Le Rèvèlateur questionne Arthur Zahidi Ngoma

16 septembre 2008

Actualités

Le programme Amani signé en Février 2008 pour imposer la paix entre belligérants aux Kivu vient d’être prolongé d’une année. Cette décision prise par le président Kabila et les membres de la facilitation internationale fait suite à la reprise de la guerre au Nord kivu entre les FARDC et les hommes de Laurent Nkunda. Ce dernier en effet s’était désengagé de ce processus alors qu’il avait bel et bien signé l’acte d’engagement. Abordé sur la question, Arthur Zahidi Ngoma, ancien vice Président de la République et président des Forces du futur et de la plate forme camp de la patrie fustige ce processus qu’il qualifie de capitulation.  

Le Révélateur : Quel est votre commentaire après cette reprise de la guerre dans le Kivu ?

 

Arthur Zahidi Ngoma : C’est totalement affligeant qu’on continue encore aujourd’hui de parler de Nkunda qui est un phénomène qui date maintenant. C’est d’abord en 2002, officier militaire de renseignement militaire de l’armée patriotique rwandaise, Nkunda a produit beaucoup d’abominations à Kisangani (Ndlr : chef lieu de la Province orientale). C’est en suite en 2004 à Bukavu avec son complice Mutebusi où il a massacré des Congolais. C’est encore aujourd’hui au Nord Kivu en particulier et Sud Kivu aussi où il continue à faire ses actions bellicistes, militaires et d’agression de la République démocratique du Congo. Sans doute le gouvernement a eu tort d’approcher de façon inadéquate la question de Nkunda  parceque après les urnes, nous étions en droit d’espérer qu’il y a maintenant un gouvernement qui pourra prendre à bras le corps ce problème et le résoudre.

En termes de résolution, ils ont commencé par aller à Kigali pour négocier avec Nkunda, ils ont proclamé la reconnaissance de Nkunda et de son parti le CNDP. De Kigali, ils ont sorti ce concept nouveau totalement étrange ‘‘le mixage’’ qui donnait un territoire à Nkunda  parcequ’on a reconnu que Nkunda n’a pas l’obligation d’aller au brassage. Ce que j’aurai compris moi-même parcequ’il est rwandais de son état, ne vont au brassage que des anciens militaires congolais.

Mais en plus de ça, on s’engage à payer ses hommes. Nous payions les hommes de Nkunda, peut-être nous payons encore, je n’en sais rien. C’était une erreur, parceque cela a permis à Nkunda de renfoncer sa base arrière, aujourd’hui Nkunda a plus de 30 000 hommes de troupes. Qu’à cela ne tienne, il a repris la guerre malgré sa participation à la Conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Kivu. Cette conférence que nous avions condamnée autrefois, où vous trouvez là dedans la faillite de l’Etat. Nkunda a repris la guerre, il n’a respecté aucun de ses engagements.

Que faut-il comprendre par là ? 

Nous sommes dans la logique rwandaise, la logique que le Rwanda a appliquée à Arusha lorsqu’il y avait encore des négociations entre Habyarimana et le FPR. On fait la guerre, on négocie… on négocie, on fait la guerre, c’est  la tactique dans laquelle il se trouve. Il vient de massacrer  la population congolaise du Nord Kivu, et on lui apporte encore le programme Amani. On lui donne encore une instance où négocier, il ne veut que ça. Quand il finira avec ça, il commencera encore sa guerre. Il est temps qu’on se réveille parceque nous ne pouvons pas envisager le développement du pays, en tout cas sa reconstruction, avec une partie du pays occupée par Nkunda.

 

Pensez-vous que face à Nkunda, le gouvernement n’a aucune marge de manœuvre ? 

 

Je ne dirai pas que le gouvernement n’a aucun  moyen. Mais le gouvernement a-t-il déployé la volonté politique voulue pour ce faire. Vous savez que l’armée est étroitement liée à la volonté politique des autorités qui la gèrent. Si cette autorité est manifestement forte, l’armée agit avec la même force. Nos vaillants soldats des FARDC ne sont pas à négliger, ils se battent déjà avec les armes de fortune. Nkunda est surarmé et nous ne sommes pas étrangers à son surarmement. Les nôtres se battent déjà affamés. L’homme sait que s’il mourait là-bas, sa famille n’aura aucun recours. Quel moral donnez-vous à vos troupes ? Donc ils sont plutôt des héros qu’il faut féliciter. Ils ont calmé les ardeurs de Nkunda et si ça dépendait que de leur volonté, je suis sûr que l’action qu’ils ont entreprise dernièrement pouvait aller plus loin. Mais il se trouve que chaque fois qu’ils avancent, on leur dit d’arrêter. Mais quand Nkunda avance, on ne lui dit pas d’arrêter. Et maintenant on dit que tous les belligérants doivent revenir à leur position initiale. C’est une insulte à la République. 

Faites-vous allusion à l’appel de la facilitation internationale ?               

 

C’est là que nous devons nous interroger sur les motivations de la communauté internationale dans cette affaire. Les troupes rwandaises quand elles entrent au Congo, la communauté internationale ne les voit pas. Mais elle les voit toujours quand elles rentrent au Rwanda. Il faut que la communauté internationale soit franche avec nous. Veut-elle donner un territoire Congolais aux populations Rwandaises, une sorte d’extension du Rwanda au Congo, qu’elle le dise. Mais il ne faut venir nous mentir avec le programme Amani car on ne fait pas un programme Amani avec l’agresseur du territoire congolais. Le programme Amani  devrait se faire en principe entre Congolais. Mais lorsqu’il s’agit de faire ce programme Amani avec les agresseurs, autant parler de programme de capitulation. Voilà ce que j’appelle faillite de l’Etat, par ce que nous devons dire à cette communauté internationale la vérité.  

Quelle est cette vérité ? 

Si elle veut aider la RDC qui  est  en insécurité dans sa partie Est par une crise d’emprunt car c’est une crise rwandaise : le Rwanda est en crise et il a réussi à transporter sa crise en RDC qu’on appelle désormais une crise congolaise. Non, c’est une crise rwandaise. On ne peut dire à la population congolaise et à l’opinion internationale que le Rwanda a résolu sa crise.  Le Rwanda n’a pas résolu sa crise, le Rwanda est en crise depuis ce génocide de triste mémoire de 1994. Le Rwanda reste en crise. Comment le Rwanda peut-il sortir de sa crise ? Voilà la question fondamentale qui se pose qu’il faut résoudre.

Le Rwanda ne peut sortir de sa crise qu’en comprenant ce que le Congo a compris à son temps, savoir que la sécurité d’un pays ne commence pas à ses frontières internationales, elle commence en son sein et porte un nom : le dialogue entre concitoyens. Il faut que le Rwanda procède au dialogue avec lui-même. Mais si le Rwanda ne veut pas accepter sa diversité, si le Rwandais ne veut pas accepter l’autre rwandais sans parti pris à l’égard de ce qui constitue son altérité, nous aurons toujours la crise rwandaise sous les bras. Et tant que nous aurons cette crise rwandaise sous nos bras, nous n’aurons pas la paix chez-nous.

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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