Kibiswa Naupess : ‘‘Nous allons à cette conférence non pas pour produire la paix, mais un cadre global de construction de la paix’’

8 janvier 2008

Interview

kibiswanaupessnet.jpgLa société civile de la RDC vient de suspendre pour 48 heures sa participation à la Conférence pour la Paix, la sécurité et le développement au Nord et Sud-Kivu pour presque les mêmes raisons qui ont milité pour qu’elle n’y participe même pas au forum : ‘‘la conférence apparaît comme une réunion de la tendance AMP vis-à-vis du RCD-CNDP’’, au détriment des autres sensibilités politiques, en dépit des accords conclus pour la ramener à participer. Ceci se voit aussi à l’ordonnance du chef de l’Etat nommant les acteurs aux conflits gestionnaires et conducteurs des travaux de la conférence. Cette interview a été enregistrée jeudi 3 janvier. Kibiswa jette un regard profond et sans complaisance dans ces assises et évite tous simplement d’afficher son pessimisme quant à son issue.

Kibiswa Naupess est détenteur d’un diplôme d’Etudes supérieures en Management. Il a un master en Gestions des conflits (négociation, médiations…). Licencié en gestion de service de santé, il est pédagogue de formation. Actuellement, il est coordonnateur du secrétariat exécutif de la Société civile. Il est agent de carrière de l’Etat depuis plus de 20 ans.

Le Révélateur : A l’annonce de la tenue de la conférence sur la paix à Goma, la Société civile s’est sentie marginalisée, qu’en est-il aujourd’hui, à trois jours de l’ouverture ?

Kibiswa Naupess : Ce qui est vrai est que le Secrétariat exécutif national de la Société civile a laissé ce dossier être géré par la coordination Société civile du Nord-Kivu appuyée par celle du Sud-Kivu et pour cela, nous avons des échos qui montrent qu’il y a eu une issue relativement heureuse et qui fait que la voix de la Société civile a été entendue. Déjà, le fait que le comité technique de préparation a commencé à faire de la sensibilisation, il est parti partout, ça montrait que la revendication de la Société civile était fondée.

Donc je peux vous dire que toutes les précautions ne sont pas encore prises bien entendu pour que la Conférence ne se termine pas en queue de poisson, parce que ça fait partie des inquiétudes que nous avons soulevées le jour où les notabilités se sont réunies au Grand-hôtel Kinshasa. Nous avons dit qu’on peut aller à la Conférence et ne pas atteindre les résultats, simplement, par ce qu’il y a des gens qui montent les enchères, soit parce qu’il y a des gens qui veulent prendre les autres en otage, il y a les gens qui peuvent utiliser les stratégies telles gagner le ciel, alors que le ciel appartient à Dieu.

Alors tout cela, exigeait que nous prenions beaucoup de précautions pour que nous n’allions pas à la Conférence avec trop d’enthousiasme et que nous en sortions déçus. Alors ces précautions ne sont pas encore suffisamment prises mais la Société civile va participer à la conférence.

Quel est l’apport des associations de la Société civile dans une pareille conférence ?

Vous savez que les questions de paix sont des questions qui intéressent beaucoup la Société civile, nous avons plusieurs composantes de la Société civile qui sont commises à la promotion de la paix durable, nous avons plusieurs spécialistes dans nos rangs qui ont appris académiquement la paix, la justice et la sécurité, et qui vont apporter le fruit de leur expérience et de leur connaissance technique en la matière. Nous avons également parmi les gens de la Société civile, des personnes qui sont des sensibilisateurs qui vont s’occuper de la sensibilisation de la population après la Conférence. Vous savez que la société civile vit avec la population tous les jours et elle connaît toutes les situations.

Est-ce que la population dont vous parlez continue-t-elle à croire à cette Société civile inféodée par les politiques ?

Bon, vous parlez d’une certaine Société civile qui est pilotée par les politiques ou inféodée par les politiques, mais nous ne les sommes pas, vous nous connaissez suffisamment. Nous avons la confiance de la population et vous avez entendu que lorsque la société civile du Nord-Kivu et celle du Sud-Kivu ont levé de la voix, c’est tout le monde qui était attentif à cela.

La Société civile qui devait servir de fer de lance à cette conférence, pour quoi ne l’avait-elle jamais fait ?

Je ne sais pas qu’est-ce que vous voulez dire par là, par ce que je vous dis que, lorsque l’idée de la Conférence a été jugée rocambolesque, c’est la Société civile qui a levé la voix, lorsque tous les acteurs politiques disaient déjà oui, oui, la Société civile a dit non. Nous n’allons pas à la Conférence tergiverser, nous n’allons pas à la Conférence comme on amènerait l’agneau à l’abattoir non. Donc je pense que s’il y a de l’espoir, celui-ci se trouve dans la participation de la Société civile.

Vous allez participer à cette conférence, quel est le message essentiel avec lequel vous partez à cette conférence ?

Le message essentiel pour nous, c’est de dire qu’aucune revendication qui dépasse les limites du raisonnable ne peut être acceptée. Ceux qui ont voulu la tenue de la Conférence, doivent également être conséquents, c’est-à-dire il y a déjà eu des élections, eux-mêmes ont participé à ces élections et ont laissé ces élections se dérouler là où ils étaient. Qu’il y ait eu des imperfections pendant les élections, c’est la situation normale dans chaque pays, même les pays les plus réputés, les plus stables.

Vous êtes en train de suivre ce qui se passe au Kenya, l’un des pays le plus stable d’Afrique, donc les élections viennent de mettre fin à l’oasis de paix qui se trouvait au Kenya. Il y a des revendications inacceptables, il y a des revendications raisonnables. Donc nous allons examiner les revendications et dire, ici c’est acceptable, et là-bas, ce n’est pas acceptable.

Ce qui est acceptable, nous, Société civile, nous allons aider à ce qu’on trouve une solution en faveur de ceux qui revendiquent. Ce qui n’est pas acceptable, tout simplement, nous allons dire s’il vous plait, laissez nous tranquilles, prenez ce que vous voulez prendre par la force, en sachant qu’un jour votre force sera anéantie.

Comment résumerez-vous la situation qui prévaut aujourd’hui dans le Kivu ?

Je ne saurai prétendre résumer la situation parce que je n’y suis pas. Mais, au regard des rapports que nous avons, nous considérons que les Nord-Kivutiens ne méritent pas ce que ceux qui se disent propres fils sont en train de leur faire vivre. Les déplacés, les gens qui vivent en dehors de chez eux depuis plusieurs mois, je dirai même plusieurs années maintenant, les gens qui ne peuvent même plus cultiver, les femmes qui sont violées atrocement, les enfants qui ne peuvent plus aller à l’école et qui sont recrutés par force. Je vous assure, on ne peut pas laisser ces choses là se faire de cette manière. on doit arrêter cela, on doit arrêter.

Comment comptez-vous jeter les bases pour une paix durable entre les communautés ?

Dans ma conception, nous allons à la Conférence pour justement planter le décor de la construction pour une paix durable, c’est juste pour planter le décor. Nous n’allons pas à cette conférence là produire la paix, nous allons produire un cadre global de construction de la paix.

Je me réfère à un auteur célèbre, un professeur célèbre des gestions de conflits, Jean-Paul Le Dérate, cadre à l’Université Notre Dame d’Indiana, aux Etas-Unis, qui dit que la plupart de fronts, les zones dans lesquelles sévissent des conflits prolongés, ce sont des zones dans lesquelles, vous pouvez réussir à arrêter les crépitements d’armes, vous pouvez réussir à signer des accords. Mais ça reste toujours des accords au niveau des leaders qu’on appelle, ‘‘top leader’’. C’est le cas ici chez-nous.

On a signé des accords à Sun City, les gens sont venus se partager le pouvoir ici, les Nord-Kivu et Sud-Kivu d’où sont parties les deux guerres sont toujours en conflit jusqu’aujourd’hui. Ça se vérifie donc. Il faut donc dépasser ce stade là où l’on signe des accords politiques et l’on arrête la guerre, du moins, l’on soulage les peines par de l’aide humanitaire. Mais il faut construire maintenant la paix, et une paix durable. Et que c’est ce cadre là que nous devons définir pendant cette conférence là.

Ce cadre là qui doit comprendre quelque chose qu’on peut appeler le sous système dans lequel, les gens vivent, le processus qui doit les mener à cohabiter pour l’éternité, la restauration des relations intercommunautaires entre les personnes qui vivent comme voisins, les ressources mobilisées, il y a ici les ressources humaines surtout, les ressources matérielles, les ressources financières et les ressources culturelles et enfin une certaine coordination de toutes ces activités là.

C’est ça le cadre que nous devons produire pendant la Conférence, et ce que l’auteur appelle l’infrastructure pour la construction de la paix. Donc là, nous allons jeter les bases pour constituer cette infrastructure là, de la construction de la paix durable. C’est ça le produit important que moi j’attends de cette conférence là, en tant que, non seulement acteur de la Société civile, mais également spécialiste en gestion des conflits.

Si je vous comprends bien, cette Conférence ne va pas amener directement la paix ?

Non, ça ne veut pas dire le jour où nous terminons la Conférence, la paix commence, non. Il y aura toujours des escarmouches, de la bagarre par-ci par- là. Mais nous allons amorcer un processus, nous aurons mis en place une infrastructure pour la construction d’une paix durable, et cette infrastructure là est vue en terme des personnes, que nous allons construire progressivement, bien entendu. Donc nous allons tracer ce cadre là, on va dégager un timing pour chaque activité. Et c’est l’ensemble de cela, après peut-être un certain nombre d’années, on va se rendre compte que nous avons commencé un processus et la paix durable va commencer.

Propos recueillis par E. Makila et Munor Kabondo

Source: http://www.lerevelateur.net/

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

Voir tous les articles de kakaluigi

Pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez vous Poster un commentaire

carrosserieautopro |
ThinkBlog |
Dipersés... fRaNce aMéRIqUe... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | madame dousse
| Les diplomes du club
| blog de jiji22