A coeur ouvert avec Mopo Kobanda

10 mai 2009

Interview

 

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Auteur du livre  »Crimes économiques dans les grands Lacs Africains » sur la Commission de révision des contrats miniers en RDC 
 

Jean-Paul MOPO KOBANDA est chercheur attaché au Laboratoire d’Anthropologie Juridique de Paris (Sorbonne) où il finalise un doctorat de Droit.

Titulaire d’une licence en Droit économique et social et d’un DEA en études internationales et africaines (option Droit) de la Sorbonne, il est spécialiste de la région des Grands Lacs et de Droit des étrangers et Droit d’asile.

Il est l’auteur de plusieurs livres, travaux et articles sur les Grands Lacs et les diasporas africaines en France. Militant associatif, d’abord en Afrique dans les ONG de défense des droits humains puis en France à la Cimade, il est actuellement Président de l’Association Loi 1901 « Mémoire Des Victimes » dont l’objectif est de lutter contre l’impunité et combattre l’oubli de mémoire des victimes des crimes contre l’humanité, des crimes sexuels, des crimes de guerre et des crimes économiques.

Congo-Horizons : Jean-Paul Mopo Kobanda , Bonjour.

JPMK : Bonjour.

Vous aviez déclaré dans une interview accordée à Christophe BOIBOUVIER de RFI à l’occasion de la parution de votre livre intitulé « Les Crimes économiques dans les Grands Lacs Africains » que le dossier des contrats miniers serait le premier sujet de discorde entre Kabila et Gizenga. Votre pronostic ne s’est pas réalisé ?

J’avais fait ce pronostic parce que les contrats miniers dits léonins ont été signés par Kabila comme gage de soutien des lobby politico-financiers à sa victoire aux élections présidentielles qui se profilaient. Objectif qui a été atteint. Or, je savais que les clauses exorbitantes contenues dans ces contrats en faveur des entreprises multinationales qui témoignent de leur caractère léonin ne pouvaient que choquer n’importe quel esprit sain et tout congolais digne de ce nom ; dont Gizenga. En plus, ces contrats léonins privaient le futur premier ministre des moyens financiers nécessaires pour mettre en œuvre les « fameux 5 chantiers » du candidat Kabila.

Autant des contradictions qui à mon avis constituaient les germes de conflit entre Kabila et Gizenga.

Mais le conflit n’a pas eu lieu parce que de commun accord, Gizenga et Kabila ont mis sur pied une Commission chargée de révision des contrats miniers..

Ca c’est votre avis car vous ne voyez que la face émergée de l’iceberg. Il est clair que quand le Ministre PALU des Mines a pris connaissance des contrats léonins et constaté que l’ampleur de bradage dépassait tout entendement, il a compris qu’il n’y avait d’autre alternative que l’annulation de ces contrats pour redonner la souveraineté à la RDC sur ses ressources naturelles. Encouragé par Gizenga, il s’est engagé sur la voie de la remise en question des contrats. Des sources gouvernementales congolaises fiables m’ont confirmé que Kabila a d’abord essayé de bloquer l’initiative. Mais conscient du soutien populaire à cette initiative, il a voulu en faire un atout politique pour communiquer sur sa soi-disant volonté de transparence. C’est ainsi que la formule de « révision » et non « annulation » des contrats a été retenue pour éviter à Kabila, le signataire des contrats de perde la face. Ce dernier a veillé néanmoins à faire entrer les loups soient dans la bergerie en influant sur le choix des experts et des cabinets de consultation.

Il ne sortira rien de nouveau de cette Commission que je n’aie déjà mentionné dans mon livre ou dans mes multiples interventions dans les médias ou dans des conférences sur le sort des contrats léonins.

Vous pensez que le Président Kabila ne joue pas vraiment le jeu en instituant cette Commission. Quelles sont les informations en votre possession pour oser une telle affirmation grave ?

Kabila joue bien le jeu, mais le sien. Pas celui de Gizenga et de son Ministre des Mines qui voudraient bien aller loin avec cette Commission pour obtenir la révision profonde des contrats miniers et ramener dans la caisse de l’Etat congolais des milliards de dollars à travers une répartition équitable des recettes à tirer de l’exploitations des ressources naturelles congolaises.

Quand il est devenu inévitable que les contrats miniers allaient être révisés, Kabila et ses proches ont mis en place un stratagème sournois pour guider la conclusion de la Commission de révision des contrats miniers. Le but est de bluffer l’opinion publique en laissant la Commission proposer certaines révisions et résiliations des contrats concernant des concessions acquises par des multinationales qui ne sont plus en bon parfum avec le clan Kabila comme par exemple Mwana Africa qui détient des parts importantes dans Miba. La Commission soulignera aussi « le rôle important des multinationales et des investisseurs étrangers » pour justifier pourquoi elle ne propose pas l’annulation des contrats léonins, ce qui aurait été le principe de départ.

Le Vice-ministre KASONGO qui est proche de Madame SIFIA, originaire de Maniema comme elle est à l’origine de l’introduction du Cabinet ROTHSCHILD dans cette Commission. Mr. KASONGO est manipulé par Augustin KATUMBA MWANKE, l’éminence grise de KABILA qui a eu à négocier en sous mains l’essentiel des contrats léonins. Il a pour mission de veiller aux intérêts de ses maîtres. Les liens entre le Cabinet ROTHSCHILD et les multinationales impliquées dans le bradage et les contrats léonins ont été démontrés par une coalition des ONG congolaises et internationales comme vous l’avez certainement appris. Mais, sachez aussi que le Cabinet ROTHSCHILD est par ailleurs lié à Raw Bank, elle même liée à Monsieur Dan Gertler. Cet homme d’Affaires israélien avait obtenu du gouvernement de Laurent-desiré Kabila en 2000 le monopole d’exportation des diamants congolais à travers son entreprise IDI Diamonds avant que ce contrat soit résilié un an plus tard à cause des polémiques liées à la sous-évaluation des pierres précieuses. Il a retrouvé grâce auprès de Joseph Kabila à travers de nombreux offres de service et son intermédiation entre le président congolais et le gouvernement israélien.

Les manœuvres actuelles autour de certaines entreprises bénéficiaires des contrats léonins comme Camec, Katanga Mining sont destinées à préparer le redéploiement des alliés de Kabila sur terrain de l’exploitation de nos ressources naturelles de façon encore plus durables qu’avant. D’ores et déjà, Kabila aurait demandé à Forrest de vendre ses actions dans Katanga Mining a Dan Gertler. En cas de remise en cause des contrats de Katanga Mining par la Commission, il y aura déjà un « bienfaiteur » prêt à offrir ses « loyaux services ». Voici un scénario de ce que Kabila et ses amis manigancent en douceur pour que « avant la Commission de révision des contrats léonins soit égal à l’après ». Il n’y a aucune volonté d’aller au-delà de la communication pour redorer l’image de Kabila d’une part et des entreprises minières d’autre part en présentant ces dernières comme absolument nécessaires au développement de la RDC. Ce qui n’est pas totalement faux, mais pour le moment, elles ont été plus nuisibles qu’autre chose.La seule bonne intention de Gizenga et de son gentil ministre des mines ne suffit pas pour changer cette logique. L’avantage des rapports des forces revient pour le moment à Kabila qui contrôle toutes les forces de sécurité, les services de renseignement, les deux parlements malgré la présence de Kengo à la tête du sénat.

Mais à quoi auront servies les élections si rien n’a changé depuis et qu’il n’y a aucun espoir de changement dans le futur ?

Je n’ai jamais dit qu’il n’y a aucun espoir de changement. Déjà, le fait que kabila qui a signé des contrats léonins accepte qu’une Commission ; qu’il a certes verrouillé ; révise ces derniers est un début de changement. Cette Commission existe uniquement à cause du soutien de l’opinion et des bailleurs des fonds et du travail d’information et de sensibilisation que nous faisons au niveau international pour porter à la connaissance du monde les drames des crimes économiques qui se commettent en RDC. Quant aux élections, elles ont permis de donner une légitimité factice à Kabila et l’ont obligé à élargir son alliance dans la conquête et l’exercice du pouvoir car le peuple congolais a clairement montré au cours de ces élections sa volonté de changement. D’ailleurs s’il n’y avait jamais eu ces élections, Gizenga ne serait jamais devenu premier ministre et la Commission de révision des contrats n’aurait pas été créée. Mais ces élections n’ont pas résolus la crise de légitimité du pouvoir et de son exercice, de la démocratie et de la bonne gouvernance car Kabila et ses proches continuent de violer les droits fondamentaux des citoyens et d’insécuriser les journalistes, les opposants, les sympathisants des partis d’opposition. Et tout ça avec des puissants soutiens économico-financiers dans le monde.

Les pays qui soutiennent Kabila sont-ils mêlés aux contrats léonins ?

Bien sûr que la majorité des Etats qui soutiennent Kabila ont des intérêts directs en RDC. Prenez le cas de l’Afrique du sud dont plusieurs compagnies minières et banques sont bien implantées en RDC. La position des autorités sud-africaines tient largement compte de cette donne dans leurs multiples offres de service à la RDC. Idem pour les pays comme les Etats-Unis, la Belgique, la Grande Bretagne, le Canada, l’Australie, la Zambie, l’Angola et j’en passe dont les intérêts politiques en RDC sont intimement liés aux intérêts politico-financiers. Nous sommes dans un système où affaires et politiques sont liés. Prenez le cas de Dan Gertler que j’ai évoqué plus haut. Il facilite la formation de certains Agents de renseignement de Kabila en Israël et actionne en faveur de ce dernier les puissants lobby israéliens. En échange, il a obtenu des contrats miniers exagérément mirobolants et avantageux. Le développement économique et social et la réalisation des 5 fameux chantiers de Kabila ne constituent pas un objectif pour le régime actuel. D’ailleurs, l’adoption du budget du premier gouvernement Gizenga relègue désormais les 5 chantiers au rang de simple slogan.

  Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Le budget final adopté après amendements serait de l’ordre de 2,17 milliards de dollars, soit 17 fois moins que le budget d’un département français comme Les Hauts-de-seine. Si l’on soustrait les 30 % à 40 % du budget qui seront consacrés au remboursement de la dette et des services de la dette, en ajoutant les frais de fonctionnement des 60 ministères, il ne reste plus grand chose pour la réalisation des 5 chantiers. La modicité du budget montre soit que ce gouvernement ignore les potentialités de ce pays grand comme l’Europe occidental avec d’immenses richesses produites chaque jour et frauduleusement détournés par une clique de dirigeants malins ; soit il ne maîtrise pas du tout les finances du pays et ne sait où trouver de l’argent pour conduire le développement du pays.

Je vais être plus concret encore. Les infrastructures routières sont un des points importants des chantiers promis par Kabila. Ce dernier a déclaré dans son discours de clôture de campagne à Kinshasa qu’il allait « construire en 5 ans les autoroutes du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest » de la RDC. Les coûts standards de construction d’autoroutes s’élèvent à 1.500.000 dollars par kilomètre. Pour construire 1000 kilomètres d’autoroutes durant les 5 ans de mandat de Kabila, il faudrait 1 milliard 500 millions. Si l’on se base sur le budget qui vient d’être adopté pour faire des projections et estimer les travaux à réaliser, en soustrayant les 40 % consacrés au remboursement de la dette et ses services; 1/5 du budget est nécessaires pour construire seulement 1000 kilomètres d‘autoroutes. Dans le domaine social et éducatif où tout le système de santé et les infrastructures scolaires et universitaires sont à reconstruire, les coûts s’élèvent aussi à plusieurs centaines de millions de dollars par an. Le budget adopté témoigne de manque d’ambition du gouvernement Gizenga. Il met aussi en évidence comment le pays est privé des recettes qu’il aurait pu tirer de ses ressources naturelles pour se développer. EN plus, les privatisations des entreprises minières congolaises ont été effectuées avec la « bénédiction » de la Banque Mondiale et du FMI.

Mais même la Banque Mondiale et le FMI ont critiqué les contrats léonins et soutiennent les travaux de la Commission de révision des contrats

La Banque Mondiale et le FMI versent les larmes de crocodile comme on dit. En 2002, alors qu’il y avait au Congo un parlement illégitime constitué de personnes cooptées par le pouvoir, le FMI a poussé à l’adoption d’un Code Minier et d’un Code Forestier très libéraux renfermant des dispositions très avantageuses aux compagnies d’exploitation minière et forestière. C’est sur base de ces codes qui seraient destinés à attirer les investisseurs privés, que la plus part des contrats léonins ont été signés.

Ensuite, la Banque mondiale a accordé des fonds à certaines multinationales citées par les experts onusiens comme complices des crimes économiques, dont Adastra, pour leur permettre d’acquérir des concessions minières au Katanga. Même la Banque Mondiale, à l’instar d’autres acteurs extérieurs, n’a pas pu rester neutre dans le processus de bradage des richesses congolaises.

Puisque nous sommes à la fin de cette interview, quelles sont les propositions que vous pouvez formuler pour sortir de la situation actuelle afin que les richesses de la RDC servent à son développement ?

La première solution qui relève des responsables politiques passe par la révision profonde des contrats pour permettre à la RDC de bénéficier des recettes d’exportations des ressources naturelles dopés aujourd’hui par la hausse du prix du cuivre, de l’or et d’autres matières premières dont la RDC est productrice.

Sur le plan de la population qui a aussi un rôle à jouer, il faut que les congolais se mobilisent d’avantage pour barrer la route à l’imposture, à la dictature, au clientélisme qui sont des maux à la base de la crise que traverse notre pays en matière économique, politique et sociale. Si rien ne sort de la Commission de révision des contrats, si la population doit continuer à s’appauvrir, à subir les pires crimes et massacres à la moindre manifestation ; les congolais doivent se préparer à reproduire ce qu’ils ont fait en juillet 2004 lorsque Laurent NKUNDA et le major Mutebusi ont pris la ville de Bukavu. Comme un seul homme, ils étaient descendu dans la rue, ont saccagé l’indistinctement les locaux de tous les partis politiques (PPRD, MLC, RCD, FONUS, UDPS,…) et de la MONUC. Cette fois-ci, ils doivent se lever pour reprendre leur destin en main car contre un peuple qui se lève ainsi, les armes n’y peuvent rien. On l’a déjà vu en Roumanie, et plus récemment encore en Ukraine et dans d’autres anciens Etats soviétiques de l’Est de l’Europe où les peuples ont refusé qu’on leur impose des dirigeants qui ne représentaient pas leurs intérêts mais plutôt ceux de leurs soutiens étrangers.

En clair, vous prenez une révolution ?

En quelque sorte. Parce que les partenaires extérieurs doivent aussi comprendre que s’ils continuent d’imposer des choix économiques et politiques suicidaires, cela risque de tourner mal un jour car plonger tout un peuple sous le seuil de la souffrance et la pauvreté ne pourra que conduire immanquablement à un nouveau foyer de guerre et de tensions. 5 millions de morts, c’est l’horreur. 60 millions d’affamés, c’est une bombe atomique en état d’alerte.

 Merci d’avoir répondu à nos questions. C’est moi qui vous remercie.

© Congo Horizons

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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