Nilikuwa « Kadogo »

12 février 2009

Histoires

Par  Al-Kazimoto

A 12 ans le petit Manu était parti comme un enfant soldat. Il avait laissé sa famille, son village, son milieu, pas par sa volonté, mais « capturé » par des soldats rebelles. Nous racontons son histoire a travers ses souvenirs. Pas facile pour lui  se rappeler et surtout nous dire ce qu’il a vécu. Il y a des choses qu’il voudrait oublier pour toujours. Il y a des choses que comme spectres remplissent ses sommeils et ses nuits. « Je n’oublierais jamais, il me faut convivre avec ces cauchemars. 

Il est là devant moi avec ses pantalons, sa chemise et son veston. Il est parfaitement habillé et dans toute propreté. Il est aussi bien coiffé et parfumé. Dans ses mains un cartable noir. Il est jeune entre 23 et 25 ans. Il est beau, il est bien fait. Un bon mannequin pour des défilées de mode à l’étranger, on dirait. Il est sur la route qui le porte, comme chaque matin,  à l’Université. Sur son visage les marques d’une vie de presque 10 ans  dans la brousse, avec des armes sur ses épaules, et une vie de soldat commencé à bas âge.  

Il est là, ce matin, sur le chemin de l’école, libéré de son fardeau d’enfant soldats, en train de me raconter toute son histoire.  Manu, c’est son nom,  ne voudrait pas revenir au passé, mais quand même nous commençons depuis ce matin ce bout de route ensemble suivant une histoire parsemée de belles mais aussi des tristes pages.  Manu est attristé en se rappelant tout ce qu’il a passé au long des routes du Nord Kivu,   et de vivre avec de soldats plus âgés que lui.

Quand il commence à raconter ses yeux se remplissent de larmes. Il parle et il pleure. Il parle et tremble comme une feuille au vent de la savane. Il n’est pas difficile pour se rappeler tout ce qu’il a passé. Le jeune cousteau qui est devant moi il a passé plus de 10 ans avec les soldats.

  1. Le premier impact 

«  C’était à l’âge de plus au moins de 12 ans, quand les soldats sont passés dans mon village et m’ont ravi à ma famille. On m’avait promis le ciel et j’avais laissé ma famille sans même pleurer un instant. Dans mon village il n’y avait rien. Les soldats avaient pas mal de choses : radio, montres, appareils de tout genre, nourriture, etc.… « Viens avec nous et tu sera très riche » m’avait répété  le plus jeune de ce drapel. Et j’y avait cru, car j’aurait pu avoir des vêtements, des chaussures, de quoi manger, etc.

Ce même soir j’étais tout seul dans un refuge de fortune dans la brousse, bien loin de la maison et de mon village. Nous avions marché toute la journée et je me sentais très fatigué et affamé. Je pensais à la famille, à mes amis, quand à l’improviste voila la voix du comandant qui m’appelait.

J’avais répondu promptement et en quelque petite seconde j’étais chez lui. C’était le commencement de  ma vie comme enfant soldat.

Le Comandant avait le grade de colonel, et il voulait qu’on l’appelle  toujours « Baba P. », et je comprendrais par la suite pourquoi avait choisi ce nom. C’était un homme de taille élancée,  avec un corps très puissant, une montagne de muscles, et toujours en pleine forme. On me dirait par après qu’il était un Tutsi du Rwanda et qui était un cadre de l’armée de Laurent Nkunda.  Il était marié avec trois enfants. Il avait laissé sa famille dans un village tout prés de frontière avec le Rwanda. Il aimait trop les belles  filles de 15/18 ans.  Et à chaque village il obligé ses enfants soldats aller à leur recherche pour s’amuser sexuellement à passer la nuit avec une ou deux d’entre elles. Il était malade de sexe et rien le pouvait l’arrêter. J’apprendrais que un jour il avait tué une fille qui n’avait pas voulu répondre à son appel, il avait jugé cela comme une honte pour lui.    « Manu, dés ce soir tu seras toujours avec moi comme chef et responsables de mes enfants. Mes enfants sont les enfants que comme toi j’ai ramassés dans les villages, là où je suis passé. Avec eux  tu prépares mon lit, ma table, la boisson sur la table et surtout tu iras avec deux autres de tes compagnons me chercher le filles avec les quelles  me réjouir dans ma nuit. » J’avais bien tremblé à ces paroles et le comandant s’était bien aperçu de tout cela et en prenant ma main et m’obligeant de me  dénuder,  il avait ajouté : « Mon enfant, tu es encore petit enfant, mais bientôt tu va changer et alors tu suivras mes exemples. Ta loi : le fusil, la boisson et le sexe. »  J’avais terminé de trembler, mais j’avais honte de me trouver nu devant tous. Je ne savais pas quoi faire et je pensais comment m’enfuir de cette situation quand je sens quelque chose tomber sur mes pieds : une uniforme de soldats et des bottes. Voila moi aussi je devenais un enfant soldat.

(à suivre)

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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