CONGO ACTUALITE’ N° 91

18 mars 2009

Congo Actualités

15 mars 2009

 

SOMMAIRE

ÉDITORIAL 

KIVU 

Les opérations conjointes RDCongo / Rwanda 

Les conséquences politiques 

Le CNDP et Laurent Nkunda 

LA SOCIETE CIVILE 

POUR UNE LECTURE DE LA REALITE

 

 

ÉDITORIAL

 

Une nouvelle situation semble prévaloir, au moins officiellement, dans la Région des Grands Lacs Africains: la fin de la guerre au Kivu (Est de la République Démocratique du Congo, RDCongo) et un début de normalisation dans les relations, jusqu’à présent très conflictuelles, entre la RDCongo et le Rwanda.   

Toutefois, il s’agit d’un changement excessivement rapide et on a l’impression qu’il s’agisse seulement d’un changement apparent: ce sera l’avenir à confirmer son authenticité.   

Selon la version officielle, au Kivu la guerre entre les Forces Armées de la République de Démocratique Congo (Fardc) et les troupes du mouvement rebelle de Laurent Nkunda, le Congrès National pour la Défense du Peuple (Cndp) est enfin terminée. Toujours selon les sources officielles, l’opération militaire conjointe RDCongo / Rwanda contre les rebelles rwandais des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (Fdlr) est terminée aussi. Il est donc arrivé le temps des évaluations.   

Si les Autorités politiques et militaires, nationales et internationales, essaient de divulguer une évaluation positive, beaucoup de points obscurs restent toutefois à éclaircir. 

- En ce qui concerne la fin des hostilités entre les Fardc et le Cndp de Nkunda, on fait remarquer que le Cndp a abandonné la lutte armée pour se transformer en parti politique, que les troupes du Cndp ont été intégrées dans l’armée congolaise et que les zones jusqu’à présent sous contrôle du Cndp sont passées sous le contrôle des forces gouvernementales. Cependant, le Cndp n’a pas encore été légalement reconnu comme parti politique par le Ministère congolais des Affaires Intérieures; les autorités administratives nommées par Nkunda n’ont pas encore été remplacées par les autorités légitimes de l’État et les troupes du Cndp n’ont pas encore été permutées vers d’autres provinces du territoire national, comme requis par la modalité du brassage des troupes. Au contraire, il semble qu’on est en train de faire tout ce qui est possible pour maintenir le statu quo. C’est ainsi que meme sans reconnaissance juridique de la part du Ministère de l’Intérieur, le Cndp est déjà parvenu à introduire deux de ses membres dans l’équipe du Gouvernement Provincial du Nord Kivu. Un pas ultérieur sera probablement franchi au niveau national, profitant d’un prochain remaniement du gouvernement. On parle déjà de Bosco Ntaganda comme vice ministre de la défense ou avec un rôle très important au sein de l’État-major général de l’armée nationale. 

Encore plus, avec l’opération récente d’intégration des troupes du Cndp dans les Fardc, il y a le risque de voir, au moins dans le Kivu, l’armée congolaise être formée essentiellement de militaires provenant exclusivement du Cndp, restés fidèles très longtemps a leur chef rebelle Laurent Nkunda. Le risque devient encore plus dangereux quand on sait que dans les anciennes troupes du Cndp il y avait aussi des militaires démobilisés étrangers provenant des pays limitrophes.   

Déjà le 2 février, sur le site du Cndp, un article intitulé « Quelle armée pour la République Démocratique du Congo » affirmait: « … l’armée du Cndp, qui s’est montré forte,… pourrait constituer le noyau de base pour… une vraie armée nationale et républicaine, garant de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’exercice légitime de l’autorité de l’État sur l’ensemble du Pays ». Ces renseignements révèlent que le Cndp et tous ceux qui l’ont soutenu ne sont probablement pas encore sortis de la logique du recours à la force, aux armes et à la guerre pour arriver au pouvoir, coûte qui coûte. Ce qui est pire, cette logique semble être aujourd’hui récompensée par la promotion aux degrés supérieurs et par l’impunité, au désavantage de la justice vis-à-vis des victimes.     

- En ce qui concerne la fin des opérations militaires conjointes RDCongo / Rwanda contre les Fdlr, tout est commencé et s’est déroulé à l’enseigne dd « secret militaire » le plus étroit, d’où les très peu d’informations diffusées et presque toujours provenant de sources officielles et pas indépendantes. Officiellement, on insiste sur la réussite de l’opération, même si pas au 100%. Toutefois, beaucoup de points obscurs persistent.   

Premier entre tous, celui de savoir combien de militaires rwandais étaient entrés en Rdcongo et combien d’entre eux sont effectivement repartis. Selon des sources internationales 5 ou 6.000 pourraient être  les militaires rwandais qui ont participé à l’opération, mais à la cérémonie organisée lors de leur retour le 25 janvier, les médias ont constaté la présence d’environ 1.500 militaires rwandais. Entre les chiffres donnés au début et ceux fournis à la fin de l’opération, on enregistre un décalage de 3.500-4.500 unités. Il est vrai que l’opération retour a été déclarée officiellement conclue le jour suivant, le 26 février, mais la population craint que beaucoup de militaires rwandais ne soient restés en sol congolais et qu’ils n’aient été introduits dans les troupes du Cndp et, donc, reversés dans l’armée nationale congolaise à travers le processus d’intégration des troupes.      

Officiellement, on affirme que les bases des rebelles rwandais en RDCongo ont été détruites et que les Fdlr ont été gravement affaiblies. Des sources officielles annoncent la mort d’environ 150 combattants des Fdlr et du rapatriement de 1003 membres des Fdlr (355 combattants et 648 membres de leurs familles), par le biais du programme DDRRR de la Monuc. De sa part, le Haut Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés (HCR) aurait rapatrié 2.500 civils environ, surtout des femmes et des enfants.   

Si l’on considère que le noyau fort des Fdlr est estimé à environ 6.000 unités et que le numéro des réfugiés civils rwandais en RDCongo pourrait atteindre les 50 ou 70.000 personnes, dans ce cas aussi les statistique contribuent à relativiser l’emphase réservée aux résultats obtenus. En réalité, les Fdlr se sont retirées un peu plus vers l’intérieur du Pays, vers la Province Orientale, le Maniema et le Sud Kivu. Une deuxième opération militaire contre les Fdlr est prévue pour le Sud Kivu, menée par l’armée congolaise, en collaboration avec la Mission de l’Onu au Congo (Monuc) et sans l’intervention de l’armée rwandaise. Mais la population se demande à quel résultat pourrait conduire une telle opération, si l’on considère que l’armée congolaise vient de sortir très affaiblie de la guerre contre le Cndp de Laurent Nkunda. La population suspecte déjà que dans les files de l’armée nationale congolaise il y aura ces 3.500-4.500 militaires rwandais qui manquaient à l’appel le jour de la cérémonie de leur retour en patrie, le 25 février.         

Ce sera une autre guerre injuste et inutile, qui causera d’autres morts, des représailles contre des civils innocents, de nouveaux déplacements de populations et la dégradation de la situation humanitaire.    

Presque sûrement, la solution militaire ne portera pas les résultats attendus, comme démontré par la conclusion de la première phase de l’opération menée du 20 janvier au 28 février au Nord Kivu. La seule alternative possible est la voie du dialogue, des négociations et de la concertation entre les deux principales parties intéressées: les Fdlr et le Gouvernement de Kigali.    

Dans leurs communiqués, les Fdlr ne cessent de demander ce dialogue, mais Kigali continue à le refuser, car, il affirme, il n’est pas possible de dialoguer avec des « génocidaires ». C’est peut-être celle-ci la vraie cause qui empêche le rapatriement volontaire des réfugiés hutu rwandais encore présents en Rdcongo: le fait que Kigali continue à les considérer tous globalement comme des « génocidaires ». Il faut reconnaître qu’il n’est pas tout à fait facile de rentrer au pays natal, quand on se voit déjà accusés en avance, quand on sait qu’on sera appelé à comparaître devant les gacaca, ces tribunaux populaires chargés de juger sur les crimes de génocide, quand on n’est pas sûr de voir ses propres droits respectés, quand on sait qu’on devra se taire et supporter.   

Le dialogue pourrait aider à faire la différence entre les différents membres des Fdlr: un mouvemet politico militaire d’opposition en exil, des réfugiés civils et, finalement, les recherchés par la justice pour des crimes commis. Le dialogue pourrait mener    

- à un accord en vue de la participation de l’aile politique des Fdlr à la vie politique du Pays,    

- à un rapatriement volontaire des réfugiés civils, avec la garantie de leur sécurité et dans le respect de leurs droits,    

- à une justice équitable et impartiale, conforme aux standards internationaux et qui pourrait inclure aussi la possibilité d’une amnistie pour les cas des délits les moins graves.   

Dès lors, la Communauté Internationale devra s’impliquer davantage pour faciliter un dialogue inter rwandais qui puisse ouvrir le chemin vers la démocratisation du Pays et la réconciliation nationale, en vue d’un retour volontaire des réfugiés rwandais encore en exil. Malgré les déclarations officielles, le chemin d’une paix vraie et durable reste encore longue et difficile.   

 

KIVU

 

Les opérations conjointes RDCongo / Rwanda

 

Le 25 février, les forces rwandaises ont commencé à quitter le sol congolais, au terme d’une grande parade militaire Forces Armées de la République  Démocratique du Congo (FARDC) – Forces de Défense Rwandaises (RDF), à Goma. Cette cérémonie, a laquelle ont participé presque 1500 soldats rwandais, a marqué la fin des opérations militaires conjointes et «le début du retrait des troupes rwandaises du Nord-Kivu », a déclaré le ministre de la Défense, Charles Mwando Nsimba. Un retrait qui pourra s’étendre sur 2 ou 3 jours. 

Le général Numbi, commandant des opérations conjointes FARDC- RDF, a donné le bilan: 153 FDLR tués, 13 blessés, 37 capturés, 1003 rendus et rapatriés au Rwanda par le biais de la DDRRR de la Monuc. Du côté troupes conjointes FARDC-RDF, on a enregistré 8 morts et 12 blessés. En revanche, aucune perte en vies humaines du côté des civils, sauf, les 32 exécutés par les FDLR qui, dans leur fuite, ont également brûlé 6 villages. Et John Numbi de poursuivre: «L’ennemie n’a pas été totalement détruit, mais sa capacité de nuisance a été réduite au maximum». Le général Numbi ajoute qu’après le départ des soldats rwandais, les FARDC vont poursuivre l’opération de ratissage, au Sud Kivu aussi. 

La population du Nord-Kivu, elle, se demande encore si le nombre des soldats rwandais qui sortent aujourd’hui par la Grande Barrière de Goma est bien celui de ceux qui sont entrés le 20 janvier dernier, par les localités de Kibati et de Kibumba, au nord de Goma, ainsi que les nombreuses rotations qui s’en sont suivies. Toutefois, la population du Nord-Kivu s’est montrée réservée sur l’effectivité de ce retrait des troupes rwandaises.[1] 

 

Le 26 février, le commandant de l’opération conjointe, le général John Numbi, a déclaré que « les dernières troupes rwandaises engagées dans les opérations conjointes viennent de quitter le sol congolais en fin d’après-midi ». Le général Numbi a refusé d’indiquer le nombre de militaires de Kigali ayant quitté la RDC. Les effectifs déployés par le Rwanda au Nord-Kivu depuis le lancement de l’opération le 20 janvier, jamais annoncés officiellement, ont été couramment estimés à plusieurs milliers.[2] 

 

Le 26 février, dans un communiqué, le Ralliement pour l’Unité et la Démoracie (RUD) affirme que, contrairement aux informations véhiculées par les intervenants, le bilan de ladite opération «UMOJA WETU» contre les Fdlr est bel et bien très maigre et voire même dérisoire. Le leadership de l’opération parle de quelques milliers de rapatriés et de quelques centaines de morts du côté du camp adverse et il assure que les pertes dans le camp des coalisés se limiteraient seulement à huit morts et douze blessés. Cependant, les informations dignes de foi font état d’un nombre très important de victimes dans les rangs des forces armées congolaises et rwandaises ainsi que plusieurs centaines de blessés. En effet, des informations émanant d’observateurs indépendants indiquent que les hôpitaux de Gisenyi et Kanombe (Kigali) regorgeraient d’un nombre important de blessés de l’armée rwandaise. En outre, bien qu’une partie du contingent rwandais soit rentrée par la grande porte de Gisenyi, plusieurs rapports concordants indiquent que des milliers d’éléments de l’armée rwandaise (RDF) restent déployés au Nord-Kivu. Le RUD rappelle que c’est suite à une tentative de rapatriement forcé qui devait être mis en oeuvre par les armées rwandaises et congolaises, que les réfugiés de Kasiki ont été obligés de quitter précipitamment le centre de regroupement. Leur sort reste jusqu’à ce jour inconnu. L’échec cinglant de l’opération «UMOJA WETU» démontre les limites de l’utilisation de la force comme moyen de résoudre un problème politique. Le problème des réfugiés rwandais est un problème politique qui requiert une solution politique. En effet, le RUD est convaincue que la seule voie qui reste pour une solution définitive et durable au problème des réfugiés rwandais passe par le Dialogue. Le RUD réitère la demande faite auprès du Secrétaire Général des Nations Unies de nommer dans les meilleurs délais un Envoyé Spécial chargé spécifiquement de trouver une solution durable au problème des réfugiés rwandais établis en RDC et dans la région. Elle lance un appel solennel au régime de Kigali d’entamer un Dialogue avec son opposition, afin de trouver de manière durable une solution définitive au problème politique rwandais qui est la source principale d’instabilité récurrente dans toute la région.[3] 

 

Le 1er mars, lors d’un point de presse animé conjointement avec Paul Kagame à Kigali, à l’issue d’un entretien avec le président rwandais, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki Moon, a affirmé que les opérations conjointes FARDC-RDF, du 20 janvier au 25 février derniers, ouvrent un nouveau chapitre dans les relations entre la RDC et le Rwanda. L’occasion pour le président Paul Kagame d’indiquer pour sa part que, si les 2 pays en convenaient, de nouvelles occasions de coopération conjointes sont envisageables dans l’avenir: pas nécessairement dans le cadre des opérations contre les FDLR, mais aussi dans d’autres domaines qui intéressent la vie des populations de deux pays. Interrogé sur une éventuelle extradition de Nkunda vers la RDC, le président Kagame a indiqué que les 2 ministres des Affaires étrangères du Rwanda et de la RDC, «travaillent sur le dossier », question de trouver un cadre juridique convenable. Mais le président rwandais souhaiterait voir l’intégration du CNDP au sein des FARDC se réaliser totalement.[4]

 

Le 2 mars, un rapport final des opérations conjointes entre les armées rwandaise et congolaise a été signé à Goma, 6 jours après la fin des opérations contre les combattants hutus rwandais des FDLR au Nord-Kivu. Ce rapport final sera remis aux chefs de l’Etat Paul Kagame et Joseph Kabila, ainsi qu’à l’Etat major des deux pays. Le général de Brigade Jérôme Ngenda Imana, représentant l’état major de l’armée rwandaise, a déclaré que son pays considère comme terminée sa mission à l’Est de la RDC. Il ajoute que le Rwanda n’a plus de raison de retourner au Congo. A l’issue de la signature du rapport final des opérations conjointes, les 4 officiers rwandais restés au Congo pour finaliser ce rapport ont quitté le sol congolais à partir de la frontière congolo-rwandaise entre Gisenyi et Goma.[5] 

 

Le 3 mars, dans un communiqué, les FDLR condamnent les déclarations bellicistes de Kagame et soutiennent toute solution pacifique au problème politique rwandais. «Les FDLR notent avec stupéfaction les déclarations faites le 1er Mars 2009 par M. Kagame lors de la visite du Secrétaire Général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon à Kigali, selon lesquelles son armée était prête à s’engager dans d’autres opérations en RDCongo pour combattre les FDLR et terminer le travail qu’il qualifie d’inachevé. Par ces déclarations bellicistes, Kagame confirme véritablement que le régime du Front Patriotique Rwandais (FPR-Inkotanyi) n’a aucune intention de résoudre pacifiquement le problème politique interne au Rwanda, mais plutôt qu’il veut continuer la guerre. Les FDLR restent convaincues que le problème rwandais est d’essence politique et ne pourra jamais être résolu par la guerre mais plutôt à travers un dialogue direct et franc entre le régime de Kigali et son opposition».[6] 

 

Le 3 mars, des sources au sein de la société civile de la province du Nord-Kivu signalent que les rebelles Hutus rwandais des FDLR ont commencé à reprendre des positions dont ils avaient été chassés lors de l’opération conjointe des armées congolaise et rwandaise.[7] 

 

Le 3 mars, quatre responsables politiques et militaires des Forces de libération du Rwanda (Fdlr) – Callixte Mbarushimana, Stanislas Nzeyimana, Pacifique Ntawunguka et Léopold Mujyambere – ont été inscrits sur la liste des personnes visées par des sanctions internationales décidées avec la résolution 1857, approuvée en 2008 par le Conseil de sécurité de l’Onu, car considérés comme une entrave à la paix en RDCongo. Les quatre membres des Fdlr seront notamment interdits de voyages à l’étranger et leurs comptes en banque et titres financiers seront bloqués.[8]

 

Les conséquences politiques

 

Le 24 février, deux membres du bureau de l’Assemblée nationale ont démissionné de leur poste. Il s’agit de Christophe Lutundula Opala, 1er vice-président et de Mme Brigitte Kalaba, questeur adjoint. Christophe Lutundula explique: «Depuis le dimanche dernier 22 février, le président de la République a demandé à tous les membres du bureau appartenant à la majorité de déposer leur démission. Comme mon parti est membre de l’AMP et moi-même aussi, il est clair que je devais suivre les instructions de l’autorité morale de notre famille politique. Raison pour laquelle, ce matin, j’ai déposé à l’office du président de l’Assemblée nationale ma lettre de démission pour des raisons politiques impérieuses et en accord avec ma famille politique». 

Selon certains indices, à la base de cette crise institutionnelle il y a la volonté d’évincer Vital Kamerhe, membre de l’AMP, de son poste de Président de l’Assemblée Nationale, pour son intervention du 21 janvier sur Radio Okapi, où il avait déclaré ne pas être informé de l’entrée des troupes rwandaises en RDC. En privé, de nombreux responsables de la majorité accusaient depuis des semaines M. Kamerhe d’être à l’origine d’une pétition de députés réclamant une session extraordinaire de l’Assemblée sur l’opération militaire RDC-Rwanda. Après Christophe Lutundula et Brigitte Kalaba, trois autres membres ont déposé à leur tour leur démission. Il s’agit de Marc Mvuama, 2e vice-président, Grégoire Katende wa Ndaya, rapporteur et de Modeste Bahati, questeur. Pour l’AMP, avec 5 vacances sur les 7 postes que compte le bureau, ce dernier n’est plus en mesure d’assurer la direction et la gestion de l’Assemblée nationale. Ainsi, l’Alliance de la majorité présidentielle estime qu’il faut doter cette institution d’un nouveau bureau, au regard de l’article 111 de la Constitution et de l’article 27 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale. Cette prise de position officielle de l’AMP a été rendue publique le vendredi 27 février, à Kinshasa au cours d’un point de presse. Pour Koyagialo Ngbase te Gerengbo, secrétaire exécutif de l’AMP, les 5 démissions déclarées au bureau ont un effet immédiat. Il faut donc que les deux délégués restants, Vital Kamerhe lui même, du PPRD et le rapporteur adjoint Eugide Ngokoso, de l’UDEMO, se prononcent à leur tour pour permettre à la majorité parlementaire de doter la chambre basse d’un nouveau bureau.[9] 

 

Le 10 mars, l’ensemble des problèmes qui se posent à la Province martyre du Nord-Kivu ont été exposés au Gouvernement par le Gouverneur de cette Province, invité au Conseil des Ministres qui s’est tenu à Goma même. Parmi les grands défis auxquels se trouve confronté le Nord-Kivu, le Gouverneur a épinglé la forte densité humaine ainsi que l’activisme des groupes armés étrangers et nationaux, le déficit de desserte en énergie électrique, la surtaxation des produits congolais qui motive la fuite des contribuables vers l’étranger, le manque de traçabilité des minerais dont les revenus échappent au Trésor public et financent les activités terroristes des groupes armés, les dysfonctionnement dans la mise en œuvre des processus de démobilisation des groupes armés, l’encadrement déficitaire des enfants de la rue, la faible cohésion des troupes récemment intégrées, la lenteur dans la prise en charge des territoires naguère sous contrôle des groupes armés par les autorités administratives et judiciaires légitimes, les évasions récurrentes de criminels condamnés, la sous administration des entités décentralisées de la Province, la prolifération des armes dans les villes et villages, les conflits du pouvoir coutumier ainsi que les conflits entre communautés locales et entreprises minières dus à la juxtaposition des permis d’exploration sur des carrières d’exploitation artisanale des minerais.[10] 

 

Le CNDP et Laurent Nkunda

 

Le 6 mars, la branche politique du Congrès national de défense du peuple (CNDP), ancien groupe rebelle congolais, refuse de signer l’accord de fin de guerre avec le gouvernement de Kinshasa. Selon le nouveau président de ce mouvement politico- militaire, Désiré Kamanzi, le gouvernement congolais refuse notamment d’accorder une amnistie générale aux membres du groupe. Par ailleurs, le retour des réfugiés congolais vivant au Rwanda, au Burundi et en Ouganda est, selon le CNDP, subordonné à la mise sur pied d’une police de proximité regroupant des éléments du CNDP et du gouvernement devant les protéger, essentiellement des autochtones, chose qui n’a, jusqu’ici, pas rencontré l’assentiment du gouvernement congolais. La branche politique du CNDP se plaint aussi du fait que ses anciens militaires ne soient pas nourris et met en garde le gouvernement congolais des risques que présente cette situation.[11] 

 

Le 9 mars, la direction politique du CNDP restée loyale à l’ancien leader du mouvement, Laurent Nkunda, tente d’empêcher son extradition vers la RDC. Elle vient de transmettre aux autorités du Rwanda – où le général déchu est détenu depuis janvier – la copie d’une lettre du ministre congolais de la Justice interdisant toute poursuite judiciaire contre les membres des groupes armés, y compris le CNDP, en attendant la promulgation de la loi d’amnistie à l’étude au Parlement. 

De son côté, l’avocat de Nkunda, Me Stéphane Bourgon, estime que le Rwanda n’a toujours expliqué sur quelles bases il détient son client. «La question est celle de la légalité de son arrestation et de sa détention», explique-t-il. Selon Me Bourgon, le général Nkunda avait été «invité à une réunion officielle par les autorités du Rwanda et c’est au cours de cette réunion-là qu’il a été mis en état d’arrestation». L’avocat de l’ancien leader du CNDP dit qu’il mettra tout en œuvre pour empêcher une éventuelle extradition de son client vers la RDC, un pays où, dit-il, Laurent Nkunda «ne saurait bénéficier d’un procès juste et équitable». 

Le porte-parole du gouvernement de la RDC, Lambert Mende, assure, pour sa part, que son pays a «des accords spécifiques avec le gouvernement du Rwanda» en ce qui concerne le CNDP. «Nkunda sera transféré au Congo parce que le Congo et le Rwanda ont convenu de coopérer dans le cadre de l’opération Umoja Wetu», a-t-il fait savoir. Pour ce qui est de la lettre du ministre congolais de la Justice relative aux membres du CNDP, Lambert Mende a précisé que celle-ci s’appliquait uniquement aux militants du CNDP qui ont renoncé à la guerre et qui se trouvent actuellement sur le sol congolais; ce qui n’est pas le cas de Nkunda, a déclaré le porte-parole du gouvernement congolais.[12] 

 

Pour éviter son extradition à la justice congolaise, Laurent Nkunda présente le motif de sa nationalité rwandaise. En fait, Nkunda se présente désormais comme un Rwandais. Il exhibe pour ce faire, sa vieille carte d’identité rwandaise qu’il avait acquise quand il avait intégré l’Armée patriotique rwandaise (Apr) en 1991, en qualité de sergent. L’ancien « chairman » du CNDP, brandit aussi sa carte de membre des Services de renseignements, lors de la libération de Kigali en juillet 1994. La question que l’on est en droit de se poser est celle de savoir comment un homme qui se présentait à Jomba comme étant un pur-sang congolais, peut, du jour au lendemain, devenir Rwandais.[13]    

 

LA SOCIETE CIVILE

 

Le 19 février, une cinquantaine d’ONG locales basées dans l’est de la RDCongo ont appelé le président congolais Joseph Kabila à livrer à la Cour pénale internationale (CPI) Bosco Ntaganda, ex-chef rebelle du Cndp et recherché par la CPI pour crimes de guerre. « Etant donné qu’il n’existe pas de sécurité et de paix durables sans justice, nous vous exhortons à respecter vos engagements internationaux et livrer le criminel de guerre Bosco Ntaganda à La Haye », écrivent ces organisations dans une lettre ouverte au président Kabila. «Ce serait aussi une insulte à l’égard des victimes si leurs bourreaux d’hier étaient reconnus maintenant leurs protecteurs aujourd’hui… Il faut que les générations à venir sachent non seulement que nous avons souffert, mais aussi que nous avons agi pour mettre fin à la souffrance en luttant pour une justice équitable», ajoutent les Ong signataires.[14] 

 

Le 23 février, la Fédération Internationale des Associations Rwandaises (FEIDAR) et la Société Civile Rwandaise (SOCIRWA) – Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) ont déposé auprès du Procureur Général de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, une plainte contre les personnalités responsables des massacres de réfugiés rwandais regroupés à Kasiki, Lubero. Il s’agit du Général Major John Numbi, inspecteur de police de la République Démocratique du Congo et commandant second des opérations militaires contre les réfugiés Rwandais et du Général Kaberebe James, chef d’Etat Major de l’Armée Rwandaise et commandant en chef des opérations chargées de pourchasser les réfugiés rwandais se trouvant sur le sol congolais. Dans la nuit du 7 au 8 Février 2009, le site de Kasiki avait été attaqué par des éléments des Forces armées congolaises (FARDC) et rwandaises (RDF). Les 158 réfugiés composés de femmes, d’enfants et d’hommes de tous âges désarmés et identifiés par la MONUC ont pris fuite et se sont dispersés dans la forêt. Ils ont été poursuivis et tués un à un par les troupes coalisées de la RDC et du Rwanda. Les deux associations accusent la coalition militaire rwando-congolaise d’avoir planifié, ordonné, et exécuté l’attaque de Kasiki et le massacre de centaines d’autres réfugiés rwandais du Nord Kivu. 

Les deux associations accusent aussi deux autres personnalités pour avoir attisé la haine envers les réfugiés rassemblés à Kasiki en véhiculant dans les médias un discours de haine, dans le seul but de justifier des opérations portant atteinte à la vie de ces réfugiés. Il s’agit de Monsieur Thambwe Mwamba, Ministre des Affaires Etrangères de la RDCongo, ayant qualifié, dans les médias, tous les réfugiés rwandais en RDC de cancer qu’il faut extirper par tous les moyens et de Monsieur Sayinzoga, fonctionnaire rwandais chargé de la commission de démobilisation, ayant, sur les ondes de la BBC-Kinyarwanda, traité d’extrémistes «Intagondwa», d’ennemis du pays, et d’empoisonneurs et de génétiquement criminels, les membres de la délégation ayant effectué la visite exploratoire au Rwanda. 

 

Le 25 février, une vingtaine d’ONG de la société civile, dont la VSV, le Renadhoc et la Ligue des électeurs, ont déposé au bureau du président de la République un mémorandum en rapport avec le contenu réel des récents accords signés entre la RDC et le Rwanda, la RDC et l’Ouganda. Les ONG déplorent que ces accords signés n’aient pas été soumis en délibération au Conseil des ministres et que l’Assemblée Nationale et le Sénat n’aient pas été préalablement informés. Selon les ONG, l’opinion ne cesse de s’interroger sur la nature, l’opportunité et le contenu réel de ces accords signés avec deux (2) pays récemment agresseurs reconnus en tant que tels par la communauté internationale, dont les troupes se sont illustrées plus de cinq (5) ans durant par des crimes imprescriptibles perpétrés en RDCongo. Le doute persiste quant au retrait total des troupes ougandaises et rwandaises dont les effectifs ne sont pas toujours connus jusqu’à ce jour. Les ONG demandent au Président de la République de publier les termes des accords signés avec l’Ouganda et le Rwanda, des accords qui ont débouché sur les opérations militaires menées au Kivu et dans la Province orientale. La synergie des ONG demande aussi aux autorités de diligenter une enquête indépendante sur les massacres et les crimes commis durant toutes ces opérations militaires. L’objectif de cette enquête serait, selon ces initiateurs, de sanctionner les coupables et d’indemniser les familles et les populations victimes.[15] 

 

POUR UNE LECTURE DE LA REALITE

 

Un sous-sol gorgé de richesses, des frontières avec neuf voisins et près de 65 millions d’habitants: la RDCongo n’est pas le genre d’allié que l’on perd sans conséquences et Washington le sait. L’objectif des États-Unis, sous la présidence de Bush comme sous celle d’Obama, reste le même: préserver leur influence et, si possible, leur tutelle, sur un partenaire indispensable. 

Depuis son accession au pouvoir en 1986, et encore plus depuis les attentats terroristes contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam en 1998, le président ougandais Yoweri Museveni est le chouchou de la Maison Blanche dans la région. L’aide américaine a longtemps coulé à flots, représentant jusqu’à 60 % du budget d’un État considéré comme un rempart contre le Soudan d’Omar el-Béchir. 

Le président George W. Bush, sans doute en accord avec son successeur Barack Obama, a donc prêté main-forte à l’UPDF au cours de l’opération conjointe UDPF / FARDC contre les rebelles de la LRA en RDCongo. Selon les révélations du New York Times, une équipe de dix-sept conseillers d’Africom, le nouveau commandement militaire américain pour l’Afrique opérationnel depuis le 1er octobre 2008, apporte son aide au chef de l’opération, le lieutenant-colonel Muhoozi Kainerugaba, qui n’est autre que le fils de Museveni. Outre des stratèges, le Pentagone fournit des informations, des images satellites et du carburant pour une valeur de 1 million de dollars. «Il y a depuis longtemps des liens étroits entre l’Ouganda et les États-Unis, explique Matthew Green. Cette coopération ne me surprend pas». 

La pax americana dans la région des Grands Lacs ne vise pas seulement le «sorcier du Nil», mais aussi, à quelques centaines de kilomètres au sud, au Nord Kivu, un autre dangereux trublion, Laurent Nkunda, «chairman» du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP). À la fin du mois d’octobre, la situation s’aggrave au Nord Kivu et le régime rwandais est suspecté d’apporter un soutien militaire et financier au CNDP. Les États-Unis savent qu’ils disposent d’un moyen de pression redoutable: suspendre leur aide. Le Rwanda en est cruellement dépendant: en 2006, il a reçu 103 millions de dollars de Washington au titre de l’assistance économique et militaire. L’appui américain est également important pour Kinshasa (170,8 millions de dollars en 2006). Dans les chancelleries, on sait bien que si Washington menace de fermer le robinet les frères ennemis accepteront de coopérer, le Rwanda mettant Nkunda hors d’état de nuire et la RDCongo s’attaquant résolument au problème des FDLR. «La solution du Nord-Kivu, elle est à Washington », confiait un diplomate français, en novembre dernier. Les horreurs s’accumulant au Nord-Kivu – notamment à Kiwanja, où plusieurs centaines de civils ont été massacrés –, l’aide américaine à Kigali et Kinshasa devient coupable. La préparation d’un rapport de l’ONU, finalement publié le 12 décembre, démontrant que le Rwanda apporte son soutien au CNDP sera finalement la goutte d’eau. Par anticipation, à Nairobi, le 8 décembre, Jendayi Frazer, vice-secrétaire du département d’État aux Affaires africaines, convainc Paul Kagamé et Joseph Kabila de faire chacun un pas: le premier fait arrêter Laurent Nkunda, et le second accepte de mener une opération conjointe avec l’armée rwandaise pour neutraliser les FDLR. Sinon, plus de soutien des États-Unis. Ni du Royaume-Uni, qui épouse la position de Washington et dont l’avis pèse aussi: en 2006, la coopération britannique avec Kinshasa et Kigali s’est élevée à, respectivement, 84 millions et 65 millions de dollars. Les deux chefs d’État finissent donc par accepter.[16] 

 

Plusieurs observateurs remarquent plusieurs zone d’ombre à propos de l’opération militaire conjointe Fardc/Rdf. Plusieurs éléments du CNDP ont été intégrés dans les rangs des Forces armées de la RD Congo, malgré la présence de démobilisés de la RDF dans les forces combattantes du CNDP. Des éléments appartenant à ce mouvement ont été affectés dans les directions provinciales des organismes névralgiques. C’est le cas notamment de l’ANR (Renseignement) , l’Ofida (Douanes) et la DGM (Immigration) . Ici aussi, les nouveaux agents publics n’ont été soumis à aucun contrôle préalable. Il y a d’autres questions: Pourquoi l’accord signé entre Kinshasa et Kigali est-il resté toujours «secret»? Pourquoi entourer de tant de discrétions une convention censée servir l’intérêt général par la restauration de la paix et de la sécurité dans les provinces du Kivu? Pourquoi, c’est le chef de la police congolaise qui a géré ce dossier, en lieu et place du chef d’état-major général des FARDC? 

Les contradictions contenues dans les déclarations successives faites tant à Kinshasa qu’à Kigali dissimulent mal une grande manipulation. Les dirigeants rwandais ont sans doute raison de dire que leurs objectifs ont été atteints. La preuve est ainsi faite que la traque des FDLR n’était qu’un fallacieux prétexte. Le but non-avoué semble être l’infiltration des agents de Kigali, affublés du masque du CNDP, dans les institutions provinciales kivutiennes. Civiles et militaires. Cet objectif 

est effectivement atteint. Quelle sera la prochaine phase? Les institutions nationales?[17] 

 

Les Congolais craignent, dans leur majorité, de voir l’opération conjointe FARDC / RDF inachevée servir de prétexte à une nouvelle exigence du Rwanda dans l’avenir, ou à la naissance d’une énième rébellion chargée de poursuivre des prétendus génocidaires et de mettre fin à des actes d’épuration ethnique. Pour appuyer cette crainte, les observateurs soulignent le fait qu’il était dès le départ naïf de croire qu’une opération limitée dans le temps, comme celle qui vient d’avoir lieu sur le territoire du Nord-Kivu, puisse prétendre éradiquer les Fdlr, là où les armées de l’Afdl, du RCD et du CNDP encadrées par Kigali n’ont pu obtenir le moindre résultat concret depuis une quinzaine d’années.[18] 

 

Elvis Mwinyi Hamza Badjoko, homme politique congolais, aborde avec Le Potentiel la présence des troupes rwandaises en RDC et de leur départ. Selon lui, après l’opération conjointe Fardc /Rdf contre les Fdlr au Nord Kivu, beaucoup de zones d’ombre demeurent. 

- On se pose la question de savoir combien de soldats rwandais sont venus sur notre territoire et combien sont repartis. Combien d’éléments des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) sont rentrés au Rwanda ? Combien sont morts ? Combien restent-ils sur notre territoire ? Et, par ailleurs, combien de populations congolaises sont mortes ? Personne n’est capable de nous donner les chiffres exacts. C’est bien connu que les troupes rwandaises sont venues chasser les FDLR, mais selon certaines informations, les Hutu rwandais ont plutôt choisi de progresser vers l’intérieur du Congo, la Province Orientale, le Maniema, le Sud Kivu. Ce qui signifie que cette mission a été totalement un fiasco. 

- Le CNDP demande aujourd’hui d’accéder aux postes au gouvernement. Pour preuve, ils sont en négociation à Goma avec le gouvernement congolais. Actuellement, pour accéder aux fonctions gouvernementales, il faut avoir participé aux élections, à moins que l’on ne se présente comme indépendant ou l’on ait été coopté par un partis ou regroupements politiques. On ne comprend pas très bien ce genre de négociations. Une fois de plus, cela démontre comment on est en train de travailler pour la fragilisation du processus démocratique en cours en RDCongo. 

- En ce qui concerne l’intégration des troupes du Cndp dans les Fardc, on risque d’introduire dans l’armée congolaise des éléments ayant une double nationalité, congolaise et rwandaise. Un des articles de la Constitution stipule clairement que la nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut pas être détenue concurremment avec une autre nationalité. Aujourd’hui, il est très clair que tout Congolais qui n’accepte pas les exigences de la Constitution remet en cause les valeurs des pères de l’indépendance, à savoir celles de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté nationale. Et c’est pour cette raison que, tant que les identités des membres du CNDP ne seront clarifiées, ils ne peuvent faire partie de l’armée. 

- À propos des démissions des membres du bureaux de l’Assemblée Nationale, il convient de relever que les partis politiques sont des associations privées qui ont pour objectif la prise du pouvoir politique. Une fois le pouvoir pris, les institutions sont régies par la Constitution et le règlement intérieur de ces institutions. Kamerhe est un élu. Il a été désigné président du bureau de l’assemblée nationale après élection par ses pairs. Cela signifie qu’il y a toute une procédure pour pouvoir démissionner. C’est la même pour tous. S’ils veulent démissionner, ils n’ont qu’à le faire devant la plénière qui les a élus. Seule la plénière qui, après les avoir écoutés, va prendre acte, comme elle peut rejeter. C’est la plénière qui est souveraine. C’est la plénière qui est l’instance suprême de l’assemblée nationale.[19] 

 

 

 

Ces dernières semaines, des centaines d’enfants soldats sont rentrés dans leur famille, revenant quelquefois dans les villages mêmes où ils ont tué et pillé pendant la guerre qui a ravagé l’est du pays. Certains cognent leur tête contre les murs jusqu’à ce que des médecins leur injectent des tranquillisants. D’autres restent muets pendant des jours, jetant des regards de tous côtés comme des animaux apeurés. Ces enfants avaient été enlevés par les soldats rebelles ou par des milices pro-gouvernementales et utilisés comme combattants, ouvriers, porteurs et esclaves sexuels. Certains ont même participé à des massacres de civils. Même départis de leurs uniformes, de leurs armes à feu et de leurs machettes, de nombreux jeunes conservent en eux une agressivité décuplée par la consommation de drogue et par les combats. Ces jeunes, lorsqu’ils combattaient, ont été programmés pour mentir sur leur âge, leur nom, leur village d’origine et la manière dont ils ont été recrutés. Ils ont été utilisés comme de la chair à canon. Certains étaient âgés de seulement 10 ans. Depuis 2004, plus de 30.000 mineurs ont été démobilisés et réintégrés dans la société civile avec l’aide de l’UNICEF, qui estime qu’environ 3.500 jeunes font toujours partie de groupes armés en RDC. Au refuge pour enfants soldats de Goma, ceux qui le souhaitent vont à l’école. Les autres sont formés à la maçonnerie, à la menuiserie et à l’artisanat. Ils suivent des thérapies de groupe et ont des rendez-vous avec un psychologue.[20] 

 



[1] Cf Radio Okapi, 25 et 26.02.’09 

[2] Cf AFP – Goma, 26.02.’09 

[3] Cf RUD-URUNANA – COMMUNIQUE DE PRESSE PP/NO. 04/FEB/09 

[4] Cf Radio Okapi, 02.03.’09 

[5] Cf Radio Okapi, 03.03.’09 

[6] Cf COMMUNIQUE DE PRESSE N°01/SE/CD/MARS/2009 DES FDLR. 

[7] Cf VOA News 03/03/2009 

[8] Cf Misna, 04.03.’09 

[9] Cf Radio Okapi, 24 et 25 et 28.02.’09 

[10] Cf Compte-rendu du conseil des ministres du mardi 10 mars 2009 – Le Potentiel – Kinshasa, 11.03.’09 

[11] Cf VOA, 06.03.’09 

[12] Cf VOA, 09.03.’09 

[13] Cf Le Palmarès – Digitalcongo.net 23/02/2009 

[14] Cf AFP – Kinshasa, 19.02.’09 

[15] Cf Radio Okapi, 26.02.’09 

[16] Cf Jeune Afrique, 23.02.09 

[17] Cf B. Amba Wetshi – Congoindépendat – congoforum, 24.02.09 

[18] Cf Le Phare – Kinshasa, 27.02.’09 

[19] Cf Freddy mulumba kabuayi – Le Potentiel – Kinshasa, 07.03.’09 

[20] Cf La Presse – Kiwanja, 07.03.’09 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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