PAS OUBLIER

28 octobre 2007

Actualités

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XIe anniversaire de l’assassinat de Mgr. Christophe Munzihirwa à Bukavu (RDC) le 29 octobre 1996. Beaucoup de questions sur l’assassinat encore en suspense. Les visages des assassins sont encore inconnus. Comment pérenniser la mémoire de Munzihirwa.pour ne pas oublier. Pourquoi l’Eglise de Bukavu ne concrétise pas les souhaits d’un procès canonique de béatification  de Mgr. Munzihirwa.

 

 

1.    PAS OUBLIER 

 

Bonjour mes amis, bonjour à vous tous. Nous voila pour notre rendez-vous dominical. Nous sommes à la fin du mois d’octobre 2007, et dans notre pays la RDC nous célébrons deux anniversaires : le premier est l’anniversaire des élections libres et transparentes (une année est déjà passée !) et le deuxième est l’assassinat de l’Archevêque de Bukavu, Monseigneur Christophe Munzihirwa. Je voudrais faire une réflexion sur ce 2e anniversaire, pour ne pas oublier tout en racontant ce qu’était arrivé ce 29 octobre 1996 à place Nyawera de Bukavu. J’ai bien connu Monseigneur Munzihirwa, d’abord à Bukavu comme Supérieur des Jésuites, par après à Kasongo, comme Evêque et enfin à Bukavu comme Archevêque : un grand ami, mais aussi un grand père. 

 

Evangile de Saint Jean, 12,23-27 :

Jésus répondit à André et Philippe: L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. 

En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. 

Celui qui aime sa vie la perdra, et celui qui hait sa vie dans ce monde la conservera pour la vie éternelle. Si quelqu’un me sert, qu’il me suive; et là où je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, le Père l’honorera. 

Maintenant mon âme est troublée. Et que dirais-je?… Père, délivre-moi de cette heure?… Mais c’est pour cela que je suis venu jusqu’à cette heure. 

 

 

Il y a onze ans, l’Église de Bukavu, du Congo, de l’Afrique, perdait un de ses plus illustres  bergers, l’Archevêque de Bukavu  Mgr Christophe Munzihirwa. Il était le 29 octobre 1996. Quel fut le conteste à l’intérieur où se produisit ce drame ? Au Congo, en 1994, avec l’afflux de réfugiés ruandais, les innombrables carences de la seconde république et le grand mécontentement des populations, nous avions joint le comble. Les écoles, les églises, les places étaient pleines de réfugiés, en fuite de la guerre fratricide du Ruanda. Le tissu socio-politique et économique de la province du Sud-Kivu était bien détruit. La guerre avait commencé au Sud, dans la vallée de la Ruzizi. La ville de Bukavu et ses alentours étaient déjà ciblés par des infiltrés -rebelles en provenance des pays voisins et frontaliers. L’armée régulière n’existait que sur les papiers et n’était pas active.  Vaincus donc avant de commencer à combattre, et probablement avec la complicité de quelques chefs militaires congolais, laissèrent le champ libre pour que l’ennemi entrent ensemble à ceux qui se disaient les libérateurs. La population ne savait plus  quoi faire et à qui avoir confiance. Tous nous nous  rappelons des répétés  appels de l’Archevêque de Bukavu Mgr. Munzihirwa qu’invitait les habitants à ne pas fuir la ville, en la laissant ainsi dans les mains d’étrangers affamés de nos ressources, dans une logique de « balkanisation » du pays. À dire vrai, avec ses courageuses prises de position il ne faisait que  dénoncer les intentions cachées des infiltrés. Le pouvoir exécutif de la province s’était délité ; ainsi Mgr. Christophe Munzihirwa avait pris l’initiative de convoquer une réunion de crise à l’archevêché  de Bukavu avec une quarantaine de personnes, pour réfléchir sur les défis de l’instant et pour attraire l’attention du gouvernement de Kinshasa et de la communauté internationale sur la tragédie des refugiés ruandesi dans l’Est du pays. 

 

Il était le matin du 29 octobre. Une journée grise, avec une météo instable, prometteuse de pluie. La saison des pluies battait son fort. Dés le premier matin on sentait des coups d’armes lourdes en provenance de Nyangezi. Tous étaient bien alertés. En ville la tension ne faisait que monter. Les expatriés cherchaient de trouver un chemin de sortie, pour gagner un aéroport et s’envoler vers la capitale où en Europe.  La réunion termine vers 11.h ; elle aurait bien prendre fin à 14.30. Mais à 14 heures des coups se tirent dans chaque point de la ville. Vers 16.30, il y a un bref instant de calme et Mgr. Munzihirwa décide de gagner le Collège Alfajiri des Jésuites pour chercher à aider un petit groupe de  sœurs à laisser Bukavu, dont la sûreté n’était pas garantie. Il partit avec sa voiture, accompagné par son chauffeur et par un agent de police pour sa protection. Arrivé à Nyawera, la voiture fut forcée à s’arrêter par des coups de feu de quelques militaires. Mons. Munzihirwa descendit le premier, en tenant dans ses mains la croix pectorale, et il se dirigea vers les militaires. Après un échange de phrases que personne réussit à entendre, les militaires l’obligèrent à aller, peu distant,  vers un poteau électrique. Le policier qui l’accompagnait fut abattu subitement pendant qu’il cherchait à sortir de l’auto. Le chauffeur fut également assassiné prés de la voiture. Ceux qui se trouvaient dans la deuxième voiture, arrêtée derrière à celle de l’archevêque, avaient suivi chaque mouvement. En ne pouvant pas croire que le pire même pouvait arriver, ils se dirigèrent vers Mgr. Munzihirwa, pour lui demander probablement ce qui se passait. Jean- Pierre Biringanine, le premier du groupe, fut immédiatement abattu avec un coup de pistolet. Les autres alors cherchèrent de fuir et de trouver une cachette, mais les coups  frappèrent l’assistant commissaire urbain, Shabani, qui était avec eux. De leur cachette ils purent continuer à observer ce qui arrivait et en sont les témoins oculaires. A 18.30 Mgr. Christophe Munzihirwa était encore vivant. Les témoins le voyaient appuyé au poteau. La nuit était en train d’arriver et déjà commençait à faire sombre. Suivant le témoignage des survivants, il fut après des longues discussions au téléphone cellulaire que les militaires décidèrent d’abattre l’archevêque. Des coups à la nuque et le corps s’affaissa sur le sol en le baignant de son sang. Donc il fut assassiné dans la soirée du 29 octobre1996. 

 

Le corps sera récupéré le lendemain vers 13 heures par les Pères Xavériens de la communauté de Vamaro, qui se trouve peu distante du lieu de l’assassinat et après qu’un passant inconnu avait informé le Père Supérieur : « J’ai crois que j’ai vu le corps de Mgr Munzihirwa, parmi beaucoup d’autres, sur la place Nyawera ». 

 

 

Les routes étaient  désertes, Ies gens enfermés dans les maisons et les cadavres de ceux qui avaient cherché de fuir à pied ou en autos étaient  abandonnées le long des routes. A l’enterrement de Monseigneur Munzihirwa, célébré les 31 octobre assistèrent seulement  71 personnes. Un simple cercueil, fabriqué avec le bois des bancs de l’école des Péres xavériens, de vieux draps et une fosse creusée en toute vitesse dans la cour de la cathédrale. Sous la pression des militaires, en quelque petite minute tout était fini. 

 

Munzihirwa est mort comme il a vécu, en totale pauvreté.  Un Evêque qui a aimé aussi la simplicité, et la pauvreté. Homme de paix et de charité. Il avait écrit un jour : « Nous les chrétiens, sachons que notre grande arme c’est la charité envers tout homme, et la prière au Christ en passant par Notre Dame ». Homme de prière et d’espoir jusqu’ à la toute dernière minute à la recherche insatiable des moyens pour  sauver la masse de refugiés rwandais. Le Pape Jean Paul II, qi avec grande émotion avait appris la tragique mort de Munzihrwa, en exprimant sa profonde douleur l’avait défini comme le « Un évêque courageux qui a donne sa vie pour la population qui lui était confiée »  Il a lutté contre toute hypocrisie en se faisant « voix des sans voix » et dénonçant ouvertement et sans peur, les compromis politiques des différents gouvernements, impliqués dans le conflit sans épargner l’Onu et l’Occident.  Monseigneur Munzihirwa, en plus d’avoir sensibilisé les populations du Kivu à l’accueil des réfugiés a eu un grand rôle de dénonciateur. Il a rédigé beaucoup de lettres pastorales pour signifier clairement son engagement politique pour plus de justice et contre l’alimentation de la haine ethnique. Il a plusieurs fois alerté la communauté internationale pour dénoncer la situation. Il a écrit aux USA, à Nelson Mandela, aux Nations Unies mais on a compris plus tard que le plan de déstabilisation du Congo était déjà en marche. Pour rappel, par ses prises de position courageuses, Mgr MUNZIHIRWA ne cessait d’attirer l’attention de tout le peuple sur le danger que constituait la présence massive des réfugiés dans l’Est de la RDCongo. Sa lutte effrénée pour la paix, la cohabitation pacifique et le développement demeureront des souvenirs indélébiles dans les têtes des citoyens congolais 

 

 

Parmi les phrases que  Munzihirwa avait souvent sur sa bouche,  nous en voulons voulu noter deux. La première phrase c’est à lui : « Il y a des choses  qu’on ne peut voir bien si non avec les yeux qui ont pleuré ». L’autre phrase est de Monseigneur Romero, l’archevêque de Saint Salvador, assassiné au cour de la célébration de la Messe en 1980 : « Ils peuvent me tuer, mais ne pourront jamais tuer la vérité » 

 

A partir de 1996 nous avons assisté presque inermes au soit disantes « guerre de libération »,  à  une série de négociation et de conférences qui avaient engendré un gouvernement de transition, qui avait la charge de pacifier le pays et de mener le peuple aux élections. Ce système n’a fait que prolonger indéfiniment l’agonie. Le Congo a été pris en otage avec la complicité de quelques uns de ses fils, assistés de beaucoup d’organisations à niveau national et international. Le budget est lourd : quatre millions de morts ; un état au bout, abandonné à l’arbitre de différentes factions de rebelles. Partout règne la loi de la force, au lieu de la force de la loi. 

Et après 11 ans nous sommes encore à ce point, et toujours dans l’est de la RDC avec le spectre de Nkunda et de ses alliés qui se cachent derrière lui. En ces 11 ans personne a su donner un visage aux assassins de l’Archevêque Munzihirwa. L’Eglise Catholique semble avoir archivées le cas. Lors du Synode diocésain du Diocèse de Bukavu il y avait eu de voix qui s’étaient alignées pour un éventuel procès canonique de béatification de Munzihirwa. A Bukavu le groupe des Dauphins Munzihirwa et Kataliko essayent de « ne pas faire perdre leur mémoire » auprès de la société civile bukavutienne et congolaise à travers des actions concrètes et ponctuelles, d’éveil de conscience de la jeunesse œuvrant pour la paix et le développement par des cultures démocratiques et  recherche à sauvegarder les valeurs et l’étique culturelle Congolaise . Les Dauphins ont  été crée pour pérenniser l’idéologie de lutte pour la paix et le développement dans la ligne de ces deux évêques. 

 

 

Comme conclusion voila un passage du 27 septembre 1996: « Restons accueillants pour tous, afin de nous enrichir des valeurs multiples qu’apportent les différences des ethnies et des races. Les nations les plus fortes sont celles qui ont réussi à concilier les différences. C’est une folie que de s’attaquer a’ des personnes paisibles, tout simplement parce qu’elles sont de telle ou de telle ethnie. Personne d’entre nous n’a choisi ses parents et donc son ethnie. Nous les acceptons et nous les défendons. » 

La meilleure façon de rendre hommage à ce courageux pasteur est de continuer la bataille pour la justice, la paix et la réconciliation. « Si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » a dit Jésus. Voila donc des affirmations qui nous aident à comprendre davantage : « Le sang des martyrs est fondament de notre vie chrétienne », « Le sang des martyrs est une espérance de paix pour le monde », « C’EST SUR LE SANG DES MARTYRS ET PAR LA PRIÈRE DES JUSTES QUE SE CONSTRUIT L’ÉGLISE » ». 

 

Kakaluigi à l’émission « Prions et agissons ensemble » http://www.congonetradio.com/ ce dimanche 28 octobre 2007 à 16h.00 

 

 

 

 

 

 

LES EVENEMENTS DE L’ANNEE 1996 AU ZAIRE 

 

22 avril 1996 : Visite «privée» du maréchal Mobutu à Paris. La France annonce la reprise «partielle» de sa coopération bilatérale. 

29 avril 1996 : L’UDPS éclate en plusieurs factions. 

Mai-juin 1996 : Dans l’Est, les rebelles rwandais se signalent par toutes sortes d’exactions contre les populations congolaises, en particulier contre les Tutsi du Kivu. 

22 août 1996 : Mobutu est opéré à Lausanne (Suisse) pour un cancer de la prostate. 

18 octobre 1996 : A l’initiative de Kigali, une Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) est créée au cours d’une réunion qui rassemble dans le Sud-Kivu le Parti révolutionnaire du peuple (PRP) de Laurent-Désiré Kabila (un Luba du Katanga) toujours plus ou moins actif sur les rives du Tanganyika depuis les années soixante, l’Alliance démocratique des peuples (ADP), de Déogratias Bugera, un Tutsi congolais du Masisi, le Mouvement révolutionnaire pour la libération du Zaïre (MRLZ) d’Anselme Masasu Nindaga, un Kivutien, et le Conseil national de résistance pour la démocratie (CNRD) d’André Kisasse Ngandu, un Luba du Kasaï. 

Après des affrontements entre l’armée et des Banyamulenges (Tutsis d’origine rwandaise) au Kivu (est), une Alliance des forces démocratiques (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila, entre en guerre contre le régime de Mobutu. Soutenue par le Rwanda et l’Ouganda, l’AFDL progresse rapidement. Des accusations de massacres de réfugiés hutus sont portées. Bukavu devient la ville cible. 

 

20 octobre 1996 : Les premières actions de l’Armée patriotique rwandaise (APR) et de l’AFDL dans la région d’Uvira au Sud-Kivu provoquent la fuite à l’intérieur du Zaïre des centaines de milliers de réfugiés rwandais installés près de Bukavu depuis 1994. Nombre d’entre eux sont tués. 

24 octobre : Uvira tombe dans les mains de l’AFDL 

25 octobre 1996 : L’AFDL revendique les actions en cours et se réclame de Laurent-Désiré Kabila comme «coordinateur». 

28 octobre : L’AFDL est à Kamanyola, et s’achemine vers Nyangezi pour atteindre la ville de Bukavu. 

29 octobre : La ville de Bukavu tombe presque sans combat ainsi Goma et d’autres villes et provinces de la RDC. Assassinat de Monseigneur Christophe Munzihirwa, Archevêque de Bukavu 

31 octobre 1996 : Epaulées par l’armée rwandaise, les troupes de l’AFDL frappent aux environs de Goma où sont réfugiés quelque 800 000 Rwandais, parmi lesquels des miliciens et des soldats de l’ancien régime Habyarimana. Des dizaines de milliers de réfugiés rescapés s’enfuient sous le couvert de la brousse. 

4 novembre 1996 : Kinshasa annonce avoir perdu le contrôle de Goma et de Bukavu, sur le lac Kivu. 

15 novembre 1996 : Au moins 500 000 Rwandais réfugiés au Zaïre rentrent au Rwanda avant l’arrivée de la force internationale de l’Onu demandée par la France pour les protéger au Kivu. 

21 novembre 1996 : De retour de Roquebrune-Cap Martin, où il a rencontré Mobutu dans la villégiature française où il se repose après son traitement en Suisse, Etienne Tshisekedi annonce qu’il s’est entendu avec lui pour former un gouvernement de réconciliation nationale. 

30 novembre 1996 : L’armée ougandaise fait incursion au nord-est, officiellement pour traquer les rebelles ougandais du Front démocratique allié (ADF). 

8 décembre 1996 : Mobutu nomme le général Mahele Lioko chef d’état-major de l’armée zaïroise et commandant de la Division spéciale présidentielle (DSP). 

Malade et affaibli, Mobutu fait appel à des mercenaires 

17 décembre 1996 : Mobutu rentre à Kinshasa. 

Décembre 1996 : De sources humanitaires, plus de 120 000 réfugiés rwandais exténués et affamés sont regroupés à Tingi-Tingi, une localité située à 150 kilomètres de Kisangani, dans la province orientale. Quelque 40 000 autres se sont arrêtés à une cinquantaine de kilomètres de Tingi-Tingi, à Amisi. 

 


 

 

2. Du Journal du P. Luigi : 

 

« 20 octobre 1996: Avec l’Abbé Econome de Kasongo, l’Abbé Kapolo Dieudonné, nous rentrons à Bukavuen provenance de la capitale Kinshasa,  sans beaucoup de tracasseries et d’ennuis. Monsieur Salumu nous à aidé beaucoup à l’aéroport de Ndjili, où le chaos de toujours y persiste et personne a le courage d’y intervenir. Le visage de Ndjili  est tout autre que jadis. L’aéroport a perdu beaucoup. Aujourd’hui c’est un champ de bataille, qui ne promet rien de bon aux touristes qui voudraient bien atterrir sur le sol zaïrois. 

Nous atterrissons à Kavumu/Bukavu à 13h,25 sous une pluie persistante et le froid qui pénètre nos os. A Bukavu la situation est très tendue. A Kinshasa nous avions entendu des persistantes rumeurs d’une guerre qui aller éclater bientôt dans  l’est de la république. Nous avions encore dans les yeux les terribles images  de 1994 avec les milliers et milliers de refugiés rwandais fuyants la guerre au Rwanda. Nous  mêmes, nous les avions accueillis à Bukavu par l’entrée de Cyangugu, malades, affamés, très fatigués, et dans leurs yeux les images des machettes et de tueries. Le spectre de la guerre nous faisait peur. On parle de guerre de libération. Mais qu’est c’est l’AFDL ? Qui est ce Kabila ? Que veulent-ils ? On sait que Mobutu est très malade, et que le cancer à la prostate est en état avancé. On sait que Kabila a vécu longtemps dans le maquis de Fizi et ses alentours en faisant la navette  entre l’Ubwari et Kigoma 

Le HCR appelle les réfugiés a rentrer dans leur paysLe Haut commissaire aux réfugiés des NATIONS UNIES pour les réfugiés, Mme SADAKO OGATA, a promis une assistance aux réfugiés rwandais du Kivu qui choisiraient de rentrer au Rwanda où ils seront « accompagnés jusqu’à leur commune d’origine et aidés à retrouver leurs habitations »…Seuls 400 réfugiés rwandais et 350 burundais sont retournés cette semaine dans leur pays. Or, la situation alimentaire est dramatique. En raison des combats, il est impossible d’acheminer de la nourriture et de l’eau aux camps de réfugiés du Sud et du Nord Km Dès ce samedi, le Programme alimentaire mondial (PAM) devrait commencer à acheminer des vivres par avion depuis l’Ouganda jusqu’à Bukavu.

Au soir nous apprenons que dans la plaine de la Ruzizi les gens et les soldats de l’armée régulière  sont en débandade. Les troupes de l’Afdl avancent inexorablement, sans faire apparemment beaucoup de dégâts.    Non confrères de Luvungi se sont refugiés à Kamanyola. Le P. Méo arrive dans la soirée à la maison régionale, très éprouvé, après un voyage rocambolesque. 

 

21 octobre 1996 : Arrivée à la maison régionale de Muhumba des confrères de la Paroisse de Luvungi, sains et saufs.  Ils nous racontent ce que les gens sont en train de vivre dans la plaine de la Ruzizi, surtout les milliers de refugiés ruandais.  Beaucoup de personnes en fuite, les camps de refugiés en train de se vider. Encore beaucoup de peur. Mais qui sont ces soldats  qui font peur ?  Ils prennent plusieurs semblances et visages. 

A Bukavu se reflètent les nouvelles qui proviennent d’Uvira e de la plaine et la tension  réchauffe de plus en plus un climat devenu pénible. Les camps de refugiés de Bukavu se vident tout de suite et on dira par après « que sont tous dits portés disparus ». ils se dirigent vers la foret de Kisangani.   

Pas de nouvelles de la caravane envoyée à Kamituga pour récupérer les corps des confrères morts dans le crash d’avion du 05.10.1996. 

 

22 octobre 1996 : Les rebelles entrent dans la localité de Kamanyola, à une centaine de Km. de la ville de Bukavu. Mais qui sont ces rebelles ? Il s’agit des soldats de l’AFDL. Ils sont bien organisés et disciplinés.  Et les premiers refugiés arrivent très épuisés à Nyangezi. Entre temps la population de Nyangezi, prise par la panique, quitte la région et se renverse vers Bukavu. La tension fait paniquer la ville. 

- A 7h.00 nous arrive la nouvelle de Kamituga de la découverte  des corps de ceux qui étaient morts dans le crash d’avion (05.10.96) qui les transportait de Kampene à Bukavu. Trois corps sont déjà à Kamituga on attend le 4e. On se prépare pour les accueillir dans les après midi à Kavumu. 

- A midi la cour de la Paroisse de Chai est bien remplie de centaines et centaines de personnes : enfants, femmes, vieux et malades, tous  très fatigués. La Caritas paroissiale intervient subitement, même si elle n’était pas préparée à répondre à une urgence de telle envergure. 

- Vers 16h.00 les premiers soldats arrivent dans la cour de notre maison régionale. Ils demandent avec arrogance, impoliment,  et réquisitionne sans aucune discussion une camionnette Toyota.  Quelque petite minute après leur départ voila une 2e patouille fait irruption dans la cour tout en réclamant un 2e voiture. Avec leurs fusils en joue, prêts à tirer, sans admettre discussion, menaçant s’emparent d’une autre voiture. Nous apprenons que les soldats de Bukavu sont à la débandade et ils cherchent de s’enfuir et voler tout ce qu’on peut. 

- Les religieux de Bukavu se rencontrent pour prendre ensemble des mesures et discuter sur la situation. La réunion se déroule dans notre maison régionale. Il faut être vigilants et rester en contact   

- Le soir notre Père Régionale, le P. Vavassori, se rencontre avec la communauté de la maison régionale et les pères de passage et il nous conseille trois choses : rester en très peu de personnes à la maison régionale ; partir avec quelque voiture vers l’Urega, Bunyakiri ou Kasongo ; ou pour ceux qui le préfèrent rentrer pour quelque temps en Italie. 

 

En 1996 une rébellion armée dite « AFDL » ou Alliance des Forces Démocratique pour la Libération du Congo – Kinshasa fondée et animée principalement par Laurent Désiré KABILA, Kisasu NGANDU, Masassu Nidaga et Douglas BOUGERA appuyée militairement par de nombreux pays voisins notamment le RWANDA, l’Uganda et le Burundi et dans une moindre mesure l’Angola… et financée essentiellement par les USA, est déclenché à l’Est du pays. Elle est dans l’ensemble bien accueillie par la population Zaïroise (Congolaise) qui en a marre du régime corrompu, sanguinaire et dictatorial de Mobutu.

 

23 octobre 1996 : La nuit a été calme, mais personne a pu dormir et fermer les yeux.  Ce matin l’enterrement de P. Tumino e de l’Abbé Coordinateur des Ecoles Catholique de Bukavu,  à Mwanda de Katana. Nous partons avec 4 Land Rover. Au long du parcours pas de dérangements. Seulement j’aperçois les gens, au long des routes, qui sont émerveillées pour toute cette série de voitures remplies de blancs qui roule en toute vitesse. On me dira que beaucoup d’entre eux  pensaient que les expatriés étaient en train de quitter la ville de Bukavu. 

J’ai pris place dans une des voitures. J’ai amené ma valise car le voyage de ma rentrée à Kasongo est prévu pour le lendemain et alors je compte passer la nuit chez les P. Blancs à Murhesa. Christiane aussi, une amie du P. Tumino, est avec moi avec ses bagages, elle essayera de partir demain matin pour Kinshasa. 

La Messe de l’enterrement s’est bien passé. Beaucoup de monde. Les chants étaient bien chantés par les Fille de la Miséricorde. 

J’ai pleuré beaucoup. Avec Tumino on s’entendait très bien.  J’avais parlé avec lui deux jours avant le crash d’avion. C’était le 3 octobre ; et nous avions pris un contact par phonie, car moi j’étais à Kinshasa et lui à Kampene. On avait brossé un petit programme pour le BDOM (Bureau Diocésain Œuvres Médicales) dont était le responsable. Le rendez-vous à Bukavu pour concrétiser le tout et renouveler le bureau. 

Son départ de Kampene avait été très triste, et avec une certaine tension.  On savait qu’il était allé à Kampene pour les adieux et pour prendre ses choses. Le P. Tumino était un homme très étroit, il n’admettait ni les mensonges, ni les fourberies. Il était le responsable de l’Hôpital de Kampene, et sa manière très étroite de gestion n’avait pas été digéré par quelqu’un de ses collaborateurs, qui par jalousie avaient su créer un climat insupportable et avaient accusé le Père de mauvaises gestion. 

A la phonie nous avions parlé de ses projets pour l’avenir. A partir de Bukavu il allait s’occuper du bureau médical diocésain. Un compromis proposé par l’Evêque et qui avait trouvé tous d’accord, même nos Supérieurs. Mais deux jours après, encore par phonie, j’apprends du crash de l’avion  et que tous, y compris le pilote, étaient morts. C’est très dur dire « Fiat voluntas tua »… 

 

Couvre feu à Bukavu : de 20h jusqu’à 6h. 

 

24 octobre 1996 : La nuit s’est bien passée dans le calme. Pas d’avion pour Kasongo. Christiane viens de partir à 6h.00. Christiane rentre dans les après midi. Elle a passé toute la journée à Kavumu, avec une forte pluie. Si tout va bien elle va essayer demain matin. Il semble que à Kavumu sont arrivés les soldats avec leurs familles et attendent des avions pour Kinshasa. Beaucoup de confusion à l’aéroport. 

Dans la soirée nous arrivent des nouvelles très mauvaises par des confrères qui partiront demain pour Kinshasa et gagner par après l’Italie : les rebelles de l’AFDL gagne terrain,  sont presque arrivés à Nyangezi,  Bukavu est dans le chaos. Les expatriés s’apprêtent a quitter la ville.    

 

25 octobre 1996 : Nuit calme. Un peu de mouvement sur la route vers l’aéroport. Pas de nouvelles pour l’avion qui doit m’amener à Kasongo. Christiane s’en va finalement et trouve une place pour Kinshasa. Elle commençait à être très fatiguée et avoir peur des échos de la situation. 

- Dans la matinée je me promène dans la cour de la maison des Pères Blancs, et voila que trois hommes en uniformes font irruption et parlent avec le P. Pierre. Ils demandent une voiture, de l’argent, ils menacent le père…C’est 11h.45. Je suis à la phonie pour suivre les nouvelles en provenance de Shabunda, Kasongo e Kampene. La situation là bas est très calme. Pas de mouvement de populations, ni de soldats… mais on craint beaucoup. Je sors de la chambre. Les hommes en uniformes m’ont vu, ils  me regardent, m’appellent, me menacent et demandent mon passeport. Ils disent que mon visage c’est un visage de mercenaire… Et ils mettent leurs mains sur leurs fusils. Le passeport, autrement c’est la fin… On sent que ces soldats sont en débandade et cherchent d’intimider les gens avec leurs armes afin de pouvoir avoir quelque petit bénéfice. Moi et le P. Pierre essayons de leur expliquer, mais en vain… A la fin nous leur donnons 50 dollars et les trois hommes disparaissent au-delà du portail de la cour. J’avais eu une grande peur même  si depuis un certain temps j’étais prêt à tout événement. Monseigneur Munzihirwa, souvent, au long de nos voyages sur les pistes de Kasongo m’avait répété : « Soyons toujours prêt pour la rencontre avec le Seigneur… » 

 

- RFI transmet deux appels de la Commissaire Européenne Bonino et la responsable de  l’UNCR Sadako Ogata.  Belles paroles,  mais la situation semble s’empirer de plus en plus. Elles veulent que le refugiés hutu entrent chez eux au Rwanda. Mais avec quelles perspectives et garanties ? Rien est prêt pour les accueillir, si non des machettes, des fusils et pistolets.  Les rebelles de l’AFDL sont à la porte de Bukavu. On parle que la ville va tomber dans leurs mains d’un moment à l’autre. Nous nous posons la question où peuvent se trouver ces journalistes étrangers qui transmettent des communiqués pareils, et qui parfois très démagogiques, de partis pris, et mensongers.  On parle de Nairobi, de Kampala, de Kigali…   

  

- La communauté  des P. Blancs de Murhesa, habite une maison  proche au Séminaire du Philosophât, et l’Eglise Paroissiale. Une petite communauté de trois prêtres et un frère, dont un prêtre chargé du petit avion missionnaire. Un service d’extrême utilité pour les missionnaires de Kasongo qui s’effectue depuis plusieurs années. Un grand merci aux P. Blancs.    

 

26 octobre 1996 : Ok pour le départ pour Kasongo. Nous partons très tôt le matin. Nous rencontrons 2 barrages sur la route. Le combi est bien rempli. Il y a aussi des confrères qui quittent Bukavu et qui ont un vol sur Kinshasa.  Au 2e barrage les militaires nous arrêtent et entament une discussion serrée avec le P. Denis. « La voiture c’est à nous, c’est à nous… » ne font que continuer à crier, tout en nous menaçant. Nous vivons des moments de vive tension. A la fin 5 militaires entrent dans la voiture et continuons le voyage vers Kavumu sans autre dérangement. A l’aéroport règne le chaos. Pas de barrages, pas de formalités. 

Moi, le P. Gianni Pedrotti e le P. Dorio Mascia, finalement dans le petit avion du P. Denis, pouvons donner un long souffle de soulagement. Le vol prévoit des atterrissage à Shabunda où  laissons le P. Dorio , Kampene pour le P. Gianni, et enfin vers 11h.15 c’est mon tour à Kasongo. 

Et sans perdre du temps le P. Denis à pris le vol pour le retour.  Juste le temps pour atterrir à Kavumu, déposer son petit avion dans l’hangar et rentrer chez lui à Murhesa. 

-          Le soir les nouvelles en provenance de Bukavu ne sont pas bonnes. On parle d’évacuation des religieuses. Dans la ville il y a aussi des européens qui veulent quitter. Mais avec quels moyens, et par quelle sortie? Mgr. L’Archevêque est en train de vivre des jours très fébriles. Il fait la navette entre Murhesa et la ville et dans la ville aussi avec les autorités. Il craint que la bataille sera très dure et par conséquent voudrait épargner la ville d’un bain de sang. 

-          A partir de ce soir pas de liaison officielle par phonie. Il semble que nous sommes suivis par les « nouveaux » qui sont en train de prendre possession de Bukavu. L’AFDL a peur que les nouvelles sortent du pays. On parle d’appareils spéciaux de captage des ondes de phonies et de téléphone satellitaires. Chose un peu étrange ! Je n’ai jamais cru à des choses pareilles. 

-          Nous nous donnons des consignes : On doit faire beaucoup d’attention et être discrets dans la communication.   

 

28.octobre 1996 : pas de nouvelles, si non un grand mouvement de troupes bien armées au de là du pont de la Ruzizi à Cyangugu. Selon les observateurs les soldats semblent prêts pour envahir le territoire congolais. La même chose à partir de l’observatoire de Chai et de Goma. 

 

29 octobre 1996 : Invasion de Bukavu par des troupes Rwandaises. L’Archevêque de Bukavu avec ses proches collaborateurs et les autorités du lieu cherche de faire arrêter l’entrés des soldats. Tout est vain.  Dans la soirée assassinat de l’archevêque de Bukavu Monseigneur Christophe Munzihirwa. La nouvelle n’est pas encore sur les ondes, ou mieux personne sait quelque chose, car le cadavre de l’Archevêque passera la nuit avec d’autres qui gisaient sur le sol de Nyawera . Bukavu a toute la semblance d’une ville morte : on entend des coups… tout le monde est bien renfermé dans les maisons, les rues sont désertes. 

« Un peuple qui oublie son passé est condamné à le revivre ! » Mgr Munzihirwa 

«Nous ne connaissons pas la valeur (le prix) d’une seule goutte de sang, d’une seule larme», François Mauriac 

 

 

 

 

Une réflexion du P. Toussaint KAFARHIRE MURHULA, S.J. 

« Et nous n’avions même pas eu le temps de pleurer ou d’enterrer dignement ces 4 millions d’êtres chers qui sont morts par la barbarie des guerres égoïstes. Ils étaient pourtant nos parents, nos frères, nos sœurs, nos amis, nos connaissances. Tous, victimes du coltan[i] [v]  et du dollar!  Et paradoxalement, les Congolais réduit aujourd’hui à la stricte pauvreté, d’autres devenus des réfugiés errant dans le dénuement, ou tout simplement, tous ces enfants incapables d’étudier, ces femmes violées et humiliées alors que le Congo reste une terre généreusement riche soumise à la prédation des puissances qui protègent  licencieusement l’impunité des dirigeants qui ont initié ce grand deuil de la nation.  

Ce mot jailli de nos silences, parfois coupables, cherche à désinscrire le Congo de toute rhétorique médiatique qui en a fait la risée de l’histoire. Que des littératures depuis ces descriptions pittoresques de Joseph Conrad dans The heart of darkness en passant par The Poisonwood Bible de Barbara Kingsolver jusqu’aux images vendues par la CNN pour justifier l’injustifiable ou jeter le discrédit sur un continent et un peuple enfermés dans les stéréotypes du sous-développement chronique. Malheureusement, beaucoup en Occident raffolent de ces histoires qui tiennent plus de la fiction romancière en quête du sensationnel pour répondre à la boulimie de la culture consommatrice du moment. Cette même instrumentalisation de la souffrance a fini par faire de la Passion du Christ[ii] [vi] dans ce siècle où le dollar est roi, une denrée pour le marché tout comme elle a rendu les milieux politiques occidentaux apathiques aux crimes et violences commis en Afrique tant que leur sécurité nationale n’est pas inquiétée. Et l’on forme une «sainte alliance» pour aller en guerre contre le terrorisme, alors que la terreur règne partout, habillée de couleurs différentes selon la liturgie célébrée sur l’autel du marché capitaliste. 

Ladite barbarie au cœur de l’Afrique n’est pas une guerre ethnique ou civile comme on veut le faire croire. Sans vouloir faire une apologie des victimes, ni jouer à l’avocat ou au défenseur d’une histoire mutilée, et moins encore faire le panégyrique d’un Congo humilié et dont les enjeux dépassent la compréhension d’un amateur que je suis, je voudrais que ce mot aide plutôt à dégager la signification de cette crise qui profite à beaucoup; et en même temps, qu’il dise la folie des grandeurs, comme Hitler jadis ou Milosevic (et bien d’autres encore !), ont entraîné une culpabilité universelle sur l’humanité — si nous nous taisons — puisque désormais ce qui touche à l’humain est une affaire de tous. Ainsi, ce mot s’inspire d’une expérience de sang et de silence et cherche à dénoncer les culpabilités, à nommer les responsabilités, à restaurer dans la dignité ceux qui ont été lésés, déçus et abandonnés. » 

 

30 octobre 1996 :  La guerre s’étend. Coups de feu dans la ville de Goma. On parle de victimes parmi les civils, mais on ne connaît pas le nombre. La nouvelle de l’assassinat de Mgr Munzihirwa n’est pas encore officielle, mais on a parle timidement. Nous à Kasongo nous venons de l’apprendre par phonie.  Grande émotion partout. Munzihirwa avait été Evêque de Kasongo. Moi je l’avais rencontré quelque jour avant à Bukavu. Nous avions parlé ensemble de la situation et des rumeurs insistants d’une nouvelle guerre. Je rentrais de Kinshasa et dans la capitale, un peu partout, les gens ne faisaient que parler de cette guerre, mais avec un grand détachement, comme de quelque chose qui ne les intéressait pas. L’eternel problème de Kinshasa, replié sur soi soi-même, et très éloignée du Kivu.  Munzihirwa a été assassiné sur la route à Nyawera, à l’hauteur des bureaux Cinelac, appuyé à un poteau électrique,  à quelque petit mètre de notre maison de Vamaro. Un assassinat ignoble. La nouvelle nous laisse comme un grand vide profond et déroutant. Monseigneur Munzihirwa s’était trop exposé, avait trop risqué avec ses prises de positions. En toute honnêteté il avait parlé et écrit clairement vis-à-vis de la situation de la Région des Grands Lacs, sans descendre en compromis, et dénonçant, avec leurs noms et prénoms, les responsables  et les différentes politiques, soit nationales, soit aussi internationales. Il avait stigmatisé à maintes reprises l’hypocrisie qui régnait dans le monde politique. 

Qui est qui a tué Munzihirwa ? De qui est arrivé l’ordre de tuer l’Archevêque de Bukavu, presque au coucher du soleil, après une journée frénétique de va et viens pour essayer d’arrêter la furie et le sang de la guerre avec l’invasion de Bukavu. Kagame et son gouvernement en sont les premiers accusés, et je pense qu’ils avaient bien choisi l’endroit et le moment, loin des regards indiscrets de témoins. Tous ceux qui voyageaient avec Munzihirwa ont subi le même sort. 

Nous apprenons aussi que le corps de Munzihirwa a été récupéré par P. Agostini Piergiorgio et ses étudiants de la Maison Vamaro. C’est à la maison Vamaro qu’on prépare un cercueil de fortune avec des planches des bancs de la salle de classe, et on habille le corps avec les ornements sacerdotaux. 

Munzihirwa avait choisi la pauvreté. Toujours avec la même chemise, et le même veston. Pas d’habillements recherchés ou couteux.   

En ce moment les souvenirs d’un passé très proche s’amassent dans ma tête et sa figure prend toute autre dimension. 

 

 

31 octobre 1996 : La nouvelle de l’assassinat de Munzihirwa fait le tour du monde et toutes le Radios internationales en parlent en long et en large, avec des interventions de leurs envoyés spéciaux qui se trouvent à Kampala, Nairobi, Kigali… ou à Kinshasa. Sur place à Bukavu il n’y pas un journaliste européen ou américain : tous on fait leurs bagages et ont pris la fuite au moment qu’ils avaient senti les rumeurs et les odeurs de la guerre.  Messe d’enterrement de Monseigneur Munzihirwa. Pas beaucoup de monde. On a compté 71 personnes, tous ceux qui habitent les entourages de la Cathédrale, avec quelque membre du clergé et à des religieux et religieuses. On peut dire qu’à ses funérailles il y a eu seulement ses fidèles. A la fin de la messe le cortège funèbre s’est arrêté dans la cour de la Cathédrale Notre Dame de la Paix pour l’enterrement. Les soldats étaient là pour suivre et pour pousser le gens à faire vite.  A la cruauté de l’assassinat voila la simplicité du triste adieu à un homme de Dieu, un prophète de notre temps contemporain, à un évêque modèle et témoin … Le tout se déroule comme lui-même l’avait souhaité dans la simplicité et dans la pauvreté. 

 

J’avais suivi le tout avec mon cœur et mes souvenirs, enfermé dans ma chambre de la mission de Ngene. C’est Munzihirwa qui m’avait appelé à Kasongo, pour m’occuper de la masse de jeunes de la cité. Je me rappelle ce qu’il m’avait dit : «  Le milieu de Ngene est musulman. Les jeunes sont des musulmans. Parlez leur de Jésus Christ, témoignez leur l’amour de Jésus Christ. Laissez au Christ le travail des conversions… » J’avais commencé à bien gouter la beauté du travail pastoral auprès des jeunes, quand,  après une année,  lui-même m’avait nommé Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement, pour m’occuper de toute autre chose, mais qui servait surement pour aider les populations du Maniema à se mettre debout. Un travail pas assez facile, mais « avec l’aide De Dieu vous allez réussir » m’avait répété plusieurs fois Munzihirwa.  Mes souvenirs alors prennent semblances et images comme d’un scenario cinématographique et devant mes yeux je revois les images de nos voyages, de nos entretiens, des moments de prière, etc. J’ai l’impression de ressentir sa puissante voix de ses sermons. Il connaissait bien comment toucher le cœur des hommes. A Kasongo, au cœur du Maniema, Munzihirwa  parlait un swahili classique, bien soigné. Quand il venait à Ngene pour célébrer la première Messe du dimanche, il avait toujours les musulmans de la cité, qui assis à la porte de leur maisons, attendaient impatiemment la parole de Munzihirwa, amplifiée par les lances-voix de la Paroisse.  Un jour un de ces musulmans me disait : « Munzihirwa a toujours quelque chose de nouveau à nous donner chaque fois qu’il parlait et qu’il intervenait pour la célébration de la messe du dimanche matin. « Sa parole touche nos cœurs » m’avait dit un musulman de Ngene/Kasongo.  

 

   

 

31 octobre 1996 :  La nouvelle de l’assassinat de l’Archevêque est encore a la une. Tous en parlent. Les agences de presse sont bombardées par des commentaires de tout genre.  Qui est qui a tué Munzihirwa ? D’où sont arrivés les ordres pour tuer Munzihirwa ? Qui sont les mandataires d’un tel assassinat ? On connaît dejà les visages des assassins. On parle de soldats Tutsi. On parle que les ordres sont arrivés de Kigali. Radio trottoir parle de complicité des USA.  Toutes nos phonies sont sous monitorage des nouveaux arrivés. Il nous faut être prudents et donner les nouvelles avec un langage très simple.  On nous impose de parler en français. 

- A Goma les coups sont plus proches de notre maison situé au centre ville, prés de la Cathédrale. 

- A Bukavu : A la Maison Régionale  les pères ont eu la première visite des nouveaux arrivés, ils ont été très gentils, mais surement pour pouvoir donner un coup d’œil sur la position de la maison et pour intimider. 

 

(Du journal du P. Luigi Lo Stocco – www.kakaluigi.unblog.fr ou www.pamojanakakaluigi.org

 

 

 

 

1. ANNEXE 

 

Le premier conflit du Zaïre 1996-1997 :
une conséquence du génocide rwandais 

> La question de la nationalité des Banyamulenge du Sud-Kivu, au Zaïre
> L’appui du Rwanda et de l’Ouganda aux rebelles zaïrois
> La guerre-éclair : L-D Kabila renverse le président Mobutu
> Le « nettoyage » controversé des camps de réfugiés hutu au Zaïre 

 

Le conflit débute au Kivu en 1996 par une rébellion des Banyamulenge (Zaïrois tutsi d’origine rwandaise installés au Kivu, dans l’est du Zaïre) dont la nationalité, remise en question par le gouvernement zaïrois, représente une des causes importantes du conflit. 

La question de la nationalité des Banyamulenge du Sud-Kivu, Zaïre 

Leur statut dépend de la période et des modalités de leur installation au Kivu. 

«La question de l’identité est primordiale, surtout depuis qu’elle est devenue inséparable de celle du territoire. (.) Une représentation simplificatrice oppose les autochtones qui se prévalent des droits coutumiers que confère l’antériorité, notamment les droits fonciers, aux étrangers [Tutsi et Hutu] issus de vagues successives d’immigration (.). La législation zaïroise, au lieu de la simplifier, a compliqué comme à souhait [cette]question de la nationalité en excluant de la loi commune les originaires du Ruanda-Urundi établis au Kivu». 


1972 et 1981 ont marqué des étapes dans l’évolution de ce statut.
En 1994, à la suite du génocide rwandais et du renversement du régime hutu au Rwanda, la pression démographique dûe au déferlement de 1 200 000 réfugiés rwandais, hutu pour la plupart, vers le Kivu complique la cohabitation entre autochtones zaïrois et Banyarwanda (Zaïrois hutu et tutsi originaires du Rwanda) implantés de longue date au Kivu. Le génocide durcit également les relations des Banyarwanda hutu et tutsi entre eux. 

 

Une hostilité anti-tutsi s’installe au Zaïre incitant même le régime mobutiste à remettre en cause les acquis de leur nationalité zaïroise, y compris pour les Banyamulenge, les plus anciennement installés.
En effet, «le 28 avril 1995, le parlement zaïrois adopte une série de résolutions destinées à assimiler tous les Zaïrois d’origine rwandaise, y compris les Banyamulenge, à des réfugiés et, par conséquent, à leur réserver le même traitement. Car les résolutions laissent entendre que les Banyamulenge (Zaïrois tutsi d’origine rwandaise) ont acquis la nationalité zaïroise de manière frauduleuse et appellent à leur expulsion, à l’annulation des contrats de propriété et à l’interdiction de leurs associations».
Les Banyamulenge se savent menacés par la mise en œuvre de ces mesures, prétexte à prendre les armes et déclencher une rébellion contre le gouvernement zaïrois le 13 octobre 1996 au Kivu, qui se retouve au cour des combats

D’après Pourtier Roland, La Guerre des Grands Lacs, Cahiers français, n°290, mars-avril 1999, La Documentation française. 

Pour en savoir plus 

> Rusamira Etienne, La dynamique des conflits ethniques au Nord-Kivu : une réflexion prospective, Afrique contemporaine, n° spécial automne 2003, La Documentation française 

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L’appui du Rwanda et de l’Ouganda aux rebelles zaïrois 

En 1996, quatre catégories d’affrontements armés font rage au Kivu qui sert de base arrière aux guérillas des pays voisins.
Ils opposent :
- les forces armées rwandaises (à dominante tutsi) aux anciens génocidaires hutu;
- le forces armées burundaises (à dominante tutsi) à ses adversaires extrémistes hutu;
- le gouvernement ougandais à deux groupes rebelles différents;
- un certain nombre d’organisations rebelles au gouvernement zaïrois. 

Les deux compagnons d’armes, le général et dirigeant du Front patriotique rwandais (FPR, parti tutsi au pouvoir depuis juillet 1994) Paul Kagamé et le président ougandais Yoweri Museveni saisissent l’opportunité de cette rébellion et la soutiennent militairement pour faire pénétrer leurs troupes au Kivu. En fait, ils préparent le conflit depuis plusieurs mois, avec la participation du Burundi, pour plusieurs raisons.
Ils font essentiellement valoir le
caractère sécuritaire de leur engagement auprès de leurs frères tutsi Banyamulenge : « nettoyer »les camps de réfugiés hutu, établis à proximité de la zone frontalière depuis 1994 au Kivu, qui menacent leur tranquillité donc celle du nouvel ordre politique tutsi rwandais. En effet, les camps sont infiltrés par les responsables du génocide de 1994 :
- Hutus extrémistes des ex-Forces armées rwandaises (FAR),
- Interahamwe soutenus par les Forces armées zaïroises (FAZ) qui franchissent la frontière pour effectuer des incursions meurtrières sur le territoire rwandais.
Outre les préoccupations sécuritaires du Rwanda et de l’Ouganda, des ambitions politiques et économiques sous-tendent leur engagement auprès des Banyamulenge, qui s’inscrivent dans une stratégie globale : renverser le régime mobutiste, s’arroger un contrôle politique sur l’est du pays et tirer profit des richesses naturelles de la région. 

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La guerre-éclair : Laurent-Désiré Kabila renverse le président Mobutu 

 

Pour les opérations militaires, le Rwanda et l’Ouganda font appel à L-D Kabila, activiste oeuvrant dans un maquis en Tanzanie, opposant de longue date au régime du président Mobutu. 

- La rébellion des Banyamulenge éclate le 13 octobre 1996 au Sud-Kivu, où elle s’empare d’Uvira, base arrière des opposants hutu au régime tutsi en place au Burundi. Elle est soutenue essentiellement par des troupes venues du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi qui, au début, nient leur implication dans le conflit. 

Des opposants de tous bords à Mobutu la rejoignent également. Forte de ces apports militaires, elle s’organise en Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL). L-D Kabila en est nommé coordinateur par ses trois protecteurs et alliés. 

- Entre octobre et décembre 1996, l’AFDL entame une opération d’envergure, stigmatisée par la suite par la communauté internationale : le ratissage et le démantèlement des camps de réfugiés hutu, installés près de la frontière depuis 1994.
- Fin octobre, l’armée zaïroise en déliquescence reconnaît ne plus contrôler les territoires situés entre Goma, au nord, et Uvira, au sud du Kivu, occupés par l’AFDL ainsi que par des troupes rwandaises et ougandaises, considérées comme des « envahisseurs » par le chef d’état-major des FAZ (Forces armées zaïroises).
- Début 1997, la guerre-éclair se poursuit sans résistance et fait tache d’huile sur les autres provinces. Les soldats zaïrois, peu ou pas payés, désorganisés, se dérobent non sans commettre des pillages et des viols sur les populations locales.
- En février 1997, le Conseil de sécurité de l’ONU demande la fin des hostilités et le retrait de « toutes les forces extérieures, mercenaires compris ». Mais, les rebelles avancent rapidement. Ils occupent les deux-tiers du territoire et contrôlent les ressources minérales : or du Kivu et du Haut-Zaïre, diamant du Kasaï, cuivre, cobalt et manganèse du Shaba.
- Après plusieurs semaines de pourparlers, sous le médiation des Etats-Unis et de l’Afrique du Sud, un face-à-face a lieu entre Mobutu et Kabila pour tenter de négocier une transition pacifique du pouvoir. Cette entrevue confirme les divergences totales entre les deux hommes. Kabila refuse un cessez-le-feu et déclare poursuivre sa marche sur la capitale Kinshasa.
- Les 17 et I8 mai 1997, le président Mobutu part en exil après 30 ans de pouvoir et Laurent-Désiré Kabila s’auto-proclame président de la République démocratique du Congo, nouvelle dénomination du Zaïre. Les rebelles de l’AFDL entrent dans Kinshasa, accusés de massacres de Hutu pendant leur avancée victorieuse. 

La « première guerre du Congo » a fait des dizaines de milliers de morts. 

Pour en savoir plus 

> Pourtier Roland, Du Zaïre au Congo : un territoire en quête d’Etat, Afrique contemporaine, n° 183, juillet-septembre 1997, La Documentation française 

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Le « nettoyage » controversé des camps de réfugiés hutu rwandais par l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Zaïre) 

En octobre 1996 , plus d’un million de réfugiés rwandais hutu est pris en tenaille dans des combats visant à démanteler leurs camps situés au Kivu. Quelque 600 000 d’entre eux tentent d’ échapper aux combats en rentrant au Rwanda. 

L’ONG Human Rights Watch témoigne de cette catastrophe humanitaire : « Dans certains camps, les ex-FAR et les milices ont opéré un retrait en hâte, parfois après avoir brièvement résisté à l’avancée de l’AFDL. En novembre [1996], la majorité de la population des camps, -peut-être 600 000 sur les 1,1 million que les camps auraient, selon les estimations, abrités en octobre 1996-, sont rentrés au Rwanda. Beaucoup d’entre eux sont rentrés volontairement, mais d’autres, effrayés par la situation au Rwanda, ont été forcés au retour par l’AFDL.
Plusieurs milliers de personnes seraient mortes dans les premières semaines des attaques dans les camps, prises au milieu de tirs croisés entre l’AFDL et les ex-FAR, les milices et les FAZ; tuées par les anciennes autorités des camps afin d’empêcher leur retour au Rwanda, ou de les forcer à accompagner les ex-FAR et les miliciens dans leur retraite vers l’Ouest; ou encore tuées par les soldats de l’AFDL et de l’Armée patriotique rwandaise (APR). » 

300 000 autres réfugiés s’enfoncent dans la forêt zaïroise 

«Des centaines de milliers de Rwandais se sont enfuis vers l’ouest, certains en convois relativement organisés, d’autres en petits groupes dispersés. Des dizaines de milliers d’entre eux étaient armés, les autres étaient des civils non armés, dont beaucoup de femmes et d’enfants. Nombre de civils qui ont fui vers l’ouest ont été à nouveau attaqués, certains d’entre eux à plusieurs reprises, alors qu’ils recherchaient la sécurité. Dans quelques cas, les ex-FAR et les milices ont utilisé les réfugiés comme boucliers humains, ou les ont parfois blessés, voire tués. Mais dans la grande majorité des cas, les massacres furent clairement le fait des soldats de l’AFDL et de leurs alliés étrangers.
En outre,
des milliers d’oubliés sont morts de faim ou de maladie parce que les autorités zaïroises et de l’AFDL refusaient aux agences humanitaires le droit d’entrer dans les zones sinistrées pour fournir leur assistance, ou encore parce que les conditions de sécurité les empêchaient de faire leur travail. Certains humanitaires ont témoigné que les soldats de l’AFDL les accompagnaient, sous le prétexte de faciliter leur travail, mais qu’ils cherchaient en réalité à découvrir où les réfugiés se cachaient afin de revenir ultérieurement sur les lieux pour les éliminer. (.) 

Une estimation controversée des pertes humaines 

D’après les chiffres du Haut Commissariat pour les réfugiés, environ 213 000 Rwandais n’ont pu être recensés, soit parce qu’ils sont morts lors des violences, soit parce qu’ils se sont cachés dans les forêts ou en se mêlant aux populations congolaises. Des controverses ont toujours lieu à propos du nombre exact des réfugiés qui ont péri lors du conflit, à la suite des massacres, de la malnutrition, ou de la maladie. Le gouvernement de Kabila a effectivement refusé à l’équipe du Secrétaire général des Nations unies chargée de l’enquête et à d’autres missions diplomatiques ou organisations de défense des droits de l’homme, tout accès aux sites pour enquêter sur les massacres, de sorte qu’il a été impossible d’effectuer une estimation des pertes.» 

D’après plusieurs rapports de Human Rights Watch : 

> République démocratique du Congo : un cheminement incertain, décembre 1997, vol. 9, n°9 (A) 

> Ce que Kabila dissimule : massacres de civils et impunité au Congo, octobre 1997, vol. 9, n°5 (A) 

> Zaïre, Transition, guerre et droits de l’homme, avril 1997, vol.9, n°2 (A) 

 

 

 

 

 

2e ANNEXE 

 

Médias et diplomatie : 

la guerre du Congo dans le journal 

Emmanuël Murhula A. Nashi, « Médias et diplomatie : la guerre du Congo dans le 

journal », dans La Revue Nouvelle, n° 9, tome 117, sept. 2003, pp. 96-109. 

____________________ 

Sans en ignorer toute la complexité, notamment la dimension géopolitique, les ambitions territoriales des agresseurs, et les enjeux économiques dépassant les populations locales, 

la presse écrite francophone belge, en particulier Le Soir et La Libre Belgique, n’a-t-elle pas privilégié l’optique ethnique dans la couverture des guerres du Congo de 1996 et 1998 ? Si tel est le cas, ce traitement ne corroborerait-il pas l’existence en Belgique d’un certain « journalisme de révérence » ? Au reste, à travers les récits successifs qu’on en donne, cette guerre montre peu à peu un autre visage, sans doute plus conforme aux 

réalités du terrain. 

Comment la presse belge a-t-elle couvert la guerre qui déchire la République démocratique du Congo depuis 1996 ? Quel est le rôle des médias en tant que « contre-pouvoir » face à la politique étrangère du gouvernement de la Belgique ? On peut analyser les rapports entre presse et pouvoir politique en termes de connivence. Serge Halimi a décrit et dénoncé un

certain « journalisme de révérence » en cours dans la presse écrite et audiovisuelle en France.

Adoptant et élargissant ce paradigme, on peut formuler l’hypothèse suivante : en Belgique, comme peut-être ailleurs, la diplomatie fait partie des domaines où les journalistes jouent le moins leur rôle de contre-poids, se rendant par le fait même « complices » d’une politique qui, à force d’unanimité, foule ailleurs aux pieds les principes qu’elle tient pour sacrés chez elle. Cette hypothèse s’ancre sur deux particularités contextuelles.

 

Primo : les relations de la Belgique avec les protagonistes de la guerre du Congo sont tout à fait particulières (il s’agit, d’une part, de son ancienne colonie, la République démocratique du Congo ; d’autre part, de ses anciens protectorats, le Rwanda et le Burundi). Naturellement, la nature de ces relations conditionne fortement la couverture médiatique de ce conflit.

Comment ne pas référer ici à cet avertissement formulé par Marie-Madeleine Arnold ? « Dans un domaine aussi sensible que les relations entre anciens colonisés et anciens colonisateurs, sur le terrain mouvant du racisme et de l’antiracisme, dans le choc des cultures et le “placage” irrationnel du contexte d’aujourd’hui sur celui du passé, toutes les dérives, toutes les

interprétations, toutes les incompréhensions sont possibles »…

 

Secundo : la couverture d’une guerre est un exercice particulièrement intéressant en analyse médiatique. Chacun sait que la guerre est le terrain par excellence de la propagande, où la désinformation prend bien souvent le dessus sur l’information. Les analystes des médias peinent à expliquer ce qui fait qu’à l’issue d’une guerre les journalistes jurent de ne plus se laisser prendre au piège de la manipulation, mais y tombent si facilement dès le conflit suivant.

 

Pour les besoins méthodologiques, je me limiterai aux quotidiens « de qualité » de Bruxelles

et de Wallonie qui me paraissent représentatifs de la presse francophone belge sur ce sujet :

Le Soir et La Libre Belgique. Je conçois en effet les fonctionnements globaux de ces deux

titres comme extensibles, mutatis mutandis, aux autres titres de cette presse. Dans ce cadre,

ma présentation se base sur l’analyse de trente-neuf articles s’étendant de la première invasion

du Congo (octobre 1996) au changement de régime à Kinshasa (janvier 2001), en passant par

la deuxième invasion (août 1998) et les batailles de Kisangani (juin 2000).

Mon analyse et mon interprétation intègrent des éléments puisés à ma propre expérience.

Originaire du Congo, j’ai pu nouer, dans le cadre de mon association (Sima-Kivu), des

contacts avec des acteurs du monde politico-médiatique belges, qui m’ont permis de temps à

autre de leur fournir des informations en provenance de la société civile du Kivu. Si cela

constitue la part de subjectivité inhérente à toute entreprise de ce genre, la contrepartie de

cette position est, le cas échéant, ce qu’on pourrait appeler une « méta-perception ». Assumant

un tel rôle, le journaliste congolais que je suis se trouve dans une position privilégiée pour

analyser ici la façon dont les spécialistes de l’Afrique au sein des médias belges perçoivent

une guerre se déroulant à des milliers de kilomètres d’eux et où leur gouvernement se trouve

«impliqué ».

 

 

QUELLE EST CETTE GUERRE ? 

« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du monde », disait Albert Camus. 

Partant de cette réflexion de l’écrivain français, j’ai formulé ma question de départ comme 

suit : la guerre du Congo a-t-elle été bien ou mal nommée par la presse belge ? 

Rappel : le 22 septembre 1996, le Rwanda, arguant d’un droit de poursuite d’éléments des 

anciennes forces armées rwandaises (F.A.R.), déclenche les hostilités en tirant au mortier et à 

la mitrailleuse sur la ville zaïroise de Bukavu. Deux semaines après, une coalition de soldats 

rwandais, ougandais, et burundais, auxquels viendront se joindre des Angolais, des 

Zimbabwéens et des Erythréens envahit le Zaïre de Mobutu. Cette coalition hétéroclite a pour 

porte-parole Laurent-Désiré Kabila, chef d’une « rébellion » dénommée A.F.D.L. (Alliance 

des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). Le 16 mai 1997, la veille de 

l’entrée de ses troupes à Kinshasa, Kabila se proclame « chef de l’Etat de la République 

démocratique du Congo », non sans avoir réussi à déjouer les plans de ses parrains. 

Le 2 août 1998, soit quinze mois plus tard, des troupes composées de militaires rwandais, 

burundais et ougandais envahissent à nouveau le Congo, et créent, dix jours après, une 

rébellion baptisée R.C.D. (Rassemblement des Congolais pour la démocratie), dont le chef 

s’appelle Arthur Z’ahidi Ngoma. 

Ce conflit, qu’une responsable américaine, Susan Rice, qualifia de « première guerre 

mondiale africaine » était-il donc une guerre civile ou une guerre d’invasion ? Avec un recul 

de sept ans, les observateurs sont désormais unanimes sur le fait que cette tragédie, qui a 

causé entre 3,5 et 4,7 millions de morts (d’après l’I.R.C., International Rescue Committee) 

constitue véritablement une « guerre par procuration ». C’est-à-dire, comme le résume 

Herman Cohen, ancien sous-secrétaire d’Etat américain aux Affaires africaines (cité par 

Colette Braeckman) : « Une guerre initiée de l’extérieur d’un pays, mais déguisée en guerre 

civile. L’élément clef en est la création d’une force rebelle à l’intérieur du pays cible, qui est 

totalement contrôlée, financée et armée depuis l’étranger. » Il est, en effet, connu de tous les 

spécialistes du Congo que les différentes rébellions congolaises — A.F.D.L., R.C.D., M.L.C. 

(Mouvement de libération du Congo) — furent créées et sont régentées, financées et armées 

totalement par le Rwanda et l’Ouganda. La presse belge a-t-elle présenté les faits comme tels? 

 

 

SIMPLIFIER EN ETHNICISANT… 

Une première remarque, la plus déterminante, concerne la qualification du conflit. D’emblée, 

on est frappé par un procédé récurrent au sein des médias belges, tant en 1996 qu’en 1998, 

l’« ethnicisation » de la guerre. La Libre Belgique et Le Soir annoncent chaque fois qu’il 

s’agit d’un conflit interne. Des « rebelles tutsis zaïrois », alias « Banyamulenge », explique-ton, 

ont pris les armes en vue de renverser le régime de Mobutu (en 1996) et de Kabila (en 

1998). Ainsi : « Le conflit s’aggrave dans la région des Grands lacs. […] Les violents 

combats opposant les rebelles tutsis Banyamulenge à l’armée zaïroise ont atteint la ville de 

Bukavu, chef-lieu du Sud-Kivu… » (Le Soir, 28 octobre 1996). 

Le Soir et La Libre présenteront Kabila comme le leader de cette première rébellion, sans 

toutefois se soucier d’indiquer, lorsqu’ils adoptent cette vision « etniciste », que Kabila n’est 

pas un Tutsi, mais un Mulubakat. En 1998, ils en feront de même avec Z’ahidi Ngoma, un 

Murega, présenté comme le « chef de la rébellion banyamulenge ». 

D’entrée de jeu, l’équation présentée est simple, malgré l’emploi prudent du conditionnel, et 

simpliste : les Tutsis (et assimilés) du Zaïre, du Rwanda et du Burundi sont opposés aux 

Hutus (et assimilés) du Zaïre, du Rwanda et du Burundi. « Les deux camps qui s’affrontent au 

Kivu seraient : celui des assaillants, composé des rebelles tutsis zaïrois alliés à trois 

mouvements armés zaïrois de type lumumbiste, ainsi qu’aux armées rwandaise et burundaise 

(dominées par les Tutsis) ; face à eux, ceux qui défendent le Kivu sont l’armée zaïroise, la 

guérilla hostile au pouvoir burundais et l’armée de l’ancien régime rwandais, hostile à Kigali 

(essentiellement hutues) » (La Libre Belgique, 26-27 octobre 1996). 

Le quotidien bruxellois explique et justifie l’intervention des pays étrangers dans le cadre de 

ces clichés-là : « Ces alliances, répétons-le, sont logiques, puisque l’implication du Rwanda et 

du Burundi dans la crise résulte de la présence au Kivu de groupes armés qui les harcèlent, 

alors que cette province zaïroise reproduit, avec des nuances, le conflit ethnique qui déchire 

les deux pays voisins » (La Libre Belgique, 26-27 octobre 1996). 

Mais, qui sont réellement ces « Banyamulenge » que le gouvernement rwandais s’octroie le 

droit, présenté comme un devoir, de protéger au-delà de ses frontières ? Il s’agit effectivement 

de populations originaires du Rwanda, arrivées au Congo par vagues successives. Les 

premiers « Ruanda », ainsi dénommés par le géographe belge Georges Weis, sont quelques 

centaines à débarquer en 1881 dans l’Itombwe, la partie occidentale des territoires de Fizi et 

Uvira au Sud-Kivu. D’autres arriveront quelques années après, à la faveur des transferts de 

populations rwandaises et burundaises effectués par le pouvoir colonial pour ses plantations 

de coton, ses chemins de fer, et son industrie agropastorale au Congo. À ce peuplement 

ancien, s’ajouteront les flux de réfugiés tutsis fuyant les pogroms de 1959-1960 et de 1973- 

1974 au Rwanda. Ceux-ci s’installeront d’abord à Bwegera, puis se déplaceront vers le village 

de Mulenge (d’où le nom « Banyamulenge », littéralement : « ceux de Mulenge »), avant de 

se disperser sur les hauts plateaux de l’Itombwe. 

Après les indépendances, profitant de la désorganisation de l’administration zaïroise, 

beaucoup d’immigrés du Rwanda viendront gonfler cette population et se fondront dans la 

masse qui prendra globalement le nom de « Banyamulenge ». Ces populations, qui ont 

conservé des liens étroits avec le Rwanda, qui parlent le kinyarwanda, et que, jusqu’à 

l’époque des rébellions mulélistes de 1964, on appelait le plus souvent « banyarwanda » (ceux 

du Rwanda), sont véritablement ce qu’il convient de désigner, comme le fait Kabamba, « les 

Banyarwanda du Sud-Kivu ». 

Ces informations sont connues des spécialistes de La Libre Belgique et du Soir en octobre 

1996. Ceux-ci savent également que, à tort ou à raison, les populations autochtones du Kivu 

considèrent les Banyamulenge comme la cinquième colonne du Rwanda qui, selon elles, 

agresse le Zaïre. Il faut savoir aussi que, d’une part « les enfants des familles tutsies qui se 

sont réfugiés au Zaïre en 1959-1960, vont s’engager dans la guérilla du F.P.R. comme 

médecins, officiers ou “techniciens” » (Willame) ; et que d’autre part « en 1994, avec la 

victoire du F.P.R., beaucoup de jeunes Banyamulenge partis rejoindre les rangs du F.P.R. 

reviennent au Zaïre avec armes et bagages, attaquent l’armée zaïroise et revendiquent leur 

nationalité zaïroise » (Kabamba). 

C’est en tout cas en connaissance parfaite de ces informations que La Libre Belgique donne la 

définition ci-après des Banyamulenge : « Le terme désigne une population d’éleveurs parlant 

une langue proche de celles du Rwanda et du Burundi voisins et vivant sur les hauts plateaux 

au-dessus d’Uvira depuis plusieurs siècles… » 

En écrivant cela, le quotidien belge occulte sciemment les origines rwandaises du groupe en 

lui attribuant une langue « proche » de celle du Rwanda ; et il falsifie l’histoire en situant son 

implantation au Congo à « plusieurs siècles ». C’est le point de départ d’un processus de 

propagande qui se mettra en branle à travers l’équation ci-après : Banyamulenge égal tutsis 

égal victimes de génocide, d’épuration ethnique. 

Relayant les justifications des dirigeants rwandais à propos de l’invasion du Congo, Le Soir et 

La Libre s’efforcent de démontrer que l’intervention du Rwanda répond à des motivations de 

type « humanitaire » : empêcher un génocide à l’image de celui qui s’est produit deux ans 

plus tôt au Rwanda. Soit : « À l’heure actuelle, le Nord-Kivu et la région du Masisi sont 

presque totalement « purifiés » sur le plan ethnique : plus aucun Tutsi ne s’y trouve ! […] 

Autrement dit, l’épuration ethnique en cours dans le Sud-Kivu se heurte à de vives 

résistances… » (Le Soir, 24 octobre 1996). 

Quand en août 1998, le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi envahiront le Congo pour la 

seconde fois, les mêmes clichés referont surface dans la presse belge. « Les Banyamulenge ou 

le spectre de l’extermination », peut titrer le quotidien catholique qui explique la guerre en ces 

termes : « Les nouveaux troubles que connait le Kivu apparaissent comme une nouvelle 

réplique du séisme génocidaire qu’a connu le Rwanda en 1994. La rébellion de Goma 

exprime, semble-t-il, une nouvelle fois la crainte d’extermination des communautés 

rwandophones de la région… » (La Libre Belgique, 4 août 1998). 

En 1998 comme en 1996, La Libre et Le Soir présentent donc les Tutsis du Congo comme les 

victimes d’une extermination programmée. Auquel cas, les « Banyamulenge » se trouveraient 

en position de légitime défense, même lorsqu’il est prouvé que ce ne sont pas ceux-ci, mais 

des soldats rwandais, burundais et ougandais qui ont provoqué et mené la guerre, en 

instrumentalisant les Banyamulenge1. Malgré tout, leur intervention est présentée comme une 

« guerre préventive », ce qui la justifie d’une certaine manière. Cette position n’est pas sans 

relayer l’appel violent à « l’extermination des exterminateurs » présumés, lancé par le 

président rwandais aux Banyamulenge lors d’un discours prononcé à Cyangugu en octobre 

1996. Monsieur Pasteur Bizimungu (Reyntjens) exhortait : « Celui qui dit qu’il veut vous tuer, 

celui qui dit qu’il veut vous exterminer sans raison vous fournit automatiquement le motif 

Un des leaders de cette communauté, Muller Ruhimbika (Kinyalolo K.) affirme : « Dès le déclenchement de la guerre à l’automne 1996, l’A.P.R. a adopté une politique de nier aux Banyamulenge leur identité comme communauté distincte du peuple rwandais. Sur le plan politique, l’A.P.R. a pu dissimuler ses visées d’occupation en propulsant des Banyamulenge sur la scène politico-militaire tout en projetant leur déportation vers la préfecture rwandaise de Kibuye ». 

d’utiliser tous les moyens possibles et imaginables pour que ce soit vous qui l’exterminiez 

afin de l’empêcher de nuire. » 

En présentant les événements sous l’optique ethnique, les journaux Le Soir et La Libre 

Belgique ignorent-ils la complexité du conflit, notamment sa dimension géopolitique, les 

ambitions territoriales l’accompagnant, et ses enjeux économiques qui dépasseraient les 

Tutsis eux-mêmes ? Sans aucun doute non, car dans leurs colonnes respectives, l’un et l’autre 

présentent aussi, parfois, le conflit avec une certaine complexité. 

Ainsi, en octobre 1996, au boulevard Jacqmain, on titrait lucidement par cette question : « Le 

début d’une guerre des Grands Lacs ? », donnant les premiers éléments d’une conflagration 

généralisée. « La contagion peut gagner d’autres pays. Que fera l’Ouganda, allié du nouveau 

pouvoir rwandais ? Que fera la Tanzanie, dont les ambitions politiques de supplanter le Zaïre 

comme « grand-frère de la région » sont de plus en plus visibles ? » (La Libre Belgique, 24 

octobre 1996) 

Quant au Soir, plus affirmatif, il parle de guerre régionale, mais aussi de guerre d’expansion : 

« Même si, dans les deux capitales, l’on affirme vouloir faire preuve de « retenue », il est 

certain que la faiblesse actuelle du Zaïre pourrait aviver les tentations de « vider l’abcès » une 

bonne fois, au risque de provoquer une guerre régionale. Au Rwanda, même s’ils ne 

s’expriment pas au niveau du gouvernement, d’aucuns rêvent d’un pays agrandi […] et ne 

redoutent pas de mettre en cause les sacro-saintes frontières coloniales. » 

On se retrouve loin des revendications de la nationalité, des conflits ethniques ; bref, loin 

d’une guerre civile. Pourtant, à longueur de pages, les simplifications vont refaire surface et 

s’imposer au détriment de la complexité du problème. On insistera : « L’obsession ethnique 

risque de miner un autre des atouts du Zaïre : la vigueur de sa société civile. Dans le Kivu, par 

exemple, il est désolant de constater que l’épuration ethnique dont les Tutsis ont été victimes 

dans le Masisi ou dans le Sud-Kivu n’a provoqué que peu de réactions » (Le Soir, 24 octobre 

1996). 

Cette information fut également reprise par La Libre Belgique. L’asbl Sima-Kivu prit contact 

à l’époque avec les rédactions du Soir et de La Libre, et leur remit des documents signés par 

le P. Rigobert Minani, responsable de la Société civile du Sud-Kivu. Ces textes attestaient de 

l’engagement de la société civile en faveur de certains membres de la communauté 

«banyamulenge», ce qui lui valut d’ailleurs les foudres de Monsieur Anzuluni, ancien 

président du Parlement zaïrois. Mais, en dépit des promesses, aucun article rectificatif de cette 

« diabolisation » de la société civile ne fut publié. 

Dans ce contexte, tous ceux qui au Congo s’opposèrent à la guerre furent présentés comme 

anti-Tutsis, xénophobes, racistes, mobutistes, etc. Par exemple : « C’est ainsi qu’au niveau de 

la presse, des partis politiques zaïrois, y compris ceux qui font partie de l’opposition radicale, 

on assiste aujourd’hui à une curieuse « union sacrée » avec des partisans de Mobutu, tous 

étant unis par le nationalisme, l’amertume de la défaite militaire, sinon une réelle xénophobie 

à l’encontre des Tutsis, qu’ils soient rwandais ou zaïrois… » (Le Soir, 6 novembre 1996). 

« La population de Bukavu a développé un sentiment anti-rwandais qui a pris les apparences 

d’une politique de ségrégation à l’égard des Tutsis — congolais comme rwandais […] 

sentiment qui, souvent, se différencie mal du simple racisme. […] L’occupation par l’armée 

rwandaise a exacerbé cette tendance, tout en l’habillant du manteau honorable de la résistance 

à l’ennemi » (La Libre Belgique, 15 février 2000). 

À la suite de ce dernier article, je décidai d’envoyer une réaction au responsable de la rubrique 

« Opinions et débats » du journal chrétien, où j’écrivais notamment ceci : « Aucune raison ne 

justifie que des innocents tutsis puissent payer pour les dérives totalitaires des régimes de 

Kagame, de Buyoya et de Museveni ! Par contre, comme tous les peuples du monde, nous ne 

pouvons nier notre haine envers nos occupants et envers leurs collaborateurs, à quelqu’ethnie 

ou nationalité qu’ils appartiennent. Alors, pourquoi, diantre, les habitants du Kivu seraient-ils 

à ce point aveugles au point de se mettre à haïr des tutsis qui ne collaborent pas avec le 

Rwanda, ne tuent personne et ne demandent qu’à vivre en paix comme toute la population 

congolaise ? » 

Malgré la promesse d’une publication d’extraits de cet article dans le « Courrier des lecteurs 

», ce ne fut jamais fait. La Libre ne jugea pas opportun que ses lecteurs se forgent une opinion 

diversifiée, notamment à travers le point de vue d’un ressortissant du Kivu. Cet article fut 

finalement publié par les revues L’Africain et Dialogue (Nashi E.). 

 

AMPLIFIER LES PRETEXTES, OCCULTER LES ENJEUX… 

Ainsi, les journaux belges ont présenté les deux invasions du Congo en usant d’une 

simplification manichéenne à outrance. Et l’on sait que manichéisme et objectivité ne font pas 

bon ménage ! Cette simplification est par ailleurs doublée d’une amplification des prétextes 

de la guerre. Les reportages, commentaires et analyses du Soir et de La Libre vont se focaliser 

sur les thèmes ci-après : nationalité des Banyamulenge, libération du Congo, sécurité du 

Rwanda, etc. 

Dès ses premiers articles, en octobre 1996, La Libre Belgique s’écrie, plus qu’elle n’écrit : 

«Les rwandophones zaïrois, installés dans les lieux où ils vivent depuis plusieurs siècles, 

s’indignent à juste titre de la contestation de leur nationalité par des ethnies voisines, sur fond 

de lutte pour la terre… ». En 1998, elle reprend les mêmes arguments presque mot pour mot, 

et recommence : « Les “ rwandophones ” ont pu craindre de se sentir abandonnés une 

nouvelle fois d’autant que les intentions du nouveau pouvoir sur leur reconnaissance comme 

composante ethnique de la communauté nationale congolaise ont pu paraître peu claires. Le 

spectre du génocide… » (La Libre Belgique, le 4 août 1998). 

Du côté du Soir, on explique, en 1996 : « Le Rwanda est cependant très concerné par 

l’évolution du pays voisin, avant tout pour des raisons de sécurité. Kagame, lorsqu’il évoque 

ce souci-là, s’anime soudain : Il faut comprendre que nous sommes un petit pays, que, ce qui 

est en jeu, c’est notre survie pure et simple, notre existence. » Et dès 1998, on ressort les 

explications qui ont servi deux ans plus tôt : « En réalité, la crise a été provoquée par 

plusieurs facteurs : l’incapacité des Congolais à maîtriser les incursions des “génocidaires” 

qui, depuis le Kivu, menaient des attaques de plus en plus meurtrières sur le Rwanda et 

bénéficiaient de complicités locales ; le fait que la question de la nationalité des Tutsis 

congolais n’ait pas été réglée en priorité… » (Le Soir, 19 aout 1998). 

Manifestement, tout en disposant d’éléments suffisants pour une analyse complexe du 

problème, les choix éditoriaux de la presse belge justifient la guerre et ses promoteurs sans 

toujours en expliquer les prétextes et les agendas cachés. Or le recul aurait permis de mettre 

en exergue, dès le départ, un paradoxe déjà présent à ce moment-là et que Jean-Claude 

Willame résume en ces termes : « Les représentants des Banyamulenge, réfugiés à Kigali, 

avaient réclamé à cor et cri une nationalité zaïroise et n’ont pas hésité à déclencher les 

hostilités pour ne pas perdre cette nationalité, tandis que Kigali — effectuant une lecture très 

différente — invite de facto les Banyamulenge à “défendre leurs droits” sur un sol… qu’il 

considère comme étant bel et bien “rwandais” ». 

Au lieu de souligner ce paradoxe, les quotidiens belges se contentent de relayer la thèse d’une 

seule partie au conflit. Parti pris ? Paresse intellectuelle ? Au minimum, la presse s’interdit de 

jouer son rôle de contre-pouvoir par rapport aux gouvernements rwandais, ougandais et 

burundais. Elle observera une attitude analogue face aux chefs de la diplomatie belges. 

 

 

CAISSE DE RESONANCE 

DE LA RUE DES PETITS CARMES ? 

Le ton de la grande presse est, en effet, pratiquement le même que celui de la majorité de la 

classe politique belge au sujet du Zaïre ou du Congo. Comme Erik Derycke en 1996, ou Louis 

Michel en 1998, à quelques exceptions près, elle s’associe à ceux qui viennent renverser les 

dirigeants de l’ancienne colonie qui déplaisent ; elle se réjouit presque de leur disparition 

politique et/ou physique. 

En 1996, Le Soir renseigne que « les responsables politiques sont unanimes à saluer le départ 

de Mobutu et attendent Kabila au tournant démocratique ». Il fait parler le président du Parti 

socialiste, Philippe Busquin, pour qui « le départ de Mobutu est une excellente chose… ». Il 

donne également la parole à Louis Michel, président du parti libéral francophone. Pour celuici 

aussi, « il était temps que le règne de Mobutu s’achève… ». (Le Soir, 18 mai 1997). 

Lorsque Laurent-Désiré Kabila — qu’ils avaient tous célébré, avant de le crucifier — sera 

assassiné en janvier 2001, Le Soir expliquera, par Kampala interposé, que : « La mort de 

Kabila aura d’importantes répercussions et que son décès pourra faciliter la mise en oeuvre du 

processus de paix puisqu’il en était l’un des principaux opposants. » 

À nouveau, la parole ne sera accordée qu’aux seuls politiciens belges qui confortent cette 

thèse. C’est le cas de Mark Eyskens qui en profite par ailleurs pour régler des comptes : « La 

mort de Kabila n’est pas surprenante. C’était un homme extrêmement néfaste pour son pays. 

Il l’est devenu beaucoup plus rapidement que Mobutu. Il fut finalement pire que Mobutu. […] 

J’ai appris, de la bouche d’un Congolais très respectable, que Kabila protégeait et donnait sa 

caution à une infiltration de l’extrême gauche belge au Katanga. Le parti Partij van de arbeid, 

le P.V.D.A., représenté par un certain Ludo Martens… » (La Libre Belgique, 17 janvier 

2001). 

À l’occasion, la personne choisie pour exprimer le point de vue des Congolais dans les deux 

journaux viendra enfoncer le clou. Jean Omasombo explique au Soir (18 janvier 2001) que la 

disparition de Kabila est une bonne chose : « Honnêtement, je pense que sa mort devrait avoir 

plus de conséquences positives que négatives. Avec lui aux commandes, tout était bloqué ». 

Et à La Libre Belgique (18 janvier 2001) le politologue congolais affirme que Kabila n’était 

pas à la hauteur : « Je répondrai d’abord en vous disant que la mort de Kabila, sans être trop 

méchant, n’est pas en soi une mauvaise chose pour l’avenir du Congo, parce qu’il semblait 

devenir un grand frein… » 

On cherchera en vain dans les deux quotidiens une quelconque interview d’homme politique 

ou d’intellectuel, belge ou congolais, exprimant une vision différente de la situation. Il est vrai 

que Kabila père en gênait plus d’un en Belgique, à commencer par les responsables politiques 

dont la presse relaiera les positions sans les mettre en perspective, ni les contre-balancer. 

Dans ce contexte, on verra la presse rapporter sans les critiquer les propos du ministre des 

Affaires étrangères, Erik Derycke, lors de la seconde agression du Congo en 1998. La rue des 

Petits carmes justifiait l’agression, et la presse (Le Soir et La Libre Belgique, 8 août 1998) lui 

emboîta le pas : « Si au regard du droit international, une intervention militaire dans le pays 

voisin n’est pas acceptable, dans ce cas-ci, on peut se montrer compréhensif à l’égard des 

frustrations qu’on du éprouver le Rwanda, l’Ouganda et même l’Angola en ce qui concerne 

leur sécurité. » 

Lorsqu’un ministre des Affaires étrangères, dont les raisons sont politiques, justifie 

l’agression d’un pays par trois autres, les journalistes qui se contentent de citer ses propos 

sans les confronter aux principes du droit international s’en rendent complices, de la même 

façon que ceux qui, en août 1990, livrèrent sans la commenter, l’assertion de Georges Bush 

selon laquelle Saddam Hussein était un nouvel Hitler ! 

Des exemples sont nombreux où des positions des membres du gouvernement belge, 

manifestement sujettes à caution, sont rapportées sans commentaire, alors qu’un minimum de 

critique s’imposait. Rappelons deux exemples parmi tant d’autres. Le 30 juin 2000, le Premier 

ministre belge est invité par Kinshasa qui commémore les quarante ans de l’indépendance du 

Congo. Le gouvernement arc-en-ciel déclinera poliment l’invitation. Au cours de l’émission 

spéciale consacrée par la R.T.B.F. au Congo, Louis Michel, ministre des Affaires étrangères 

expliquera que la Belgique sortirait de sa neutralité dans le conflit qui oppose le Congo au 

Rwanda si Guy Verhofstadt venait à se rendre à Kinshasa. Or, deux mois plus tôt, celui-ci 

s’était rendu à Kigali dans le cadre de la commémoration du génocide rwandais de 1994. Il ne 

s’est trouvé personne dans la presse pour demander par quelle magie la neutralité belge était 

restée intacte lors de ce séjour de M. Verhofstadt dans la capitale rwandaise. 

Dans la même logique, en septembre 1999, lorsque Louis Michel s’élèvera publiquement 

contre la décision des autorités du Congo d’interdire le dollar américain dans les transactions 

financières à Kinshasa, la presse francophone belge ne mettra pas ses déclarations en 

perspective avec celles tenues deux jours plus tôt devant la tribune de l’assemblée générale de 

l’O.N.U. Expliquant son partenariat avec l’Afrique, le ministre s’était fait l’avocat d’une 

«collaboration volontaire et respectueuse de chacun, excluant que ce pacte puisse être 

confondu avec une tentative néocolonialiste de tutelle sur cette région ». Or, dès que le 

gouvernement congolais prenait une mesure qu’il jugeait apte à assainir son espace monétaire 

et économique sans en référer à Bruxelles, Kabila se trouvait disqualifié par la Belgique. La 

manchette du Soir du 25 septembre 1999 indiquait que le journal avait adhéré à l’opinion du 

ministre : « Kabila n’est plus un interlocuteur valable ». Et, comme le soulignait ce quotidien, 

« Le Soir n’était pas seul, samedi, à traduire les propos de Louis Michel comme une mise en 

cause sévère du président congolais » (27 septembre 1999). 

 

DES NOTES DISCORDANTES AUSSI… 

Pour être complet, signalons que notre analyse révèle la présence de quelques notes 

discordantes au milieu de ce concert. Dans La Libre Belgique, on observe que la guerre est 

traitée dans sa complexité spécialement à l’occasion de signatures extérieures. En particulier, 

chaque fois qu’elle ouvre ses colonnes à Bernard Leloup, chercheur au Centre d’étude de la 

région des Grands Lacs à l’Université d’Anvers, le journal offre à son lecteur une analyse 

rarement défendue par sa rédaction. Ainsi : « Le Rwanda a toujours avancé des arguments de 

sécurité pour justifier sa présence au Congo, qui se prolonge depuis bientôt cinq ans… Le 

pays est assurément confronté à un défi militaire majeur, mais ce ne sont pas ces 

considérations qui guident au premier chef son action au Congo. Le Rwanda entre alors 

massivement dans l’ex-Zaïre, au moins en partie, afin de s’assurer le contrôle de territoires 

stratégiques… Le Rwanda a ainsi l’ambition d’occuper des parties du Congo et/ou d’y 

installer des alliés du Rassemblement congolais pour la démocratie (R.C.D.), là où ce sera 

possible, par les armes ou la négociation… » (La Libre Belgique, 8 avril 2001). 

Quant au Soir, après avoir joué la même partition que les dirigeants belges et rwandais sur la 

guerre du Congo, il va s’attirer le courroux de ceux-ci lorsqu’il décidera de changer de cap. 

La thèse d’une guerre civile est progressivement écartée au profit de l’agression. La 

spécialiste de l’Afrique de ce journal, critiquant l’empressement de Louis Michel à annoncer 

l’assassinat du président Kabila sans s’entourer des précautions d’usage, écrira : « Le ministre 

sait que les congolais sont — à juste titre, les événements le prouvent — hantés par l’idée 

d’un complot dont leur pays ferait l’objet, prompts à dénoncer les risques de conspiration, de 

plus en plus méfiants à l’égard de pays occidentaux qui les frappent d’embargo et tolèrent 

l’agression étrangère » (Le Soir, 18 janvier 2001). Colette Braeckman s’était même fait traiter 

de « raciste anti-tutsi », de « génocidaire », de journaliste « dont les diamants de Kabila se 

paient le coeur » par l’ancien ambassadeur du Rwanda en Belgique, Jacques Bihozagara. Tout 

cela, dès l’instant où la rédactrice du Soir osa écrire : « en R.D.C., l’armée rwandaise s’est 

engagée dans des opérations qui ne sont pas de pacification, mais d’occupation et 

d’exploitation du territoire » (Le Soir, 4 octobre 2000). 

Une remarque s’impose : ce changement de perspective intervient au Soir après un moment 

clé de la guerre du Congo. En juin 2000, les armées du Rwanda et de l’Ouganda se disputent 

pour la troisième fois à l’arme lourde la ville congolaise de Kisangani. Colette Braeckman, 

envoyée spéciale du Soir se trouve à la procure des Missions lorsqu’elle-même et les 

observateurs de l’O.N.U. sont visés par les tirs des soldats rwandais et ougandais. Dès lors, la 

nature tyrannique des régimes pays agresseurs, et surtout les motifs réels de leur intervention 

au Congo prennent plus de place dans la grille de lecture de « la guerre des Banyamulenge ». 

Le fait que Kisangani soit au centre du premier chapitre du dernier livre de Colette 

Braeckman représente à cet effet plus qu’un symbole ! 

 

LE DEVOIR DE COMMENTAIRE 

Cet ouvrage, Les nouveaux prédateurs, offre l’occasion d’observer le rôle, au sens quasi 

théâtral du terme, que pousse peut-être à adopter le métier de journaliste. Revisitant le conflit 

congolais qu’elle a couvert pendant plus de six ans pour son journal, Colette Braeckman 

effectue dans son livre un recadrage de la guerre, selon un triple angle. 

Elle met d’abord au jour, avec toute la complexité requise, les véritables enjeux de cette 

guerre, épinglant le rôle déterminant de la Grande-Bretagne et des États-Unis, soutiens 

inconditionnels des régimes du Rwanda et de l’ouganda. Elle finit par affirmer qu’il s’agit 

bien, comme je le posais dans mon introduction, d’une guerre par procuration où les 

présidents Kagame et Museveni servent eux-mêmes des intérêts qui les dépassent. 

Ensuite, C. Braeckman livre des outils permettant de démontrer que les chefs d’Etat du 

Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda se sont servi du génocide rwandais pour faire accréditer 

leur guerre au Congo, n’hésitant pas à révéler comment elle en est venue à se rendre compte 

de la manipulation dont elle-même et les dirigeants occidentaux ont été l’objet de la part du 

président du Rwanda. Aussi, affirme-t-elle, entre autres : « Avec aplomb, sans que rien ne 

révèle un trouble éventuel, à part les mains qui s’agitent et de longues jambes qui se croisent 

ou se déplient, Kagame peut nier les évidences, mentir en vous regardant droit dans les 

yeux… » 

Enfin, dans son livre, l’auteur parle en son nom, assumant pleinement son rôle d’énonciateur. 

Ainsi : « J’avoue que c’est au Congo, au vu du comportement des hommes de Kagame, que 

j’ai pris la mesure des accusations de crimes de guerre qui pesaient sur le F.P.R. pour son 

comportement durant le génocide — et même durant les années précédentes […] J’en suis 

venue à penser que Kagame et les siens, tacticiens militaires avant tout, ne sont pas de ceux 

qui hésitent à sacrifier des civils, y compris des Tutsis, si tel doit être le prix à payer pour 

arriver à leurs fins. » 

En s’exprimant à la première personne, c’est sa responsabilité individuelle qu’engage l’auteur 

dans son ouvrage. Mais, un tel rôle, C. Braeckman l’assumera difficilement au sein du 

quotidien qui l’emploie. Là, comme dans tout autre organe de presse, sa voix de journaliste 

résonne de celles d’autres instances : la hiérarchie, le patronat, les annonceurs, etc. Comme le 

rappelle Marie-Madeleine Arnold, on a affaire à « la relation des faits et des comportements 

humains passés au prisme de la sensibilité des journalistes, compte tenu, évidemment, des 

directives de la rédaction ». Au niveau de la presse, c’est le méga-énonciateur qui assume un 

rôle collectif et une responsabilité énonciative partagée. 

De ce point de vue, La Libre Belgique et Le Soir sont tout à fait libres de leurs choix 

éditoriaux, notamment de considérer que le génocide rwandais aurait donné un blanc-seing au 

régime rwandais sur le territoire congolais. Mais, cela ne les dédouanera pas des deux 

exigences. 

La première est d’ordre déontologique. S’ils se soucient un tant soit peu de coller à l’image « 

d’un journal plus ouvert et plus accueillant à la pluralité de points de vue », ces journaux ne 

peuvent ignorer dans leurs pratiques que le principe « le journaliste doit tout mettre en oeuvre 

pour rectifier toute information publiée qui se serait révélée inexacte et préjudiciable » 

(Charte de Munich, 24 novembre 1970, art. 5) s’impose également à propos d’informations 

concernant l’étranger. 

La seconde exigence est de type éthique. Elle trouve son fondement dans les quatre millions 

de victimes civiles congolaises sacrifiées sur l’autel des appétits de pouvoir des dirigeants 

(rwandais, ougandais, burundais, congolais), et sur celui des intérêts des multinationales 

(britanniques, américaines, françaises, et belges). On se trouve ici face à l’un des phénomènes 

— racisme, génocide, fascisme, etc. — dont le journaliste, par exigence déontologique, ne 

peut se contenter de rendre compte sans adopter une position humaniste et démocratique. 

Bref, sans exercer ce que Patrick Lamarque appelle le « devoir de commentaire ». 

 

UNE PRESSE BIEN PARADOXALE ! 

Je posais que l’existence de relations particulières de la Belgique avec son ancienne colonie et 

ses anciens protectorats affectait la façon dont les médias couvrent la guerre se déroulant dans 

ces pays. Pour ne m’en tenir qu’au Congo, il m’est apparu que sa couverture s’effectue à 

travers une boucle récursive : la presse belge adopte et reflète à la fois le comportement de la 

classe politique, qui est à son tour le reflet d’une partie de l’opinion belge, elle-même forgée 

principalement par les médias. 

Le politique entraînant le médiatique, on assiste ainsi au prolongement quasi naturel d’un 

paternalisme (entendu au sens positif du terme : comme une marque d’affection) libellé 

comme suit par les hommes politiques : « Pour être bien perçu en Occident, M. Mobutu, M. 

Kengo, M. Kabila… doit se comporter comme le souhaite la Belgique. » À cet égard, 

l’aisance avec laquelle les politiques et journalistes belges relayant leurs propos utilisent le 

prescriptif à l’endroit du Congo et de ses dirigeants est tellement omniprésente qu’elle en 

devient inconsciente : « il faut accorder globalement la nationalité aux Banyamulenge » (E. 

Derycke) ; « Kabila doit renvoyer Yerodia et Kakudji de son gouvernement » (G. 

Verhofstadt) ; « Joseph Kabila doit commuer en perpétuité la peine capitale décidée à 

l’encontre des assassins de son père » (Louis Michel), etc. 

C’est le lieu d’une « interaction complémentaire », celle où l’un des partenaires à la relation 

prescrit à l’autre un comportement à observer. En l’occurrence, la Belgique, ses dirigeants et 

sa presse occupent une position « haute ». D’un autre côté, le Congo et ses dirigeants 

occupent la position correspondante dite « basse ». Les spécialistes de l’Afrique des médias 

belges savent combien les politiciens congolais mettent un point d’honneur à « passer » dans 

les médias belges, par conséquent à être connu des responsables politiques dont le rôle dans la 

désignation des dirigeants congolais n’est pas négligeable. Par le fait même, les uns et les 

autres renforcent le caractère complémentaire de cette relation. Et corollaire de celle-ci au 

niveau de la presse : pour certains spécialistes du Congo, l’accès facile aux décideurs 

politiques et aux seigneurs de la guerre devient très alléchant au vu des interviews, des 

informations confidentielles, ou des scoops que ceux-ci leur fournissent régulièrement. Et 

dans les faits, à force de fréquentations, certains journalistes belges ont fini par tisser des 

relations « extra-professionnelles » avec les Kabila, Kagame, Ruberwa, Bemba et autres 

Mishiki, Karaha… Ce qui explique en partie pourquoi les faits cèdent facilement le pas à 

l’opinion personnelle, l’analyse aux sentiments, la complexité à la simplification, et 

l’objectivité au parti pris. 

Finalement, mes analyses permettent de tirer la conclusion suivante : globalement, la presse 

belge présente un visage bien paradoxal. D’une part, elle dispose de journalistes compétents, 

faisant preuve de professionnalisme, notamment lorsqu’il s’agit de traiter de la politique 

intérieure (affaire Dutroux, dossier Sabena, Renault-Vilvoorde, etc.). D’autre part, cette 

presse semble se ranger systématiquement derrière les positions des responsables de la 

diplomatie belge et des lobbys divers (rwandais et ougandais en l’occurrence) lorsqu’il s’agit 

de traiter d’événements relevant de la politique extérieure, et spécialement, en tout cas, de la 

guerre en République démocratique du Congo. 

Dans ce contexte, il sied de rappeler que la rubrique « Politique étrangère » ou « Monde », au 

même titre que les autres, doit être traitée comme le lieu d’une pratique rigoureuse de 

l’information, susceptible de mettre les données en perspective, d’expliquer patiemment les 

liens entre les faits, afin de rendre compréhensible, simplement mais sans simplification, des 

événements si complexes. En l’espèce, le souci d’exercer son pouvoir dans un domaine – en 

l’occurrence la politique étrangère envers son ancienne colonie — où l’opinion publique se 

montre généralement peu exigeante envers les mandataires politiques, devrait demeurer une 

préoccupation permanente auprès des journalistes belges… 

_________________________ 

Emmanuel Murhula A. Nashi 

Emmanuël Murhula A. Nashi est docteur en communication et professeur de sociologie de la 

communication à l’Institut supérieur de formation sociale et de communication (I.S.F.S.C., 

rue de La Poste – Bruxelles). 

 

 

Bibliographie 

Arnold M.-M., « Comme une tour de Babel… La presse face à l’Afrique d’hier et 

d’aujourd’hui », dans Quaghebeur M. (dir.), Congo-Meuse, Figures et paradoxes de 

l’Histoire au Burundi, au Congo et au Rwanda, vol. 1, 2002, p. 354. 

Braeckman C., Les nouveaux prédateurs, Fayard, Paris, 2003. 

Halimi S., Les nouveaux chiens de garde, éd. Liber-Raisons d’agir, Paris, 1997. 

International Rescue Committee (I.R.C.), « conflict in Democratic Republic of Congo. 

Deadliest Since World War II, says The IRC », 8 avril, 2003, www.theirc.org. 

Kabamba B, « Les Banyarwanda du Sud-Kivu : les Banyamulenge », dans La Revue nouvelle

n° 1, 1997. 

Kinyalolo K., « Désinformation, historiographie et paix dans la région des Grands Lacs de 

l’Afrique centrale », dans Djungu S. & Kalimbiriro L., Grands Lacs d’Afrique : culture de 

paix vs culture de violences, Pangolin, Huy, 2003. 

12 

Lamarque, Patrick, « La presse écrite face à ses devoirs », in Médiaspouvoirs, n° 31-32, 1993. 

Murhula Amisi Nashi E., Le méga-énonciateur. Pour une analyse sémio-pragmatique du 

discours de la presse, Bruylant-Académia, Louvain-la-Neuve, 2002. 

Nashi E., « R.D.Congo : Au Kivu, la résistance ne se trompera pas d’ennemi », dans 

Dialogue, n° 194, 2000. 

Reyntjens F., La guerre des Grands Lacs. Alliances mouvantes et conflits extraterritoriaux en 

Afrique centrale, L’Harmattan, Paris, 1999. 

Weis, Georges, Le pays d’Uvira. Étude de géographie régionale sur la bordure occidentale 

du lac Tanganyika, éd. Arsom, Bruxelles, 1959. 

Willame J.-Cl., Banyarwanda et banyamulenge. Violences ethniques et gestion de l’identitaire 

au Sud-Kivu, Institut Africain-Cedaf – L’Harmattan, Bruxelles – Paris, 1997. 

 

 

3e ANNEXE 

LES NOUVEAUX PREDATEURS
COLETTE BRAECKMAN
Fayard, 2003


« Les veines ouvertes du Congo »


«Des pouvoirs étrangers, avec la collaboration de certains de
nos frères Congolais, organisent des guerres avec les ressources de
notre pays. Ces ressources, qui devraient être utilisées pour notre
développement, pour l’éducation de nos enfants, pour guérir nos
malades, bref, pour que nous puissions vivre d’une façon plus
humaine, servent à nous tuer. Plus encore, notre pays et nous-mêmes
sommes devenus un objet d’exploitation. Tout ce qui a de la valeur
est pillé, saccagé et amené à l’étranger ou simplement détruit. Les
impôts collectés qui devraient être investis pour le bien commun,
sont détournés. Des taxes exorbitantes n’étranglent pas seulement le
grand commerce et l’industrie, mais aussi la maman qui vit de son
petit commerce. Tout cet argent prélevé sur nous, provenant de nos
productions et déposé à la banque, est directement prélevé par une
petite élite venue d’on ne sait où. (…) Cette exploitation est
soutenue par un régime de terreur qui entretient l’insécurité (…)
La déchéance morale a atteint un niveau si aberrant auprès de
certains de nos compatriotes qu’ils n’hésitent pas à livrer leur
frère pour un billet de dix ou vingt dollars».

Ce message, prononcé le jour de Noël 1999 par l’évêque de
Bukavu, Mgr Kataliko, devait lui être fatal. Quelques jours plus
tard, le prélat était déporté par les autorités du Rcd/Goma vers
Butembo, dans le Nord de la province du Kivu, puis libéré, il
succombait à une crise cardiaque peu de temps après son arrivée à
Rome. En termes crus, il avait osé identifier la cause des multiples
conflits qui ravagent le Congo : :l’attrait qu’exercent les
ressources d’un pays qui est sans doute l’un des derniers Far West de
la planète.

Répétons-le : depuis que l’économie s’est mondialisée, il
n’y a plus de tabous. Les frontières ne sont plus inviolables,
l’autorité des Etats n’est plus souveraine, le droit international
lui-même est sujet à distorsions. Quant aux ressources, elles sont
désormais à prendre, par le plus rapide, le mieux armé, le plus
proche… Les nationales à la recherche de profits à court terme.
C’est ce qui explique l’engouement pour l’Afrique centrale : alors
qu’un peu partout dans le monde, les ressources minières ont déjà été
fortement entamées, sinon épuisées, dans cette région peu accessible,
longtemps défendue comme une chasse gardée par les sociétés belges du
temps de la colonisation ou peu accueillante aux investissements pour
cause de dictature, la plupart des gisements sont encore vierges ou
mal exploités : diamants, cuivre, étain, charbon, fer, manganèse,
mais aussi niobium, colombo-tentalite, cobalt, uranium, germanium,
gaz méthane et pétrole, le Congo a de quoi susciter la convoitise.
D’autres ressources encore font du pays une place stratégique, car
chacun sait que leur possession fera la différence au cours des
prochaines décennies. Il s’agit de l’eau, de l’énergie
hydroélectrique, des terres arables, des forêts.

Pour prendre la mesure de ces richesses, il faut survoler la
forêt équatoriale, depuis Kisangani jusqu’aux villes de l’Equateur. A
l’exception de quelques trouées autour des agglomérations et du côté
de la frontière ougandaise, le couvert végétal est pratiquement
intact. La forêt, qui ondoie à perte de vue, n’est qu’à peine entamée
par les pistes, les villages, les minces traces de l’activité
humaine. Voilà dix ans, la forêt du bassin du Congo, la plus vaste du
monde après l’Amazone, pratiquement inviolée. Mise depuis lors en
coupe réglée, elle pourrait perdre 20% de sa superficie au cours des
quinze prochaines années : en République démocratique du Congo
seulement, plus de 400 exploitations illégales ont été recensées…

Le système fluvial qui traverse cette forêt est le plus
puissant du monde. Avec un débit de 42.000 mètres cubes par seconde,
qui ne varie que du simple au double, les ressources du fleuve Congo
ont déjà inspiré de nombreux projets, comme l’irrigation de la Libye
et la mise en valeur des déserts de la Namibie. En outre, le fleuve
Congo est le seul à présenter, en son cours inférieur, une pente très
forte, et ses rapides sont synonymes d’un extraordinaire gisement de
puissance hydroélectrique – dont l’énergie potentielle est de 370
milliards de kilowattheures. Dans le Bas-Congo, le site d’Inga qui
est loin de tourner à pleine capacité, est déjà relié aux réseaux
interconnectés d’Afrique australe – Zambie, Zimbabwe, Afrique du Sud -
, et certaines études s’attachent à un projet des axes de connexion
supplémentaires. Inga pourrait être, en outre, relié à l’Angola, à la
Namibie, à l’Afrique du Sud, tandis qu’en Afrique de l’Ouest, le site
alimente déjà Brazzaville et pourrait, de là, approvisionner le
Cameroun, le Gabon, le Nigeria. L’Afrique du Nord rêve d’un
gigantesque projet qui relierait la République démocratique du Congo
à l’Egypte en passant par la République centrafricaine, le Tchad, le
Soudan.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que la première
équipe de la Mission des Nations Unies, chargée en 2001 de
la «réouverture» du fleuve, ait été composée d’observateurs
militaires (uruguayens en l’occurrence), mais aussi d’hydrologues
chargés d’études scientifiques.

Une terre de rêve

Le Congo est riche aussi de son immense potentiel en terres
arables, des terres sous-peuplées (la densité moyenne ne dépasse pas
26 habitants au kilomètre carré). En certains endroits, sans engrais,
il est possible de réaliser trois récoltes par an ! C’est cette terre
fertile, généreuse qui a permis à la population de traverser toutes
les épreuves. Si des dizaines de milliers de fonctionnaires se
présentent encore chaque jour à leur poste de travail, alors qu’ils
ne sont plus payés depuis des années, c’est aussi parce que,
professeurs d’université, instituteurs, postiers, ils consacrent leur
après-midi à l’agriculture, tandis que leurs épouses vendent au
marché ce qui n’est pas consommé par la famille et soignent les leurs
à l’aide de plantes médicinales.

D’autres ressources encore ne sont qu’à peine effleurées :
le gisement de gaz qui dort au fond du lac Kivu, le pétrole qui vient
d’être découvert dans le lac Albert et qui pourrait être exploité
depuis Bunia, les hydrocarbures qui se trouvent dans la cuvette
centrale et dont Kisangani est précisément le verrou. Est-ce un
hasard si c’est à proximité de ces «réserves» (dans tous les sens du
terme) que, depuis 1996, se sont déroulés les affrontements les plus
meurtriers ?

Et comment s’étonner du fait qu’en tout Congolais, aussi
pauvre soit-il, sommeille un millionnaire, qu’il calcule sa fortune
potentielle en zaïres, en francs congolais ou en dollars ? Chaque
citoyen de ce pays est persuadé qu’il est assis sur un coffre-fort et
que les étrangers n’ont qu’une seule idée en tête, en voler la clé,
s’emparer du trésor, et l’emporter outre-mer ou, plus simplement, de
l’autre côté des frontières. Comment suggérer à nos interlocuteurs
que trop souvent, alors que partout ailleurs on s’agite, on invente,
les Congolais demeurent passifs, attendant que d’autres investissent,
mettent en valeur les ressources de leur territoire. Car enfin, du
temps de Mobutu, le président n’était pas le seul dépositaire de la
fortune du pays : ses proches et les barons de son régime se sont
enrichis autant que lui, sinon plus, ou plus discrètement. Mais, rien
de tout cela n’a été investi dans des projets durables. Des sommes
fabuleuses se sont envolées dans la consommation quotidienne, le
faste, les placements mirifiques à l’étranger dont tout le monde a
perdu la trace, dans ces banques suisses jalouses de leurs secrets.

Bien avant la chute de Mobutu, le potentiel du Congo faisait
rêver ses voisins africains. Et les Rwandais ne furent pas les seuls,
loin s’en faut, à songer à asseoir leur développement sur la «mise en
valeur» (autrement dit l’exploitation) des ressources de la cuvette
centrale. Museveni rêvait d’une route qui aurait relié Kampala à
Kisangani, les Ethiopiens et les Erythréens se préparaient à
s’associer à l’aventure. L’Afrique australe ne fut pas en reste :
l’Angola engagea des troupes, le Zimbabwe, de l’argent, et l’Afrique
du Sud était alors bien décidée à empocher les dividendes de ce que
d’aucuns appelaient alors la «renaissance africaine». Un projet qui
est aujourd’hui relancé sous le nom de Nepad (Nouveau partenariat
pour le développement de l’Afrique) et qui se fonde, lui aussi,, sur
le développement des infrastructures et l’exploitation de produits
miniers.

Dès cette époque, bien sûr, les multinationales furent
présentes. Elles avancèrent les capitaux nécessaires à la réussite de
ce premier joint-venture africain : Consolidated Eurocan Ventures,
une composante du groupe canadien Lundin, se proposa ainsi
d’exploiter le cuivre et le cobalt de Tenke Fungurume au Katanga (un
gisement qui renferme les plus hautes teneurs de cuivre et de cobalt
du monde), la société canadienne Barrick Gold Corporation, deuxième
producteur d’or du monde après la sud-africaine Anglo-American
Corporation, s’est intéressée aux gisements d’or de Kilo Moto jusque-
là gérés par l’Okimo (Office d’or de Kilo Moto) aujourd’hui entre les
mains de la société anglo-ghanéenne Ashanti Goldfields.

Une autre société canadienne, Banro Resources, se porta
acquéreuse de la Sominki (Société minière du Kivu), dont les
gisements étaient riches en étain, en or, mais également, ainsi qu’on
le découvrait plus tard, en colombo-tentalite, le fameux coltan qui
allait s’imposer comme le minerai vedette de la deuxième guerre.

Quant à la «junior» American Mineral Fields (Amf), dont le
siège est à Hope (Arkansas), la ville natale de l’ex-président
Clinton, elle connut son heure de gloire lorsqu’en avril 1997, soit
un mois avant l’arrivée des troupes de Kabila à Kinshasa, ses
représentants signèrent à Lubumbashi trois accords miniers, pour une
valeur totale de près d’un milliard de dollars : extraction de cuivre
et de cobalt à Kolwezi, extraction de cobalt à Kipushi et
construction d’une usine de traitement du zinc à Kipushi. A Kisangani
déjà, où l’Amf avait acquis un comptoir d’achat de diamants, et à
Lubumbashi ensuite, la société sut se montrer généreuse avec les
rebelles qui bénéficièrent d’une avance de 50 millions de dollars sur
les transactions, histoire de financer la guerre alors en cours et de
prendre date pour l’avenir.

Des sociétés relativement modestes comme Amf, qualifiées
de «juniors» sur la place de Toronto et qui acceptaient de traiter
avec les «rebelles», n’étaient en réalité que des «poissons-pilotes»
qui se proposaient, après la fin de la guerre, de revendre leurs
avoirs aux transnationales. Ces dernières, avant de s’engager,
exigeaient, et surtout que le nouveau régime ait renoué avec les deux
huissiers du grand capital, le Fmi et la Banque mondiale.

On sait comment Kabila déçut ceux qui, militairement ou
économiquement, avaient investi dans le renversement de Mobutu,
remettant en cause les contrats miniers et reprenant contact avec ses
amis de toujours, la Chine, la Corée du Nord, Cuba et même la Libye
(Kabila fut également considéré avec bienveillance par la Malaisie,
dont le Premier ministre Mahathir bin Mohamad était un grand ami du
Zimbabwéen Robert Mugabe).

Tout à l’orgueil d’avoir chassé Mobutu, fût-ce en
chevauchant le tigre des armées étrangères, Kabila et les siens
eurent tendance à négliger le fait que les dix années précédentes
avaient achevé de ruiner ce qui restait de l’économie : les pillages
de 1991 et de 1993 avaient détruit le tissu industriel, tandis que la
rupture avec les institutions financières internationales, consommée
en 1992, avait fait obstacle à tout nouvel investissement. La
production de cuivre et de cobalt, qui atteignait 500.000 tonnes pour
le métal rouge et 17.000 tonnes pour le cobalt à la fin des années
1980, n’était plus respectivement que de 37.000 et 3.800 tonnes huit
années plus tard.

Cependant, malgré son manque d’expérience, l’équipe de
Kabila, dès son arrivée à Kinshasa en 1997, s’était remise au
travail. En décembre de la même année, elle présentait à Bruxelles un
programme triennal ambitieux qui mettait l’accent sur la remise en
état des infrastructures de transport, d’eau et d’électricité, sur la
réhabilitation de l’agriculture, l’appui à la restructuration du
secteur industriel et la lutte contre le chômage. Pleins d’espoir,
les simples citoyens prirent l’initiative de réhabiliter les
ministères, d’assainir les villes, de curer les égouts… Ces mois-là
sont l’objet, aujourd’hui encore, d’une incurable nostalgie : les
salaires commençaient à être payés, il était même question de verser
des arriérés, d’honorer les pensions !

Le plan triennal, présenté lors de la Conférence des amis du
Congo qui se tint à Bruxelles en décembre 1997, fit l’objet d’une fin
de non-recevoir : Kabila n’inspirait pas confiance. En bon élève de
Mao, il décida alors de ne plus compter que sur ses propres forces et
imposa à l’économie une orientation beaucoup plus dirigiste. Malgré
cela, la sortie du franc congolais, le 30 juin 1998, fut un réel
succès et sa devise sonnait comme un défi : «une monnaie forte pour
un peuple uni». L’apparition des nouveaux billets, frappés des
symboles nationaux comme l’effigie de Lumumba, fut accueillie dans la
ferveur populaire.

En dépit de ses convictions personnelles qu’il ne se privait
pas d’exprimer, le président finit par céder aux arguments du
gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu, et en
juin-juillet 1998 le Congo, acceptant le principe de la continuité de
l’Etat, reprit le paiement des arriérés de la dette. C’est
l’éclatement de la guerre en août 1998, qui conduisit les dirigeants
congolais à redistribuer les cartes : conscient de la réalité du
complot international qui se tramait contre lui, Kabila, au début du
mois d’août 1998, refusa dès lors de rencontrer les membres du Fmi de
passage à Kinshasa….

Il n’ignorait pas que cette nouvelle guerre était, elle
aussi, financée par certaines sociétés étrangères, aussi désireuses
que le Rwanda et l’Ouganda d’installer à la tête du pays un autre
dirigeant, plus sensible à leurs intérêts, plus «rationnel», plus «au
fait de l’économie moderne»…. Il n’est pas inutile de rappeler
qu’un fonds de 10 millions de dollars avait ainsi transité d’une
banque bruxelloise vers une banque de Kigali, et cette somme avait,
en quelque sorte, préfinancé la rébellion. Un juge belge saisi du
problème posé par le pillage des ressources naturelles, a fini par
s’inquiéter de l’origine de ces fonds et fait bloquer, pour enquête,
plusieurs comptes de résidents étrangers alimentés par les ventes de
minerais en provenance du Kivu.

Kabila à contre-courant

Dès le début de la deuxième guerre, Kabila, isolé et partout
mis en accusation, retrouva, en matière économique également, ses
réflexes de chef de guerre. Il multiplia les mesures autoritaires qui
se révélèrent plus contre-poroductives les unes que les autres -
interdiction de toute transaction en monnaie étrangère et fermeture
des bureaux de change, centralisation des ventes de diamants et
création par décret-loi, d’une Bourse congolaise des matières
premières censée commercialiser 70% de la production des minerais et
des pierres précieuses. Les transactions devraient s’effectuer au
taux officiel, surévalué par rapport au taux parallèle, tandis que
les étrangers se voyaient interdire l’accès à l’exploitation des
comptoirs de diamants.

Dans un pays comme le Congo, où chacun se débrouille comme
il peut, où les citoyens ont appris dès leur plus jeune âge à ignorer
et à contourner les prescriptions de l’Etat, de telles mesures ne
pouvaient qu’encourager la fraude massive. Les diamants s’écoulèrent
ainsi le plus naturellement du monde via les capitales voisines. Au
cours des premiers mois de 1999, le diamant artisanal ne rapporta
plus à l’Etat que 18,7 millions de dollars, contre 328,7 l’année
précédente !

Maladroitement, Kabila tenta aussi d’atténuer les effets de
la guerre sur les plus pauvres. Renouant avec ses habitudes de
maquisard, il avait toujours à portée de main de fortes sommes (des
millions de dollars parfois) qu’il distribuait de la main à la main
pour soutenir tel groupe de femmes, tel projet social, tel comité de
pouvoir populaire acquis à sa cause. Aux yeux de la population, de
telles pratiques rappelaient fâcheusement les moeurs de l’ancien
parti unique de Mobutu…

La hausse vertigineuse des prix des produits alimentaires
lui donna par ailleurs l’idée d’une mesure d’inspiration populiste,
un Bureau national pour la promotion sociale. Des «magasins du
peuple» s’ouvrirent dans la capitale, chargés d’acheter des denrées
alimentaires auprès des grands importateurs et de les revendre à prix
fixes. Mais, cette mesure, comme les autres, était vouée à l’échec,
car les marchandises étaient immédiatement revendues plus loin et
plus cher par d’autres intermédiaires, tandis que les cantines
restaient vides.

Distraites des maigres bénéfices des sociétés d’Etat ou
détournées de la Banque centrale, les sommes gérées directement par
Kabila, dont il tenait, il faut le dire, un compte strict, ne
servirent en aucun cas à son enrichissement personnel. Mais,
distribuées sans contrôle, elles confirmèrent la mauvaise réputation
de son régime, jugé archaïque. Cet argument était renforcé par la
manière dont le président traitait tous ceux qu’il soupçonnait de
corruption : qu’ils soient ministres, secrétaires ou membres de sa
propre famille, il les envoyait séjourner quelque temps en prison,
sans jugement. Après ce châtiment expéditif et arbitraire, les
suspects retrouvaient leur poste.

Le moteur de la guerre

L’appétit pour les richesses du pays, le désir d’y accéder à
bas prix fut-il la principale motivation de la deuxième guerre ? Les
Congolais n’ont aucun doute à ce sujet, et les trois rapports publiés
par les Nations Unies, consacrés au pillage des ressources
naturelles, les ont confortés dans cette idée.

La disgrâce de Kabila repose cependant sur une raison plus
profonde, qui explique pourquoi, au-delà du souci de leur sécurité et
du goût du lucre, les pays de la région ont exigé un droit de regard
sur le régime à mettre en place à Kinshasa. S’il était à ce point
urgent de détrôner Kabila, dictateur certes, mais guère plus que
d’autres, n’est-ce pas aussi parce qu’il avait eu l’audace de
prétendre déconnecter le Congo des circuits dominants qui mènent du
Sud vers le Nord ? Parce qu’il avait tenté d’aller à contre-courant .
Ne serait-ce pas parce que d’autres pays d’Afrique, suivant l’exemple
du Congo, auraient pu être tentés de réduire leur dépendance par
rapport au reste du monde ?

Rappelons que les projets fondés sur l’idée de «renaissance
africaine» ont pour ambition de mieux intégrer le continent aux
circuits économiques mondiaux, et le Congo est un maillon essentiel à
la réussite de cette ambition. Dans cette perspective, il apparaît
que l’objectif à long terme de la guerre menée au Congo fut de
remettre le pays sur cette trajectoire-là, de mieux l’intégrer à
l’économie mondialisée. Mais, à la différence des guerres de conquête
coloniale, et un siècle après que les mercenaires à la solde de
Léopold II eurent ouvert le bassin du Congo au commerce
international, l’entreprise, cette fois, ne fut pas confiée à des
armées étrangères, mais à des troupes africaines.

C’est en cours de route, alors qu’il apparut que les
hostilités allaient se prolonger, que les chefs de guerre (ougandais,
rwandais ou zimbabwéens) confondirent la fin et les moyens : ils se
lancèrent brutalement dans le pillage à court terme, à des fins
d’enrichissement personnel ou pour financer l’effort de guerre. De ce
point de vue, on peut dire que l’entreprise d’exploitation, telle
qu’elle fut organisée par les Africains, fut plus brutale encore que
celle qu’avaient menée les colonialistes d’antan. Sans mesure, les
seigneurs de la guerre ont fait jouer la loi du plus fort. Si les
grandes puissances et les sociétés minières ont cherché à chasser
Kabila pour atteindre des objectifs à long terme, les «opérateurs»
sur le terrain ont, pour leur part, nourri des ambitions beaucoup
plus limitées : s’emparer de tout ce qu’ils avaient sous la main, et
au plus vite.

Un horld-up mené en plusieurs étapes

C’est dès le début de la première guerre du Congo en 1996,
que la prédation avait commencé, mais elle avait été occultée par le
drame des réfugiés hutus et par la perspective de la chute probable
du régime de Mobutu. C’est en vain que les Congolais «libérés»
avaient alors dénoncé le fait que, depuis Goma, Kisangani,
Lubumbashi, Kinshasa, les avions qui transportaient des renforts et
du matériel militaire repartaient en direction de Kigali et de
Kampala chargés de meubles, de véhicules, d’appareils électroménagers
et audiovisuels…

Il fallut attendre 2001, soit près de trois ans après le
début de la deuxième guerre, pour que, à l’initiative de la France,
le Conseil de sécurité de l’Onu soit saisi du problème et qu’un
groupe d’experts soit chargé de procéder à une étude sur le pillage
des ressources naturelles du Congo opéré durant la période des
hostilités. En juillet 2001, puis en novembre de la même année et
enfin en octobre 2002, trois rapports furent ainsi publiés, décrivant
avec force détails les étapes d’une entreprise toujours plus
systématique.

«Durant la première année (de la deuxième guerre), nos
hommes ont surtout fait du renseignement, exploré les potentialités
économiques», me confiait un ami rwandais en août 1998. Le premier
rapport de l’Onu confirme : «Ougandais et Rwandais, officiers
supérieurs et leurs associés se rendaient parfaitement compte du
potentiel de ressources naturelles que recelait l’Est du pays et
savaient où les trouver (…). De nombreux récits entendus à Kampala,
il ressort que les partisans de la décision de s’engager dans le
conflit se recrutaient parmi les officiers supérieurs qui avaient
déjà servi dans l’Est du Zaïre pendant la première guerre et qui
avaient déjà une idée des bonnes affaires que l’on pouvait déjà
réaliser dans la région. (…). Les forces ougandaises se tenaient
prêtes à entrer dans le pays et à occuper les régions dans lesquelles
étaient situées les mines d’or et de diamants (…). La sécurité et
des raisons politiques ont été invoquées comme motivation première de
la décision des dirigeants politiques d’entrer sur le territoire Est
de la République démocratique du Congo, tout indique que certains
officiers de l’état-major avaient sans nul doute des desseins plus
obscurs, à savoir des objectifs économiques et financiers. Quelques
mois avant que n’éclate la guerre de 1998, le général Salim Saleh et
le fils aîné du président Museveni se seraient rendus dans la région,
et un mois après l’ouverture des hostilités, le général Kazini se
livrait déjà à des activités commerciales.

Il faut, cependant, noter que dans les dernières années du
régime Mobutu déjà, l’essentiel de la production de café de la
province Orientale et de l’Equateur était commercialisé via
l’Ouganda. Cette fraude pénalisait Kinshasa, mais elle contribuait à
l’équilibre de la balance commerciale de l’Ouganda.

  Puis, plus loin : «Dans le secteur minier, la
société minière du Kivu (Sominki) avait constitué en différents
endroits des stocks de colombo-tentalite pour une durée globale de
sept ans. A partir de fin novembre 1998, les forces rwandaises et
leurs alliés du Rcd ont organisé l’enlèvement de ces stocks et leur
transport à Kigali. De 2.000 à 3.000 tonnes de cassitérite et de
1.000 à 1.500 tonnes de coltan ont ainsi été prélevées dans la
région, entre novembre 1998 et avril 1999 (…). Il a fallu près d’un
mois au Rwandais pour transporter par air ce coltan à Kigali».

Les Ougandais sont également montrés du doigt : «Fin août
1998, les troupes du général Kazini se sont éclipsées, emmenant avec
elles les stocks de bois d’oeuvre appartenant à la société
d’exploitation forestière Amexbois, sise à Bangboka. En décembre de
la même année, le même général a ordonné la confiscation de tout le
stock de bois de la société La Forestière. En janvier 1999, dans la
province de l’Equateur, Jean-Pierre Bemba et le général Kazini ont
organisé une importante opération visant la confiscation de café en
grains. Il a fallu deux mois pour transporter d’aussi énormes
quantités de café. La province produisait auparavant 60% du café
robusta produit dans le pays». A la suite de ces saisies, il ne se
trouvera plus, pendant un an, aucun stock de café à exporter dans les
localités de Bumba, Lisala, Bosonzo, Binga et Midembo. La Société
congolaise de café, qui était la plus grande détentrice de stocks de
la région, fera faillite.

Des usines ont été systématiquement démantelées, comme la
raffinerie de sucre de Kiliba au Sud-Kivu. Le rapport établit que les
militaires rwandais, aussitôt qu’ils s’étaient emparés d’une ville,
prenaient systématiquement pour cibles les banques locales, utilisant
les hommes du Rcd pour ramasser l’argent, tandis que leurs soldats
armés encerclaient la banque. A la banque Kisangani, succursale de
la Banque centrale, on a ainsi soustrait l’équivalent de 1 à 8
millions de dollars. L’opération s’est déroulée en août 1998, et
cela, alors que des fonctionnaires de la Banque centrale et du
ministère des Finances venaient d’y déposer l’argent destiné au
paiement des fonctionnaires ! Au même moment, plusieurs banques de la
province de l’Equateur recevaient la visite des hommes de Jean-Pierre
Bemba, dont les troupes avaient reçu l’ordre de vider
systématiquement les comptes au lendemain de la chute de la ville.
400.000 dollars furent ainsi prélevés à Bumba, 500.000 dollars à
Lisala et 500.000 dollars à Gemena.

A ces pillages commandités par des chefs de guerre désireux
de se constituer un butin se sont évidemment ajoutées d’innombrables
exactions individuelles, les soldats dérobant l’argent liquide des
simples citoyens, s’emparant des véhicules privés, des meubles…

Autrement dit, durant plus d’un an, les troupes rwandaises,
ougandaises et, dans une moindre mesure, burundaises (ces dernières
se tenant sur leur frontière), se sont livrées à un véritable hold-up
sur les ressources de l’Est du Congo, avec la complicité des rebelles
locaux qui recevaient les miettes du butin.

La première version du rapport suscita un tollé général dès
sa publication. Les pays concernés démentirent les accusations de
pillage, et les membres du Conseil de sécurité, sous l’impulsion des
Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, récusèrent le document en
soulignant que les pays alliés de Kinshasa, et plus particulièrement
le Zimbabwe, avaient été épargnés par les investigations.

Les intérêts bien compris du Zimbabwe

L’Ivoirienne Safiatou Ba-N’Daw, présidente du groupe
d’experts (et qui devait être déchargée de ses fonctions par la
suite), fit même état de menaces et de pressions à son égard. Il
était donc urgent de revoir la copie. Le deuxième rapport, présenté
en novembre 2001, apporte des précisions à propos des engagements et
des motivations du Zimbabwe.

Il ne fait aucun doute que, depuis le début de l’aventure,
le Zimbabwe était intéressé par l’établissement de liens commerciaux
avec le Congo. En effet, le président Mugabe avait tiré les leçons de
l’intervention de son armée au Mozambique dix ans plus tôt : cet
engagement avait permis au Zimbabwe de s’assurer le contrôle
du «corridor de Beira» (reliant Harare au port de Beira, sur l’océan
Indien), mais il ne s’était pas accompagné de projets de
développement économique. Dès que se termina la guerre opposant le
gouvernement du Mozambique à la Renamo (Résistance nationale
mozambicaine, guérilla de droite), les sociétés sud-africaines
s’imposèrent sur le jeune marché mozambicain.

Au Congo, le Zimbabwe veilla donc à ne pas prendre de
risques : dès la première guerre, des projets de coopération
économique à long terme furent mis en chantier. La Zimbabwean Defense
Industries, une société dépendant du ministère de la Défense,
décrocha ainsi un contrat de vente de produits alimentaires et de
matériel aux troupes rebelles. Et lorsque Harare décida, en août
1998, de se porter au secours de Kinshasa, le président Mugabe, qui
était déjà en difficulté sur le plan financier, ne tarda pas à
s’entretenir de la facture avec Laurent-Désiré Kabila. C’est alors
qu’une coopération économique plus étroite, sous la forme de joint-
venture, fut envisagée. Fruit de cette politique, la compagnie
Sengamines, dans laquelle se retrouvèrent d’importantes personnalités
zimbabwéennes, se vit, en 1999, accorder pour vingt-cinq ans le
contrôle de deux des plus riches concessions de la Miba (Minière de
Bakwanga), qui exploite le polygone diamantifère de Mbuji-Mayi, au
Kasaï Oriental. Ces deux concessions, considérées comme le joyau de
la société, puisqu’elles renfermèrent ses principales réserves
d’exploitation, représentent une valeur de production potentielle
estimée à plusieurs milliards de dollars.

Cette coentreprise prévoyait notamment un partenariat entre
la société Osleg (Operation Sovereign Legitimacy), une entreprise
zimbabwéenne créée pour la circonstance, et dirigée par le général
Vitalis Zvinavashe, commandant les forces zimbabwéennes au Congo, et
la congolaise Coimiex (Compagnie d’importation et d’exportation).
Cette dernière, une société à participation publique et privée,
agissait en tant que plate-forme principale du gouvernement pour les
transactions commerciales tout en étant directement attachée à la
présidence.

Les activités de la Sengamines ont suscité beaucoup
d’animosité au Kasaï, où l’on s’interroge encore sur le montant des
taxes rétrocédées au gouvernement central sur la légalité des
exportations de diamants qui prenaient parfois directement la
direction de Dubaï. Indignée, la population locale assure même que,
pour aller plus vite, les Zimbabwéens ont chargé des sacs de terre,
censée contenir des diamants dans des avions militaires et que les
troupes, dans des villages comme Senga Senga et Chibwe, n’ont pas
hésité à chasser les habitants, artisans et cultivateurs !

Avec le temps, la présence zimbabwéenne, bien accueillie au
début, a été de plus en plus mal vécue. C’est ainsi qu’à Mbuji-Mayi,
la ville du diamant, les militaires zimbabwéens qui gardaient les
concessions de la Miba se sont fait payer par des illégaux désireux
de pénétrer sur le polygone minier, qu’ils se sont à l’occasion
transformés en miliciens, participant même à des affrontements armés,
ainsi que le souligne un rapport d’Amnesty International. Par
ailleurs, soucieux d’accélérer le rythme des prospections, les
Zimbabwéens n’ont pas hésité à recourir à la dynamite, au risque
d’endommager les gisements…

Pendant longtemps, la population congolaise a toutefois fait
la différence entre les accords commerciaux conclus entre le Zimbabwe
et le Congo et les prédations commises par les rebelles et leurs
alliés. Ne serait-ce qu’en raison du fait que le Zimbabwe avait été
invité par le gouvernement en place et qu’il se référait aux
dispositions en vigueur au sein de la Sadc (la Conférence de
développement des Etats d’Afrique australe) prévoyant qu’en cas
d’agression, tout pays membre a le droit de faire appel à la
solidarité de ses partenaires.

De nombreux Congolais considèrent ainsi que le Zimbabwe, à
l’instar de l’Angola et de la Namibie, a contribué à préserver
l’unité du pays, à faire échouer des plans de partition et de mise
sous tutelle. D’autant que les forces zimbabwéennes ne se sont pas
non plus livrées à des pillages sauvages, à des massacres, à des
déprédations comparables à ce qui s’est passé dans l’Est. Bien au
contraire : à Mbandaka, entre autres, j’ai vu les soldats du Zimbabwe
partager leurs rations militaires avec la population locale et
assurer certains soins de santé. Mais, ils ont aussi entretenu des
relations avec les jeunes femmes, prostituées ou non, contribuant
ainsi à la propagation du Sida. Et le troisième rapport des experts
de l’Onu (octobre 2002) souligne également que si les forces de
défense zimbabwéennes ont été «les principaux garants de la sécurité
du gouvernement contre ses rivaux dans la région, les officiers
supérieurs de ces forces se sont personnellement enrichis (…) sous
couvert d’arrangement visant à rétribuer le Zimbabwe pour sa
prestation des services militaires

 

Voir aussi « La guerre au Congo » par Eric www.ua.ac.be/objs/00110992.pdf 

 

4e annexe

Derrière les Chiffres :
La Souffrance Indicible au Congo

Par Keith Harmon Snow et David Barouski
ZNET, 1er mars 2006



Dernièrement, le journal médical britannique « The Lancet », plus que tous les autres organes de presse occidentaux combinés, s’est intéressé à la République Démocratique du Congo (RDC). Un groupe de médecins a rapporté qu’environ 4 millions de personnes sont mortes depuis l’éclatement « officiel » de la guerre en 1998 [1]. La BBC, de son côté, a fait état que la guerre au Congo a coûté beaucoup plus vies que tous les conflits armés depuis la Deuxième Guerre Mondiale[2]. Cependant, les experts qui travaillent au Congo et les rescapés congolais eux-mêmes estiment à plus de 10 millions le nombre de morts depuis que la guerre a éclaté en 1996 — et non en 1998 — à la suite de l’invasion soutenue par les États-Unis destinée à renverser le président du Zaïre, Joseph Mobutu. Si la presse occidentale est habituée à « dénombrer » les morts en Afrique, aucune statistique ne peut mesurer la souffrance des Congolais. 

Certaines personnes ont conscience que la guerre au Congo est motivée par le désir d’extraire les matières premières, y compris les diamants, l’or, le colombo tantale (coltan), le niobium, le cobalt, le cuivre, l’uranium et le pétrole. Au Congo, l’exploitation minière par les multinationales occidentales se fait à un taux sans précédent et il est estimé que quelques 6 millions de dollars [env. 4,5 millions d'euros], uniquement en cobalt brut — un élément des superalliages essentiels aux industries nucléaire, chimique, aérospatiale et de défense — sortent chaque jour de la RDC. Toute analyse de la géopolitique au Congo nécessite une bonne compréhension du crime organisé perpétré au moyen des multinationales. Cela permet de mieux comprendre la raison pour laquelle le peuple congolais subit une guerre incessante depuis 1996. 

D’autres personnes ont fait l’éloge du grand progrès accompli dans la dénonciation de l’exploitation minière illégale en RDC. C’est particulièrement vrai du groupe Human Rights Watch (HRW), dont le rapport de 2005, intitulé « Le Fléau de l’Or », a dénoncé la contrebande d’or orchestrée par des fonctionnaires ougandais et des entreprises multinationales par l’intermédiaire des milices rebelles locales. Les groupes rebelles cités [dans ce rapport] sont : le Front National pour l’Intégration (FNI) et les Forces Armées du Peuple Congolais (FAPC). Les sociétés occidentales visées par HRW sont AngloGold Ashanti, une société dont le siège est en Afrique du Sud, et Metalor, une firme suédoise. 

Le rapport de HRW omettait de dire qu’AngloGold Ashanti est associée à Anglo-American, propriété de la famille Oppenheimer et associée à Barrick Gold, basée au Canada, décrite ci-dessous [3]. Anglo-American PLC a son siège à Londres et détient 45% des actions de DeBeers, une autre société de la famille Oppenheimer, tristement célèbre pour son quasi-monopole international de l’industrie du diamant [4]. Sir Mark Moody-Stuart, l’un des dirigeants d’Anglo-American, est également directeur de Royal Dutch-Shell et membre du Comité Consultatif du Secrétaire Général de l’ONU, Kofi Annan [5]. Ce Rapport de HRW a aussi supprimé les preuves les plus accablantes, découvertes par les chercheurs de HRW, selon lesquelles AngloGold Ashanti a envoyé ses meilleurs avocats à l’Est de la RDC pour assister les chefs de la milice rebelle arrêtés là-bas. 

Plusieurs compagnies minières multinationales ont rarement — voire jamais — été mentionnées dans un quelconque rapport émanant des organisations de défense des droits de l’homme. L’une d’entre elles est Barrick Gold. Elle opère dans la ville de Watsa, au nord-est de la ville de Bunia, située dans l’un des coins les plus violents du Congo. Les Forces de Défense du Peuple Ougandais (l’UPDF) y ont exercé par intermittence durant la guerre le contrôle des mines. A Bunia, les fonctionnaires soutiennent que les directeurs de Barrick Gold sont arrivés dans la région escortés par les troupes Rwandaises (Front Patriotique Rwandais, FPR) et Ougandaises (UPDF), pour expertiser et inspecter leurs intérêts miniers [6]

George H.W. Bush travaillait comme conseiller rémunéré de Barrick Gold. Parmi les directeurs de cette société, se trouvent : Brian Mulroney (l’ancien Premier ministre du Canada), Edwards Neys (l’ancien ambassadeur américain au Canada et PDG de Burston-Marsteller, une entreprise de relations publiques), l’ancien sénateur américain Howard Baker, J. Trevor Eyton (un sénateur Canadien) et Vernon Jordan (l’un des avocats de Bill Clinton) [7]

Barrick Gold est l’une des sociétés clientes de la société de lobbying Andrew Young’s Goodworks. Andrew Young est l’ancien maire d’Atlanta et l’un des organisateurs-clés du Conseil d’Amitié Américano-Ougandaise. Young fut choisi, en octobre 1994, par le Président Clinton pour diriger le Southern Africa Enterprise Development Fund [le Fonds au Développement des Entreprises de l'Afrique Australe]. Parmi les clients — ou associés d’affaires, selon les cas — de Goodworks, on trouve Coca-cola, Chevron-Texaco, Monsanto, ainsi que les gouvernements d’Angola et du Nigeria (notez les transferts d’armes cités ci-dessous). Young est un dirigeant de Cox Communications et d’Archers Daniels Midland — le « supermarché du monde » et sponsor de la Radio Publique Nationale qui compte parmi ses directeurs, Brian Mulroney (Barrick Gold) et G. Allen Andreas, un membre du conseil d’administration de la section européenne du Groupe Carlyle

Parmi les partenaires miniers de Barrick Gold, il y a Adastra Mining — auparavant dénommée American Mineral Fields (AMFI, AMX, et d’autres noms), anciennement basée à Hope, dans l’Arkansas, la ville natale de Bill Clinton. Adastra entretenait des liens étroits avec Lazare Kaplan International Inc., la plus grande compagnie de courtage de diamants aux États-Unis, dont le président, Maurice Tempelsman, a été conseiller aux Affaires Africaines auprès du gouvernement américain et est le Consul Honoraire Général des Etats-Unis au Congo depuis 1977 [8]

Maurice Tempelsman a accompagné Bill Clinton pendant sa tournée de l’Afrique en 1998 et il navigue souvent avec les Clinton au large du Vignoble Martha. Il travaille au service du Conseil Consultatif International de la Bourse Américaine et il est l’un des dirigeants du Woods Hole Oceanographic Institute, un paravent « scientifique » pour ses activités minières offshores dans le diamant — ratissant les fonds marins pour se faire oublier. 

Adastra a aussi acheté une concession de diamants le long de la frontière congo-angolaise à la firme belge de mercenaires, dénommée International Defense and Security (1998), et dispose actuellement de concessions de cobalt et de cuivre dans la province congolaise du Katanga (Shaba) [9]. Adastra est membre du Corporate Council on Africa [Conseil des Grandes Entreprises sur l'Afrique], en compagnie de Goodworks, Halliburton, Chevron-Texaco, Northrop Grumman, GE, Boeing, Raytheon, Bechtel et SAIC — ces deux dernières étant des entités secrètes de la défense et du renseignement étasuniens impliquées dans des projets « noirs » supra-gouvernementaux classifiés. 

En avril 1997, Jean-Ramon Boulle, cofondateur d’Adastra (alors dénommée AMFI), a reçu un contrat d’1 milliard de dollars pour des mines au Congo, à Kolwezi (cobalt) et à Kipushi (zinc), de la part de l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Zaïre (AFDL), dirigée par Laurent-Désiré Kabila, avant même que l’AFDL ait officiellement pris le pouvoir. Les dirigeants de l’AFDL étaient même autorisés à utiliser le jet privé de Boulle [10]. En attendant, les directeurs d’Adastra étaient également des anciens directeurs d’Anglo-American [11]. Parmi les autres fondateurs d’Adastra, liés à Clinton, il y a Michael McMurrough et Robert Friedland — tous deux impliqués dans des affaires offshore, louches et criminelles, en Indonésie, en Afrique, en Birmanie et aux Amériques [12]

Barrick sous-traite à Caleb International, qui était aussi associée à Adastra dans le passé. Caleb est dirigée par le demi-frère du président ougandais Yoweri Museveni, Salim Saley, ancien général intérimaire de l’UDPF. Lorsque l’Ouganda se retira du Congo en 2002, à la suite du soi-disant accord de « paix », Saleh a commencé à former des groupes paramilitaires pour agir comme mandataires afin de maintenir le flux de minerais vers l’Ouganda [13]

Salim Saleh est actionnaire de Catalyst Co. Of Canada, qui détient 100% des intérêts dans les champs aurifères ougandais de Kaabong [14]. Il est copropriétaire de Saracen, une société militaire privée créée par Executive Outcomes, une firme de barbouzes [fondée par l'Anglais Tony Buckingham et qui loue ses services dans les zones de conflit] [15]. La Commission des Experts de l’ONU sur l’Exploitation Illégale des Ressources Minérales du Congo recommanda que Salim Saleh soit interdit de voyager et ses biens gelés, mais rien n’a été fait. 

Les récentes interventions militaires des forces armées de la MONUC se sont concentrées sur le désarmement ou l’élimination des Forces pour la Libération Démocratique du Rwanda (FLDR), un groupe rebelle opposé au gouvernement rwandais [de Paul Kagame], et des Forces Démocratiques Alliées (FDA), un groupe rebelle opposé au gouvernement de Museveni en Ouganda. (Remarquez que l’armée rwandaise s’est associée avec ses « ennemis » d’autrefois — le FLDR — lorsque c’était nécessaire pour protéger le pillage des ressources naturelles, tandis que l’Ouganda a son propre modèle de complicité avec ses ennemis « rebelles ». Les alliances avec les rebelles changent perpétuellement). L’élimination de ces groupes rebelles nettoiera efficacement l’Est du Congo pour une exploitation minière à grande échelle par les multinationales. La milice Mai-Mai, dont l’objectif déclaré est de « protéger le Congo contre les envahisseurs rwandais et ougandais » a aussi commis des crimes contre l’humanité, pourtant il semble qu’il ne soient pas sur l’agenda de la MONUC. Les Mai-Mai opèrent au Nord du Katanga (Shaba) et dans les deux Kivu. 

Les milices et les racketteurs du Katanga sont liés aux réseaux criminels d’hommes d’affaires, dont font partie Robert Mugabe, le président du Zimbabwe, Billy Rautenbach, John Bredenkamp et Marc Rich. Le magnat américain du diamant, Maurice Tempelsman, a profité des concessions minières au Katanga depuis l’ère Kennedy. Lawrence Devlin, un ancien chef de la station de la CIA à Lubumbashi sous Eisenhower, maintenait les trafics criminels de Tempelsman en lien direct avec l’ancien Président zaïrois Mobutu et il fut par la suite employé par Tempelsman [16]

Le Groupe Forrest a la plus longue histoire d’exploitation au Congo, ayant acquis ses premières concessions minières des Belges, avant la déclaration d’indépendance du Congo. Ce Groupe, qui comprend OM Group, dont le siège est dans l’Ohio, a de nombreuses concessions au Katanga (Shaba). George Forrest, son président, est l’ancien président de la compagnie minière d’Etat congolaise, la Gécamines, et est le propriétaire de la société d’armement New Lachausssee. [Accessoirement, George Forrest est aussi Consul Honoraire de France à Lubumbashi]. 

Le coltan, une fois raffiné en tantale, est largement utilisé dans l’industrie aérospatiale et l’électronique pour les condensateurs, les supraconducteurs et les transistors. Les Etats-Unis sont complètement dépendants des sources étrangères de tantale, une technologie améliorant les condensateurs, essentielle à l’armement aérospatial et à tous les récepteurs, téléphones cellulaires, ordinateurs, magnétoscopes, lecteurs de CD, PDA et Téléviseurs. Les importations américaines [de coltan] montrent un bond spectaculaire des achats en provenance du Rwanda et de l’Ouganda pendant la période où ces pays faisaient sortir en contrebande du Congo le tantale et le cobalt. 

La société Sony a accru spectaculairement ses importations de coltan à la suite du lancement de sa Playstation 2, tandis que Compaq, Microsoft, Dell, Ericsson, Hewlett-Packard, IBM, Nokia, Intel, Lucent et Motorola en sont aussi de très gros consommateurs [17]. Nicole Seligman, l’actuelle vice-présidente exécutive et conseillère générale de Sony, est une ancienne conseillère juridique de Bill Clinton à travers la firme d’avocats de Washington D.C., Williams and Connelly, LLP, qui comptait Bill Clinton et Oliver North parmi ses clients [18]. Le vice-président exécutif et directeur financier de Sony, Robert Wiesenthal, est un ancien banquier à la First Boston, qui finançait les activités « humanitaires » dans les camps de réfugiés rwandais en 1995 à l’est du Congo, juste avant la chute de Mobutu. Wiesenthal était aussi conseiller financier de Cox Communications, OM Group, Time Warner et du New York Times [19]

Walter Kansteiner, fils d’un courtier en coltan basé à Chicago, est le Sous-secrétaire d’Etat à l’Afrique et ancien membre du Groupe de Travail du Département de la Défense sur les Minerais Stratégiques. Le discours de Kansteiner au « Forum sur la Politique Internationale » en octobre 1996 défendait l’idée de la partition du Congo (alors, le Zaïre) en de plus petits Etats basés sur la lignée ethnique [20]. De façon ironique, au moment où il prononçait ce discours, Laurent-Désiré Kabila et son AFDL commençaient leur marche pour renverser Mobutu avec l’aide du Rwanda, de l’Ouganda et des Etats-Unis [21]. Kansteiner est aussi administrateur de l’Africa Wildlife Foundation [la Fondation pour la protection de la faune et de la flore africaine] — un autre paravent euphémique pour l’acquisition des ressources naturelles au Congo. 

Bechtel, une société aérospatiale et de construction, a fourni des cartes satellites de photos de reconnaissance des mouvements des troupes de Mobutu pour l’invasion du Congo par l’AFDL en 1996 ; ils ont aussi créé des cartes infrarouges des gisements de minerais du Congo [22]. Le Front Patriotique Rwandais (FPR), dirigé par Paul Kagame, l’actuel président rwandais diplômé de l’académie militaire américaine de Fort Leavenworth, s’est servi des cartes satellites de la NASA fournies par Bechtel pour localiser les civils rwandais Hutus qui avaient fui le cataclysme de 1994 au Rwanda. Les réfugiés, estimés à 800.000, ont été pourchassés et tués dans les forêts congolaises [23]. Parmi les amis de Bechtel dans les hauts cercles du pouvoir aux Etats-Unis, on retrouve l’ancien Secrétaire d’Etat George Shultz (membre du conseil d’administration de Bechtel), l’ancien Secrétaire d’Etat à la Défense Casper Weinberger (conseiller de Bechtel) et le Général en retraite du Corps des Marines américains Jack Sheelan (vice-président de Bechtel), qui est également membre du Conseil à la Politique de Défense au Pentagone [24]. Riley P. Bechtel siège au conseil d’administration de J.P. Morgan [25]. Nexant Company, une filiale de Bechtel, est le contractant principal du programme de pipeline ougando-kenyan, censé faciliter en fin de compte le transport de pétrole provenant de la Cuvette de Semliki du Lac Albert. 

La Commission des Experts de l’ONU a cité Cabot Co., basée en Nouvelle-Angleterre, pour avoir mené des affaires non-éthiques. [26]. Cabot est l’un des plus gros transformateurs du tantale dans le monde. L’actuel directeur-adjoint du Département du Trésor aux Etats-Unis, Samuel Bodman, était le PDG de Cabot de 1997 à 2001 [27]. Son dirigeant actuel, John McArthur, est un proche conseiller de Paul Wolfowitz à la Banque Mondiale [28]

En Afrique, les Contractants Militaires Privés (CPM) sont aussi de grosses entreprises. Brown & Root, une filiale d’Halliburton, a aidé à la construction d’une base militaire près de Cyangugu, au Rwanda, juste à côté de la frontière congo-rwandaise. « Officiellement », Brown & Root était là pour enlever les mines antipersonnelles, mais, au lieu de cela, cette société hébergeait les mercenaires de Military Professional Ressources Inc. (MPRI) qui entraînaient le FPR et l’AFDL de Laurent-Désiré Kabila pour l’invasion du Congo en 1996 et la ré-invasion par l’armée du Rwanda en 1998, après que Laurent-Désiré Kabila vira les Rwandais, les Ougandais, Bechtel et le FMI [29]. Les services secrets français ont rapporté que les Forces Spéciales Américaines et les mercenaires du MPRI ont participé à l’assassinat de réfugiés Hutu rwandais le long de la rivière Oso près de Goma en 1996 et ils soutiennent même avoir découvert les corps deux soldats américains tués dans les combats près de Goma [30]. Les circonstances qui entourent la récupération non-officielle de ces deux soldats américains demeurent très mystérieuses [31]

MPRI est basée à Arlington, en Virginie, et est dirigée et pourvue en personnel par 36 généraux américains à la retraite. Elle est sous-traitante du Pentagone pour répondre à l’African Crisis Responsive Initiative (ACRI) [L'Initiative de Riposte à la Crise Africaine]. Ce programme inclut l’armée ougandaise et a fourni l’entraînement militaire à la guérilla urbaine aux officiers ougandais à l’académie militaire de Fort Bragg, en Caroline du Nord, en juillet 1996. Durant l’invasion du Congo en 1998, les soldats ougandais ont été trouvés avec des équipements de l’ACRI, tandis que Human Rights Watch et Amnesty International ont impliqué des bataillons ougandais entraînés par l’ACRI dans des viols, des assassinats, des extorsions de fonds et des ratonnades de civils ougandais [32]

Tony Buckingham, le fondateur de Executive Outcomes, a établi d’autres sociétés militaires privées qui opèrent du côté de l’Afrique. Heritage Oil & Gas, qui appartient à Buckingham, travaille étroitement avec sa CMP, Sandline International, pour manipuler les options pétrolières autour du Lac Albert et l’on pense qu’elle a signé des accords de concessions avec les armées et les gouvernements en conflit des deux côtés de la frontière congo-ougandaise. Branch Energy est une autre filiale de Buckingham qui opère dans la Région des Grands Lacs. 

L’année dernière, les enquêtes sur les ventes illégales d’armes au Rwanda, en violation de l’embargo de l’ONU sur les armes dans la région, ont été entravées par le refus du gouvernement rwandais de fournir la liste des numéros de série des 5.000 AK-47 livrés là-bas. Le pays de provenance, la Bulgarie, a aussi refusé catégoriquement de fournir les numéros de série et n’aurait seulement confirmé que les armes ont été vendues légalement à un pays non frappé par l’embargo, en l’occurrence, le Nigeria, en route pour le Rwanda et la RDC. Les gouvernements ougandais, congolais, sud-africain et de la Guinée Equatoriale — principal protectorat pétrolier américain — sont également coupables d’avoir soutenu les ventes d’armes clandestines dans la région [33]

Les cargaisons d’armes qui arrivent par bateaux entiers de Tanzanie et le rôle du gouvernement tanzanien dans son soutien à la guerre en RDC ne sont jamais mis en doute. Cela pourrait avoir quelque chose à voir avec les licences minières de Barrick Gold dans les territoires Massaï en Tanzanie. Les avions volant entre la Tanzanie, la RDC et le Kenya peuvent le faire sans les bons documents ou enregistrements et sans surveillance douanière. 

Un autre marchand d’armes louche et « intouchable », qui opère en coulisse dans la région, est un américain d’origine indienne, Ramek Kotecha. Les intérêts de Kotecha au Sud Kivu sont considérables et il est manifestement pointé du doigt pour blanchiment d’argent, trafic d’armes, de coltan et de diamants. [Accessoirement, M. Kotecha est Consul des Etats-Unis à Bukavu]. Après la première invasion du Congo en 1996, financée par les Américains, il est de notoriété publique que Kotecha s’est vanté à plusieurs reprises d’être le « Consul des Etats-Unis » au Sud-Kivu. Kotecha détient un passeport américain et possède une demeure en Californie. 

Lorsqu’un défenseur local des droits de l’homme travaillant pour une petite ONG, Pascal Kabulungu d’Héritiers de la Justice, connu pour son franc parler, fut assassiné durant l’été 2005 à Bukavu, les assassins présumés, qui comprenaient un commandant local de l’armée congolaise, furent identifiés par la MONUC. Mais la « communauté » internationale n’a jamais entrepris la moindre action. Son assassinat tournait autour de son rôle dans la dénonciation de l’implication de commandants congolais dans les activités de contrebande (qui continuent jusqu’à ce jour). 

Une récente Commission d’Experts de l’ONU, a mis en cause de nombreuses compagnies aériennes pour avoir entrepris des vols illicites (illégaux, secrets, non-enregistrés ou faussement enregistrés) vers et hors de RDC. L’une des nombreuses sociétés notoires visiblement liées au réseau de trafic d’armes de Victor Bout est Simax, une société dont le siège est en Oregon et qui utilise une adresse en Sierra-Leone. Cependant, la Commission des Experts de l’ONU a une nouvelle fois ignoré certaines agences occidentales — qui ont un passé d’activités illicites — et dont les vols demeurent tout aussi secrets qu’inexplicables. En haut de la liste se trouve l’International Rescue Committee (IRC) — dont Henri Kissinger est l’un des dirigeants et dont les vols à destination et en provenance du Congo, ainsi que les vols intérieurs à destination ou en provenance d’aéroports isolés dans l’Est de la RDC, échappent totalement à la surveillance des inspecteurs de la MONUC, chargés de l’embargo sur les armes. A Bukavu, par exemple, tous les avions légers sont sujets aux inspections de la MONUC relatives à l’embargo sur les armes, mais les vols d’IRC ne font pas partie du mandat de la MONUC. Ainsi que l’a admis un Observateur Militaire de la MONUC, « L’IRC devrait être assujettie aux mêmes normes que les autres ; autrement, nous devons assumer qu’ils transportent des armes, parce qu’ils ne nous laissent pas confirmer qu’ils ne le font pas ». 

De la même manière, alors que la Commission des Experts de l’ONU a enquêté et signalé certains réseaux et activités illégales criminelles au Congo, ils ne s’intéressent jamais aux contrats à haut niveau passés en coulisse par les dirigeants d’Adastra, d’Anglo-American, les sociétés du Suédois Adolph Lundin (un ami proche de George H. W. Bush), qui ont le contrôle des concessions minières dans les zones de Lubumbashi, Kolwezi et Mbuji Mayi, dans les provinces du Katanga et du Kasaï. Phelps Dodge, dont le siège est aux Etats-Unis, est associée dans les programmes miniers de cuivre et de cobalt au Katanga à Tenke Mining de Lundin. Douglas C. Yearly, le directeur de Phelps Dodge, est également un directeur de Lockheed Martin et du World Wildlife Fund (WWF) — associé à USAID et CARE dans les programmes de « conservation » (lisez : acquisition) dans tout le Congo tandis que le programme « humanitaire » de CARE est aussi financé par Lockheed Martin. 

Les intérêts pour la « conservation de la nature » fournissent l’avant garde de la pénétration occidentale en Afrique Centrale : USAID, WWF, AWF et Conservation International mènent la charge. Des preuves des affaires d’USAID dans tout le Congo contredisent très vite toute la fanfare sur USAID apportant des programmes de « développement durable » ou « local ». Plus remarquables sont le Central Africa Region Partnership for the Environment (CARPE) et le Congo Basin Forest Partnership (CBFP), deux programmes poussant en fait des programmes militaires, de renseignement et économiques cachés. L’une des organisations qui a le moins de comptes à rendre travaillant dans l’Est de la RDC et l’Ouest du Rwanda est le Fonds International pour les Gorilles de Diane Fossey (DFGFI), qui est allié avec les intérêts du Département d’Etat et suppliant continuellement pour des fonds pour la conservation des gorilles. Le DFGFI a des liens avec le renseignement, l’exploitation minière et le monde de la défense occidentaux et est sous investigation (en compagnie de USAID) pour quelques 5 millions de dollars concernant des fonds alloués à USAID entre 2002 et 2005. De plus, National Geographic est impliquée à faire avancer les mythologies de la conservation, de la démocratie, du développement local ou le baratin porté sur le respect et le soutien aux indigènes. 

Suggestions de remèdes 

Il y a des gens qui suggèrent que la raison pour laquelle il n’y a pas une plus grande prise de conscience et une intervention équitable au Congo est parce que « tout simplement nous ne savons pas quoi faire » pour remédier à la situation. Toutefois, ce qu’il faut faire est assez clair mais l’Ouest ne veut tout simplement pas le faire à cause de raisons économiques et géopolitiques puissantes.

1. Les programmes américains d’entraînement militaire doivent se doter d’un comité de surveillance et d’une transparence totale. Les gouvernements occidentaux doivent mettre fin à leur attitude hypocrite et garantir qu’ils n’entraînent plus quelque groupe rebelle ou dissident que ce soit, en particulier s’ils sont opposés à un gouvernement démocratiquement élu (sous réserve que les élections n’aient pas été frauduleuses), même si le gouvernement élu n’est pas aligné politiquement sur l’idéologie et/ou les idéaux économiques occidentaux. Faire autrement réfuterait les prétentions selon lesquelles l’Ouest intervient pour « répandre la démocratie ».

2. Parallèlement au point No 1, une commission doit être mise en place pour s’assurer que la même chose ne se produit pas pour les sociétés militaires privées. En tant que firmes multinationales, ces sociétés ne sont pas sujettes au respect des lois de la guerre des pays établis. L’ONU doit voter des résolutions mandatant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour engager des poursuites contre de telles entreprises. Enfin, lorsque de telles sociétés se sont exposées à conduire des activités illégales, comme aider à fomenter des coups d’Etat ou faire le trafic d’esclaves, les entreprises qui conduisent ces activités doivent être black-listées et ne pas recevoir de contrats des gouvernements et les personnes coupables doivent être poursuivies[34].

3. Dans l’arène des transferts d’armes, des efforts plus substantiels doivent être fournis pour intercepter et poursuivre ceux qui violent les embargos, les courtiers illégaux et les marchands d’armes. En outre, ceux qui vendent, transportent, font le courtage, financent ou qui montent des transactions d’armes spécifiquement destinées aux enfants doivent subir les peines les plus dures (certaines « petites armes » sont modifiées pour réduire leurs poids afin de faciliter leur maniement par les enfants). Les sociétés qui participent aux livraisons d’armes, au transport et/ou au mouvement des flux d’argent généré par ces ventes avec les pays, les personnes ou les organisations qui font l’objet d’un embargo ou agissent contre la loi nationale ou internationale devraient rendre des comptes sur leurs crimes. Leurs biens peuvent être gelés, des interdictions de voyager peuvent être prononcées et tous les liens d’affaires gouvernementaux et économiques avec de telles firmes doivent être coupés. Il faut aussi garantir que ces peines seront appliquées.

4. L’allègement de la dette est essentiel, mais des moyens doivent être trouvés empêcher que les prêts du FMI et de la Banque Mondiale servent aux dépenses militaires. Les motivations du Président de la Banque Mondiale, Paul Wolfowitz, sont suspectes. En effet, il a été Secrétaire d’Etat adjoint à la défense sous George W. Bush, ambassadeur des Etats-Unis en Indonésie sous Ronald Reagan, membre du PNAC et il possède une double nationalité en Israël. De la même manière, le FMI et la Banque Mondiale doivent changer la politique de privatisations comme condition sine qua non pour obtenir un crédit, afin de stimuler la croissance des entreprises à l’intérieur de l’Etat au lieu d’avoir une croissance du secteur des affaires bénéficiant presque entièrement aux grandes entreprises multinationales. Le FMI et la Banque Mondiale doivent aussi alléger la dette des pays les plus pauvres qui en ont le plus besoin, selon les indicateurs économiques. Certains pays qui jouissent de l’allègement de la dette comme l’Ouganda et le Rwanda, font partie de ceux qui dépensent le plus leurs prêts dans le domaine militaire [35].

L’argent de ces prêts doit être consacré aux régions qui en ont le plus besoin. Par exemple, en Ouganda, les crédits octroyés à Museveni n’ont servi qu’au développement du sud de Kampala, la capitale, et à Mbarara, sa ville natale. Pendant ce temps, le peuple Acholi, qui vote toujours contre le parti de Museveni lors des élections, est ignoré et la situation dans les districts de Lira, de Gulu et de Kitgum continue de se détériorer. De plus, les pays doivent considérer individuellement l’aide qu’ils octroient aux pays qui dépensent une grosse partie du capital dans le secteur militaire, de même qu’à ceux qui bafouent les droits de l’homme. Enfin, il devrait être remarqué que l’allègement de la dette n’a pas porté préjudice aux banques qui ont octroyé les prêts en premier lieu et accumulé les taux intérêts, sans oublier de mentionner les entreprises américaines qui tirent profit des entreprises privatisées en tant que partie de l’accord de prêt, tandis que la dette finie par être transférée aux contribuables. Par conséquent, il y a besoin de transparence pour garantir que les coûts sont aussi supportés par les entreprises qui accordent ces prêts (si elles veulent récupérer le mérite de l’allègement « humanitaire » de la dette).

5. Les pays occidentaux doivent mettre fin à l’impunité dont jouissent ceux qui pillent les minerais du Congo. Les entreprises qui achètent des minerais de contrebande et/ou qui achètent des concessions à des groupes rebelles illégitimes doivent être poursuivies. La Cour Pénale Internationale a récemment donné le coup d’envoi en condamnant l’Ouganda et fixant une amende à son gouvernement, mais on ne demande toujours pas au Rwanda, au Burundi, à la Zambie et au Zimbabwe de rendre des comptes pour leur piraterie directe, ni aux firmes occidentales qui ont acheté ces minerais, ni aux occidentaux qui les soutiennent. Le Processus de Kimberley, établi à l’Université d’Harvard avec le soutien d’experts universitaires et du renseignement constitue un exemple parfait où les gardiens font la police à leur propre porte : les intérêts colossaux bien établis, mais secrets, comme les sociétés possédées par les Oppenheimer/DeBeers et Maurice Tempelman sont légitimées en tant que marchands de diamants « propres » ; tandis que les autres concurrents, ayant beaucoup moins de relations, ainsi que ceux qui défient le statu quo, y compris les enfants congolais qui se glissent dans les mines et qui se font descendre pour le « vol » des diamants qui sont extraits des anciennes terres de leurs familles affamées, sont diabolisés comme dealers de « diamants du sang ».)

6. La Cour Pénale Internationale doit demander des comptes à tous les dirigeants militaires et civils — Africains, Américains et Européens — coupables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, pour leurs actes. On ne doit pas laisser l’Occident protéger des criminels contre les poursuites en vertu de leurs alliances politiques et économiques avec les gouvernements occidentaux. Les gouvernements occidentaux qui abritent ces criminels devraient faire l’objet de poursuites. Les sanctions économiques peuvent ne pas être appropriées, puisque les pays pauvres subissent généralement en retour des pertes civiles sévères. Les individus spécifiques impliqués, dans le gouvernement et dans l’armée, doivent rendre des comptes.

7. Les forces de maintien de la paix, en particulier la MONUC, doivent faire l’objet d’un examen pour s’assurer que leur mission est conduite pour encourager la stabilité dans le pays. Comme cela a été illustré, des éléments de la MONUC se sont servis de leur mission comme d’une couverture, pour servir l’agenda occidental et les entreprises qui le soutiennent, sous la bannière du « maintien de la paix », causant la mort de civils dans le processus : ceux qui en sont responsable devraient être jugés et punis. Il faut s’assurer aussi que les enquêtes ne s’arrêtent pas aux soldats ou aux brigades ayant commis ces crimes, mais examiner la chaîne de commandement et ses allégeances pour découvrir les motivations qui se cachent derrière les opérations de la MONUC. Il a été rapporté que des soldats de la MONUC ont pillé l’ivoire, l’or et les peaux d’animaux sauvages dans les Parcs Nationaux. Les villageois disent qu’ils ont vu des assassinats se produire sous le nez de soldats de la MONUC et que ces derniers n’ont rien fait pour les empêcher [36]. Des soldats de la MONUC ont commis des viols sur des femmes congolaises [37]. Lorsque les chefs rebelles pro-rwandais, Laurent Nkunda et Jules Mutibusi, tous deux criminels de guerre recherchés par l’ONU, se sont emparés de la ville de Bukavu par la force en mai 2004, la MONUC leur a fourni des armes et des véhicules. Nkunda lui-même a déclaré que le chef de la MONUC, William Swing, lui a remis personnellement un téléphone à utiliser pendant l’attaque [38].

8. Les médias internationaux sont totalement silencieux sur quasiment toutes les questions significatives majeures relatives à la guerre en RDC, ainsi que sur les réseaux criminels internationaux qui tirent les ficelles. La désinformation au sujet de l’Afrique prédomine, à cause des efforts concertés par les principaux médias de taire la vérité. Un boycott de ces publications-clés s’impose et doit inclure les plus offensives : Boston Globe, Washington Post, Newsweek, Time, US News & World Report, USA Today, New York Times, the New Yorker (Conde Nast Publications), Harper’s, Atlantic Monthly (très subventionné par Lockheed Martin et Northrup Grumman) et, en particulier, National Geographic.

9. Il est nécessaire que le brouillard de la guerre soit dissipé autour des soi-disant programmes et organisations « humanitaires » et des « droits de l’homme », actuellement alignés sur les grandes entreprises occidentales, ainsi que les personnes qui gravitent autour. Dans cette catégorie on trouve notamment : Human Rights Watch, Amnesty International, CARE, USAID, Norwegian People’s Aid, International Crisis Group, International Rescue Committee, Refugees International, the Genocide Intervention Fund, ainsi que de nombreux corps des Nations-Unies, et plus spécialement UNHCR [le Haut Commissariat aux Réfugiés des Nations-Unies]. La plupart de ces agences semblent n’exister que pour perpétuer leur propre survie. L’organisation ‘Médecins Sans Frontières’ mérite également d’être surveillée pour ses récentes actions en RDC.

10. On ne demande toujours pas de compte à la communauté du secteur de la paix et de la justice pour son échec à entreprendre des actions significatives pour atténuer la guerre au Congo et à révéler les vraies raisons qui se cachent derrière. Une première étape serait d’ouvrir des espaces aux voix alternatives qui sont actuellement exclues des principales plate-formes médiatiques sur la justice sociale. Une deuxième serait de déclarer un boycott total sur l’or et les diamants et organiser une campagne de protestation et de fustigation contre les magasins où les diamants de Lazare sont vendus. Une troisième action serait d’engager des fonds significatifs — provenant des personnes comme des organismes — pour soutenir les organisations et ceux qui travaillent brillamment sur le terrain, à la défense des droits de l’homme, à la santé des femmes, au désarmement, à l’éducation, à la sécurité alimentaire, à la défense de l’environnement et de la forêt tropicale au Congo. Quatrièmement, les gens doivent s’affranchir de la peur (inculquée par les médias occidentaux) d’entreprendre des actions pour aider le peuple congolais : il n’y a aucune raison — sauf inacceptable — qui empêcherait des Occidentaux d’établir un programme de « Témoin pour la Paix » situé au Congo.

11. Les groupes des droits de l’homme qui mènent des missions pertinentes aux besoins du Congo doivent étendre leurs missions au Congo. Le viol est endémique au Congo. Source de traumatisme physique et psychologique, il contribue à la propagation du VIH, du virus Ebola et d’autres maladies sexuellement transmissibles. Les survivantes donnent souvent naissance à des enfants séropositifs sans espoir de recevoir de l’aide médicale ou financière. Ceci a conduit à un besoin insurmontable d’aide à la prise en charge des orphelins. Les mères d’enfants conçus lors de viols sont souvent reniées par leurs villages et leurs familles. Les féministes occidentales et les militantes et organisations pour le droit des femmes doivent s’impliquer et fournir des ressources aux victimes de viol au Congo. Ceux qui se sont rendus coupables de viols doivent être jugés et subir la loi s’ils sont reconnus coupables. Les preuves dans les affaires de viol dans les parties rurales de la RDC montrent vraiment que la violence sexuelle est réduite de façon significative simplement en rendant les officiers militaires responsables des actes commis par leurs soldats, mais cela n’est pas fait.

12. La Radio Okapi, de la MONUC, est le lien vital de l’information aujourd’hui en RDC, mais la programmation est en grande partie composée de programmes onusiens. L’ONU doit subir des pressions pour que le réseau de la Radio Okapi soit élargi, que les émissions « frivoles » soient éliminées et qu’elle diversifie et approfondisse ses programmes et ses reportages. Pour donner un simple exemple sur la manière dont les choses pourraient être améliorées en RDC, les programmes qui sensibilisent le public sur la question du viol et qui sensibilisent les militaires sur leur répression pourraient être facilement montés. De tels programmes ne sont jamais pris en considération.

13. Le gouvernement de transition au Congo est composé de chefs militaires et de fonctionnaires du gouvernement. Ils doivent répondre de leurs crimes. De même que les individus, les organisations, les grandes entreprises et les gouvernements qui les ont soutenus, tous sont responsables de crimes contre l’humanité.

Les bénéfices excessifs actuels en RDC sont permis par ces acteurs-clés, au plus haut niveau du gouvernement et dont les crimes restent cachés par la presse occidentale. On ne doit pas autoriser le gouvernement de transition à nommer des criminels de guerre à des postes ministériels ou parlementaires, de même qu’à des postes de gouverneur dans les provinces.

Traduit par [JFG/QuestionsCritiques]

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Notes :

[1] « Mortality in the
Democratic Republic of the Congo: A Nationwide Survey. » Benjamin Coghlan, Richard J. Brennan, Pascal Ngoy, David Dofara, Brad Otto, Mark Clements et Tony Steward. The Lancet, 7 janvier 2006. No 367 pp. 44-51.

[2] « Thousands’ dying in DR Congo war, » BBC News, 6 janvier 2006 : http://news.bbc.co.uk/1/hi/world/africa/4586832.stm

[3] « Depopulation & Perception Management Part 2 :
Central Africa, » Keith Harmon Snow. Pioneer Valley VOICE, Février 2001 : http://www.allthingspass.com/uploads/html-32Depop&PercepMan.htm ; « Congo: Capitalist Mineral Lust Fuels Bloodshed, » Direct Action : http://www.directa.force9.co.uk/back%20issues/DA%2028/regulars3_1.html

[4] « The Lost World War, » Erik Vilwar, Corporation Watch Newsletter, No 13, Mars-Avril 2003 : http://www.corporatewatch.org.uk/newsletter/issue13

[5] « Depopulation As Policy, or, How the Despair and Death of Millions of African People is Daily Determined by the Lifestyle of Ordinary Americans, in Small Town USA, With Nary a Word of Truth In the US Press, If Anything At All, And Why Most of Us Know Nothing About It, And Do Nothing To Stop It When We Do Know, » Keith Harmon Snow, 2003 : http://www.allthingspass.com/uploads/html-52Depopulation%20As%20Policy.htm

[6] Interview privée, Keith Harmon Snow, Bunia, 2005.

[7] « 
Central Africa: Hidden Agendas and the Western Press, » Pioneer Valley Voice, Keith Harmon Snow : http://www.audarya-fellowship.com/showflat/cat/WorldNews/48471/0/collapsed/5/o/1

[8] « Genocide and Covert Operations In Africa 1993-1999, » 107ème Congrès des Etats-Unis. Sous-commission aux Opérations Internationales et aux Droits de l’Homme. Première session. 17 mai 2001. Centre de Recherche sur la Mondialisation : http://www.globalresearch.ca/articles/MAD111A.html

[9] Ibid.

[10] « Stolen Goods: Coltan and Conflict in the Democratic Republic of the Congo, » Dena Montague, SAIS Review, vol. XXII no. 1 (Hiver-Printemps 2002); « Congo: Capitalist Mineral Lust Fuels Bloodshed, » Direct Action : http://www.directa.force9.co.uk/back%20issues/DA%2028/regulars3_1.html ; « Congo: The Western Heart of Darkness, » Asad Ismi, The Canadian Centre for Policy Alternatives Monitor, octobre 2001.

[11] « Depopulation & Perception Management Part 2: Central Africa, » Keith Harmon Snow, Pioneer Valley VOICE, février 2001 : http://www.allthingspass.com/uploads/html-32Depop&PercepMan.htm

[12] « Proxy Wars in Central Africa: Profits, Propaganda, and Luxury Goods for the White World-Pacification, Rape, and Slavery for the Blacks, » Keith Harmon Snow, Reportage sur la 3ème Guerre Mondiale, No. 100, 19 juillet 2004 : http://ww3report.com/proxy.html

[13] « Named and Shamed, » Ruud Leeuw : http://www.ruudleeuw.com/vbout17.htm

[14] « Uganda, Sanctions, and Congo-K: Who is Who in Uganda Mining, » Africa Analysis, 5 juin 2001 : http://www.globalpolicy.org/security/issues/congo/2001/0606uga.htm

[15] « Corporate Soldiers: The U.S. Government Privatizes Force, » Daniel Burton et Wayne Madsen : http://www.totse.com/en/politics/us_military/162741.html

. [16] David Gibbs, « The Political Economy of Third World Interventions, »
University of
Arizona Press
; et Wayne Madsen, « Genocide and Covert Operations in
Africa, 1993-1999, » Mellen Press, 1999.

[17] « The Lost World War, » Erik Vilwar, Corporation Watch Newsletter, No 13, mars-avril 2003 : http://www.corporatewatch.org.uk/newsletter/issue13 .

[18] « Sony Corporation of
America: Executive Biographies, » janvier 2006. http://www.sony.com.SCA/

[19] « Proxy Wars in Central Africa: Profits, Propaganda, and Luxury Goods for the White World – Pacification, Rape, and Slavery for the Blacks, » Keith Harmon Snow, World War 3 Report, No. 100, 19 juillet 2004 : http://ww3report.com/proxy.html

[20] « Genocide and Covert Operations In Africa, 1993-1999, » 107ème Congrès des Etats-Unis. Sous-commission aux Opérations Internationales et aux Droits de l’Homme. Première session. 17 mai 2001. Centre de Recherche sur la Mondialisation : http://www.globalresearch.ca/articles/MAD111A.html [21] « The U.S. (Under)mining Job of Africa, » : http://cryptome.org/us-africa.wm.htm

[22] « Stolen Goods: Coltan and Conflict in the Democratic Republic of the Congo, » Dena Montague, SAIS Review, Vol. XXII, No. 1, (hiver-printemps 2002).

[23] « A Continent for the Taking: The Tragedy and Hope of Africa, » Howard French, 12 avril 2005, Vintage,
New York, NY.

[24] « The Exception to the Rulers: Exposing Oily Polititians, War Profiteers, and the Media That Love Them, » Amy Goodman, David Goodman, 2004, Hyperion Press,
New York, NY.

[25]See: « Friends in High Places: The Bechtel Story. »

[26] « Stolen Goods: Coltan and Conflict in the Democratic Republic of the Congo, » Dena Montague, SAIS Review, Vol. XXII, No. 1, (hiver-printemps 2002) ; « Named and Shamed », Ruud Leeuw : http://www.ruudleeuw.com/vbout17.htm

[27] « Rwanda’s Secret War: U.S.-Backed Destabilization of Central Africa, » Keith Harmon Snow, 12 décembre 2004 : http://traprockpeace.org/keith_snow_rwanda.html

[28] « Proxy Wars in Central Africa: Profits, Propaganda, and Luxury Goods for the White World – Pacification, Rape, and Slavery for the Blacks, » Keith Harmon Snow, World War 3 Report, No. 100, 19 juillet 2004 : http://ww3report.com/proxy.html

[29] « The U.S. (Under)mining Job of Africa, » http://cryptome.org/us-africa.wm.htm

[30] « Genocide and Covert Operations in Africa, 1993-1999, » 107ème Congrès des Etats-Unis. Sous-commission aux Opérations Internationales et aux Droits de l’Homme. Première session. 17 mai 2001. Centre de Recherche sur la Mondialisation. http://www.globalresearch.ca/articles/MAD111A.html

[31] Interview privée, Keith Harmon Snow, RDC-Est, juillet 2005.

[32] « Corporate Soldiers: The U.S. Government Privatizes Force, » Daniel Burton et Wayne Madsen : http://www.totse.com/en/politics/us_military/162741.html

[33] Rapport confidentiel, reçu en février 2006.

[34] « The Controversial Commando, » Pratap Chatterjee, 14 juin 2004 : http://www.guerrillanews.com/human_rights/doc4644.html ; « CSC/DynCorp. » Corporation Watch : http://www.corpwatch.org/print_article.php?list=type&type=18 ; « Crossing the Rubicon, » Michael Ruppert, 2004, New Society Publishers,
Gabriola Island, BC, Canada: p. 79-80.

[35] « The Use of Rwanda’s External Debt (1990-1994): The Responsibility of Donors and Creditors, » Michel Chossudovsky, Pierre Galand, 30 mars 2004: http://www.globalresearch.ca/PrintArticle.php?articleId=364

[36] « Rwanda’s Secret War: U.S.-Backed Destabilization of Central Africa, » Keith Harmon Snow, World War Four Report, 12 décembre 2004: www.WorldWar4Report.com

[37] « Proxy Wars in Central Africa: Profits, Propaganda, and Luxury Goods for the White World-Pacification, Rape, and Slavery for the Blacks, » Keith Harmon Snow, World War 3 Report, No. 100, 19 juillet 2004 : http://ww3report.com/proxy.html

[38] « Report on Events in Bukavu, South Kivu: May 26 to June 9, 2004, » Réseau de Femmes pour la Défense des Droits et de la Paix. 

 

 

 




5e Annexe

 

Les armes à feu en Afrique, pour quoi faire?
Une réflexion sur les deux dernières guerres en République Démocratique du Congo

Dans le cadre de cette brève étude, je limite mon propos à l’Afrique en posant ces deux principales questions. Pourquoi les armes arrivent-elles en Afrique et quelles sont les conséquences des guerres sur le développement du continent? La République Démocratique du Congo qui a été longuement cité parmi les pays les plus armés et les plus affectés par la guerre servira de cadre d’illustration.

Les armes légères ou individuelles font chaque année des centaines de milliers de victimes dans le monde, spécialement en Afrique, en Asie et en Amérique latine. La carte ainsi dessinée parle d’elle même; il s’agit des pays non développés auxquels on pourrait joindre les pays de l’Europe de l’Est, principalement ceux qui sont nés avec l’éclatement de la Yougoslavie.

Les armes à feu qui circulent en Afrique ne servent pas à défendre le continent contre les ennemis extérieurs (asiatiques, américains et européens). Elles servent à la destruction de l’Afrique elle-même par ses propres fils. Au sein d’un pays, les uns utilisent les armes pour dominer les autres, tandis que les autres utilisent les mêmes armes pour se libérer, puis dominer à leur tour. Ensuite, les pays africains, tout en appartenant à l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue Union Africaine, s’attaquent entre eux et se détruisent mutuellement.

Pendant ce temps, ceux qui fabriquent les armes évitent de plus en plus les troubles internes et les conflits entre les nations. Les pays les moins avancés qui se prêtent à toutes sortes de conflits armés deviennent pour ainsi dire, les seuls marchés pour les armes légères et garantissent le fonctionnement des usines qui fabriquent les engins de la mort.

Les guerres africaines me semblent être des guerres pour rien; elles sont à la fois les causes et les conséquences du sous-développement. Rebelles et loyalistes dans un pays, où les pays africains en conflit s’approvisionnent dans les mêmes marchés. Pendant qu’ils dépensent de l’argent pour acheter les armes, ils oublient qu’ils contribuent à maintenir l’Afrique dans un état permanent de pauvreté. Tant que les Africains ne comprendront pas la contradiction des actes qu’ils posent et les conséquences néfastes pour leur développement, ils seront eux mêmes responsables de leurs malheurs et il ne servira à rien d’accuser les marchands des armes.

Une double cause : dominer et exploiter.

Avant même l’ouverture de la session de l’ONU sur la limitation des armes légères dans le monde, certaines télévisions faisaient état des difficultés réelles pour mener à bonne fin une opération aussi délicate. Elles pointaient du doigt les grands fabricants de ces armes que sont les Etats-Unis d’Amérique, la Russie et la Chine, qui ne seraient pas prêts à faire beaucoup de concessions. Je veux attirer pour ma part l’attention sur le fait que les armes à feu constituent le moyen le plus efficace qui a permis aux Européens de s’imposer à tous les autres peuples du globe. Les Indiens d’Amérique ont été presque exterminés à cause des armes à feu. Les Nègres d’Afrique sont tombés par centaines de milliers sous les mêmes armes apportées par les Européens et les Arabes, et maniées admirablement par les autres Nègres. En Afrique du Sud, elles ont permis à une petite colonie blanche de peuplement de s’emparer d’un vaste territoire en chassant les premiers occupants du sol. Après la traite négrière, l’Afrique a été colonisée et des populations entières ne pouvaient être soumises que par les armes à feu. Aux armées précoloniales équipées de lances, d’arcs et de flèches succédaient partout les armées coloniales équipées d’armes à feu. Ces armées, composées des troupes africaines commandées par des officiers blancs avaient pour mission de soumettre les peuples et de réprimer tous les soulèvements. Elles imposaient une nouvelle paix ou pacifiaient les colonies, comme on avait l’habitude de le dire à l’époque.

La première introduction massive des armes à feu en Afrique date donc de l’époque coloniale. Ces armes plus puissantes que les vieux mousquets se retrouvaient d’un seul côté, du côté du pouvoir. Après les indépendances, les nouvelles autorités vont poursuivre l’équipement et la modernisation des armées devenues nationales. La modernisation de chaque armée africaine fera l’objet des négociations avec les pays amis et les grandes fabriques des armes. L’introduction illégale des armes se fera surtout dans les territoires qui doivent se battre pour la conquête de l’indépendance. Les colonies portugaises, l’Angola, le Mozambique, la Guinée Bissau, etc., furent les premières en Afrique noire à introduire massivement les armes à feu pour chasser le colonisateur blanc. Les guerres de libération étant supportées par une grande partie de l’opinion africaine, les armes destinées aux combattants passeront par plusieurs pays pour les atteindre dans leurs bases d’opération ou dans les maquis.

Beaucoup de ces armes étaient fournies gratuitement par les agents des blocs socialiste et capitaliste qui se disputaient l’hégémonie dans le monde. C’est ainsi que les guerres de libération se sont poursuivies, après les indépendances, entre les prétendus nationalistes qui obéissaient aux ordres de Washington et de Moscou. Certaines de ces guerres se poursuivent encore comme en Angola où Luanda doit faire face à l’UNITA et aux mouvements de libération du Cabinda. En Afrique du Sud où les Noirs luttaient pour l’égalité sociale et juridique, les combattants recevaient aussi les armes du bloc socialiste, et ces armes transitaient aussi par d’autres pays africains. Pendant ce temps, les Blancs au pouvoir renforçaient également leur position par l’acquisition de nouvelles armes. Il a fallu de longues années pour que la cause des Noirs soit finalement entendue.

On pourrait ainsi faire le tour de tous les foyers de tensions en Afrique pour bien comprendre la concentration des armes en Afrique. En République Démocratique du Congo, la circulation des armes répond à la même logique. Après les tentatives de sécessions anéanties avec le concours de l’ONU, la mort de Lumumba offre aux Congolais dits nationalistes l’occasion de recevoir l’appui des pays socialistes d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Le gouvernement central pour sa part reçoit l’aide des Etats-Unis et d’autres pays capitalistes. Devenu le champion de la cause capitaliste en Afrique centrale, le Congo doit contrer le socialisme en Angola, au Congo Brazzaville, et même en Tanzanie. Les troupes congolaises seront aussi envoyées à l’extérieur, notamment au Tchad pour contrer les troupes rebelles soutenues par la Libye. Les deux guerres dites du Shaba et les deux guerres de Moba constituaient sans aucun doute la revanche de l’Angola et de la Tanzanie sur le régime de Mobutu qui soutenait les troupes de Savimbi, que les Américains soutenaient également à travers l’Afrique du Sud. L’appui occidental au régime de Mobutu matérialisé par les troupes françaises, marocaines et autres, passait encore par le renouvellement des équipements militaires. La fin de la guerre froide symbolisée par la chute du mur de Berlin en 1989 marque un changement brusque dans le soutien militaire inconditionnel accordé à Mobutu.

L’hégémonie des puissances

Ainsi que nous pouvons le constater, les armes qui circulent en Afrique servent avant tout une seule cause, l’hégémonie des puissances. Les Africains dont beaucoup jouent le rôle d’intermédiaires croient pouvoir bénéficier du soutien des amis sincères, mais en réalité, ils n’en tirent que peu d’intérêt. L’Afrique retarde son développement à cause de toutes les guerres. Les soldats de métier ou de fortune qui usent des armes commettent des atrocités sur leurs propres populations et détruisent les rares infrastructures qui existent. C’est par ignorance qu’ils croient pouvoir résoudre par la force tous les conflits idéologiques, territoriaux, religieux, et tribaux. Les destructions méchantes, les pillages, les viols, et autres atrocités qui se commettent laissent des plaies ouvertes et il devient difficile de les soigner et de les cicatriser, l’unité en souffre, et le développement aussi.

Le film des deux dernières guerres du Congo : 1996 – 2001

Les deux guerres qui ont conduit successivement au renversement de Mobutu et à l’assassinat de Kabila sont étroitement liées et peuvent éclairer les malheurs de l’Afrique dans ses différents choix politiques. Au moment où la guerre de 1996 éclate, tout observateur politique pouvait se rendre compte que le Président Mobutu avait pratiquement perdu tout le pouvoir. Lâché par le monde occidental qui l’avait soutenu depuis 25 ans, Mobutu était sommé d’opérer des réformes politiques pour ouvrir le pays à la démocratie et ensuite de quitter le pouvoir. Cette réforme fut annoncée officiellement le 24 avril 1990. Cette réforme à peine annoncée ne pourra être soutenue ni encadrée. Dès le 11 mai 1990, Mobutu sera accusé d’avoir massacré des centaines d’étudiants à Lubumbashi et l’occasion était trop belle pour être manquée. Toute coopération avec les pays occidentaux fut suspendue. La crise sociale qui en est la conséquence débouche sur les pillages de 1991 et 1993.

La crise politique conduit à la Conférence Nationale Souveraine, mal préparée et souvent torpillée par plusieurs jeux d’intérêts. Les réformes politiques opérées par la Conférence Nationale Souveraine mettaient Mobutu pratiquement à l’écart, même si, à cause de son armée, du reste totalement divisée, il paraissait encore puissant. La maladie dont il souffrait et dont on connaissait l’issue fatale, était la dernière preuve de sa faiblesse. La grande lutte qui se préparait était celle de sa succession. Le pays s’attendait le moins à soutenir une guerre. Ce sont ceux qui, de l’extérieur voulaient le départ de Mobutu et de tout son système qui ont provoqué la guerre dont le Congo aurait pu être épargné. La guerre rapidement gagnée montre la fragilité des derniers débris de l’armée qui soutenaient encore le régime du Président Mobutu. Pendant que le Zaïre était sous embargo d’armes à feu, le Rwanda et l’Uganda pouvaient se procurer les armes n’importe où et les déverser sur l’Est du pays. Mais le plus important pour nous est de connaître les multiples motivations des acteurs qui interviennent dans toutes les phases du conflit.

La guerre est venue de l’extérieur

La guerre est venue de l’extérieur, de l’Uganda et du Rwanda. Elle a réuni les combattants de ces deux pays à certains fils du Congo/ Zaïre qui prétendaient se soulever contre le régime en place. Quant aux deux pays voisins, ils justifiaient leur intervention par le souci d’assurer la sécurité, souvent menacée par les rebelles agissant à partir du territoire zaïrois. Il convient de préciser que pour les autorités rwandaises, deux intérêts justifient l’implication de leurs troupes. Il fallait d’abord anéantir les Hutu génocidaires emmenés au Zaïre par les troupes françaises en 1994.

Cette mission a été accomplie en deux phases: la destruction des camps des réfugiés dans la Province du Nord Kivu, puis la poursuite et le massacre des milliers d’autres réfugiés dans la forêt équatoriale, entre Kisangani et Mbandaka. De ces massacres qui ne sont pas qualifiés de génocide, on ne parle presque plus et les auteurs ne sont pas poursuivis. Le second intérêt du Rwanda est celui de l’espace vital au Kivu où les Rwandais étaient soit transplantés par les Belges entre les années 1930-1940, soit installés comme réfugiés politiques en 1959-1960 et ils ont fini par rester jusqu’à ce jour. A ne considérer que les avantages dont jouissaient les Hutu et les Tutsi d’origine rwandaise avant qu’on ne leur conteste la nationalité collective accordée par le Président Mobutu en 1973, il y a lieu de se demander si leur soulèvement de 1996 pouvait se justifier. Cependant, tous ces avantages acquis par les Rwandais avaient fini par provoquer des tensions assez vives entre les populations autochtones du Kivu et leurs hôtes. Il fallait donc trouver la possibilité de renforcer la colonisation du Kivu par le Rwanda surpeuplé. Tel semble être l’appât tendu par les Congolais qui voulaient se servir des Rwandais pour marcher militairement sur le pays à partir du Rwanda: la promesse d’une cession définitive du Kivu aux Rwandais. Ajoutons aussi les intérêts matériels immédiats. Nous avons assisté au départ du butin de guerre (voitures de luxe et autres biens précieux arrachés aux anciens dignitaires et même aux paisibles citoyens) vers le Rwanda. Si le massacre des Hutu par les Tutsi était rendu possible sur le territoire congolais grâce à ces accords, il n’était pas certain que l’occupation du Kivu et la domination de l’ensemble du Congo par les Tutsi hébergés au Congo, membres d’une nouvelle ethnie appelée Banyamulenge, pouvaient se réaliser sans résistance.

Ces actes contraires à l’histoire ne pouvaient que provoquer de vives réactions des Congolais, de l’Unité africaine et de la communauté internationale. Ignorant les véritables motivations des Rwandais, le peuple congolais a accepté leur soutien pour se débarrasser de Mobutu et il a choisi d’accepter l’inconnu que promettait le nouveau maître, Laurent-Désiré Kabila. L’OUA n’a pas eu la force d’agir et l’ONU n’a pas volé au secours du Zaïre. Les tentatives de l’Afrique du Sud et du Gabon ont été tardives et sans effets. Il fallait seulement être aveugle pour ne pas voir une main plus forte derrière le Rwanda qui, avec ses 6 ou 7 millions d’habitants, ne pouvait pas s’offrir le luxe de s’attaquer au Congo, sans craindre, ni la revanche, ni la condamnation. Les intérêts directs de l’Uganda qui prend part au même pied d’égalité que le Rwanda sont difficiles à percevoir à première vue. Il y a sans doute la poursuite du soutien aux nouveaux maîtres du Rwanda qui venaient de l’Uganda et dont la solidité du régime passait par l’anéantissement des Hutu réfugiés au Zaïre. N’ayant pas à proprement parler les problèmes urgents des terres, seule la sécurité dans ses frontières servait de prétexte valable. Comme il a été le cas pour le Rwanda, une main invisible et les promesses de soutien matériel et financier ont certainement joué.

En ce qui concerne les Congolais de l’extérieur décidés à chasser Mobutu, l’alliance avec les pays étrangers offrait l’unique chance qui leur manquait jusque là. De tous ces Congolais qui provenaient de l’étranger, pour la plupart des pays d’Europe, un seul va émerger après l’assassinat dans les circonstances qui restent toujours obscures, de Ngandu Kisase. Il s’agit de Laurent-Désiré Kabila qui devient le porte-parole des insurgés. Alors qu’il n’était encore qu’un rebelle, nous l’avons vu signer des accords avec les investisseurs étrangers, américains en l’occurrence, intéressés par le secteur minier, dans la ville de Lubumbashi. Sûr de la victoire finale grâce à l’appui de ses alliés, sûr du soutien des populations congolaises et de la complicité de l’armée loyaliste qui refuse de se battre, Kabila écarte toutes les tentatives de négociations avec celui qu’il qualifie du plus corrompu des dictateurs africains et d’homme dieu.

En mai 1997, les jeunes soldats qui ont fait plus de deux mille kilomètres depuis Goma ,les fameux Kadogo, font une entrée triomphale dans la capitale et sont applaudis par des centaines d’autres jeunes Kinois. Kabila devient le nouveau maître autoproclamé de la République Démocratique du Congo. Installé officiellement par les présidents des pays alliés auxquels il faut joindre le président de l’Angola, il est investi par la Cour Suprême de Justice. Mais pour l’exercice du pouvoir il va oublier totalement tous ceux qui, de l’intérieur, lui ont apporté tout le concours. L’armée de Mobutu qui devenait sa complice va subir les terribles humiliations à la base de Kitona où beaucoup d’anciens soldats trouveront la mort dans des conditions difficiles. Plusieurs officiers formés dans les meilleures écoles de l’Occident et du pays seront purement et simplement oubliés. Le Parlement de transition n’avait plus sa place et les activités politiques suspendues pour une durée de deux ans. L’oeuvre de destruction étant achevée, il fallait maintenant commencer la reconstruction et avec quels hommes?

Retard du développement du pays

Avec les Congolais de la diaspora avant tout, eux qui avaient les mains propres. Dans un esprit de suspicion, totale, de haine à peine cachée et de vengeance contre les anciens collaborateurs de Mobutu, on privilégie les cadres originaires des régions du pays qui avaient pris part à la conquête. Ainsi, les provinces du Katanga, du Kivu ,du Maniema et la Province orientale se taillent la part de lion. Beaucoup de ces hommes sont sans expérience et s’occupent des affaires de l’Etat sans le moindre succès. L’incapacité des Congolais de la diaspora qui espéraient se faire une place au soleil, force le Président à se retourner vers quelques anciens collaborateurs de Mobutu. Les nouvelles autorités se montrent incapables de maîtriser la situation et les espoirs de la population diminuent petit à petit. Les mêmes tendances régionales et tribales reviennent et la spirale des injustices recommence. A quoi aura donc servi cette longue guerre sinon à retarder davantage le développement du pays?

Les nouvelles autorités n’ont pas réussi à briser l’embargo imposé au Congo à la fin du régime de Mobutu. La coopération n’a jamais repris et les investisseurs potentiels se sont évaporés. Le Congo était-il devenu subitement une terre aride? La réforme monétaire de juin 1998 n’a été rendue possible que grâce au concours d’un seul pays scandinave. La vérité est que la tête de Kabila, avec ses idées surannées, il est vrai, ne pouvait pas plaire à ceux qui avaient recouru à lui pour faire tomber Mobutu. Il devait donc tomber à son tour et le malheur des Congolais de se poursuivre. Le massacre des Hutu par leurs compatriotes Tutsi sur le sol congolais devient un motif de plus pour condamner le Congo. Les mêmes Rwandais et Ugandais qui ne reçoivent pas entière satisfaction pour toute leur aventure sur le sol congolais, se retournent contre Kabila, d’abord dans les coulisses.

Enfin, en août 1998, le conflit éclate au grand jour entre Kabila et ses associés militaires qu’il parvient à chasser, non sans peine, de la capitale Kinshasa. Deux jours plus tard, le pays était attaqué, à l’Est comme à l’Ouest, à partir de Goma et de Kitona. Cette guerre nouvelle à laquelle prennent part une fois de plus le Rwanda, l’Uganda et le Burundi, se justifie toujours par la sécurité dans les frontières. Le Rwanda ajoutera que certaines factures n’auraient pas été payées avant le renvoi de son corps expéditionnaire et certaines promesses n’auraient pas été honorées, notamment la cession du Kivu qui était une ancienne province du royaume du Rwanda à l’époque précoloniale. Selon les prévisions, il s’agissait d’une guerre éclaire. La marche rapide vers Kinshasa était programmée à partir de la base de Kitona, dans le Bas-Congo. Cette étrange stratégie dans la seconde guerre du Congo n’émeut personne à l’étranger. L’OUA et l’ONU se taisent et les puissances occidentales, généralement bien informées sur toute l’évolution politique et économique du monde ne réagissent point.

Intervention en faveur de Kinshasa

Alors que tout le monde attendait la prise imminente de Kinshasa et l’éviction de Laurent Kabila, une donne totalement imprévue va modifier la suite des événements. Il s’agit de l’intervention en faveur de Kinshasa, des troupes zimbabwéennes, namibiennes et angolaises. Pris entre les deux feux, les soldats rwandais sont obligés d’abandonner la Province du Bas-Congo, laissant derrière eux, une petite troupe qui allait échouer dans sa tentative de prendre l’aéroport de Ndjili. L’appel lancé par un responsable congolais aux populations du Bas-Congo pour dénoncer les ennemis et leur faire subir le sort qu’ils méritaient vaudra plus tard au Ministre Yerodia un mandat d’arrêt international. Les images de quelques Tutsi tués à Kinshasa et brûlés par une jeunesse sans armes mais déterminée à défendre la ville, vont faire le tour du monde et témoigner du complot ourdi contre les Tutsi, agresseurs devenus victimes de la haine et de la barbarie.

La thèse de l’agression du Congo par ses voisins sera balayée par ceux qui ont intérêt à taire la vérité. En une année, la moitié du Congo est occupée par une rébellion qui se crée dans le sillage des agresseurs et trouve les défenseurs parmi ceux qui se sentaient brimés ou écartés par Kabila. L’Uganda occupe les provinces du Nord (la Province orientale et une partie de la province de l’Equateur) alors que le Rwanda et le Burundi s’emparent de l’Est du pays (les deux provinces du Kivu, le Maniema, une partie des deux Kasai et du Katanga). Au fur et à mesure que la guerre dure, les troupes s’enlisent et il faut trouver une solution à la guerre dont l’issue devient incertaine. Les villes de Mbandaka, Kananga, Lubumbashi et Kinshasa sont fortement défendues par les troupes alliées et les rebelles ne peuvent plus percer les lignes.

Exploitation du sol congolais

Les deux camps sont presque épuisés financièrement et pour poursuivre la guerre, ils se mettent à exploiter le sol congolais. Les Ugandais et les Rwandais exploitent toutes les richesses disponibles dans les territoires qu’ils occupent et les alliés de Kinshasa obtiennent aussi des concessions importantes dans le territoire qu’ils défendent. Ce sont ces exploitations qui ont fait l’objet du rapport du groupe des experts sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres richesses de la République Démocratique du Congo, remis le 12 avril 2001. L’exploitation de ces richesses sert, selon le même rapport, à l’autofinancement de la guerre. A mon humble avis, ce rapport sert avant tout à couvrir l’origine étrangère des armes utilisées par le Rwanda et l’Uganda. Nous savons en effet que le Rwanda et l’Uganda sont soutenus financièrement de l’extérieur. Mais pour revenir à l’exploitation illégale ou non des ressources naturelles pour financer la guerre, voilà une absurdité dont l’Afrique devrait avoir honte. Les ressources naturelles vendues à l’étranger enrichissent déjà les pays du Nord et l’achat des armes prive l’Afrique du maigre profit qu’elle pouvait en tirer. Les armes elles, ne servent qu’à détruire les pays et les peuples africains.

Quant aux accords de Lusaka signés en 1999 et qui constituent le «cadre idéal» pour le règlement global du conflit, je les considère comme les mécanismes destinés à permettre à tous les belligérants de sortir la tête haute de ce conflit inutile. On évite de désigner les agresseurs par leurs véritables noms et de les condamner. Les conditions d’une paix véritable ne sont pas négociées et c’est à cela que nous devons songer dès à présent. Les deux guerres congolaises ont tellement déchiré l’Afrique centrale qu’il faudra de nombreuses années pour revenir à une coexistence pacifique. Voilà pourquoi, même après avoir reconnu que le Rwanda, le Burundi et l’Uganda ont réellement agressé le Congo, tout le monde s’accroche aux accords de Lusaka pour en finir avec la première étape des négociations. L’entêtement de Laurent Kabila à vouloir négocier les conditions d’une paix véritable avant l’application des accords de Lusaka lui a valu une mort atroce dans son propre palais, comme l’entêtement de Mobutu de quitter le pouvoir avant sa mort prochaine, lui avait valu la pire des humiliations, aller mourir sans honneurs, loin de sa terre natale.

Maintenant que toute la communauté internationale peut se mettre d’accord sur la possibilité de mettre en pratique les fameux accords de Lusaka, la guerre a réellement cessé et la paix est proche. Il se posera toujours la question de savoir ce que chacun des belligérants a pu tirer de ces tristes guerres.

A qui profitent les conflits armés en Afrique?

Tout ce qui vient d’être dit montre que le recours aux armes pour dominer sa propre population ou pour régler les conflits entre les Etats, ne contribue nullement au progrès de l’Afrique. Le recours aux armes prôné par certains fils du Congo montre que les Congolais n’ont pas encore tiré les leçons des sécessions et des rébellions des années 1960. Les deux guerres actuelles n’ont fait que’accentuer les malheurs des Congolais. L’économie congolaise est complètement détruite et les conditions sociales s’en ressentent vivement. Les conséquences néfastes de toutes ces guerres devraient nous pousser à mettre en place les structures politiques interdisant toute prise de pouvoir par la force. Ce principe qui venait d’être consacré par la Conférence Nationale Souveraine a été vite brisé par le chef de la première rébellion, qui se disait ouvertement ne pas être engagé par les recommandations de cet important forum. En applaudissant la victoire de Kabila sur Mobutu, les Congolais faisaient preuve d’une courte mémoire. Ils oubliaient que tout conquérant garde toujours le pouvoir par la force. Les promesses d’une démocratisation future ne servent en réalité qu’à faciliter la mise en place du nouveau système et son renforcement. Les Congolais ne pourront aller loin dans la démocratie que s’ils renoncent totalement à l’usage des armes pour s’emparer du pouvoir.

Vouloir soumettre un pays voisin pour gagner un morceau de terre qui ne vous appartient pas n’est plus digne de l’Afrique, 40 ans après nos indépendances. C’est sans doute le rêve de la balkanisation du Congo, soutenue de l’extérieur qui leur a donné cette assurance d’annexer le Kivu et sans doute aussi une partie de la Province Orientale.

Les armes qui circulent en Afrique servent donc, soit à stabiliser les régimes soutenus de l’extérieur, soit à déstabiliser d’autres qui ne protègent pas les intérêts des multinationales et autres puissances. Le nombre de coups d’Etat est là pour le démontrer, de même que les rébellions qui n’en finissent pas. Dans l’un ou l’autre cas, les armes empêchent le développement du continent africain. Voilà comment les Rwandais et les Burundais oublient leurs problèmes internes auxquels ils ne trouvent point de solutions pour s’occuper pendant plus de quatre ans des problèmes du Congo. Cela ne peut repousser que l’échéance, mais les problèmes restent entiers et ils auront besoin du Congo pour trouver une partie de ces solutions. En coupant le pont avec le Congo par le recours aux armes, le surpeuplement du Rwanda et les luttes ethniques empoisonneront toujours la vie politique de ce petit pays. La démocratie en Uganda, au Rwanda et au Burundi est la seule voie pour avoir la paix dans ces pays. Si les Tutsi aujourd’hui au pouvoir dans les deux pays ne se préoccupent que des Hutu réfugiés au Congo, d’autres sortiront demain de l’intérieur même de leurs pays. Le double génocide du Rwanda doit servir de leçon aux responsables politiques.

Conclusion

Les Congolais qui se battent depuis des années oublient sans doute que leur pays a échappé plus d’une fois aux visées étrangères qui souhaitent sa balkanisation. Ce qui est arrivée à l’Union Soviétique et à la Yougoslavie aurait pu arriver aussi au Congo si la situation interne n’avait pas déjoué toutes les prévisions. Il est donc prudent de connaître le vrai mobile de la circulation des armes en Afrique. Quant à nos voisins, après avoir oeuvré sans succès pour diviser le Congo et s’emparer d’une partie de son territoire, quels avantages peuvent-ils encore attendre, alors que dans l’Union des Pays des Grands Lacs ils avaient de gros intérêts? Tous ces conflits armés font donc reculer les développement de nos pays respectifs ainsi que l’avènement d’une véritable union africaine.

Prof. Dr Jérôme-Emilien Mumbanza mwa Bawele, Berlin

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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  1. Automotive News and Articles - 16 novembre 2007

    Automotive News and Articles…

    I couldn’t understand some parts of this article, but it sounds interesting…

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