LA RECONCILIATION ET APRES ?

26 novembre 2007

Actualités

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Dans La Fleurs de Stéphanie, Esther Mujawayo et Souâd Balhaddad exposent le fonctionnement des gacaca à travers le témoignage de rescapés Tutsis du génocide. Esther Mujawayo, survivante elle-même, revient sur ce drame et la volonté politique de réconcilier le Rwanda

 

LPJ : Pensez-vous qu’il puisse exister une réelle volonté politique de faire un travail sur la réconciliation entre Hutus et Tutsis. N’est-ce pas utopiste ?
Esther Mujawayo : La volonté politique existe. Le Rwanda n’a pas le choix. Une grosse majorité des gens sont des tueurs. Tout le monde doit cohabiter ensemble. Pour le moment, tout Rwandais doit avoir le droit de vivre dans son pays. C’est une question de volonté mais également une obligation pour la survie de la nation.
C’est néanmoins toujours au rescapé qu’on demande le plus. Il ne suffit pas de vivre ensemble. Il faut aussi reconnaître le génocide, donner aux rescapés le minimum de base pour pouvoir vivre. Nous devons arriver à la reconnaissance d’une réparation. La parole libérée des gaçaça (tribunaux) permet de faire le travail de deuil. Aujourd’hui, les rescapés doivent avoir droit à un toit, à des soins adaptés. Ils ont tout perdu. Pour la plupart, leur maison a été détruite. 80% des femmes Tutsis ont été violées. Certaines se retrouvent avec le SIDA sans avoir accès aux soins, alors que dans les prisons les assassins ont accès à la tri-thérapie. Avec Souâd Belhaddad, nous avons un projet que nous avons appelé humoristiquement « Oh la vache ». Notre objectif est de donner une vache à chaque veuve. Nous souhaitons leur donner une reconnaissance économique. 

Où en est la reconnaissance de ce génocide par la communauté internationale ?
On a eu beaucoup de chance car l’ONU l’a reconnu tout de suite. C’est pour ça qu’il y a eu le tribunal international. Ceci dit, il y a beaucoup de négationnisme. La génocide s’est déroulé à la fin de la guerre qui opposait la force armée rwandaise et le fond patriotique rwandais. Certains historiens veulent faire un amalgame en disant que ce génocide n’est en fait qu’une conséquence de ce conflit. Ils oublient de mentionner qu’à la différence de la guerre où les balles ne choisissent pas leurs camps, il y a eu une chasse systématique des Tutsis organisée par les milices Hutus. Ceux sont des civils qui ont été tués. Les génocides contre les Tutsis sont cycliques. Jusqu’au dernier en 1994, il revenait tous les 10 ans. Ma maison par exemple a été brûlé en 59, en 63, en 73 et en 94. Un climat d’impunité régnait. Il était acquis que tuer ou voler un Tutsi n’était pas puni. La particularité des événements d’avril 1994 est que ce génocide a été précédé d’une propagande médiatique. A la radio était diffusée une musique entraînante qui appelait au meurtre des Tutsis. Personne n’a réagi pour empêcher cette radio de diffuser. 

Votre père était pasteur. Peut-on croire encore en Dieu après avoir vécu un tel génocide, de telles souffrances ?
Ca prend du temps. J’ai douté de Dieu, jamais de mon père. Après le génocide, j’ai connu beaucoup de doutes. J’étais révoltée. La foi est revenu après. Si Dieu n’était pas là, aurais-je survécu ? Dieu nous donne le choix. Dans l’être humain, il y a le bon et l’horrible. Si je m’étais retrouvé à la place d’un Hutu, aurais-je choisi la bête ou l’humain ?
Propos recueillis par Sara FREDAIGUE. (www.lepetitjournal.com – Rome) lundi 26 novembre 2007 

Ce lundi 26 novembre 2007, au Centre Saint Louis, à 18h, présentation du livre « les fleurs de Stéphanie » à l’occasion de sa sortie en italien. Présence des auteurs Esther Mujawayo et Souâd Balhaddad. Conférence en français avec traduction en italien.
La thérapeute rwandaise Esther Mujawayo, dont la quasi totalité de la famille a péri lors du génocide en 1994, témoigne de son expérience des gacaca, nouveau système de tribunaux organisés dans le cadre de la politique de réconciliation nationale, où se confrontent rescapés et tueurs. Elle raconte son face-à-face avec les assassins de sa sœur Stéphanie, dont elle n’a jamais retrouvé le corps.

Source: http://www.lepetitjournal.com/content/view/21484/1626/ 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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