Posté par tresorkh le 29 avr 2009 à 09:59 | Dans : Edito de TKH
Bref aperçu historique
La République Démocratique du Congo avait connu une entrée mouvementée dans le concert des Etats indépendants. En effet, le 30 juin 1960, le pays accède à la souveraineté tant nationale qu’internationale ; quelques jours plus tard, les mutineries et les rébellions se déclarent un peu partout, suivies des sécessions du Katanga et du Kasaï.
Au début de l’année 1961, le premier chef du gouvernement congolais Patrice Emery Lumumba est assassiné dans des conditions qui restent encore mystérieuses à ce jour. Le 24 novembre 1965 , Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir à l’issue d’un coup d’Etat qu’il qualifie d’une « simple révolution pacifique », car quelques années plus tôt, il avait réussi à « neutraliser » le Président de la République Joseph Kasa Vubu et son Premier ministre Patrice Emery Lumumba qui s’étaient eux-mêmes révoqués réciproquement. (
Ecoutez Mobutu à propos de son coup d’Etat du 24 novembre 1965)
Après avoir refait l’unité du pays, Joseph Désiré Mobutu installe un pouvoir de fer. Il interdit toutes les activités des partis politiques et des syndicats. Le Mouvement Populaire de la Révolution, MPR, son parti devient le Parti Etat. Tout Congolais, alors Zaïrois, est d’office membre du MPR. Le Guide, c’est lui, Joseph Désiré Mobutu. Tout doit se passer et se faire au pays conformément à ses pensées incarnées dans ce qu’on appelait le « mobutisme ». Cette situation d’absence de démocratie et de pensée unique a duré près de 25 ans. Il a fallu attendre les années 1990 pour voir le vent de la démocratie souffler très fort jusqu’à atteindre les murs de la dictature de Mobutu. En fait, même la population congolaise, alors zaïroise, n’en pouvait plus. Des manifestations populations, des journées villes mortes étaient organisées sur toute l’étendue du pays pour désapprouver les méthodes de gestion de Mobutu. Et toujours, l’armée et la police, au service du pouvoir, n’hésitaient aucun instant à les réprimer dans le sang.
Les pressions en interne comme en externe ont été telles que le Président Mobutu a du céder. En effet, lors de son adresse à la Nation le 24 avril 1990, Joseph Désiré Mobutu a annoncé la fin de la pensée unique et du Parti Etat en ces termes : « Aux grandes mutations qui tourmentent le monde, en ce 20ème siècle finissant, j’ai estimé, seul devant ma conscience, (…) de tenter de nouveau l’expérience du pluralisme politique dans notre pays avec, à la base, le principe pour chaque citoyen d’adhérer à la formation politique de son choix. »
24 avril 1990 – 24 avril 2009 : Quel est l’état de la démocratie congolaise ?
19 ans jour pour jour après le retour au pluralisme politique, un des facteurs de la démocratie, la RDCongo détient encore un bilan mitigé de la démocratie :
- à plus de deux reprises, le peuple congolais a assisté à des accessions au pouvoir par des modes anticonstitutionnels. En effet, Laurent Désiré Kabila a mis fin à la dictature de Mobutu et a pris le pouvoir en 1997 à l’issue de la rébellion ; en 2001, Joseph Kabila lui succède sur décision du conseil extraordinaire des ministres après qu’il ait été assassiné dans son Palais ; en 2003, Jean-Pierre Bemba, Azarias Ruberwa, Arthur Z’aidi Ngoma et Abdullay Yerobia Ndomasi se voient propulsés vice-présidents de la République au côté du Président Joseph Kabila aux termes des résolutions des assises de Dialogue intercongolais ;
- de 1997 vers 2001, les activités des partis politiques autres que celles du Parti de Laurent Désiré Kabila, alors Président de la République, étaient suspendues ;
- en 2001, le pluralisme politique refait timidement surface ;
- en 2006, les élections pluralistes sont organisées au niveau présidentiel, législatif et provincial.
Aujourd’hui, le pluralisme politique congolais est père de près de 600 partis politiques dont la plupart ne sont que des partis clients, sans une réelle capacité de représentativité dans l’échiquier national. Au sein de la chambre basse du Parlement congolais, l’heure est à la recherche de la cohésion et au renforcement de la discipline des partis dans la coalition parlementaire qui soutient le Chef de l’Etat, à l’occurrence l’Alliance de la Majorité Présidentielle, AMP, et ce, après que Vital Kamerhe, alors Président de l’Assemblée nationale, ait émis des réserves face à l’entrée des troupes rwandaises pour mener des opérations conjointes avec l’armée congolaise au Kivu contre les réelles hutus rwandais. Ces réserves ont été qualifiées par son regroupement politique de manque de loyauté à l’égard de l’Autorité morale de l’AMP, Joseph Kabila. Vital Kamerhé a donc été obligé de démissionner pour avoir penser tout haut et en parallèle de la position prise par le Chef de l’Etat.
Le constat apparaît amère : 19 ans après le retour au pluralisme politique et la fin de la pensée unique, la liberté d’expression et d’opinion au sein des partis politiques se confond avec l’absence de loyauté. Sans vouloir nier le fait que la discipline est indispensable pour la cohésion des formations politiques, un certain nombre des Congolais pensent cependant qu’il est temps que les politiciens retroussent leurs manches pour s’engager véritablement vers le chemin de la démocratie, de la tolérance et du respect des opinions des uns et des autres, car c’est du choc des idées que jaillit la lumière comme dit un vieux dicton.
Pour plus d’un observateur de la politique congolaise, après 19 ans du pluralisme politique, la démocratie congolaise est encore embryonnaire telle un fœtus dans le ventre de sa mère, sous les pressions d’avortement. A quand sa naissance effective ? (Trésor Kibangula:










29 avril 2009
Au fil des jours