CONGO ACTUALITE’ n° 80

4 août 2008

Congo Actualités

SOMMAIRE

ÉDITORIAL – KIVU – News – Réfugiés et rebelles rwandais – Les évêques de l’assemblée épiscopale provinciale de Bukavu  Le Rwanda et la guerre du Kivu: qui sont les véritables acteurs? – LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE (CPI) .ÉCONOMIE
Le contexte – Le débat parlementaire

ÉDITORIAL

Même si au cours des derniers mois on n’a pas enregistré des combats de haute intensité, le chemin de la paix au Kivu, une région de l’est de la République Démocratique du Congo (RDCongo), ne semble pas avancer comme l’on aurait souhaité. Des accrochages sont encore enregistrés entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (Fardc), les troupes du Congrès National pour la Défense du Peuple (Cndp) de Laurent Nkunda, les milices Maï Maï des Patriotes résistants congolais (Pareco) et les groupes armés des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (Fdlr). Les milices du Cndp de Nkunda continuent à occuper les deux territoires du Masisi et du Rutchuru en y empêchant la restauration de l’autorité de l’État. Le maintien du statu quo semble être voulu et programmé pour permettre, au moment opportun, la séparation du Kivu du reste de l’État congolais, en vue de la création d’un nouveau petit état sous l’hégémonie rwandaise. Caressé depuis long temps dans les milieux de la politique anglo-américaine, des multinationales et des sociétés minières, ce projet trouvera toujours l’opposition et la résistance de la population authentiquement congolaise qui n’acceptera jamais la dépendance de ceux qui sont réputés être les responsables des deux dernières guerres congolaises (1996-1997 et 1998-2003) qui ont causé la mort de bien cinq millions de Congolais.

Toujours au Kivu, les réfugiés hutu rwandais et les rebelles des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (Fdlr) posent comme conditions pour leur désarmement et rapatriement la garantie de leur sécurité par la communauté internationale et la tenue d’un dialogue inter-rwandais auquel pouvoir participer comme mouvement politique. En constatant que ces conditions ne sont pas encore réunies, ils demandent leur déplacement vers d’autres localités congolaises, à 150 km de la frontière rwandaise, comme prévu par les dispositions du Haut Commissariat de l’Onu pour les réfugiés (Hcr). Cette requête pourrait trouver l’opposition de la population congolaise et le désaccord du régime de Kigali. Au cas d’un échec des deux propositions actuelles, le rapatriement volontaire ou l’éloignement de la frontière, on prendra probablement en considération l’option militaire pour un rapatriement forcé et, à ce moment-là, les troupes du Cndp de Nkunda, toujours appuyées militairement et logistiquement par le Rwanda, ne resteront certainement pas hors jeu. On ne pourra pas éviter donc le danger d’une nouvelle guerre de haute intensité, avec le risque fort probable d’une intervention de troupes étrangères provenant du pays voisin. Conséquemment, si l’on veut éviter une autre guerre, l’option militaire devrait être exclue même comme dernière possibilité. Une alternative possible que la Communauté Internationale pourrait prendre en considération serait celle de créer au Rwanda les conditions qui rendraient possible le retour: la démocratisation du Pays et la réconciliation nationale dans la justice pour tous et dans la vérité de ce qui s’est réellement passé en 1994, une vérité probablement différente de la version officielle.

En ce qui concerne la justice, il semble qu’on est en train de donner des pas importants. La Cour Pénale Internationale de la Haye (Cpi) a émis des mandats d’arrêt internationaux contre deux anciens chefs de milices congolaises, Jean Bosco Ntaganda et Jean Pierre Bemba, accusés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. Il s’agit de petits pas en avant dans la lutte contre l’impunité, mais l’on devrait faire encore plus, en emmenant devant la justice ces anciens seigneurs de la guerre toujours actifs dans la politique et dans l’armée congolaise et tous ceux qui les ont soutenus en leur fournissant du matériel de guerre en échange de minéraux, hommes de la politique internationale et dirigeants de société minières. Au Rwanda, quatre officiers de l’actuelle armée ont été arrêtés car accusés d’avoir participé au massacre de trois évêques et dix prêtres le 5 juin 1994 à Kabgayi, juste pendant la période du génocide et quand ils étaient militaires dans l’ancienne rébellion du Front Patriotique Rwandais (FPR), actuellement au pouvoir. Après ces quatorze longues années d’impunité totale, les tenants actuels du pouvoir sont aussi mis en cause, mais il y a à craindre qu’il s’agisse seulement d’une manoeuvre ultérieure pour les soustraire aux exigences de la justice internationale, d’autant plus que les tribunaux rwandais ne réunissent pas encore les conditions suffisantes pour rendre une justice équitable, comme affirmé par des magistrats du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (Tpir) qui sont en train de s’opposer au transfert de certains dossiers vers les juridictions nationales rwandaises. Le massacre de Kabgayi, comme plusieurs autres attribués aux militaires du Fpr, montre la complexité de la tragédie rwandaise qui a connu l’implication directe de plusieurs personnalités de la politique internationale et des différentes parties rwandaise (politiques, militaires et ethniques) et pas seulement d’un groupe spécifique.

KIVU

News

Entre le 20 et le 28 avril dans les localités de Rurere, Bokombo et Mashongo, à une centaine de kilomètres au nord-ouest de Goma, dans le territoire de Walikale”, 34 personnes civiles et 9 éléments des Pareco (Patriotes résistants congolais, groupe rebelle Maï Maï, ndlr) auraient été tués lors des affrontements entre le Pareco et le Congrès National pour la défense du peuple (Cndp, de Laurent Nkunda). Au Nord-Kivu, les accrochages sont quasi-quotidiens et, en dépit du lancement du programme Amani et de la mise en oeuvre des actes de Goma, aucun des groupes armés n’a cédé un pouce de terrain ni commencé à démobiliser ses troupes, soit plus de 4.000 éléments pour le CNDP et plusieurs milliers de combattants issus de différents groupes Maï Maï.
La province compte actuellement 847.000 déplacés internes.
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Le 29 mai, le gouvernement de Kampala a accusé celui de Kigali de fournir Laurent Nkunda en armes. Armes qui, à partir de la ville rwandaise de Ruhengeri, transitent par le Sud-Ouest de l’Ouganda, en hélicoptères de l’armée rwandaise, en direction de Kichanga, le quartier général du général déchu, situé dans la province du Nord-Kivu. L’Ouganda cherche aujourd’hui à améliorer ses relations de coopération avec la RDC et préfère prendre ses distances avec le Rwanda. La manne du pétrole à soutirer du Lac Albert et de l’Ituri, dont l’exploitation aura des répercussions positives sur l’avenir de l’économie ougandaise, militerait pour ce volte face. La RDC détient à elle seule, les ¾ des potentialités pétrolières du Lac Albert et elle est prête à collaborer avec l’Ouganda pour l’exploitation et surtout l’évacuation par pipelines jusqu’au port Kenyan de Mombassa. C’est là un marché juteux pour Museveni.2


Le 30 mai, 260 combattants Maï Maï (du groupe) Mongol se sont rendus avec environ 120 femmes et 150 enfants à la base de la Monuc de Bambu », à environ 80 km au nord de la capitale provinciale Goma. Les combattants ont déposé les armes et exprimé le souhait de leur intégration à l’armée congolaise ou de leur réinsertion à la vie civile. La Monuc a souligné l’importance de cette reddition collective dans le cadre du processus de paix initié le 23 janvier à Goma. C’est la première fois depuis janvier qu’un groupe aussi important choisit de rendre les armes dans le cadre du programme Amani, qui prévoit le désengagement des combattants sur le terrain avant leur désarmement et leur cantonnement.3

Au cours du mois de mai, 137 personnes comprenant 82 combattants, 5 enfants et 50 dépendants et provenant de groupes armés étrangers ou congolais ont été rapatriées dans le cadre du Désarmement, démobilisation, rapatriement, réintégration et réinsertion (DDRRR) dans le pays d’origine, à savoir le Rwanda, l’Uganda et le Burundi. Cela porte à 524 le total du nombre de personnes rapatriées par la section du DDRRR de la MONUC depuis le début de l’année 2008.4

Le 4 juin, des rebelles hutus rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) « ont ouvert le feu contre des déplacés » dans le camp de Kinyandoni, en territoire de Rutshuru, à plus de 70 km au nord de la capitale provinciale Goma. D’après les premières informations, il y a eu au moins six morts et 22 blessés. Les autorités civiles et militaires congolaises estiment que cette attaque des FDLR contre des civils est un acte de représailles après des accrochages ayant eu lieu dans la matinée, entre les FARDC (Forces armées congolaises) et les FDLR, à Kanyamagana (à quelques km de Kinyandoni). Les déplacés disent que ce sont les combattants du commandant Soki, un dissident des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui ont attaqué le camp.5

Le 5 juin, dans un communiqué du secrétaire exécutif du mouvement, Callixte Mbarushimana, daté de Paris, les FDLR condamnent sans réserve les attaques perpétrées contre le camps de déplacés congolais de Kinyandoni et demandent aux Nations Unies de mettre sur pied dans les meilleurs délais une commission d’enquête internationale et indépendante, afin de déterminer l’identité des auteurs de ces crimes et de les traduire devant la justice.

Les FDLR rejettent catégoriquement les accusations selon lesquelles ce serait des militaires des FDLR qui auraient attaqué ces camps de déplacés et accusent la Monuc de pointer du doigt les FDLR chaque fois que des exactions sont commises dans la région du Kivu (est de la RDC) sans même avoir diligenté une quelconque enquête.

Les FDLR rappellent qu’elles avaient informé à temps le public, les médias et la Communauté Internationale, en particulier la MONUC et les Autorités congolaises, que le régime de Kigali est en train de mettre en place des escadrons de la mort qui, dans les mois à venir, vont mettre le Sud et le Nord Kivu à feu et à sang, dans le but de provoquer des guerres interethniques dans cette région, afin de légitimer une nouvelle vague d’opérations offensives en utilisant le troupes de Laurent Nkundabatware (voir le communiqué de presse n° 03/SE/CD/FDLR/MAI/2008 des FDLR du 20 Mai 2008).6


Réfugiés et rebelles rwandais

Fin avril, lors d’une visite en RDCongo, le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht a pu constater que la paix au Kivu n’est pas encore en vue: «C’est tout sauf résolu», a-t-il dit. En effet, les troupes du général tutsi Laurent Nkunda n’ont pas encore rejoint les centres de brassage et les miliciens rwandais hutus sont toujours présents. Le ministre belge a déclaré que le Rwanda pourrait «jouer un rôle plus positif dans la recherche d’une solution à l’est du Congo, mais il ne le fait pas», constatant aussi le refus catégorique du président rwandais Kagame d’ouvrir un dialogue politique avec les rebelles hutus présents au Kivu. On sait en effet que Kigali a publié une liste de 6.000 «génocidaires» qui correspond au nombre estimé d’hommes en armes qui devraient rentrer du Congo et que cette publication a évidemment un effet dissuasif… Pour De Gucht, «cette attitude est inacceptable et le Rwanda doit s’engager à accepter un certain nombre de ces rebelles».7

Pour la première fois un officiel occidental a posé le problème plus clairement: on ne peut pas évoquer la situation d’insécurité à l’Est de la Rdc sans évoquer le rôle du Rwanda. Après avoir fait remarquer que la solution au problème d’insécurité dans le Kivu dépende de Kigali, Karel De Gucht a invité le Rwanda à ouvrir un dialogue politique pour permettre un rapatriement volontaire et massif des Fdlr, «les rebelles hutus rwandais présents au Kivu». C’est vraiment une grande première et un sujet qui va certainement énerver Kigali.8


Le 6 mai, dans une interview accordée au quotidien belge « Le soir », M. De Gucht a déclaré encore une fois que la solution au retour de la paix dans la sous-région dépendra d’un dialogue entre les rebelles des FDLR et le gouvernement de Kigali. Le Rwanda a vivement critiqué la proposition du ministre belge de la Coopération, Karel de Gucht, qui préconise une médiation entre le gouvernement de Kigali et le mouvement rebelle hutu des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR). « Cette déclaration d’un officiel belge est scandaleuse », a déclaré la ministre rwandaise des Affaires étrangères et de la Coopération régionale, Rosemary Museminali.9


Du 26 au 28 mai, s’est tenue à Kisangani une rencontre de certains groupes armés rwandais basés en RDC avec des autorités de RDC et la communauté internationale, en vue de la mise en oeuvre des engagements du communiqué conjoint de Nairobi. Un groupe de rebelles hutus rwandais s’est dit prêt à désarmer, mais pas à regagner le Rwanda. Estimant que les « conditions de sécurité » ne sont pas réunies pour permettre actuellement leur retour au Rwanda, ils demandent à la RDC leur « relocalisation » dans des provinces du pays non frontalières du Rwanda et de leur accorder le statut de réfugié. Ces rebelles sont regroupés au sein du Congrès national pour la démocratie (CND), qui comprend le Rassemblement pour l’unité et la démocratie (RUD) et le Rassemblement du peuple rwandais (RPR). Ils sont estimés au total à quelque 500 combattants et environ 3.000 dépendants.

S’ils n’excluent pas un retour sur base volontaire, toutefois ils demandent au Gouvernement congolais et à la communauté internationale de ne pas les envoyer de force au Rwanda, une fois désarmés. Ils estiment que le régime en place à Kigali n’est pas encore ouvert au dialogue.

La résistance au rapatriement immédiat dans l’attitude des groupes armés rwandais qui opèrent en République démocratique du Congo est dictée par la question de leur sécurité une fois rentrés chez eux, raison pour laquelle ils ne cessent de réclamer un «dialogue inter-rwandais» qui pourrait être une forte garantie pour leur sécurité.

Les participants ont identifié 8 zones de concentration où vivent les combattants rwandais et leurs familles et 2 zones de rassemblement pour le désarmement.

Le principal mouvement de rebelles hutu rwandais basé en RDC, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), qui comptent près de 6.000 combattants, a refusé d’être associé à la rencontre de Kisangani. La prise de position est contenue dans un communiqué, publié depuis Paris et signé par Callixte Mbarushimana, qui se présente comme secrétaire exécutif des FDLR. A travers ce communiqué, «les FDLR informent le public, les médias et la communauté internationale que cette réunion de Kisangani est une rencontre organisée par le gouvernement de la RDC avec des dissidents qui ont été exclus des FDLR pour haute trahison. Par conséquent, les FDLR déclarent que les résolutions qui sortiraient de cette réunion ne sauraient en aucun cas engager l’Organisation». Toutefois, les FDLR réaffirment leurs engagements énoncés dans la Déclaration de Rome du 31 Mars 2005, relative à un rapatriement sur base volontaire.10

Le 4 juin, les députés de la province Orientale (nord-est de la RDCongo) ont exprimé leur désapprobation sur la relocalisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans leur province. Le président de l’assemblée provinciale, Léon Basonge, a justifié cette opposition par les désordres provoqués et les crimes commis par les éléments FDLR sur les paisibles citoyens.11

Les évêques de l’assemblée épiscopale provinciale de Bukavu

Le 23 mai, les évêques de l’assemblée épiscopale provinciale de Bukavu ont rendu public le message « Tenons bon dans le Seigneur ». Ils y affirme que le Pays vient de vivre l’expérience des élections générales qui ont nourri beaucoup d’espoir de renaissance de la Nation. Certaines promesses électorales ont été honorées, mais bien d’autres restent encore au niveau de bons propos et de remarquables projections. Le temps passe, les citoyens s’impatientent et en sont à se demander s’ils ont vraiment bien choisi les hommes qu’il faut à la place qu’il faut. Il y a même, à nouveau, un danger réel de crise de confiance qui précède souvent les crises de légitimité préjudiciables à la cohabitation citoyenne, ainsi qu’à la paix.

Les élections ont été organisées, les Institutions démocratiques mises en place, une certaine réunification obtenue, des efforts supplémentaires ont été fournis pour pacifier les régions ravagées par les guerres. Mais, deux ans après les élections et bientôt six mois après la Conférence qui s’est tenue à Goma du 6 au 23 janvier 2008 sur la Paix, la Sécurité et le Développement du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, on est toujours aux bons propos, à la sensibilisation, à de belles promesses. Le peuple, qui a tant souffert, est lassé d’attendre. Il veut avoir des signes concrets qui témoignent que les promesses seront un jour tenues.

Bien des salaires ne sont toujours pas payés; les enseignants et bon nombre d’agents de l’Etat sont clochardisés; la tension salariale entre les hommes politiques et les agents de l’Etat est scandaleuse; les prix flambent, la famine frappe à nos portes, les routes restent dans un état pire qu’hier, des bandes armées continuent à mener une vie autonome et nocive, l’insécurité s’est installée dans les campagnes et les villes. La crise est généralisée et l’Etat congolais ne semble pas se doter de moyens suffisants pour surmonter rapidement la crise.

Dans ce contexte, la crédibilité du grand projet national du développement exige des signes concrets et efficaces. Il est plus que temps de passer à l’action ou de la renforcer.

En matière de paix et de sécurité:

- Que soient accélérées la restauration et la consolidation de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national;

- Qu’à l’Est du pays, comme ailleurs, l’armée républicaine remplace clairement et efficacement tous les groupes armés;

- Que les résolutions de la Conférence de Goma soient effectivement et urgemment mises en œuvre;

- Que, dans le cadre du Programme Amani, soit accéléré le retour paisible des déplacés congolais dans leurs villages respectifs;

- Que le rapatriement des réfugiés congolais s’organise conformément aux recommandations de cette Conférence ;

- Que l’Etat congolais et la Communauté internationale veillent à une gestion sage et prudente de la question des réfugiés rwandais vivant au Congo, afin que cette question ne soit pas un prétexte pour alimenter des conflits endémiques dans notre Pays et dans la Sous Région;

- Que les salaires des agents de l’ordre, des militaires et des policiers leur soient payés en intégralité aussitôt que l’argent est décaissé par l’Etat.

- Qu’en cas de délit coupable ou de crime odieux, ils soient sanctionnés conformément à la loi, quel que soit leur rang ou leur grade. C’est l’un des prix à payer dans la lutte contre l’injustice et l’impunité.

En ce qui concerne les réfugiés rwandais, l’option de leur rapatriement volontaire reste globalement un échec. Par ailleurs, leur présence sur le territoire congolais continue à exacerber les souffrances des populations. La balkanisation du Congo constitue un des enjeux majeurs des différentes guerres. Cette opinion est persistante au sein de nos populations. Dans ce climat, l’option militaire actuellement envisagée et soutenue par la Communauté Internationale ne va-t-elle pas créer de nouveaux prétextes pour un nouveau conflit régional généralisé? Or, depuis 1996, le drame en cours nous a déjà coûté plusieurs millions de morts. Si les accords de Nairobi ne sont pas gérés avec sagesse, combien nous en coûtera de plus la nouvelle guerre qui en découlerait? Et qui en endossera la responsabilité devant l’histoire? Au cas où le rapatriement volontaire des réfugiés rwandais et des miliciens du FDLR posait problème, leur relocalisation est l’une des solutions envisagées comme alternative à la solution militaire; et dans cette hypothèse, pourquoi la République Démocratique du Congo devrait-elle être la seule à devoir en porter tout le poids?

Le Rwanda et la guerre du Kivu: qui sont les véritables acteurs?

Selon Bwana Musema Kweli, un observateur de la réalité de la Région des Grands Lacs Africains, le Rwanda continue à planifier l’extermination des Hutu, hanté toujours par le spectre du génocide. En bon pyromane, KAGAME croit que, pour se maintenir au pouvoir et pour pérenniser l’hégémonie tutsi au Rwanda, il faut pourchasser les Hutu partout et brûler toutes les poches qui leur serviraient de base. Pour lui, les territoires habités par les Hutu dans l’Est de la RDC, doivent être nettoyées. Il estime que les Tutsi doivent s’y installer et y exercer le plein pouvoir. C’est là, la raison d’être de la création du CNDP de NKUNDA qui doit assurer l’hégémonie tutsi à Rutshuru et à Masisi dans le Nord-Kivu.

KAGAME a ainsi, choisi un bon exécuteur ayant fait ses preuves dans le génocide des populations congolaises en Ituri. Il s’agit de Jean BOSCO NTAGANDA déjà sous mandat d’arrêt international lancé par la CPI. C’est lui le Commandant des opérations du CNDP et le véritable chef de cette création de KIGALI. NKUNDA n’a aucune emprise sur lui. Il tient son pouvoir de Kigali et ne répond que de la seule autorité de KAGAME.

A ses côtés on a placé des robots congolais manipulés à coups de billets de banque comme le Colonel KAKOLELE, un rejeton du RCD / KML. D’autres représentent les intérêts du RCD GOMA et constituent des réseaux de pression pour les tireurs des ficelles présents au niveau des institutions et dans les cercles politiques à Kinshasa. Ces girouettes commanditent à partir de la capitale, les attaques contre les FARDC et les MAI – MAI. Ils s’arrangent pour monter des combines allant jusqu’à détourner les fonds destinés à la paie et au ravitaillement des troupes en opérations au Kivu. Ils opèrent les mutations et nominations des officiers à leur solde dans la région et travaillent en intelligence avec les services rwandais qui reçoivent toutes les informations sur les stratégies arrêtées par Kinshasa.

Ces acteurs actifs de la guerre du Kivu se retrouvent dans l’armée, la police nationale, au parlement, au gouvernement, dans les entreprises publiques et privées, dans les partis politiques comme le RCD- GOMA, dans l’ARC, dans l’AMP et dans l’opposition politique. Ils continuent à se cacher et à manœuvrer en coulisse notamment à travers le trafic des armes de guerre livrées aux rebelles de la LRA ougandaise, du CNDP de NKUNDA et aux milices de l’Ituri et du Kivu.

Les avions affrétés par certains leaders de l’opposition comme Jean- Pierre BEMBA, Joseph OLENGA NKOY et Roger LUMBALA, quittent les pistes de ravitaillement d’Europe de l’Est et de la Libye pour déposer leurs cargaisons dans le Haut – UELE, le KIBALI – ITURI et le Nord KIVU. Cela se fait avec la complicité de la MONUC, des officiers et hommes d’affaires libyens, libanais, ougandais et rwandais.

Certains officiers supérieurs des FARDC et de la Police Nationale sont impliqués dans ce commerce mafieux. Ils jouent le jeu des bandes engagées sur terrain et coordonnent à partir de Kinshasa et des provinces, les mouvements de livraison. Le premier groupe est composé des soldats ayant servi dans les rangs des rebellions du RCD, du RCD–KML, du RCD–N et du MLC, sortis des camps de brassage et réaffectés au front dans le Nord Kivu. Le deuxième groupe comprend des militaires rwandais infiltrés qui combattent au front et d’autres qui travaillent dans les carrés miniers appartenant aux dignitaires de ces partis politiques. Ils sont associés à des maîtres rwandais, ougandais, pakistanais et occidentaux.

Les véritables acteurs de la guerre du Kivu sont bien connus. Il faut arriver à les neutraliser si l’on veut réellement pacifier le Kivu. L’action de la Communauté Internationale est déterminante pour arrêter la folie de Kigali et traquer les seigneurs de guerre qui se cachent derrière les fonctions qu’ils exercent dans l’APR et dans le gouvernement.

La même Communauté Internationale doit aider la Cour Pénale Internationale à se saisir des autres fauteurs des troubles et criminels blanchis par la magie des accords de Sun City et de Pretoria. Cette autre catégorie de Seigneurs de guerre congolais doit être neutralisée à l’exemple de Jean – Pierre BEMBA et traduite devant la CPI pour répondre de ses actes.

LA COUR PÉNALE INTERNATIONALE (CPI)

Le 29 avril, la Cour pénale internationale (CPI) a rendu public un mandat d’arrêt contre un chef de milice, Jean Bosco Ntaganda, surnommé «Terminator», accusé d’enrôlement et d’entraînement d’enfants âgés de moins de 15 ans entre juillet 2002 et fin décembre 2003 pendant les conflits dans la province orientale de l’Ituri. Il lui est aussi reproché des arrestations arbitraires, la torture, l’assassinat et la détention illégale. Il avait été aussi impliqué dans l’assassinat d’un Kenyan et d’un Marocain, membres de la force du maintien de la paix en 2004, sans oublier le meurtre de deux travailleurs humanitaires en 2005 et de nombreuses attaques des villages en Ituri.

Bosco Ntaganda était chef adjoint de l’état-major général des Forces patriotiques pour la libération du Congo (FPLC), la branche militaire de l’Union des patriotes congolais (UPC). Il est aujourd’hui « chef d’état-major général » de l’Armée nationale congolaise (ANC), la branche armée du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), un groupe armé en activité au Nord-Kivu dans l’est de la RDC aux ordres du chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda. Il serait actuellement dans la région de Masisi.12

Selon des sources bien informées, Ntaganda est un soldat rwandais. Il a combattu au sein de l’Apr et a participé à la prise de pouvoir au Rwanda par Paul Kagame. Cette identité de Ntaganda complique l’équation relative à son transfert à la Cpi. En sachant que le gouvernement congolais ne possède pas une armée capable de mettre la main sur Ntaganda, ce transfert dépend de Nkunda lui même, mais on doute que Kigali lui permettra de livrer un de ses citoyens. Au finish, c’est avec le Rwanda qu’il faudrait négocier, mais on sait que ce pays a pris soin de ne pas ratifier la charte de la Cpi.13


Le 24 mai, Jean-Pierre Bemba, ex-chef rebelle et ancien vice-président du Congo-Kinshasa, a été arrêté dans la banlieue de Bruxelles dans le cadre d’un mandat d’arrêt délivré par la Cour pénale internationale.

L’ancien vice-président de République démocratique du Congo, qui est âgé d’environ 45 ans, est accusé de quatre chefs de crimes de guerre et de deux chefs de crimes contre l’humanité, en tant que chef du Mouvement de libération du Congo (MLC), pour des atrocités présumées perpétrées par ses forces lors du conflit en République centrafricaine entre le 25 octobre 2002 et le 15 mars 2003.

L’accusation estime qu’il existe « des motifs raisonnables » de croire que les forces du MLC (Mouvement de libération du Congo) « ont mené une attaque systématique ou généralisée contre la population civile et ont commis des viols, des actes de torture des atteintes à la dignité de la personne et des pillages, notamment dans la localité dénommée PK 12 et dans les villes de Bossangoa et Mongoumba ».

L’accusation estime également « qu’il existe des motifs raisonnables de croire que Jean-Pierre Bemba Gombo, en sa qualité de président et de commandant en chef du MLC, était investi d’une autorité de jure et de facto par les membres de ce mouvement pour prendre toutes les décisions tant sur le plan politique que militaire ».

« L’arrestation de M. Bemba est un avertissement sérieux à tous ceux qui commettent, encouragent ou tolèrent les crimes sexuels. Il y a une nouvelle loi, le Statut de Rome. En vertu de cette loi, ils seront poursuivis », a déclaré le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo dans un communiqué.

« Il n’y a pas d’excuses pour des centaines de viols, il n’y a pas d’excuses pour le viol d’une petite fille sous les yeux de ses parents, il n’y a pas d’excuses pour un chef qui ordonne, autorise ou tolère que ses troupes commettent des viols et des pillages. Nous avons la preuve que M. Bemba a commis des crimes », a-t-il ajouté.

Le MLC est un groupe politico-militaire qui est intervenu en RCA à l’appel du président Ange-Félix Patassé, pour mater la rébellion du général Bozizé. Un millier de membres du MLC avaient participé aux combats. Une fois la tentative de coup d’Etat matée, les « Congolais » avaient fait régner la terreur, tuant, pillant et surtout violant. En 2007, l’Organisation centrafricaine pour la compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad) affirmait avoir recensé un total de 1.045 victimes, dont 480 femmes et fillettes violées. « Nous ne pouvons effacer leurs blessures (des victimes, ndlr). Mais nous pouvons leur rendre justice. Les témoignages des victimes seront autant de preuves. Les victimes viendront raconter leur histoire à la Cour », a déclaré le Procureur Luis Moreno-Ocampo.

M. Bemba, élu sénateur après sa défaite face à Joseph Kabila à la présidentielle de 2006, a quitté la RDC pour le Portugal le 11 avril 2007 sous escorte de blindés de l’ONU, près de trois semaines après de sanglants combats dans Kinshasa entre sa garde rapprochée et l’armée. Jean-Pierre Bemba était pressenti pour devenir, dans les prochains jours, le porte-parole de l’opposition et aurait du retourner à Kinshasa.14

Le 3 juillet, Bemba a été transféré au centre de détention de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Richard Dicker, en charge de la justice internationale au sein de l’ONG Human Rights Watch, a déclaré: « Il est impératif que le procureur se penche aussi sur les crimes attribués à Bemba en République démocratique du Congo et qu’il enquête sur les chaînes de commandement, en y incluant ceux qui font partie de l’actuel gouvernement congolais », ajoutant qu’il « espère d’autres mandats d’arrêt » dans ce cadre.15


ÉCONOMIE: LES « ACCORDS DU SIÈCLE » AVEC LA CHINE

Le contexte

Les aides occidentales promises n’arrivent pas ou arrivent très tard. Du coup, Kinshasa va chercher la coopération là où il la trouve et l’effort de reconstruction en est à ses balbutiements.
Les promesses se multipliaient, formulées par Louis Michel au nom de l’Union européenne, par Paul Wolfowitz qui dirigeait encore la Banque mondiale, par les coopérations bilatérales, Belges et Britanniques se disputant la tête du peloton.

Plus d’un an après la mise en place du gouvernement formé par Antoine Gizenga, c’est avec amertume que le président de l’Assemblée, Vital Kamerhe, relève que, sur le total de l’aide promise par la communauté internationale, 28 % seulement ont été effectivement versés.

Pire encore: alors que le Congo pensait atteindre ce printemps le quasi mythique «point d’achèvement» de l’initiative en faveur des pays pauvres et très endettés (PPTE) dans ses négociations avec la Banque mondiale, ce qui aurait signifié l’effacement d’une partie substantielle de sa dette, la «carotte» a encore été reculée de plusieurs mois.

Un conseiller du Premier ministre Gizenga se désole: «Les 800 millions de dollars que nous déboursons chaque année pour les remboursements de la dette extérieure représentent 32 % du budget du gouvernement».

Le retard constaté est dû à des «dérapages», provoqués par des dépenses imprévues: Kinshasa, fin 2007, a dû faire face à la rébellion du général Nkunda, dans l’Est du pays. La conférence de paix qui s’est tenue à Goma a coûté plus de six millions de dollars.

A ces carences s’ajoutent évidemment des facteurs qui relèvent de la souveraineté nationale: alors que le gouvernement faisait face à des grèves en cascade (enseignants, médecins, transporteurs routiers) protestant contre l’insuffisance de leurs salaires, les députés n’ont pas hésité, à voter des indemnités parlementaires de plus de 4.000 dollars par mois, auxquels s’ajoutent les divers frais de mission et l’octroi de véhicules de fonction. On peut souligner aussi les habitudes de corruption, si difficiles à éradiquer, au sein de l’appareil judiciaire, des services de sécurité et même des plus hautes instances de l’Etat.

À ces réalités s’ajoutent les impératifs de la conditionnalité: bonne gouvernance, respect des droits de l’Homme et, clause non écrite mais bien réelle, respect de certaines exigences des bâilleurs. Et enfin, lorsque le projet démarre, les salaires des expatriés et leurs facilités (maison, voiture, personnel…) représentent 30 % du coût total: un expatrié peut facilement gagner 3.000 ou 4.000 euros par mois, mais son homologue local doit se satisfaire de 300 ou 400 dollars.

Déçus par la lenteur de l’aide occidentale, qui ne représente plus que 33 % du budget actuel (contre 52 % durant la transition), constatant que le secteur minier n’avait contribué que pour 6 % au budget de l’État, pressés d’entamer les chantiers de la reconstruction avant d’organiser les prochaines élections locales et de se préparer, déjà, pour l’échéance de 2011, les autorités congolaises ont fini par se tourner vers la Chine pour conclure «l’accord du siècle»: dix millions de tonnes de cuivre contre huit, sinon dix milliards de crédits divers et de travaux d’infrastructures (3.000 kilomètres de routes, 143 hôpitaux et centres de santé, quatre universités…).

Le pari de ces accords présentés comme «gagnant-gagnant », est audacieux. Mais, dicté par un sentiment d’urgence, il marque aussi l’échec flagrant de l’aide au développement des Occidentaux. Un échec d’autant plus paradoxal qu’il vient après le remarquable succès de l’organisation des élections de 2006.16


Le Président Joseph Kabila s’était prononcé l’année passée à deux reprises sur la question, d’abord au cours de son point de presse du 13 septembre 2007 (sans citer la source de financement), ensuite dans son discours sur l’Etat de la nation le 6 décembre 2007 (en la citant cette fois).

Dans ce discours, il a été suffisamment explicite en déclinant en 5 points la logique des accords chinois. C’est cependant aux quatrième et cinquième qu’il s’est appesanti sur le sujet. Au quatrième, par exemple, à propos de la dernière ligne droite conduisant le Congo au point d’achèvement de l’initiative dite Ppte, il a soutenu que «Le financement additionnel à trouver doit être susceptible de décaissement rapide et s’obtenir à des conditions qui n’accroissent pas notre endettement et ne mettent pas en danger le point d’achèvement». Au cinquième, il a mis en exergue la puissance financière dont les banques chinoises sont aujourd’hui détentrices. D’où cette interrogation légitime: «…puisque les institutions financières chinoises disposent de liquidités importantes et que leur pays a des besoins importants en ressources naturelles, notamment minières, pourquoi ne pas conclure avec eux un accord où chaque partie trouverait son compte?».

Le chef de l’Etat a d’ailleurs indiqué le modus operandi: «En échange de concessions minières, exploitées en partenariat avec des entreprises publiques congolaises, donnant de l’emploi aux congolais et produisant de la valeur ajoutée localement, les banques Chinoises acceptent de contribuer au financement de nos cinq chantiers», a-t-il dit. Il a terminé ce chapitre par faire constater que «pour la première fois dans notre histoire, le peuple congolais pourra enfin voir à quoi aura servi son cobalt, nickel ou cuivre!». Pour le Chef de l’État, le sol et le sous-sol doivent être mis à profit pour financer les infrastructures et le développement du Pays. Depuis l’annonce de ce programme, des multinationales – occidentales principalement – s’interrogent sur le sort des droits miniers qu’elles ont acquis ou qu’elles voudraient acquérir

D’autre part, les annales renseignent que sous la colonisation aussi, c’est l’exploitation du sol et du sous-sol qui avait permis à l’Etat belge puis au Congo-Belge de doter ce pays de toutes les infrastructures de base héritées à l’indépendance: routes, chemins de fer, ports, aéroports, centres médicaux, établissements scolaires, centrales hydroélectriques, stations d’épuration d’eau etc.

Sous la première et la deuxième Républiques, c’est les mêmes sol et sous-sol qui finançaient l’effort de guerre quand le pays faisait face à des sécessions, des rébellions et des agressions. Et même depuis mai 1997, toutes les guerres (Afdl, Rcd, Mlc et tout récemment Cndp) ont été malheureusement financées avec l’exploitation du sol et du sous-sol congolais, comme le démontrent les différents rapports du panel d’experts des Nations Unies pour évaluer le lien entre l’exploitation des ressources naturelles et la poursuite de la guerre.17


Les questions se rapportant à ce «contrat du siècle», le plus important, mais pas le seul, passé entre la Chine et la RDCongo peuvent se résumer en quelques points.

1. Dans quel contexte ces contrats ont ils été conclus? En 1990, le coût de la reconstruction du Congo était estimé à 9 milliards de dollars, un chiffre qui doit être multiplié par trois ou quatre de nos jours. Depuis les élections, les promesses se sont multipliées (l’Union européenne s’est engagée à verser 750 millions d’euros sous forme de dons) mais les déboursements effectifs de l’aide internationale n’atteignent qu’un quart des montants promis, dont 30 ou 40% sont affectés aux salaires et aux frais de fonctionnement. L’Etat n’a tiré qu’un très faible bénéfice (6% du budget) des quelque 400 contrats miniers passés avec des entreprises occidentales durant la transition.

2. Sur quoi portent les contrats chinois? Il s’agît d’accords de troc, diminuant au maximum la circulation d’argent (ou d’enveloppes…) : deux entreprises chinoises, CREC (China Railway Engeneering Corporation, 100.000 travailleurs) et Sinohydro (60.000 employés) se sont engagées à construire, entre autres, 3000 km de routes, autant de voies de chemin de fer, 31 hôpitaux de 150 lits, 145 centres de santé, 4 universités. La valeur de ces infrastructures est estimée à 6,5 milliards de dollars. Un premier prêt chinois (2 milliards de dollars) permettra de moderniser l’appareil minier afin d’entamer l’exploitation. Le total de ces prêts consentis par l’Exim Bank of China atteint 8,5 milliards de dollars mais ce montant pourrait encore augmenter. Les contreparties congolaises s’élèvent à l’exploitation de 10 millions de tonnes de cuivre, (ce qui donnera 6,5 millions de tonnes de cuivre raffiné), plus de 600.000 tonnes de cobalt et 372 tonnes d’or.
3. Quelle est la philosophie de ces accords? Les contrats «public-privé» sont conclus sur une base commerciale, sur le principe « gagnant-gagnant » ; il s’agît de prêts et non de dons et les éventuels litiges seront tranchés par la cour d’arbitrage de Paris. Conformément aux principes chinois de non ingérence, ces contrats ne sont assortis d’aucune conditionnalité de gouvernance, de respect des droits de l’homme ou de l’environnement et ils confirment le Congo dans sa vocation d’exportateur de matières premières.

4. Qui perd et qui gagne? A première vue et à court terme, le Congo assure les moyens de son redressement rapide: les routes permettront la circulation des biens et des personnes, le désenclavement des provinces. Cependant, les entreprises chinoises, exonérées d’impôts, ne contribueront pas au budget de l’Etat avant trente ans. Dans une première étape, la totalité de l’exploitation minière servira à rembourser le coût des travaux, dans un deuxième temps, les bénéfices seront répartis sur une base deux tiers pour les Chinois, un tiers pour les Congolais. Sur le long terme, la Chine jouira d’un accès privilégié à toutes les ressources congolaises (y compris le pétrole et l’agriculture) tandis que le principe du troc rend difficile toute évaluation en termes monétaires.
5. Quel sera l’apport en termes d’emploi? Les accords prévoient l’embauche de 10.000 travailleurs (7000 Congolais et 3000 Chinois). Les coûts de la main d’œuvre chinoise sont du même niveau que les salaires locaux et incomparablement plus bas que les traitements des expatriés: un ou deux dollars par jour pour les ouvriers dont le logement et la nourriture sont assurés, 150 dollars par mois pour les cadres.
18


Le débat parlementaire


Le 9 mai, lors d’un débat à l’Assemblée nationale en présence des membres du gouvernement, des députés de l’opposition ont dénoncé le caractère « léonin » des accords signés avec des firmes chinoises et exigé leur « renégociation ». La délégation gouvernementale était conduite par le ministre des Infrastructures et Travaux publics, Pierre Lumbi, qui a représenté la RDC lors de la signature de ces accords de partenariat en avril à Pékin.

« Ce contrat consacre le pillage de nos ressources, menace l’équilibre de nos finances publiques et condamne les générations futures à une pauvreté plus sévère », a estimé Delly Sesanga du Mouvement de libération du Congo (MLC) de l’opposant Jean-Pierre Bemba.

« Nous ne refusons pas la coopération avec la Chine. (…) Mais nous ne pouvons pas accepter que les intérêts de notre pays soient bradés, que nos richesses soient livrées à vil prix », a déclaré à la presse le député Gilbert Kiakwama, de la Convention des démocrates chrétiens, qui a demandé au gouvernement de « renégocier ce pacte profondément léonin, afin de rééquilibrer les choses en faveur de la République ».

Evalués à 9 milliards de dollars, ces accords ont été conclus avec China railway group limited et Sinohydro corporation. Six milliards seront consacrés à la réalisation de travaux d’infrastructure par des entreprises chinoises et trois à la relance de l’exploitation minière. Ce colossal prêt chinois est partiellement remboursable par des titres miniers.

Ces accords prévoient la réhabilitation ou la construction de plus de 6.000 km de routes, de plus de 3.000 km de voies de chemin de fer, de deux barrages, hôpitaux et écoles à travers le pays, 250 km de voirie à Kinshasa, où seront construits 1.000 premiers logements sociaux, un hôpital moderne de 450 lits, un hôtel de 450 chambres et deux immeubles résidentiels de 26 étages chacun.

Ces grands travaux s’inscrivent dans le cadre des « cinq chantiers » prioritaires du gouvernement: infrastructures, emploi, éducation, santé, eau et électricité.

Le ministre des infrastructures, Pierre Lumbi, a annoncé la création entre les entreprises chinoises et la Générale des carrières et des mines (Gecamines), une société minière d’Etat implantée au Katanga, d’un joint-venture (JVM), une société mixte dénommée Société sino-congolaise des mines (Sicomines) dont le capital social est estimé à 100 millions de dollars. La participation à ce capital est définie à 68 % pour le groupement chinois contre 32 % pour la Gécamines. La RDC s’engage à ce que la Gécamines cède à la JVM ses droits et titres miniers couvrant des gisements dont les réserves sont respectivement estimées à 10,62 millions de tonnes de cuivre et 626.619 tonnes de cobalt. Ce joint-venture se propose de produire 400.000 tonnes de cuivre par an et 19.000 tonnes de cobalt/an. L’accord prévoit « l’exonération totale » de toute taxe ou impôt sur l’exploitation et la commercialisation des minerais pendant toute la période de remboursement sur l’investissement consenti par la JVM, dont l’emprunt est « garanti » par l’Etat congolais. L’opposition estime que, compte tenu des cours élevés des minerais cuprifères, l’apport de la RDC s’élèvera à 85 milliards de dollars. Pour Roger Lumbala, député de l’opposition, demander 87 milliards USD de caution pour 9 milliards USD à investir n’est pas normal.

La RDC – ravagée par des conflits successifs et deux guerres régionales (1996-97 et 1998-2003) – recèle d’immenses ressources naturelles, dont 34% des réserves mondiales connues de cobalt et 10% des réserves de cuivre. Mais 75% de ses 60 millions d’habitants vivent avec moins de 1 dollar par jour et 1.200 personnes meurent chaque jour faute d’accès à des soins de base, selon l’ONU.19


En ce qui concerne le contrat de collaboration entre la RDCongo et la Chine, il semble que la partie chinoise mettra à la disposition de la RDC une somme de 9 milliards de dollars américains pour la construction des infrastructures, notamment des auto-routes, des chemins de fer, des écoles, des Universités, des hôpitaux,… et en contre partie, la Chine exploitera des minerais congolais. Mais partant du débat qui a eu lieu au Parlement, il en découle que «pour quelques 9 milliards consignés dans le contrat, les entreprises chinoises peuvent exploiter des minerais d’une valeur de plus de 80 milliards, suivant le prix moyen actuel du cuivre sur le marché», bien que le Ministre congolais des Infrastructures et Travaux Publique ait reconnu le montant de 35 milliards. En outre, on n’a pas pensé à installer, par exemple, l’usine ou des usines de raffinerie des nos minerais sur place au pays, pour n’exporter que des lingots, ce qui donnerait pour le seul cas du cuivre le résultat plus intéressant de plus de $8,000.- la tonne au lieu de $1,200.- la tonne pour le brut. Le raffinage de nos minerais sur place a encore l’avantage de laisser sur place les scories (déchets) qui peuvent servir à produire d’autres minerais, c’est-à-dire d’autres sources de revenu pour le Gouvernement, qui est d’ailleurs à la recherche de fonds pour le financement de divers autres projets de développement en faveur du peuple congolais. Le raffinage des minerais au pays permettrait enfin de créer des milliers d’emplois en faveur de la jeunesse congolaise, dont le chômage est devenu sa seconde nature. Ceux qui dénoncent ce contrat comme léonin, probablement n’ont pas tort.20


Le 13 mai, l’Assemblée nationale, sous la direction du président vital Kamerhe, a tranché pour l’adoption d’une série de recommandations formulées à l’endroit du gouvernement. Une façon sage, mais prudente de ne pas accorder un cheque à blanc à l’exécutif, au moment où il s’engage à très vive allure dans les contrats chinois dont on a décelé quelques irrégularités dans la procédure de passation des marchés, le flou dans l’évaluation des réserves minières, de la participation de la partie Gécamines et de l’impact de l’endettement, si la RDC ne remplissait pas sa part de contrat en termes de production et d’exportation des minerais. Rien ou presque n’a été dévoilé sur le coût environnemental de tous ces projets, ni sur les retombées en termes d’amélioration des conditions de vie des villes et territoires où seront exploités les minerais.

L’Assemblée nationale a donc attiré l’attention de l’exécutif sur les enjeux de ces contrats qui, s’ils sont bien exécutés, auront un impact positif sur le développement de la RDC, et dans le cas contraire, ce serait un désastre que ne manqueront pas de condamner toutes les générations présentes et celles avenir.

L’Assemblée nationale demande au gouvernement de clarifier les contrats signés avec les entreprises chinoises. Il s’agit en particulier d’indiquer la valeur et la qualité des ouvrages qui seront construits, la juste évaluation des gisements qui doivent être cédés par la Gécamines aux Chinois et le calendrier précis des travaux à exécuter.

Voici en substance, le paquet de recommandations des députés, telles que le président de l’Assemblé Nationale les a formulées:

- Indiquer clairement la valeur des infrastructures à construire;

- Respecter les standards internationaux des coûts;

- Evaluer clairement la valeur des gisements de la Gecamines cédés dans le cadre de la Convention;
- Définir clairement les avantages de la Gecamines découlant de son port dans la joint-venture;
- S’assurer que les termes de la convention sont conformes à la Constitution et aux lois congolaises, notamment le Code minier;

- Définir un chrono-programme ou une feuille de route des travaux;

- Respecter les législations congolaises en matière de passation des marchés et de sous-traitance aussi longtemps que la Rdc est le lieu d’application de ladite convention;

- Recourir, en cas de conflit, aux instances internationales d’arbitrage au lieu du droit chinois.21

1 Cf AFP – Kinshasa, 07.05.’08 et Misna, 07.05.’08.

2 Cf Le Potentiel – Kinshasa, 31.05.’08.

3 Cf AFP – Kinshasa, 30.05.’08.

4 Cf Monuc, 04.06.’08.

5 Cf AFP – Goma, 04.06.’08; AFP – Kinshasa, 05.06.’08

6 Cf Communiqué de presse n° 02/SE/CD/FDLR/JUIN/2008 des FDLR

7 Cf Colette Braeckman – Le Soir 29.04.’08.

8 Cf Joachim Diana G. – L’Avenir – Kinshasa, 30.04.’08. Pour le cas d’espèce, le Rwanda participe activement à la destabilisation de l’Est de la Rdc. Laurent Nkundabatware doit son existence militaire au soutien sans faille de Kigali. Plus d’une fois des soldats rwandais ont été pris au front. Malheureusement, très peu sont les pays, voire les organisations internationales qui ont eu le courage de dénoncer cela. Il suffit pour s’en convaincre de lire le cahier de charge du Cndp, mouvement insurrectionnel formé essentiellement, si pas totalement, des soldats tutsi. Le Cndp, dit à qui veut l’entendre qu’il a pris les armes pour mettre fin à la présence des milices rwandaises à l’Est de la Rdc. C’est une sous-traitance en faveur de Kigali. Le Rwanda tire profit de la présence de ces milices au Congo afin de s’offrir une raison pouvant justifier son militarisme à l’Est du Congo.

9 Cf Intambwe, 09.05.’08.

10 Cf AFP – Kisangani, 26.05.’08 et Radio Okapi – Kisangani, 27.05.’08.

11 Cf Xinhuanet – Kinshasa, 05.06.’08.

12 Cf AFP – La Haye, 29.04.’08 et Fondation Hirondelle – La Haye, 30.04.’08. Le mandat d’arrêt contre Bosco Ntaganda, 35 ans, a été lancé le 22 août 2006 et transmis à Kinshasa, sans aboutir à une arrestation, malgré des informations précises sur les lieux où il se trouve. Le secret de certains mandats d’arrêt est une mesure pratiquée régulièrement par les tribunaux internationaux. Il permet en théorie de faciliter l’arrestation de suspects qui ne se savent pas recherchés. En levant le secret du mandat contre M. Ntaganda, le procureur met publiquement les autorités de RDC face à leurs responsabilités. La CPI ne dispose pas de force de police ou de gendarmerie pouvant procéder à des arrestations, et dépend des autorités nationales.

Trois autres Congolais ont été arrêtés et transférés à La Haye: Thomas Lubanga, ancien président de l’UPC, le 17 mars 2006, Germain Katanga, le 18 octobre 2007 et Mathieu Ngudjolo Chui, le 7 février 2008.

13 Cf Joachim Diana G. – L’Avenir – Kinshasa, 02.05.’08.

14 Cf Communiqué de presse ICC-OTP-20080524-PR316_FRA ; AFP – La Haye, 25.05.’08 ; Fondation Hirondelle – La Haye, 25.05.’08.

15 Cf AFP – La Haye, 03.07.’08.

16 Cf Colette Brackman/Le Soir/ Digitalcongo.net 25/04/2008

17 Cf Omer Nsongo die Lema – L’Avenir – Kinshasa, 08.02.’08

18 Cf Le carnet de Colette Braeckman – Le Soir, 15.05.’08.

19 Cf AFP – Kinshasa, 09-13-14.05.’08; Radio Okapi, 10.05.’08

20 Cf Professeur KIRONGOZI ICHALANGA – Professeur Associé à la Faculté de Droit de l’Université de Kinshasa.

21 Cf Le Phare – Digitalcongo.net 16.05.’08 et Radio Okapi, 14.05.’08.

© Pace per il Congo – Paix pour le Congo –  Peace for the CongoItalie 2008 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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