Les femmes de Jérusalem
Jeudi 02 avril 2009
Luc 23, 27-31
Une grande masse du peuple le suivait, ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais, se retournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi ! pleurez plutôt sur vous-mêmes et sur vos enfants ! Car voici venir des jours où l’on dira : Heureuses les femmes stériles, les entrailles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri ! Alors on se mettra à dire aux montagnes : Tombez sur nous ! et aux collines : Couvrez-nous ! Car si l’on traite ainsi le bois vert, qu’adviendra-t-il du sec ? »
Des lamentations sur notre mal
L’évangéliste Luc est le seul à signaler, dans la foule qui suit le cortège macabre, la présence de femmes. Jésus se tourne vers elles: « filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, pleurez plutôt sur vous et vos enfants… car voici venir des jours où l’on dira ‘heureuses les femmes stériles, et celles qui n’ont pas enfanté, et les seins qui n’ont pas nourri’ Alors on commencera à dire aux montagnes : « tombez sur nous, et aux collines, couvrez-nous ». Car, si l’on fait cela du bois vert, qu’adviendra-t-il du sec? »
Pour les exégètes, ces paroles prennent sens, si l’on pense à Luc qui écrit un peu après la destruction de Jérusalem par les romains en 70, après quatre années de siège effroyable. C’est beaucoup dire que Jésus ait prononcé ces paroles telles quelles. Luc, dans sa méditation a voulu rapprocher des évènements: la crucifixion du Christ et la chute de Jérusalem. Ce n’est pas pour lui un signe de punition, mais seulement souci de signifier qu’ils sont nombreux les hommes de tous les temps à subir des conditions d’existence, de souffrance et de mort indignes, imposées par d’autres humains.
Ce n’est pas sur les souffrances du Christ que nous sommes invités à pleurer, mais sur nos péchés, nos ignorances et nos inattentions. C’est sur le mal qui nous touche et que nous pouvons provoquer avec nos comportements très ambigus. C’est aussi le mal que nous pensons et que nous désirons. Pleurer sur nos maux personnels c’est reconnaître le péché qui est en nous et c’est aussi être conscient que le mal qui est dans cette humanité malade et en crise, en bonne partie c’est à chacun de nous. Ne pleurons pas sur les maux des autres, pleurons avant tout sur nos maux personnels.
Le Seigneur nous visite jour après jour, et nous le laissons passer sans le voir. Puissions-nous le reconnaître dans cet immigré que la société rejette, dans ce chômeur qui ne trouve pas de travail, dans cette vieille femme écrasée par la solitude, dans ce foyer qui se brise, dans cet homme étendu sur la chaussée, dans cet enfant kwashiorkor, dans ce jeune malade de Sida, dans cette fille mère, dans cette femme violée… Combien de gens, autour de nous qui sont marqués par les maux de notre monde. Parfois c’est la haine, la violence, le tribalisme, le collinisme. Parfois c’est la méfiance, un certain complexe de supériorité donné par le pouvoir, l’orgueil. Le mal est toujours un mal à refuser, à combattre, et à vaincre. Pas dialoguer, ni descendre à compromis avec toute sorte de mal. Là où il y a le mal, là aussi il y a le diable.
Jésus compassionne ces femmes qui pleurent. Il semble voir, au-delà du lieu et de l’histoire, les immenses souffrances que la femme de tous les temps et de toutes régions rencontrera. Les souffrances des violences, des viols, des meurtres, des pillages. Les femmes de mon Congo connaissent très bien ce calvaire de terribles souffrances dont ont été victimes au cours de ces dernières années de guerres.
Seigneur; aide-nous à entendre ton message, sans quoi nos pleurs, nos lamentations sur le malheur du monde ne serviront à rien. Que nos larmes lavent d’abord notre cœur et nous connaîtrons la joie de pardonner et d’être pardonnés. Nous serons libres de cette liberté-là, et personne ne nous la ravira.
© kakaluigi 2009











1 avril 2009
Evangile