Comment Kabila a perdu la guerre de l’est

14 novembre 2007

Actualités

(L’Observatoire de l’Afrique centrale 14/11/2007)

Contrairement à la propagande véhiculée par les journaux de Kinshasa, tant ceux qui sont proches du régime et ceux qui se targaient d’être « indépendants », le président Kabila a, dans les faits, perdu la guerre engagée dans les deux Kivu. À l’origine il pensait peut-être que ce serait une simple promenade de santé pour les dizaines de milliers de militaires des FARDC, Interahamwe et Maï-Maï qu’il était prêt à engager dans la bataille; sans oublier l’avantage que lui procurait l’appui logistique important et la couverture aérienne de la MONUC.

Au Nord-Kivu, il n’est un secret pour personne, que les FARDC ont déployé plus de 20.000 militaires, face à des dissidents Nkundistes estimés à quelques 4.000 hommes. Mathématiquement, cette campagne militaire aurait dû être gagnée d’avance. Selon la doctrine militaire classique, pour être certain de vaincre l’adversaire, il faut une supériorité numérique de 5 à 1 en faveur de l’attaquant. C’est exactement le rapport de supériorité numérique que les FARDC avaient établi sur le terrain. Malheureusement, Kinshasa a oublié un autre facteur qui pèse encore plus lourd dans la balance, à savoir, la détermination des combattants. Et sur ce point précis, le rapport de force change complètement de camp. Donc, en dépit de leur supériorité numérique et matérielle, les troupes gouvernementales ont été incapables, jusqu’à présent, de s’imposer militairement contre les forces du général Nkunda, et même, dans plusieurs cas, c’est l’intervention in-extrémiste de la MONUC qui leur a évité des débacles humiliantes dans plusieurs localités (ex.: le cas de Sake).

Le mois dernier, on se souviendra que le président Kabila avait installé pendant quelques jours son QG à Goma, avec pour but de superviser les opérations militaires contre Nkunda dans la province. On se rappelera aussi du ballet diplomatique des ambassadeurs occidentaux et sud-africain, conduit par l’ancien patron de la MONUC, William Swing. Encore là, les journaux de Kinshasa en avaient fait leurs choux gras, en affirmant qu’il s’agissait d’une démonstration d’appui sans réserve au régime congolais. L’Obsac avait émis un avis contraire qui s’est vérifié depuis. Loin d’être un appui s’était plutôt la manisfestation d’une inquiétude grandissante qui motivait la présence des diplomates sur place.

Justement, à ce sujet, les informations qui nous sont parvenues de sources sûres des milieux diplomatiques occidentaux, affirment que l’interruption du séjour de Kabila à Goma, son retour précipité à Kinshasa et l’interruption inoppinée de l’offensive promise, après l’expiration de l’ultimatum le 15 octobre, seraient dus à un carton jaune signé Kigali. Comme si l’Obsac l’avait deviné, nous écrivions à ce sujet que « En d’autres termes une victoires de cette coalition contre Nkunda ne ferait que renforcer militairement et politiquement les FDLR dans cet espace géographique contiguë au Rwanda. On peut s’imaginer que les Afande de Kigali n’attendrons pas que les anciens génocidaires se pointent à la frontière rwandaise pour agir. » Selon nos sources diplomatiques donc, après confirmations de la collaboration entre les FARDC et les Interahamwe dans cette guerre contre Nkunda, les Afande de Kigali ont clairement signifié à Kabila et aussi à l’ONU et aux puissances occidentales, qu’ils interviendraient si les FARDC et la MONUC continuaient à renforcer militairement « les génocidaires » le long de leur frontière avec le Congo. Bref, à ce moment-là, la donne a complètement changé et, le nouvel accord signé à Nairobi entre Kigali et Kinshasa reconfirme les véritables causes à la base des conflits armés dans l’est du Congo : la présence des groupes armés étrangers, en particuliers les Interahamwe et ex-FAR, et l’insécurité pour les minorités tutsis congolaises.

C’est donc à l’aulne de cette réalité, qui rappelait les deux dernières guerres congolaises, qu’il faut comprendre la nomination des envoyés spéciaux américains et onusiens à Goma. Non seulement ces derniers sont-ils chargés de suivre la situation sur le terrain, mais ils doivent aussi superviser la mise en application de l’accord de Nairobi. À ce sujet, l’Obsac donne malheureusement très peu de chances de succès à ce nouvel accord qui vient s’ajouter à une série d’autres conclus depuis 1999 (ex. : Syrte, Lusaka, Pretoria, Luanda, Sun City, et re-Pretoria). Tous ces accords n’ont jamais vraiment contribué à l’émergence d’une solution véritable aux problèmes posés par la présence des Interahamwe et des ex-FAR dans les deux provinces du Kivu.

Au Sud-Kivu, on apprend que la mission de négociations avec les dissidents Banyamulenge conduite par le général Mustapha, vient de se terminer. Le général doit rentrer incessamment à Kinshasa pour faire rapport au président Kabila. Il apporte dans ses bagages un cahier des charges, dont on est en droit de penser qu’il sera très difficile à accepter par les « extrémistes » dans l’entourage du président Kabila. Nous n’avons pas tous les détails, mais il doit sûrement y être question du « cas Masunzu », du problème politique de la suppression du « territoire de Minembwe », des crimes commis par les FARDC contre la population, etc. Par ailleurs, nous avons appris que les troupes des FARDC déployées sur les Hauts Plateaux ont dû, après y avoir subi de lourdes pertes (400 morts depuis le début des opérations), abandonner leurs positions avancées, pour se concentrer sur quelques positions autour de Minembwe-Centre et de Muramvia.

Du côté de la MONUC, on peut dire, sans trop risquer de se tromper que cette mission onusienne s’est complètement discrédité à cause de son engagement aveugle aux côtés des FARDC dans leurs opérations militaires sur les Hauts Plateaux et au Nord-Kivu. Non seulement, la MONUC a acheminé armes et munitions pour les FARDC et, donc pour les FDLR à leurs côtés, mais surtout la mission onusienne a servi de canal de propagande pour le volet « opérations psychologiques » de l’armée congolaise. On se rappelera des joutes verbales du major De Brosses à propos des grands succès remportés par les FARDC lors de leurs opérations au Nord et au Sud-Kivu. Or, dans presque chaque cas, il ne s’agissait que de mensonges orchestrés par les responsables militaires des deux régions militaires. Cette pratique de dezinformatzia de certains officiels de la MONUC se poursuit toujours, à titre d’exemple on pouvait lire aujourd’hui dans une dépêche de l’AFP qui citait un « observateur de l’ONU » au sujet de l’attaque contre une position militaire surplombant le camp de déplacés de Mugunga : « Pour l’observateur de l’ONU, il y a maintenant chez Nkunda, de plus en plus isolé, une volonté de semer la terreur, de déstabiliser, quitte à s’attaquer presque ouvertement à des civils. » Évidemment, cette personne n’est pas un porte-parole autorisée de la MONUC, personne ne nous donnera son nom, mais on voit à quel point cette mission est minée de l’intérieure, par des gens qui oeuvrent en faveur d’agendas cachés. On peut tout de même se demander quel avantage Nkunda aurait à attaquer des civils, puisqu’il vient justement de gagner indirectement une importante victoire politique avec la signature de l’Accord de Nairobi et surtout avec la présence des envoyés spéciaux des États-Unis et de l’ONU au Nord-Kivu qui ont mis à la fois les FARDC et la MONUC sous observation rapprochée.

Pour revenir sur cette attaque, il faut dire que même la MONUC n’excluait pas, dans une autre dépèches de l’AFP, que l’attaque soit le fait des FDLR (Interahamwe et ex-FAR). Ces derniers auraient ainsi réagit négativement à la signature de l’Accord de Nairobi. Selon le site web KivuPeace.org, les affrontements à proximité du camp de Mugunga se sont produits entre des éléments des FDLR intégrés dans une unité des FARDC, lorsque les premiers ont décidé qu’il valait mieux, après la plus récente trahison de Kinshasa à leur endroit, quitter leurs compagnons d’armes congolais. De toute évidence, le divorce ne s’est pas fait à l’amiable et on se serait échangé quelques pruneaux de Kalashnikov en guise de souvenirs pour les bons moments passés ensemble…

On termine en vous racontant quelques à côté du dernier voyage de Joseph Kabila aux États-Unis d’Amérique. Selon des sources au sein de la diaspora congolaise américaine, Joseph Kabila, après son arrivée en Arizona, quelques jours avant sa rencontre avec le président Bush, a abandonné toute sa délégation dans cet État et s’est dirigé seul vers le Kentucky. Selon les mêmes sources, ils serait aller visiter sa véritable mère qui est installé là-bas depuis un certain nombre d’années. Par ailleurs, le jour même de sa rencontre avec le président Bush, Joseph Kabila a failli recevoir un coup de poing (ou une gifle) au visage au moment où il sortait de l’hôtel Intercontinental pour monter dans la voiture qui allait le conduire à la Maison Blanche. Ce serait grâce à la vigilance des agents du Secret Service américain, qui ont maîtrisé l’individu qui s’était dangeureusement approché de lui avec de mauvaises intentions, que le président congolais a évité cette humiliation physique. De plus, pendant toute la durée de l’audience avec le président Bush, d’autres manifestants congolais ont bravé la pluie pour dénoncer, devant la grille de la Maison Blanche, cette visite du raïs congolais en territoire américain.

Bref, autant dire que diplomatiquement, la visite de Joseph Kabila aux États-Unis a été plutôt contre-productive. Il attendait un appui pour neutraliser Nkunda, on lui a imposé en lieu et place des envoyés spéciaux américains et onusiens qui auront ses troupes et celles de la MONUC à l’oeil; et un accord qui vise le démantèlement de ses alliés Interahamwe et ex-FAR. Il n’y a que les journaux de Kinshasa qui peuvent affirmer que son voyage, dans ce contexte, a été couronné de succès.

La rédaction

13 novembre 2007

 

© Copyright L’Observatoire de l’Afrique centrale

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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