Burhinyi, République Démocratique du Congo
Kimya II: une opération pour la paix?
La population de la Chefferie de Burhinyi, à sud-ouest de Bukavu, dans la province du Sud-Kivu, à l’est de la République Démocratique du Congo, manifeste sa détresse et ses inquiétudes vis-à-vis de l’opération militaire appelée « Kimya II », censée contraindre les groupes armés rwandais présents dans la province, en particulier les FDLR, à rentrer, désarmés, chez eux.
Les effets du premier communiqué
Après notre premier communiqué du 14 mai 2009 dénonçant la maltraitance que les militaires FARDC[1] venus à Burhinyi pour l’opération « Kimya II » font subir à la population, leurs chefs militaires se sont fâchés. Tout en reconnaissant que le texte dit vrai, ils ont demandé à la population pour quelle raison elle a diffusé partout ces nouvelles, au lieu de se plaindre d’abord chez eux. Or, lorsque la population se plaint chez eux pour le mauvais comportement de ces soldats venus officiellement pour traquer les FDLR[2], les chefs tournent les plaignants en dérisoire, les traitent en collaborateurs de l’ennemi et parfois même les frappent. C’est ainsi que nous continuons à faire retentir notre voix et remercions tous ceux qui nous écoutent.
La population suppliciée par les FARDC
Dans notre chefferie de Burhinyi, le déclanchement de la fameuse opération “Kimya II” était prévu pour le 25 mai 2009. Suite au retard de ravitaillement des FARDC en munitions et nourriture par MONUC[3], le début de cette opération a été reporté à une date ultérieure. Tandis que contre la population civile, l’opération est bel et bien en cours dès le premier jour d’arrivée à Burhinyi des FARDC.
Tout habitant de Burhinyi-nord qui descend vers Burhinyi-sud, est arrêté et accusé d’être un espion. Tout habitant de Burhinyi-sud qui monte vers le centre de Burhinyi, est aussi arrêté et accusé de cacher chez lui des rebelles rwandais. Ces infortunés sont souvent condamnés à subir des coups de fouet, autant que le tortionnaire voudra, et cela sans tenir compte de l’âge et de la résistance de la victime.
Pour contrôler tout mouvement de la population, ces militaires FARDC sont stationnés aux trois points de sortie et d’entrée à Burhinyi :
- sur la route qui vient de Kabanda, Kemboho et continue vers le chef-lieu de Burhinyi (résidence du mwami[4]) ;
- sur la route de Mugenze, pour ceux qui viennent de Nkabye, Ibuga, Chondo, Karhala-sud ;
- sur la route de Bwishasha centre, pour ceux qui viennent Mugurhu, Chisiru, Mulambi, Ntondo, Kashadu et Karhala-nord.
Ces FARDC extorquent rarement la journée, mais le soir ils commencent leur sale besogne, en dépouillant tout passant de ce qu’il transporte. Ainsi, la population, qui pensait que les FARDC viennent contraindre les rebelles rwandais à rentrer chez eux, est désabusée de voir l’opération se tourner contre elle.
Les FARDC envoyés à Burhinyi appartiennent aux 11e et 14e brigades et sont tous habillés en tenue FARDC. Cependant, la population constate que beaucoup d’entre eux ne connaissent que peu de mots de swahili[5], qu’ils prononcent à la manière rwandophone, en remplaçant les « l » par des « r ». Ces militaires n’aiment pas que les gens les fixent des regards. Ils se fâchent et interpellent l’indiscret en ces termes : « Toi, stupide, qu’est-ce qui ne va pas ? pourquoi me regardes-tu ainsi ? », et là, il fait présenter des excuses. Ceci étant, la population se demande c’est quel genre de congolais qui parle de cette manière.
Catégorisation des groupes armés rwandais présents en Burhinyi
Les bandes armées rwandaises à Burhinyi sont installées un peu loin des positions des FARDC [6] et elles aussi extorquent les gens qui vont au marché ou en viennent. Les rebelles sont subdivisés en trois groupes, tous armés :
- les « Hutu » : ils ressemblent aux Congolais, ils sont de haute taille, solides et costauds et portent tous la tenue FARDC ;
- les « FDLR » : plus élancés que les Hutu, eux aussi bien solides ; quelques-uns parmi eux sont habillés en la tenue FARDC ;
- les « Interahamwe » : tous sont habillés avec tenue FARDC ; leur aspect ressemble à celui des Banyamulenge.
Ces groupes qui vivaient séparément à Burhinyi-sud avant l’opération « Umoja wetu » de février 2009 au Nord-Kivu[7], se sont aujourd’hui brassés. Ils sont devenus plus nombreux, au point qu’ils dépassent maintenant la population autochtone. Ils attendent à pied ferme l’opération « Kimya II » des FARDC. Ils déclarent qu’ils ne peuvent pas rentrer au Rwanda sans l’âme à la main ; qu’ils sont soldats et ne vivront jamais en civil.
La population de Burhinyi en débandade
La population de Burhinyi prise en tenaille d’un côté par les FARDC et de l’autre côté par les rebelles rwandais, est en débandade. Nombreux fuient vers Birhala centre, Muli, Ntondo. Mulambi, Bwishasha, Kashadu, Ntondo, Mwana, Mbogo et Budaha. Ces déplacés sont accueillis dans des familles aussi pauvres. Ils sont sans aucune assistance humanitaire. Ces gens ne réclament que la paix et la sécurité pour continuer leur travail champêtre.
Aux FARDC
La population se demande : « Si les FARDC veulent vraiment atteindre les rebelles rwandais, pourquoi ne collaborent-ils pas avec nous qui connaissons bien les lieux où ils se trouvent, au lieu de nous traiter en ennemis ? ». Si les FARDC n’ont pas la force de les contraindre à rentrer chez eux, nous pensons qu’il vaut mieux que l’opération n’ait pas lieu, car en poussant ces groupes armés vers l’intérieur de la forêt, ils atteindront même les lieux qui leur étaient jusqu’ici inconnus. Si vous les dérangez sans les vaincre, par après vous partirez d’ci et c’est nous la population qui payerons les conséquences et serons à nouveau égorgés, emportés dans leurs camps, violés et subirons d’innombrables humiliations, sans aucun recours.
Fait à Burhinyi, le 25 mai 2009.
La voix de la population
[1] L’armée nationale congolaise,
[2] Organisation politico-militaire des rebelles Hutu rwandais.
[3] Force ONU en RDCongo.
[4] Le chef traditionnel.
[5] La langue véhiculaire de l’Est du Congo.
[6] Entre les FARDC, stationnées à Birhala et les rebelles rwandais, stationnés à Chondo il y a une marche de 35 minutes.
[7] L’opération congolo-rwandaise au Nord-Kivu, qui avait le même objectif que l’opération “Kimya II”.










28 mai 2009
Au fil des jours