toute ouverture politique en faveur des partis hutus, qui risquerait de lui être fatale. 

L’ex général Nkunda dit défendre les Tutsi de la RDC. Ce postulat est un précédent dangereux. Cette vision ethnocentriste est intolérable dans un  Pays où coexistent une multitude d’éthnies.  

Si vraiment le Communauté Internationale est convaincue qu’il faut aider la RDC, il faut neutraliser Laurent Nkunda. Mais qui dit Nkunda dit Kagame. Or celui-ci reste encore le chouchou de certaines puissances occidentales. Voilà où se trouve le nœud du problème. Une équation que la Communauté Internationale doit résoudre si elle veut être crédible vis-à-vis des Congolais.[2] 

 

Les brigades mixées

 

Dans une déclaration officielle du 4 septembre, Laurent Nkunda affirme que, selon les accords de Kigali de début janvier, la mission première des 6 Brigades mixées serait de traquer et de désarmer les forces négatives FDLR/ex­FAR/Interahamwe de manière à sécuriser une zone de rapatriement qui devrait accueillir les congolais, spécialement les membres de la minorité Tutsi, encore réfugiés dans les pays voisins. Seulement après le rapatriement et la réinsertion des réfugiés, la réinstallation des déplacés internes et le commencement du dialogue avec le Gouvernement, plus rien ne devrait s’opposer à ce que les Brigades mixées soient intégrées selon le principe du «brassage revisité» car, selon Nkunda, celui qui a cours aujourd’hui prive le peuple congolais d’une Armée digne de ce nom. Nkunda accuse l’Etat­Major Général de l’Armée congolaise d’armer les Fdlr, pour qu’elles achèvent en RD­Congo le «travail» commencé au Rwanda en 1994.[3] 

 

Selon le rapport final du Groupe d’experts de l’Onu pour la RDC présenté le 18 juillet en application de la résolution 1698 (2006) du Conseil de sécurité,  le mixage au niveau inférieur de bataillon n’a été réalisé que dans une brigade seulement sur les cinq constituées: dans les autres brigades, les divers bataillons ont conservé leur structure antérieure. 

Au moment de la rédaction du rapport, les FARDC de la 8e région militaire n’exerçaient qu’un commandement et un contrôle limités sur les éléments des brigades mixtes restés fidèles à Nkunda. Par contre, le CNDP et Nkunda continuent d’exercer un certain niveau de commandement et de contrôle sur ces unités ainsi que sur d’autres forces non mélangées et non intégrées du Nord-Kivu. 

Le CNDP a recruté des civils adultes et des enfants et des ex combattants démobilisés, tant à l’intérieur de la RDC, comme au Rwanda et au Burundi, aussi bien volontairement que de force.[4] 

 

Les rebelles rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ont accusé Kigali d’avoir envoyé, depuis début 2007 en République démocratique du Congo (RDC), 12.000 soldats en renfort de l’ex général congolais Laurent Nkunda. Ce renflouement vise à soutenir les opérations de déstabilisation et de reconquête des territoires de l’est de la RDC (frontaliers du Rwanda) et de contrôle des zones riches en minerais.[5] 

 

Pendant les derniers mois, de nombreux ex-rebelles ou ex-militaires démobilisés ont rejoint les troupes du général dissident Laurent Nkunda. Parmi ces hommes figurent principalement d’anciens rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (Rcd), intégrés bien avant au sein des Fardc. C’est la promesse de l’octroi de grades supérieurs qui a motivé ces démobilisés à rejoindre les rans de Nkunda. «Avant la démobilisation, comme lieutenant, je touchais 5 000 à 8 000 Fc (9 à 14 $US) par mois. Aujourd’hui, je reçois 5 à 10 fois plus avec mon nouveau grade» affirme un major. Mais ces anciens démobilisés jouent sur deux tableaux. Ils détiennent encore leurs cartes de démobilisés, alors qu’ils sont redevenus militaires réguliers des Fardc. Cette position leur permet de se faire passer à la fois pour des démobilisés et des militaires. Ils bénéficient ainsi de l’assistance de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et de réinsertion (Conader) et du salaire des Fardc.[6] 

 

Au moins 165.000 civils ont fui les combats dans la province du Nord-Kivu depuis que les brigades mixées de l’armée congolaise, ont entrepris de mener des opérations contre les rebelles hutu rwandais des FDLR. A y voir de près, on n’est pas loin d’évoquer des massacres réciproques de génocide entre Hutu et Tutsi, rwandais ou congolais, conflit exporté du Rwanda sur le territoire congolais. Selon l’expérience, chaque massacre des tutsis par les FDLR est rapidement suivi par la descente punitive des brigades mixées majoritairement tutsi qui écrasent les hutus, rwandais ou congolais, sans s’inquiéter de leur statut de civil ou d’éléments de groupes armés. Et au même moment, les opérations des brigades mixées des FARDC sont apparentées, selon les populations hutues congolaises du Nord-Kivu, à un génocide qui ne dit pas son nom. Les populations hutu de la contrée tirent leur position surtout du fait que le commandant des opérations est un tutsi congolais qui, selon eux, dirige les opérations dans le sens d’un massacre des hutus sans différencier les FDLR des civils. Les notables hutus craignent que cette situation tourne au génocide.[7] 

 

Certains observateurs lisent dans la détermination des éléments de Nkunda l’esprit de vengeance contre les rebelles hutus rwandais. Comme le reconnaissent nombre de commentateurs, le mixage a perverti le système. Nkunda attaquait les FDLR mais aussi des civiles hutus congolais ou rwandais qu’il accusait de couvrir les rebelles. L’opération militaire des brigades mixées contre les Fdlr a acquis la physionomie d’un règlement des comptes ethniques entre les tutsis et les hutus congolais ou rwandais sur le sol congolais.[8] 

 

 

À PROPOS DES OPÉRATIONS MILITAIRES DES FARDC CONTRE LES FDLR

 

Le 11 août, le général Gabriel Amisi, chef d’Etat-major de l’armée de terre, a annoncé la suspension des opérations militaires des FARDC contre les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) au Kivu. 

Il a expliqué que «quand il y a des opérations militaires, puisque les brigades mixées sont constituées et commandées par des éléments tutsis, les Hutus congolais, les politiciens du Nord Kivu et les Nande d’autres tribus disent que l’on mène des opérations de Génocide contre les Hutus congolais et Rwandais». Par ailleurs, il a enjoint à toutes les unités mixées et non mixés du Nord Kivu de se rendre au brassage, sous peine des sanctions.[9] 

 

Le 15 août, le Général Vainqueur Mayala, commandant de la 8ème région militaire, a donné des précisions, afin de lever le malentendu créé par les déclarations du général Amisi Kumba. Selon le général, les opérations contre les FDLR n’ont jamais été suspendues, elles vont se poursuivre, mais seront menées uniquement par des unités intégrées issues du brassage. La mission de traquer les rebelles hutus rwandais a été confiée à des brigades « intégrées » pour mettre fin à « l’exacerbation des tensions interethniques et des manipulations politiciennes qui avaient été observées à la suite du lancement fin avril d’opérations contre les FDLR par des bataillons mono-ethniques tutsis des brigades mixées ».[10] 

 

Le ministre de la Défense, Tshikez Diemu, quant à lui ne baisse pas la pression sur Laurent Nkunda, toujours réfractaire, avec ses éléments, au processus de brassage. Tshikez soutient que la seule alternative dont Nkunda dispose est entre le brassage et la démobilisation.[11] 

 

Laurent Nkunda a condamné cette mesure qu’il considère comme arbitraire, mais, selon des observateurs, il s’agit plutôt d’une réaction dictée par la blessure de son amour-propre devant la volonté d’arrêter son plan de nettoyage ethnique dans le Kivu. Sous le prétexte de combattre les Fdlr en Rdcongo, Laurent Nkunda, l’homme de main de Kigali en RDC, a tenté de se servir des Fardc pour nettoyer le Grand Kivu de toute présence hutu, sans aucune distinction entre civils congolais, réfugiés rwandais et membres de groupes armés, au profit du pouvoir revanchard du Rwanda. La guerre de Nkunda est une guerre par procuration.[12] 

 

Mi-août, peu après l’annonce de l’état-major de l’armée de confier la traque des rebelles hutus rwandais dans la région à des brigades « intégrées » (formées dans le cadre du processus national de réforme de l’armée) et non « mixées », des éléments pro-Nkunda au sein des brigades mixées avaient quitté leurs positions,. Ils se sont regroupés en plusieurs lieux stratégiques du Nord-Kivu, comme à Bunagana (proche de la frontière ougandaise), au sud de Kanyabayonga (axe routier majeur) et vers Ngungu (près de la frontière avec la région voisine du Sud-Kivu), tout en consolidant leurs positions dans le Masisi. Il reste à savoir si cette désertion ne fait pas partie d’un plan différent ficelé dans l’ombre.[13] 

 

Au cours des dernières semaines, cent cinq soldats insurgés ont déserté aussi les rangs du général déchu Laurent Nkunda, affichant leur volonté d’intégrer l’armée régulière et de partir au +brassage+ (processus national de réforme de l’armée en RDC) ». Ils ont quitté Goma le 4 septembre pour Kitona (province du Bas-Congo, ouest).[14] 

 

 

LA REPRISE DES COMBATS AU NORD KIVU

 

Le 27 août, de nouveaux affrontements ont repris au nord Kivu. Tout au début, les combats ont opposé des unités composés d’éléments pro-Nkunda aux éléments FARDC de la même brigade Charlie commandée par le colonel Yav. En effet, les brigades « mixées » sont  constituées pour moitié de soldats loyalistes issus de l’armée régulière et d’ex-soldats insurgés ralliés à l’ex-général Nkunda.[15] 

 

Bwambale Kakolele, chargé des opérations au Congrès national pour la défense du peuple (CNDP, le mouvement politico-militaire de Nkunda), a accusé l’armée régulière d’avoir déclenché les troubles en cherchant à « désarmer » les soldats ralliés à Nkunda qui avaient déserté les rangs de la brigade mixée Charlie.[16] 

 

Pour le ministre congolais de la Défense, Tshikez Diemu, «les derniers affrontements ont été provoqués par les insurgés du général déchu Laurent Nkunda» qui ont à plusieurs reprises «attaqué les positions des FARDC».[17] 

 

Les combats se sont successivement déroulés entre militaires loyalistes des Fardc (les bataillons loyalistes des brigades mixées et les brigades brassées arrivées au secours d’autres régions) et militaires de l’ex général Laurent Nkunda (les bataillons nkundistes des brigades mixées). 

 

 

LES RÉACTIONS ET LES DÉCLARATIONS NATIONALES ET INTERNATIONALES

 

Le 1er septembre, le représentant spécial de l’Union européenne pour la région des Grands Lacs africains, Roeland Van de Geer, a plaidé pour « un renforcement de la coopération entre la République démocratique du Congo et le Rwanda », pour une issue pacifique à la crise dans l’est congolais. « Nous souhaitons voir les engagements pris par les pays de la région (pour lutter contre les différents groupes armés sévissant dans l’est congolais) être mis en application », a déclaré M. Van de Geer. « La situation humanitaire de milliers de déplacés est inacceptable. On doit résoudre le problème des FDLR et aussi le problème de Nkunda. Il y a une responsabilité congolaise mais aussi une dimension régionale à ces problèmes et il est très important qu’il y ait un dialogue direct entre les deux pays, la Rdcongo et le Rwanda », a-t-il affirmé.[18] 

 

Le 3 septembre, au cours d’un point de presse tenu à Kinshasa, le ministre rwandais des Affaires Étrangères, Charles Murigande, a déclaré que les principaux obstacles à la paix dans l’est de la RDC, sont les Fdlr et les Interhamwe. Ceux-ci doivent selon lui, être désarmés, boutés hors de la RDC et répondre de leurs présumés crimes au Rwanda. Il a nié tout soutien militaire à l’ex général Nkunda par le gouvernement rwandais et a laissé entendre que le phénomène Nkunda n’était que la conséquence de la présence des ex-Far et Interahamwe en RDC. Et d’ajouter qu’il s’agit d’un «problème congolo-congolais».[19] 

 

Le 3 septembre, les FDLR demandent avec insistance à la Communauté Internationale de prendre des sanctions sévères contre le régime de Kigali, seul facteur de déstabilisation de la région des Grands Lacs Africains et seul responsable de la nouvelle guerre en RDC, à travers son agent et marionnette Laurent Nkundabatware. Les FDLR rappellent au public et à la Communauté Internationale que ce qui se passe à l’Est de la RDC n’est que l’exécution d’un plan de contrôle total des richesses immenses de la RDC qui passe par l’extermination des peuples bantous de la sous-région et de la reconquête de l’Est de la RDC par le régime du FPR en place à Kigali, en utilisant le fallacieux prétexte de protection des Banyamulenge ou de neutralisation des FDLR.[20] 

 

Le 5 septembre, Gabriel de Brosses, porte-parole militaire de la Monuc, a déclaré que la Mission de l’Onu privilégie plutôt une solution politique à la situation, même s’il affirme que Nkunda n’est plus un interlocuteur valable, car il s’agit d’un chef dissident. En rappelant le dernier communiqué conjoint des Ministres congolais et rwandais des Affaires Étrangères, il prône un dialogue entre les autorités congolaises et rwandaises.[21] 

 

Le 7 septembre, le chef de la diplomatie congolaise, Mbusa Nyamwisi, a déclaré à la presse que aujourd’hui, le gouvernement de la RDC est confronté à une réelle situation de guerre au Nord-Kivu et que elle est le fait « de l’activisme d’une milice réfractaire au processus de formation d’une armée unitaire en RDC qui ne devrait pas bénéficier du soutien de quelque membre de la tripartite plus », organisation regroupant, outre la RDC et l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi.[22] 

 

Le 10 septembre, le président rwandais Paul Kagame a estimé que « certaines revendications politiques » du général déchu tutsi congolais Laurent Nkunda étaient « légitimes » et a proposé un accord politique pour mettre fin aux affrontements dans l’est de la RDC. Le gouvernement de Kagame attend aussi du gouvernement du président congolais Joseph Kabila qu’il disperse et expulse les rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda. 

Nkunda dit combattre pour protéger les Tutsis de l’est du Congo contre des attaques de rebelles rwandais des FDLR, majoritairement hutus et accusés, par Kigali, d’implication dans le génocide rwandais, en 1994. Il accuse aussi le gouvernement de Kabila de soutenir directement les FDLR.
Par cette déclaration, Kagame ne fait plus de mystère de son soutien à Nkunda. Bien entendu, il lie ce soutien, comme toujours, à la présence des Interahamwe en RDC. Depuis des années, la présence de ces rebelles dans les forêts nord-orientales du Congo est utilisée comme justification par Kigali pour maintenir une pression militaire sur la région.[23] 

 

Le 11 septembre, à l’issue d’une marche de protestation à laquelle a pris part une trentaine d’associations, la société civile du Nord- Kivu, a remis aux autorités provinciales un mémorandum dans lequel elle accuse le Rwanda, le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie de l’ex-vice-président Ruberwa) et le MLC (Mouvement de libération du Congo de l’ex-vice-président Bemba) d’entraîner le gouvernement dans un cycle de négociations stériles avec le l’ex général Laurent Nkunda. Selon le président de la Société civile, M. Monemo, les forces vives du Nord- Kivu s’opposent à des négociations avec Laurent Nkunda qui est sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour crime de guerre. Le gouvernement central doit mettre fin au phénomène Nkunda au Nord-Kivu car la population est fatiguée de la guerre et a besoin de la paix, a-t-il indiqué, ajoutant qu’on doit accélérer son arrestation pour qu’il réponde de ses actes.[24] 

 

Le 13 septembre, le Président Joseph Kabila a déclaré qu’il entendait rétablir l’autorité de l’Etat « par tous les moyens possibles » au Nord-Kivu. « Je ne permettrai à personne, (que ce soit) un individu ou une communauté, d’avoir une milice. C’est impossible, c’est inacceptable », a-t-il dit. 

«Parce que, entre guillemets, ma communauté est menacée, je constitue une milice. Alors il faut constituer combien de milices? Deux cents cinquante, parce qu’il y a deux cent cinquante tribus», s’est-il justifié, pour découdre pièce par pièce l’argumentaire de Nkunda qui se pose en défenseur des tutsis face à la soi-disant menace des rebelles hutus rwandais des FDLR. Le président Kabila présente le brassage ou la démobilisation comme la solution au problème sécuritaire au Nord Kivu. Il a annoncé aussi son intention de renforcer la capacité de l’armée dans cette partie du pays, pour combattre les FDLR (6.000 combattants, avec leurs familles). «Ces gens-là doivent tous rentrer chez eux, et chez eux, c’est le Rwanda», a-t-il déclaré. Mais Kinshasa, comme nombre de chancelleries dans les Grands Lacs, n’ont jamais perçu l’empressement du Rwanda à mettre sur pied une structure pour accueillir ses citoyens en exil en RDC dont seule une infime minorité est présumée, à ce jour, avoir participé au génocide.[25] 

 

Le 19 septembre, il est arrivé à Goma, à la surprise générale de la population et même de certaines autorités. Au cours d’un point de presse, Joseph Kabila a affirmé que « aucun individu ne peut prétendre qu’il est là pour protéger une communauté, c’est la mission de l’armée nationale. C’est pour cela que l’on demande aux dissidents de déposer les armes et d’aller au brassage pour intégrer l’armée nationale ». Joseph Kabila a aussi écarté la possibilité de toute négociation avec l’ex général Nkunda. Pour le président Joseph Kabila, l’insécurité au Nord-Kivu est également entretenue par des notables locaux et même des parlementaires, locaux et nationaux, qui organisent et entretiennent des milices Le chef de l’Etat s’est montré aussi très clair concernant les FDLRs. Il invite ceux qui restent sur le territoire congolais à renter au Rwanda. En aucun cas ils ne peuvent rester armés au Congo.[26]   

 

Les guerres dans l’Est de la RDC étant d’essence économique et affairiste, les alliés de Nkunda en font un parfait «nouveau pion». Grâce à lui, ils pourraient, demain comme hier, assouvir leurs ambitions «gemmocratiques». Ils sauraient, en d’autres termes, exercer un puissant pouvoir de domination s’appuyant sur les «minerais», avant d’étendre leur souveraineté sur les espaces géographiques de l’État entier. Déduction: le complot visant la déstabilisation de la RDC demeure toujours à l’ordre du jour. Le complot consiste à opposer Kinshasa à Goma sur fond de prétextes politiques sous-tendus par la rengaine de non protection des minorités. La stratégie a payé jusqu’ici, donnant l’impression fausse d’une minorité qui serait «opprimée». Mais le but poursuivi est d’opposer l’Ouest à l’Est afin d’effriter l’autorité de Kinshasa dans le contexte d’un complot international visant la balkanisation de la RDC. Le cas Banyamulenge ayant déjà montré ses limites, la subtilité consiste désormais à maintenir les populations de l’Est dans la psychose de la guerre, par l’échec de toutes les tentatives de paix et la stratégie de l’entretien des rivalités interethniques, donnant ainsi l’impression que Kinshasa les a abandonnées.[27]  

 

 

LES RENCONTRES DES QUATRE PAYS TRANFRONTALIERS

 

Le 27 et 28 août, les chefs d’états-majors généraux des armées rwandaise, ougandaise, burundaise et congolaise se sont retrouvés à Kigali pour examiner le problème de l’insécurité dans leurs zones transfrontalières. Selon leur communiqué final, ils ont réaffirmé leur engagement à chercher la paix en neutralisant les rebelles qui opèrent dans la région. 

Depuis quelques mois avant la rencontre de Kigali, le Rwanda avait sollicité le feu vert de la RDC pour mener des «opérations militaires conjointes» afin de traquer les interahamwe qui constituent, selon le porte-parole de l’armée rwandaise, le major Jill Rutaremara, «une menace pour la sécurité du Rwanda à partir de la région est de la RDC». Le Rwanda ne propose rien d’autre que des opérations militaires conjointes, limitées dans le temps, avec un commandement militaire bicéphale. Ce qui évidemment compliquerait les choses du fait des intérêts particuliers des uns et des autres.
Le fait que le Rwanda revienne subtilement avec la proposition de «mixage», sous la forme des opérations militaires conjointes, révèle désormais d’où est venue l’inspiration qui a infiltré les forces armées congolaises avec l’approche du «mixage». La présence des militaires rwandais en RDC serait d’ailleurs mal interprétée par les populations congolaises et considérée comme une nouvelle agression ou occupation étrangère. 

Selon les observateurs, le Rwanda donne la nette impression de vouloir renvoyer ses militaires en territoire congolais, pour continuer l’exploitation illégale des ressources naturelles de la Rdc et, pire encore, pour régler «définitivement» les comptes (anéantir – exterminer) avec les rangs des Interhamwe, sur le sol congolais. Dans ce cas, le danger est réel de transplanter la logique du génocide rwandais de 1994 en territoire congolais, avec toutes ses conséquences néfastes . 

Toutefois, selon les observateurs, il importe de lever ensemble une option définitive pour neutraliser les forces négatives. Celle-ci devra comporter deux volets: militaire et politique-diplomatique. 

Au plan militaire, c’est une force africaine qui, soutenue par l’Onu, l’UE et l’UA, devrait appuyer les FARDC pour neutraliser les interahamwe et chasser de son territoire tous les groupes armés qui entretiennent l’insécurité dans la région. Si cette décision n’a pas connu de suivi, c’est tout simplement parce que l’Union Européenne, qui avait promis la logistique nécessaire, ne s’est jamais exécutée. Le moment est venu de se rattraper. 

Mais pour déboucher sur une solution durable de paix et de sécurité, les mêmes partenaires ont l’obligation morale, diplomatique et politique d’assister le Rwanda à trouver une solution politique inter-rwandaise. L’essai a été concluant au Burundi et en RDC. L’Ouganda est sur la voie, car il a engagé des pourparlers avec la rébellion LRA. Pourquoi tergiverse-t-on avec le Rwanda? 

Un dialogue interrwandais entre les Autorités rwandaises et l’opposition politique interne et externe, armée et non armée, s’impose, pour arriver à la pacification de la Région des Grands Lacs. Puisque le génocide rwandais de 1994 a été reconnu par la Communauté Internationale, il n’est plus un fait interne au Rwanda et, par conséquent, la Communauté Internationale a le devoir de s’engager avec toutes ses forces pour assister le Rwanda sur le chemin de la démocratie et d’un vrai processus de vérité, justice et réconciliation nationale. C’est dans ce cadre que, après la constatation des ambiguïtés et des insuffisance des activités du Tpir et des Gacaca, la Communauté Internationale doit emmener les Autorités de Kigali et les déléguées des ex Far, des Interahamwe et des Fdlr à se rencontrer et parler, pour mettre fin à leur contentieux.[28] 

 

Le 2 septembre, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Charles Murigande, est arrivé à Kinshasa pour une visite de travail au cours de laquelle il s’est entretenu avec son homologue congolais Antipas Mbusa Nyamwisi

À l’issue d’une concertation bilatérale, la RDC et le Rwanda ont renouvelé leur engagement à désarmer et à rapatrier les rebelles hutus rwandais, les ex-Far (ex-Forces armées rwandaises) et Interahamwe (milice hutue), présents depuis plus de 13 ans dans l’est de la RDC. Les deux parties ont convenu que la résolution de la question des ex-Far et Interahamwe ainsi que celle des réfugiés congolais vivant au Rwanda relève exclusivement de la compétence des Etats et non des individus.   

La RDC et le Rwanda se sont engagés à « s’abstenir d’envoyer ou de soutenir les oppositions armées ou des groupes armés ou rebelles sur le territoire d’un autre Etat membre ou de tolérer sur le territoire les groupes armés ou rebelles engagés dans des conflits armés ou impliqués dans des actes de violence ou de subversion entre le gouvernement d’un autre Etat ». S’agissant du retour des Congolais réfugiés au Rwanda, les deux pays ont décidé de mettre en place une commission tripartie RDC-Rwanda-HCR en vue de leur rapatriement. Les deux parties ont demandé à la Monuc d’intensifier des opérations de surveillance de la frontière commune en collaboration avec les armées des deux pays. Elles ont également décidé de mettre en place une commission conjointe de travail chargée de la reconstitution des bornes frontières héritées de la colonisation. Rien n’a été dit explicitement  sur le général renégat Nkunda, soutenu militairement et financièrement par le Rwanda et qui continue à narguer les autorités congolaises.[29] 

Dans les milieux diplomatiques on commence à douter de la menace que constitue réellement les 6 000 FDLR, dont près de la moitié a traversé la frontière en 1994 en bas âge ou est née les années d’après. De quoi accuse-t-on les enfants et les jeunes gens? Et plus, c’est depuis 1996 à ce jour que les Forces de l’Armée Patriotique Rwandaise du président Paul Kagamé (pendant les deux guerres de 1996-97, avec les troupes de l’Afdl et de 1998-2003, avec les troupes du Rcd et actuellement avec les troupes de N’Kundabatware) traquent les Fdlr, mais ils n’en sont jamais venus à bout et n’ont  pas pu les déloger des forêts du Kivu.. Pourquoi Kigali n’est jamais parvenu à éliminer cette menace, s’interrogent-ils. L’intérêt du Rwanda réside sans doute ailleurs, les FDLR et le génocide n’étant que monnaies de change.[30] 

D’autre part, réagissant à une déclaration du gouvernement rwandais affirmant avoir pris toutes les dispositions utiles à son niveau dans le cadre de l’accueil fraternel réservée aux éléments des ex-forces armées rwandaises et aux Interahamwe, les dirigeants des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda ont dénoncé ce qu’ils appellent « la fourberie de Kigali » et refusent de retourner dans leur pays les poings et les pieds liés avant de terminer leur vie sur une guillotine. En d’autres termes, les forces démocratiques pour la libération du Rwanda en Rdc sont déterminées à résister à toute action militaire ou autre tendant à les ramener dans ce pays par la force et en dehors de toute garantie politique offerte par la communauté internationale.[31] 

 

Le 8 septembre, les présidents congolais et ougandais Joseph Kabila et Yoweri Museveni ont signé samedi soir à Arusha en Tanzanie des accords pour le renforcement de la coopération bilatérale dans les domaines de la sécurité, la diplomatie et l’économie. Sur le plan de la sécurité, les deux pays se sont engagés à poursuivre le processus de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réinsertion et Réintégration (DDRRR en sigle) en faveur des forces négatives présentes sur les territoires des deux pays respectifs et à ne plus accorder ni soutien ni asile aux groupes réfractaires à ce programme. Conformément à cet accord, la RDC doit chercher à éradiquer les groupes rebelles ougandais de l’Armée de résistance du Seigneur ( LRA), des Forces démocratiques alliées (ADF) et de l’Armée de libération nationale de l’Ouganda (UNLA), alors que l’Ouganda doit couper son soutien aux groupes congolais des Forces Armées du peuple congolais (FAPC), du Mouvement révolutionnaire congolais (MRC), et du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et retirer ses troupes encore présentes dans le territoire congolais de Mahagi. On a confirmé aussi le principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Dans le secteur économique, les deux parties ont convenu d’exploiter en commun, conformément aux accords de 1990, le pétrole et le gaz du lac Albert, frontière naturelle entre les deux pays. En effet, la situation est tendue à la frontière ougando-congolaise, en raison notamment de l’exploration de pétrole sur le lac Albert.[32] 

 

Le 16 septembre, les ministres des Affaires étrangères du Rwanda, d’Ouganda, du Burundi et de République démocratique du Congo (RDC), membres de la Commission conjointe de la Tripartite plus 1, étaient réunis à Kampala pour discuter de la sécurité dans la région des Grands Lacs. Le chef de la Mission de l’ONU en RDC (Monuc), William Swing, a déclaré à la presse: « Nous souhaiterions régler la question des groupes armés en RDC une bonne fois pour toutes, de sorte que les groupes étrangers présents en RDC puissent rentrer chez eux et que les milices locales soient désarmées et intégrées aux forces armées de RDC ». La réunion des ministres s’est achevée sans conclusions concrètes. Kinshasa a plusieurs fois accusé, et sur un ton tout autre que diplomatique, le gouvernement rwandais de soutenir militairement le général dissident Laurent Nkunda et a rappelé la présence massive des soldats rwandais dans les troupes de Nkunda même. Sur l’autre bord, Kigali a insisté encore une fois que Kinshasa doit accepter sa collaboration pour traquer les rebelles hutu rwandais des FDLR, installés dans le Kivu depuis 1994.  Les quatre pays ont, toutefois, « exprimé leur inquiétude face à la détérioration des conditions de sécurité dans l’est du Congo, en particulier (face) au rôle déstabilisateur de l’ancien général Laurent Nkunda et des ex-FAR (Forces armées rwandaises) et Interahamwe ». Les ministres conviennent de l’importance d’accélérer le processus de brassage des FARDC pour que ces dernières puissent agir contre les forces négatives et assurer la sécurité des populations locales. Pour réussir ce pari, la Monuc est invitée à intensifier sa collaboration avec l’armée congolaise, afin d’éliminer toutes les forces négatives à travers la pleine application de son mandat. Par forces négatives, les participants entendent aussi bien les FDLR-ex FAR-Interahamwe que les combattants du général dissident Laurent Nkunda. Pour ce dernier, la porte du brassage lui est réservée et non la voie de la négociation avec Kinshasa.[33] 

 

 




[1] Cf  UDPS online 25.09.’07.

[2] Cf Adrien de Mund – Intambwe, 04.09.’07 et Gaspard Musabyimana, 06.09.’07.

[3] Cf congo tribune, 10.09.’07.

[4] Cf Conseil de Sécurité de l’Onu – Rapport final du groupe d’experts pour la RDC, 18.07.’07.   

[5] Cf AFP – Nairobi, 30.08.’07. 

[6] Cf Patient Ndoole – Syfia Grands Lacs/RD Congo, 09.08.’07. 

[7] Cf Reuters – Kinshasa, 12.08.07; Le Révélateur 14.08. ?07 

[8] Cf Emmanuel Makila – Le Révélateur 17.08.’07. 

[9] Cf Radio Okapi, 11.08.’07. 

[10] Cf AFP – Goma, 15.08.’07 et Radio Okapi, 15.08.’07. 

[11] Cf Reuters – Kinshasa, 12.08.07. 

[12] Cf Prince Malko – Cdfafrique / afrikblog, 12.08.’07. 

[13] Cf AFP – Kinshasa, 29.08.’07. 

[14] Cf  AFP – Goma, 05.09.’07. 

[15] Cf Belga – 7×7, 28.08.’07; Radio Okapi, 28.08.’07 et AFP – Goma, 28.08.’07. 

[16] Cf AFP – Kinshasa, 29.08.’07. 

[17] Cf AFP – Kinshasa, 30.08.’07 et Radio Okapi, 31.08.’07. 

[18] Cf AFP – Kinshasa, 01.09.’07. 

[19] Cf L’Avenir Quotidien – Kinshasa, 04.09.’07 et Le Potentiel – Kinshasa, 04.09.’07. Devant les micros de la presse, Murigande a étalé les positions du gouvernement rwandais, comme un disque qui tourne bien sur sa plaque. La force de la diplomatie rwandaise réside dans les propos répétés comme un chant agréable pour gagner les interlocuteurs à sa cause. Murigande oublie que la paix à l’Est du Congo démocratique est une équation à plusieurs inconnus et qu’il est tout à fait simpliste de dire que ce sont justes les Interhamwe qui compliquent le retour de la paix en RDC, car il y a aussi un certain N’Kundabatware qui continue à allumer l’incendie de sa folle croisade au Nord Kivu et qui bénéficierait du soutien de Kigali. De nouveau, le gouvernement rwandais se montre soucieux de servir d’intermédiaire entre le dissident Nkunda et le gouvernement congolais quand, en réalité, devrait être ce dernier à servir d’intermédiaire entre Kigali et les sinistres Interhamwe et les Fdlr, qualifiés d’ennemis irréductibles du Rwanda. 

[20] Cf La Prospérité – Kinshasa, 04.09.’07. 

[21] Cf Le Phare –
Kinshasa, 06.09.’07.
 

[22] Cf AFP – 7×7, 07.09.’07. 

[23] Cf Reuter, 11.09.’07 et Le Potentiel – Kinshasa, 12.09.’07. 

[24] Cf Xinuanet, 13.09.’07. 

[25] Cf Rdio Okapi, 13.09.’07; AFP – Kinshasa, 13.09.’07 et Le Révélateur – Kinshasa, 14.09.07. 

[26] Cf Radio Okapi, 20.09.’07 et Misna, 20.09.’07. 

[27] Cf Le Potentiel – Kinshasa,  01.09.’07. 

[28] Cf AFP – Kigali, 27 et 28.08.’07; Le Potentiel – Kinshasa, 29.08.’07. 

[29] Cf AFP – Kinshasa, 03.09.’07 et Radio Okapi, 03.09.’07. Cf aussi Bamporiki Chamira – La Tempête des Tropiques – Kinshasa, 04.09.’07 et Le Révélateur – Kinshasa, 04.09.’07: Jusqu’à la veille du retour à Kigali de M. Muringande, tout tournait encore autour de l’énorme concession que les autorités de la Rdc se devaient de faire au Rwanda en lui livrant les soldats des ex-forces armées rwandaises et les miliciens Interahamwe regroupés au sein des Fdlr en échange du retrait du Général déchu Laurent Nkunda Mihigo ainsi que de la reddition de ses troupes. Comme le disait un diplomate occidental ayant requis l’anonymat, il ne voit pas dans quelle mesure le Rwanda pourra lâcher Nkunda et accepter de rapatrier les FDLR, un geste qui pourra éteindre ses prétentions sur l’Est de la RDC, riche en minerais. Pour nombre de ces analystes, les FDLR demeurent un prétexte pour Kigali de contrôler cette partie et d’y exploiter illégalement les ressources naturelles par Nkunda interposé. 

[30] Cf  Le Révélateur – Kinshasa, 04.09.’07 

[31] Cf Bamporiki Chamira – La Tempête des Tropiques – Kinshasa, 04.09.’07. 

[32] Cf Radio Okapi, 09.09.’07 et Xinhuanet – Kampala, 11.09.’07. 

[33] Cf AFP – Kampala, 16 et 17.09.’07 et Radio Okapi, 17.09.’07. 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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