Persistance de l’insécurité dans les Kivu : la solution passe par Kagamé !

6 juin 2009

Au fil des jours

Paul Kagame et tous les membres qui forment son régime sont l’unique solution par laquelle passent la paix et la sécurité dans les deux provinces du Kivu qui jouxtent le Rwanda. Aucune Opération militaire n’y pourra quelque chose !

15 ans après les terribles cruautés humaines qui se sont déroulées au Rwanda sous la forme d’une épuration ethnique perpétrée par les extrémistes hutus de ce pays à la suite de la mort du président hutu Juvénal Habyarimana, la République démocratique du Congo continue à payer les pots cassés de ce drame rwando-rwandais.

Drame rwando-rwandais : les mots ne sont pas trop forts pour désigner sans faux-fuyants les faits qui constituent la trame des événements qui ont endeuillé le Rwanda depuis ce petit matin du 24 avril 1994, quand le jet ramenant à Kigali le président Juvénal Habyarimana, a été abattu par un missile tiré par des soldats du Front patriotique rwandais (Fpr) avec le général Paul Kagame à leur tête.

L’histoire nous renseigne qu’en filigrane de ce drame rwando-rwandais, la République démocratique du Congo est victime de l’hospitalité qu’elle a accordée aux fugitifs hutus après les abominations qu’ils ont commis dans leur pays. Cette hospitalité est le résultat d’une demande pressante de la Communauté internationale auprès de Mobutu, qui avait accepté d’ouvrir ses frontières d’avec le Rwanda.

Ainsi, des milliers d’hommes lourdement armés fuyant la répression du Front patriotique rwandais (Fpr) ont franchi la frontière et se sont installés en toute quiétude sur le territoire congolais.  Plus tard, ces ex- génocidaires ont créé une organisation militaire dénommé Front démocratique de libération du Rwanda (Fdlr) dont l’objectif annoncé était apparemment le renversement du nouveau régime politique d’essence tutsie installé à Kigali. Mais la réalité, comme on le verra plus loin, sera tout autre.

Alors que dans ce genre de situation il existe des dispositions des lois internationales qui obligent les gouvernements à éloigner les réfugiés loin de la frontière de leur pays d’origine, le gouvernement de Kinshasa à l’époque avait laissé les Interahamwe s’installer pour la durée tout à proximité de la frontière. Sans faire la moindre objection, la Communauté internationale s’est étrangement tenue coite, sans prévenir les autorités congolaises des conséquences ultérieures de cette promiscuité dangereuse qui portait en elle les prémisses d’une insécurité qui allait tôt ou tard empoisonner les relations transfrontalières entre la Rd Congo et le Rwanda.

Qu’on y croie ou qu’on n’y croie pas, c’est cette politique de courte vue des dirigeants congolais de l’époque qui a créé l’insoluble quadrature du cercle qui empêche le retour d’une paix définitive dans la région des Grands Lacs.

Soldats de Kigali et Interahamwe : la complicité du silence dans les mines de coltan !

Pour peu que l’on veuille réellement aller au fond des raisons qui sont à la base de l’insécurité qui prévaut à la frontière entre le Congo et le Rwanda, on ne peut omettre de prendre en ligne de compte cette donnée essentielle qui mène à la compréhension de cette question. Tant il reste vrai que c’est la mort du président Habyarimana qui a servi de détonateur au génocide. Celui-ci a, à son tour, provoqué la fuite massive des génocidaires vers le Kivu. Ainsi devait naître la nécessité qui induit le besoin d’alternance du pouvoir.

Voulue par les uns – ndlr : ceux qui avaient perdu le pouvoir en 1994 – cette alternance du pouvoir est refusée par les autres qui les en avaient chassés. Pour la simple raison que cette perspective leur paraît horrifiante. Ils savent que la règle du jeu démocratique est en leur défaveur si l’on peut faire parler les urnes.  C’est tout juste si l’on affirme sans crainte de se tromper que cette perspective est traumatisante pour les Tutsis (85%) qui veulent coûte que coûte tenir leurs congénères hutu (15%) loin des arcanes du pouvoir. Mais jusqu’à quand persisteront-ils à maintenir ce cap ?

Dans tous les cas, force est de reconnaître que les deux plus importantes ethnies qui forment la communauté rwandaise sont plus que jamais enfermées dans le carcan d’une hostilité séculaire qui tire ses origines depuis la colonisation. Et cette hostilité empêche les Hutu et les Tutsi de se départir de l’argument circulaire que cultive chacune des deux ethnies sur le partage du pouvoir.

Tant que l’une ou l’autre communauté ne rêveront que d’exercer un contrôle absolu et sans partage sur le pouvoir, c’est là que le bât continuera à blesser ! Et c’est ici que se complique l’équation du retour dans leur pays d’origine de tous ces rebelles hutus qui sèment la désolation au Nord comme au Sud-Kivu où ils agissent comme en pays conquis. Comme si les populations ont une dette de reconnaissance envers eux.

Que le Fdlr – Front démocratique de libération du Rwanda – soit considéré par le pouvoir rwandais comme une menace pour la déstabilisation de ses institutions, cela saute aux yeux, même si, en 15 ans d’existence, ces forces négatives rwandaises n’ont pas donné, même une seule fois la preuve qu’elles cherchent vraiment à prendre le pouvoir par la force dans leur pays d’origine. Dans le même ordre d’idées, on peut s’étonner que l’armée rwandaise ne soit pas arrivée à bout de ces génocidaires pendant les 5 années qu’a duré la rébellion du Rcd à Goma.

Qu’est-ce à dire ? Que penser de cette troublante corrélation de faits, sinon que l’insécurité dans le Kivu ne provient nullement d’une loi de causalité reliant le Fpr au Fdlr, mais plutôt d’une conjonction d’intérêts qui s’explique par l’exploitation effrénée, par les uns et par les autres, des ressources naturelles qui abondent dans cette contrée.

Car il n’est un secret pour personne que dans les carrières de coltan creusées à Walikale, dans les villages du territoire de Masisi et de Rutshuru, des civils rwandais – dont on a de bonnes raisons de croire qu’ils sont des éléments de l’armée – font bon ménage avec ceux du Fdlr aux côtés des citoyens congolais de tous bords et de toutes conditions. Le business : voici le nerf d’une guerre qui s’est transformée en une cause commune entre des belligérants d’un même pays en terre étrangère, au prix du sang de ses innocentes populations obligées de fuir les exactions qui récompensent l’hospitalité qu’elles leur ont accordée en 1994 !

Retour des Fdlr au Rwanda : une conditionnalité rejetée par Kigali

Les éléments des Fdlr posent un préalable pour mettre fin à leur séjour dans la brousse du Kivu : l’organisation d’un dialogue inter rwandais, à l’instar de celui qui avait réconcilié les Congolais entre eux à Sun City. Mais le gouvernement de Kigali n’en voit pas l’opportunité et rejette cette conditionnalité.

Certes, plusieurs centaines de soldats du Fdlr ont volontairement déposé les armes et ont pris le chemin de retour dans leur pays. Mais des milliers d’autres se montrent réticents à toute idée de retour. Surtout que le gouvernement rwandais ne fait absolument rien pour apaiser leurs craintes, ne serait-ce qu’en les rassurant sur les conditions d’accueil qui les attendent au pays : ni emprisonnement, ni décapitation ! Aucun écho n’a suivi ces retours volontaires.
Comment dans ces perspectives ne peuvent-ils pas persister à faire payer aux populations locales ce prix du sang qu’ils leur imposent ?

Deux alternatives se présentaient aux Interahamwe pour mettre fin à leur présence dans les Kivu : soit qu’ils acceptaient volontairement de déposer les armes avant de rentrer chez eux, soit qu’ils acceptaient de le faire sous la contrainte des armes.

Pour ceux des ex rebelles qui ont opté pour la première alternative, aucun problème ne s’est posé, ils sont bel et bien rentrés chez eux. Les autres se sont exposés à une traque orchestrée par la coalition des armées congolaise et rwandaise entre décembre 2008 et février 2009 dans une opération militaire conjointe Fardc – Forces rwandaises de défense dénommée « Kimia I ». Une opération qui s’était assignée la mission de nettoyer toutes les poches d’insécurité. Mais c’était sans compter sur l’obstination de ces jusqu’au-boutistes sans foi ni loi qui continuent à persister dans leur besogne diabolique.

En associant l’armée rwandaise à cette opération conjointe au risque de s’attirer le courroux d’une frange de députés qui n’ont pas approuvé cette démarche, le président congolais a voulu donner à son homologue de Kigali la preuve de sa bonne foi dans la recherche du retour de la paix dans la sous région des Grands Lacs.

La France opposée à toute solution militaire contre les forces négatives hutu !

Il faut donc se résoudre à neutraliser définitivement les rebelles rwandais qui refusent de déposer les armes et qui ont repris du poil de la bête sur le terrain. L’opération « Kimia II » est en cours de déroulement depuis qu’elle a été déclenchée le 28 mai dernier sous la direction des Fardc appuyées par les troupes de la Monuc.

Julien Paluku gouverneur du Nord-Kivu qui suit de très près les péripéties de cette opération se déclare satisfait de son déroulement puisqu’en deux semaines, les Fardc ont réussi à libérer 350 Congolais qui avaient été pris en otage par les éléments rebelles du Fdlr qui ont perdu 11 de leurs hommes dans les combats, et que beaucoup d’entre eux ont été faits prisonniers.

Si telle est la situation sur le théâtre des opérations, il y a de quoi apaiser les inquiétudes de Pierre Jacquemot, ambassadeur de France à Kinshasa. 

En effet, la semaine dernière, le diplomate français avait fait part de ses inquiétudes sur cette nouvelle opération au regard, a-t-il dit, « des effets et des abus ( meurtres des civils innocents, viols, incendies des cases et des plantations, déplacements massifs des populations) commis par les forces négatives étrangères en territoire congolais sur des personnes vulnérables ».

A tout prendre et sans l’avoir expressément dit,  Pierre Jacquemot doit avoir des doutes sur l’impossibilité de venir à bout de ces forces négatives rwandaises par les armes du fait que, selon des renseignements en sa possession, celles-ci auraient déployé de plus en plus de troupes dans plusieurs localités du territoire de Rutshuru, dans le Nord-Kivu. Ce qui explique, toujours selon lui, les actes de pillage, les incendies de villages et de véhicules et le massacre des innocents avec lesquels ils ont répondu au déclenchement de « Kimia II ».

Une solution internationale : pourquoi pas ?

En définitive, le diplomate français préconise, sans le dire clairement, une solution négociée en lieu et place de cette option militaire à l’issue incertaine. Une solution négociée ? On voudrait bien être d’avis avec l’ambassadeur de M. Sarkozy. Mais il serait plutôt souhaitable et responsable que la France usât de toute son influence politique pour emmener les autres grandes puissances de ce monde à exercer une pression sur le président rwandais Paul Kagame. Il est, l’homme – et le seul homme pensons-nous – au travers duquel passe la solution du problème des ressortissants de son pays, au lieu de les laisser écumer les forêts congolaises depuis 15 ans.

Ces pressions internationales devraient pouvoir contraindre les tenants de l’actuel pouvoir au Rwanda de se résoudre une fois pour toutes à réfléchir sur la réconciliation des deux ethnies qui forment la communauté nationale de leur pays. Parce que nous refusons de penser que les Tutsi et les Hutu doivent un jour taire leurs ressentiments, parce que nous pensons également qu’ils ne peuvent pas se condamner à vivre indéfiniment dans ce climat de haine et d’hostilité permanente. Ils doivent enfin et surtout savoir que les populations congolaises qui en paient innocemment le prix du sang en ont assez de vivre les exactions que commettent leurs forces négatives !

Entre Kinshasa et Kigali : des démonstrations timorées de retour à de bons sentiments !

Certes, en ce qui concerne la normalisation des rapports de bon voisinage entre les deux pays, la RDC et le Rwanda, on peut s’accorder avec l’opinion pour constater que depuis un certain temps, les deux capitales ont vite compris qu’elles ont tout à gagner à privilégier le règlement du différend politique qui les oppose par des voies pacifiques. La multiplication des rencontres entre délégations officielles des deux pays démontre à souhait l’effectivité de l’amélioration des rapports de bon voisinage entre les deux capitales, et la réanimation des activités de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (Cepgl) ne peut augurer que des lendemains meilleurs pour les pays de la sous-région.

Mais, par-delà ces démonstrations timorées de retour à de bons sentiments, il  convient malgré tout de se poser une question qui tarabuste l’esprit au regard de ce qui ne paraît être qu’un miroir aux alouettes. D’autant plus que l’agir quotidien de notre voisin du pays des Mille Collines ne nous renvoie que l’image déconcertante de ses volte-face inopportuns chaque fois que nous paraissons avancer dans la recherche des solutions aux problèmes qui nous sont communs. Cela ne nous rassure guère, et ne peut malheureusement que conforter notre pessimisme quant à sa volonté réelle de regarder dans la même direction que nous dans le processus de la recherche des voies et moyens de mettre fin à l’insécurité qui a élu domicile à notre frontière commune.

Nous restons persuadés que la normalisation effective des relations rwando-congolaises ne deviendra effective et garantie que lorsqu’au pays des Mille Collines les Hutu et les Tutsi auront fumé le calumet de paix. Ce qui n’est encore aujourd’hui qu’une vue de l’esprit. Et pourtant, Yoweri Museveni et ses propres rebelles sont en dialogue sous la médiation sud-africaine. Une initiative que nous saluons chaleureusement et qui nous pousse à souhaiter, aux Tutsi et aux Hutu du Rwanda la même prise en compte de leur destinée commune.

Nous regrettons au passage que la Communauté internationale fasse encore jusqu’à ce jour preuve d’apathie et de désintéressement pour prendre à bras le corps la question de la résolution de la problématique de la paix dans la sous-région des Grands Lacs, elle qui nous a pourtant imposé l’entrée de ces génocidaires dans notre pays il y a 15 ans !

Source  http://www.saverwanda.org/index.php?id=74&tx_ttnews[tt_news]=589&cHash=3367b34c28

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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