Kabila diffère l’attaque contre Nkunda

16 octobre 2007

Actualités

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Joseph Kabila serait disposé à ‘‘accorder un délai supplémentaire’’ aux insurgés, ‘‘jusqu’à la fin du mois’’, a-t-on appris lundi 15 octobre de source diplomatique à Goma. Les ambassadeurs des pays qui siègent actuellement au Conseil de sécurité de l’ONU ont convaincu Joseph Kabila à différer le déluge de feu qu’il s’apprête à faire pleuvoir sur les hommes de Nkunda. Ce groupe était constitué des ambassadeurs de la Grande Bretagne, de la France, de la Belgique et de l’Afrique du Sud, ainsi que du Chargé d’affaires de l’Ambassade des Etats-Unis en RDC, arrivés à Goma dans la suite de Joseph Kabila.

Ces diplomates ont été conduits auprès du président de la République par le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en RDC, William Lacy Swing. En échange, la MONUC a multiplié ses appels aux dissidents de revenir sur le droit chemin de l’intégration à l’armée nationale. ‘‘Nous appelons à nouveau tous les dissidents à aller au brassage, sans délai et sans condition’’, a déclaré William Swing lors d’un point de presse à Goma, pour éviter une confrontation brutale, a-t-il expliqué. La Belgique, quant à elle, insistait depuis des semaines sur l’ouverture de dialogue entre le gouvernement et l’officier rebelle en vue d’épargner les vies humaines.

Kabila est descendu lui-même dimanche 14 octobre à Goma, en tête d’une forte délégation d’officiers et experts militaires de même que des ministres de la Défense, Tshikez Diemu, de l’Intérieur, Dénis Kalume et des Affaires humanitaires, Jean-Claude Muyambo, pour superviser, il faut vraiment s’y attendre au regard des déclarations sulfureuses du camp Nkundabatware, l’intervention humanitaire conséquente à la vaste offensive préparée contre cet officier rebelle réfractaire avec ses 5 000 fidèles au processus de brassage.

‘‘Nous n’allons pas rendre les armes’’ tant que les 15 000 soldats loyalistes ainsi que toute la puissance de feu déployée par le président leur font face, s’est entêté René Abandi, Porte-parole du CNDP, le mouvement politico-militaire de Nkunda. ‘‘Nous riposterons à toute attaque’’, a-t-il avisé, car selon des témoins, les insurgés ne se présentent pas non plus en victimes expiatoires.

Armes lourdes, véhicules de transports des troupes, lourds et légers, hommes disciplinés et calmes mais surtout matériels de communication up to date, tels sont les arguments que détiennent les rebelles pour en découdre avec les FARDC. ‘‘Nous ne craignons absolument rien et nous attendons. Nous avons une détermination ferme. Et nous allons nous en sortir’’, a rassuré un major dissident interrogé par RFI. Les Nkundistes se font entouré d’un bouclier humain constitué des déplacés tutsis que Nkunda n’hésitera pas à sacrifier, affirme-t-on des sources humanitaires, lui qui se pose en défenseur de cette ethnie dans cette partie du pays, ce qui a cependant fait le leitmotiv de son combat.

La population déjà meurtrie par des piques d’insécurité dans la zone depuis janvier s’attend au pire. Elle est presque prise en étau pour ne pas dire en otage. Kitchanga, le fief de Nkunda est en état d’alerte rouge. Et les hommes de Nkunda font preuve d’un stoïcisme obséquieux en attendant ce qu’ils appellent un sacrifice suprême, ‘‘un carnage’’ pour crier au génocide. ‘‘L’ONU va se battre contre nous avec des FARDC et des FDLR (rebelles hutus rwandais). L’histoire devra les juger’’, s’est-il ‘‘victimisé’’.

Pas loin de l’étincelle

Déjà lundi 15 octobre aux environs de 13 heures, des accrochages opposaient à Kalengera, sur l’axe principal reliant Goma à Rutshuru, les FARDC et des soldats insurgés ralliés à Nkunda qui battaient en retraite et tentaient un passage en force afin de rejoindre leur bastion vers la frontière du Rwanda. Des sources militaires de la 9ème brigade des FARDC affirment qu’ ‘‘On ne pouvait pas les laisser faire ça et on a ouvert le feu’’. Cet incident montre à quel point une petite étincelle suffit pour déclencher les hostilités. Tous les hommes, dans les deux camps sont en état d’alerte maximum, doigt sur gâchette, n’attendant que le signal.

Une attaque foudroyante en fin de préparation

‘‘Le président vient faire le point de la situation au Nord-Kivu, tant sur le plan militaire qu’humanitaire’’, a expliqué le Porte-parole du Président, Kudura Kasongo, sans convaincre autrement tout ceux qui n’ignorent pas que tous sont sur le pied de guerre. Il ne reste plus que le go de Kabila ! Tout le décor est planté pour mener une attaque foudroyante, affirme-t-on de sources militaires.

Outre l’appui de la MONUC en transport des troupes et reconnaissance, des blindés, des hélicoptères de guerre, un chasseur Sukhoï (selon les hommes de Nkunda), Kabila aurait mis à contribution toute cette armada pour en finir une fois pour toute avec l’autoproclamé Robin des Bois tutsi. Le ministre de la Défense, Tshikez Diemu, l’avait réaffirmé en fin de semaine. ‘‘Et on l’attrapera, où qu’il se cachera, à la manière d’un rat dans un petit trou. C’est un criminel. Un délai de 21 jours lui a été donné (jusqu’au 15 octobre, ndlr)’’. Selon Tshikez, le général déchu a longtemps nargué Kinshasa. Le temps du dialogue est passé. ‘‘Nkunda n’a pas su saisir l’occasion du dialogue qui lui avait été donné’’, a-t-il affirmé.

Des témoignages affirment que l’officier rebelle a, au contraire, profité des accords de Kigali signés avec le gouvernement et débouchant sur le processus de mixage pour perpétrer un véritable génocide des Hutus, Congolais ou Rwandais, sans distinction d’âge et de sexe. Il a repris l’enrôlement des enfants sur les hauts plateaux de Masisi et de Rutshuru. Les dissensions qui ont éclaté dans son camp entre les tenants de la ligne dure et les colombes ont abouti au massacre de ceux qui ont été considérés comme des traîtres.

En début octobre, des fosses communes ont été découvertes dans les sites évacués par ses hommes, acculés par les FARDC. Ajoutés aux massacres de Kisangani en 2003 lorsque les Ougandais et les Rwandais se disputaient ce poste important pour leurs trafics illégaux et à ceux de Bukavu en 2004 lors de la brève prise de la ville avec son complice Jules Mutebusi, Nkunda est classé par le gouvernement comme criminel de guerre et devra répondre de ses actes, a indiqué le ministre de la Défense.

Nkunda lâche du lest

Laurent Nkunda avait proposé de libérer la semaine dernière 500 de ses fidèles pour le brassage. Mais la MONUC n’en a recensé que 157, de ceux qui ont réussi à déserter les rangs de Nkunda et joindre le centre de regroupement de Kituku, à 15 km de Goma par leurs propres moyens et surtout au péril de leur vie, témoignent ces ex-insurgés qui ont perdu des leurs dans cette reddition. ‘‘Ces soldats veulent revenir dans l’armée. Ils ont déserté ces derniers jours les rangs de Nkunda’’, a confirmé Tshikez, à partir de Goma où il accompagne Kabila. Faute de place dans l’avion, seul 130 de ces insurgés ont pu rejoindre la base Kamina où ils seront en formation.

Mais ceci n’est que le sommet de l’iceberg, à en croire les autorités de la 8ème région militaire qui auront recensé jusqu’à un millier de déserteurs du camp Nkunda. De manière générale, une vague constante de reddition est constaté dans les rangs de Nkunda. Avant les combats de ces derniers jours, plusieurs éléments insurgés, ayant fait l’objet de démobilisation au Rwanda, se sont rendus aux FARDC et ont accusé le CNDP de les avoir recrutés pour de soi-disant emplois en RDC. La liste des morts qui ne fait que s’allonger et la haine qu’il ne fait que s’attirer pour sa communauté est le motif que présente l’aile des ‘‘colombes’’.

Ces dissensions sont perceptibles à Kigali qui ne croit plus à l’efficacité de Nkunda. En effet, les autorités rwandaises veulent normaliser leurs relations avec la RDC qu’elles reconnaissent comme géant des Grands Lacs et qui va bientôt se relever. Autant sacrifier Nkunda pour revenir dans les bonnes grâces de Kinshasa.

Catastrophe humanitaire

Près d’un million de personnes (750 000 officiellement) jetées dans les routes du Kivu s’entassent dans plusieurs camps de fortune, vivant dans des conditions de sous-hommes, en dessous de tout minimum hygiénique. Pire, les déplacés répartis dans ces camps, sont dans le dénuement le plus total.

Les agences humanitaires, prises au dépourvu mais aussi entre deux feux n’arrivent plus à collecter et distribuer correctement de la nourriture pour les sinistrés. Outre les épidémies que l’on craint dans ces camps, c’est la résurgence des cas de viols qui est enregistrée. Depuis le début du mois, et dans le seul camp de Mugunga, dans la banlieue de Goma, 38 cas de viols ont été répertoriés.

Et les tensions ethniques entre Bashi, Hutus, Hunde, Nande vient exaspérer une situation déjà explosive. Il suffit d’une étincelle pour le carnage, pour un groupe de gens qui n’hésitent pas à en venir aux machettes.

Emmanuel Makila – Le Revelateur

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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