Jackson Wilson a inteviewé Kabila

3 octobre 2007

Interview

Le journaliste américain indépendant Jackson Wilson a interviewé le Président Joseph Kabila en marge de l’Assemblée générale de l’ONU et il présente son hôte comme un Président nationaliste pour qui seuls comptent les intérêts de son pays, comme le témoigne le récent partenariat conclu avec la Chine malgré les pressions internationales.

 

 

En marge de l’Assemblée générale de l’Onu, le président Joseph Kabila s’est ouvert au monde médiatique pour donner sa position sur l’actualité politique interne de la RD Congo. De la situation socio-économique, de l’insécurité et la reprise de la guerre à l’Est de la RDC, de l’immobilisme du gouvernement congolais, de la restriction des libertés individuelles, des pré­sumés assassinats politiques, du retour hypothétique à Kinshasa de son rival le sénateur Jean Pierre Bemba, de l’accord de coopération avec la Chine…, tous ces sujets ont été survolés, sans restriction ni tabou. Cette interview accordée depuis Washington Dc à Jackson Wilson (Journaliste Indépendant) présente Joseph Kabila sous l’étoffe d’un président nationaliste pour qui seuls passent les intérêts de son pays à l’image du récent partenariat conclu avec la Chine malgré les pressions internationales.

Récusant le parrainage occidental teinté d’hypocrisie et enfermant la RD Congo dans la spirale d’un surendettement chronique, une forme de néocolonialisme sournois qui ne dit pas son nom, Joseph Kabila a désormais choisi son camp. « Nous avons compris, dit-il, qu’il fallait absolument couper ce cordon ombilical maléfique“.

L’évaluation que Joseph Kabila fait de la coopération bilatérale avec les pays occidentaux et particulièrement avec la Belgique est loin d’être satisfaisante, et il en tire les conséquences. Il n’a pas peur de finir comme son défunt père qui a arpenté les mêmes sentiers du nationalisme et assume ses dires. Le dessein qu’il nourrit pour son pays est à la mesure de ses ambitions lesquelles s’inscrivent dans la durée, avec comme finalité, faire du
Congo la première puis­sance économique, militaire et nucléaire de l’Afrique noire. Ci-dessous texte intégral.

Jackson Wilson : Monsieur le président, quel bilan faites-vous à plus de 300 jours de votre élection au suffrage universel ?
Joseph Kabila : Selon la nou­velle constitution de la RDC, le pré­sident n’est à aucun cas respon­sable de la situation économique, sociale et sécuritaire du pays. Vous devez poser cette question au premier ministre Antoine Gizenga.

Jackson Wilson : Voulez-vous dire qu’il y a une véritable séparation du pouvoir en RDC ?
Joseph Kabila : Bien évidement. Toutefois, il existe des domaines de collabo­ration entre la présidence et le gouvernement.

J.W : Certains congolais ne sont toujours pas convain­cus de votre filiation avec le défunt président Laurent Dé­sire Kabila. Du reste, ils conti­nuent à suspecter votre parti­cipation dans la planification de son assassinat. Quelle est votre réaction ?
J.K. : J’ai été élu à 58% des voix au suffrage universel direct par des électeurs congolais. Cela suffit pour faire taire toutes ces mau­vaises langues! En outre, je suis marié à une congolaise du Bas-congo. Le débat sur mes origines n’a plus aucun sens.
J.W: Selon certaines Ongs, ces élections ont été entachées de plusieurs irrégularités en votre faveur. Notamment, la sur­veillance de plusieurs bureaux de vote à l’Est de la RDC par les éléments rebelles rwandais du FDLR, Interamhwé, et les hommes du général dissident Laurent Nkundabatware. Tous sont connus pour les massa­cres et viols contre la popula­tion civile.
J.W : Tous ces rebelles déclarent à qui veut les enten­dre qu’ils ont participé à votre écrasante victoire électorale dans le Kivu; le secrétaire gé­néral de votre parti politique le PPRD, Monsieur Vital Kamerhe déclara à un journa­liste de Jeune Afrique que vo­tre épouse lui avait confié des valises pleines de dollars afin de corrompre les électeurs les éléments de votre garde personnelle ont attaqué à plu­sieurs reprises la résidence de votre rivale du second tour, avant et après les élections les chaînes de radio et télévi­sion de l’opposition ont été brûlées des journalistes assassinés…Franchement, ces élections ont-elles  été libres, démocratiques et transparentes ?
J.K. : Concernant la présence des éléments rebelles dans les bu­reaux de vote, je vous dirai sim­plement qu’en politique les liens se font et se défont selon les inté­rêts. Quant aux déclarations de Vital Kamerhe, ce dernier a ap­porté des éclaircissements lors de ses suivantes sorties médiatiques. Il m’avait demandé pardon et je le lui ai accordé. Les incidents qui ont survenu pendant la période électorale doivent être placés dans leur contexte !

J.W. Mais, vos hommes n’avaient pas hésité à tirer sur la résidence de votre rival le 21 août 2006, sachant très bien qu’il y avait les membres du Ciat, 15 ambassadeurs en poste à Kinshasa dont plusieurs oc­cidentaux?

J.K. : C’est très regrettable, mais on ne sait pas faire des omelet­tes sans casser des oeufs.

J.W : Que signifie cette expres­sion ?

J.K: Ces diplomates se sont re­trouvés au mauvais endroit et au mauvais moment. Ils sont allés dans cette résidence sachant que c’était une zone de combat. Je me demande s’ils n’ont pas voulu ser­vir de bouclier humain ? Malheu­reusement pour eux, mes hom­mes avaient un travail à finir. D’ailleurs, leurs propres gouverne­ments n’ont pas exprimé leurs désapprobations. Les forces de l’Union européenne et ceux de l’ONU présentes à
Kinshasa nous ont facilité la tâche. Le rapport de l’ONU sur ces incidents est mis au placard! L’affaire est close.

J.W : Voulez-vous dire qu’il y a eu complicité internationale pour éliminer votre adversaire politique?
J.K. : Je vous laisse répondre à votre question.

J.W : Le sénateur J.P Bemba souhaite retourner en RDC et demande des garanties politi­ques et sécuritaires. Quelle est votre position ?
J.K. : J’ai déjà eu à répondre plusieurs fois à cette question. La justice de mon pays est libre et indépendante, elle doit faire son travail. Quant aux garanties sécuritaire, je n’y peux rien. L’in­sécurité est généralisée, toute la population vit dans l’insécurité. Je ne peux pas garantir la sécurité d’un seul individu!

J.W : Selon notre correspon­dant en RDC, l’opposition sus­pecte votre entourage de vou­loir à tout prix obtenir une condamnation par défaut à l’en­contre du sénateur JP Bemba et son inéligibilité à vie ? Ainsi, toutes sortes de charges et combines sont mises en branle afin que la justice fasse le reste ?
J.K. : C’est de bonne guerre!
Re­gardez ce qui se passe en
France dans l’affaire Clearstream. Le pré­sident Jacques Chirac et son pre­mier ministre Dominique de Villepin, n’ont pas hésité à mon­ter un dossier sur le candidat de leur propre camp en la personne de Nicolas Sarkozy !

J.W : Mais l’affaire a mal tourné pour Jacques Chirac et Domi­nique de Villepin ?
J.K. : La politique est un métier à risque, cher ami ! (Sourire)

J.W : En matière des libertés in­dividuelles et des droits de l’homme, la situation en RDC est devenue pire qu’avant les élections, selon HRW et Am­nesty International ?
J.K. : La situation politique dans mon pays est de loin meilleure par rapport à celle de la Birmanie, dont le régime militaire est soutenu à bras le corps par les occidentaux Votre gouvernement retient des pauvres Musulmans en toute illé­galité à Guantanamo ? La
France et la Belgique ont construit des prisons sur les tarmacs de leurs aéroports internationaux.
Les étrangers (hommes, femmes en­ceintes, nouveaux-nés, enfants et vieillards) y sont enfermés sans jugement ! Vos militaires sèment la mort en Irak ainsi qu’en Afghanistan. Ces morts ne sont-ils pas des dommages collatéraux ?

J.W : Les pays occidentaux qui ont financé le processus élec­toral en RDC se sentent aujourd’hui floués depuis que votre gouvernement a signé avec le régime chinois un acc­ord de coopération pour un montant de 8,5 milliards de dollars. La Banque Mondiale et FMI boudent cet accord. Que pensez-vous des réactions des parrains occidentaux?
J.K. : Primo, je n’ai pas de parrains occidentaux. Les élections en RDC ont été libres, démocratiques transparentes. Je suis un na­tionaliste africain et un panafricaniste convaincu. Ceux des occidentaux qui ont cru être les prétendus parrains vont l’appendre à leur dépend ! Je n’ai des comptes à rendre qu’aux électeurs congolais qui m’ont apporté leur confiance. Secundo, j’ai décidé de coopérer avec la Chine, malgré les pressions internationales, car c’est la 4ème puissance mondiale. Je dirai même que la Chine est en réalité la première puissance mondiale.
Nous avons compris que la coopération bilatérale avec nos partenaires occidentaux tra­ditionnels n’a été que duperie. L’exemple le plus frappant est celui de l’accord de coopération avec la Belgique, signé juste après mon investiture, pour un montant de moins de 200 millions d’Euros sur 5 ans!  Ce petit mon­tant, argent de poche, loin de nous aider à sortir du marasme économique, nous enferme dans un système de surendettement chronique, une forme de néocolonialisme sournois qui ne dit pas son nom. Nous avons com­pris qu’il fallait absolument couper ce cordon ombilical maléfique. Je peux vous assurer que Hugo Chavez et Fidel Castro sont mes models. Ils ont compris les vrais enjeux économiques internatio­naux, déséquilibrés, au détriment des pays du sud.

J.W : Vous me paraissez très sûr de vous?
J.K. : Je suis le président d’un pays qui est 80 fois plus grand que la Belgique et 8 fois plus grand que la
France. Ces anciennes puissances coloniales doivent commencer à nous respecter. Vous avez vu ce que la coopéra­tion militaire belge a fait en RDC ? Au lieu de former nos hommes, elle nous a vendu du matériel de seconde main (armes, munitions, transporteurs des troupes…). Ces gens sont venus faire du commerce. En guise de remerciement, ils ont voulu me donner, sans rai­son, le titre de docteur honoris causa de l’Ecole Royale Militaire ERM de Bruxelles. L’armée con­golaise est actuellement une co­quille vide. J’ai, à cet effet, signé un accord de coopération militaire avec la Chine afin de doter mon pays d’une armée moderne et sur­tout de l’armé nucléaire d’ici 2011. Mon pays dispose de la plus grande réserve d’Uranium du monde. Notre Uranium est natu­rellement enrichi, j’ai bon espoir de disposer de la bombe nucléaire d’ici la fin de mon premier man­dat.

J.W : La vente d’Uranium au ré­gime iranien et Nord coréen n’est donc pas une fiction ?
J.K. : Ecoutez, la RDC est un pays souverain. Personne ne peut ve­nir nous dire ce qu’il faut vendre ou pas ! L’Uranium est un minerai comme les autres.

J.W : L’accueil en demi-teinte que les officiels Belges vous ont réservé lors de votre pas­sage à Bruxelles le week-end passé est un prélude à…N’avez-vous pas peur de fi­nir exactement comme votre défunt père ?
J.K. : J’ai pris mes dispositions

J.W : Quel est votre dernier mot
J.K. : J’entends faire de mon pays la RDC, la première puissance économique, militaire et nucléaire de l’Afrique noire. La Chine va nous aider dans ce sens, n’en déplaise à certains.
 Jackson Wilson/J.I/Washington DC/Uhuru

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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