Nairobi, TAEF restructuré hausse le ton contre la bastonnade des journalistes en Afrique !

8 novembre 2007

Actualités

(La Prospérité 08/11/2007)

Le constat est à la fois triste et amer. Jamais, dans l’histoire de l’humanité, les journalistes n’ont passé des moments si difficiles en Afrique que dans le siècle présent. The African Editors’ Forum, Taef en sigle ; ce puissant faisceau réunissant les éditeurs africains autour d’un seul idéal, lève un coin du voile. « Désormais, non à la bastonnade des journalistes ». Tel est le dernier cri qu’il convient de retenir à l’issue de deux jours des assises de sa 3ème réunion bi-annuelle tenues du 5 au 6 novembre courant au Kenyatta International Conference Centre, à Nairobi, à 1468 Km de Kinshasa, vers la corne du continent noir et plus précisément sur la terre sacrée d’un certain Jomo Kenyatta, l’une des figures de proue du panafricanisme des années soixante.


Dans ses nouvelles marques, TAEF restructuré a passé au prisme la problématique. Mathatha Tsedu réélu Président, Cherriff M. Sy, le burkinabe remplace le vieux Souleymane Diallo, de la Guinée Conakry à la vice-présidence. Tandis que deux dames se maintiennent tout en interchangeant leurs postes. Elisabeth Barrat, la toute bouillante sud-africaine, cède le Secrétariat Général à Rosemary Okello-Orlale, la Kenyanne, et récupère la trésorerie.
Ainsi formé, le tout nouveau management commette a du pain sur la planche. C’est à lui qu’il a été confié la charge de faire aboutir toutes les stratégies arrêtées en vue de défendre les droits des journalistes, lors du prochain sommet de l’Union Africaine, le 30 janvier 2008, à Addis-Abeba, en Etshiopie. D’ailleurs, une des recommandations formulées était portée vers les Nations Unies. L’idée, pour les éditeurs africains, est de pousser cette organisation tentaculaire à jouer son vrai rôle à l’échelle planétaire. Ses apparences actuelles, le mettant à la remorque de quelques pays dits super puissants, lui font perdre un peu de son crédit. Dans un cas tout comme un autre, une conclusion a été tirée : l’Union Africaine et les Nations Unies ont des instruments juridiques qui garantissent la liberté de la presse. Mais là où elles ont lamentablement échoué, c’est au niveau de la mise en application concrète des dispositions consignées dans ces instruments.
Autant, cette affaire des journalistes ramène à la surface celle des droits de l’homme. Maints intervenants aux assises de Nairobi, ont évoqué la question en ce sens. Finalement, la gangrène est partout alors que les chartes des droits de l’homme moisissent dans des tiroirs de ceux deux institutions.
Des cas parmi tant d’autres ont été cités. Des témoignages poignants exposant certains Chefs d’Etat à la colère des professionnels des médias sont revenus abondamment tout au long de ces assises. Charles Kabonero, un tout jeune homme du Rwanda, n’y est pas allé par le dos de la cuillère. Il a râlé contre Paul Kagame, son président. Avec des preuves, il soutient qu’après le génocide de 1994, le tyran de Kigali, grâce à sa machine répressive, a laissé faire beaucoup de choses contre les journalistes. En bon mathématicien, il avance le chiffre de 48 journalistes assassinés, les autres contraints à l’exil et ceux qui ont voulu continuer, sont tenus à l’œil. Pour la plupart, ils sont récupérés à la solde de son régime. Et dans ce contexte, dit-il, aucune critique n’est tolérée. Outre le manque de moyens tant matériels que financiers, les journalistes africains devraient briller par la solidarité, a-t-il conclu. La lutte contre l’ignorance, la désinformation et la manipulation étant, du reste, l’une des voies essentielles vers la démocratie et le progrès des peuples africains.
Sur le même registre, Hinda Mohammud Hussen de la Somalie a fait état de la dégradation sans cesse des rapports entre les dirigeants et les journalistes de son pays. Toutefois, il croit qu’une ouverture somme toute relative serait en droit d’être observée sur terrain, avec le changement politique en cours dans ce pays. En Ouganda, Ibrahim Semujju se dit héros. Il a été devant le tribunal 25 fois. A un certain moment, il devait s’y présenter, au moins quatre fois par mois. Pour lui, en effet, Yoweri Kaguta Museveni, voit les choses autrement. La démocratie et la tolérance des idées contraires l’irritent à telle enseigne qu’il n’hésite pas à faire du mal. Les élections ne lui disent rien, au plan politique. D’où, faire arrêter les journalistes, ressemble à une plaisanterie « d’un bon goût ». Des avocats au service de son pouvoir brandissent à longueur des journées des articles accusant de violation de la Constitution, de nombreux journalistes. Sakina de Sunday Citizen a plutôt indiqué qu’en Tanzanie se sont nettement améliorées. « Nous commençons à faire des investigations sans la moindre inquiétude », a-t-elle affirmé, le mouchoir sur la tête. Pour sa part, Musa Saidykan, de la Gambie vit en exil forcé à Dakar, au Sénégal. Il en est arrivé là, après de multiples menaces de mort exercées contre sa personne. C’est sur la pointe des pieds qu’il fut obligé de quitter le sol gambien qu’il promet de ne retrouver qu’après la chute de Yaya Djame, l’actuel homme fort dans son pays. Globalement, les exemples de violation des droits des journalistes ne sont plus à chercher. Au Niger, Moussa Kaka est toujours en prison, a rappelé Mathatha Tsedu, le Président de TAEF. Au Sénégal, lieu de refuge de Musa, il y a des journalistes emprisonnés. Au Mali, Kenya, en Erythrée et en Somalie … n’en parlons même pas. Cyrille Kileba a aussi signalé quelques cas d’assassinats des journalistes et de bastonnade des journalistes en RD. Congo. En Afrique Centrale, il a présenté un tableau sombre. Il suffit de jeter un coup d’œil au Burundi, Tchad ou au Congo-Brazzaville, pour avoir de nouvelles révélations scandaleuses. Et, pourtant, soutient Mathatha, il n’y a pas de leadership de la presse dans les élections et la démocratie, sans cette liberté tant réclamée. « Serrons-nous les coudes ! », a-t-il lancé aux éditeurs tout en insistant sur le fait que devant toutes ces menaces et souffrances, Taef ne reculera jamais.

Marcel Ngoyi
08-11-2007 – 07:08:25
(Par Marcel Ngoyi, Envoyé Spécial)

 

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À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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