EN QUEL PAYS VEUT-ON POUSSER LES HUTU A RENTRER ?

8 juin 2009

Au fil des jours

Une partie du peuple rwandais, quinze ans après les massacres de 1994, et dix-neuf après le début de la guerre, n’a pas encore de place dans son pays ainsi que dans les projets des grands de la terre. En janvier-février 2009, au Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo, l’opération « Umoja wetu » a vu les forces rwandaises et congolaises s’unir pour « traquer » les réfugiés rwandais Hutu installés dans l’Est de
la RDCongo et organisés dans les FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda) et les contraindre à rentrer désarmés au Rwanda. Maintenant c’est la traque au Sud-Kivu qui commence, dans le cadre de l’opération « Kimya II »,  pour ce peuple qui attend de rentrer chez lui dans la dignité et la tranquillité. Et la population congolaise paie encore une fois les frais d’une situation dont la solution n’est pas militaire, mais politique.

 

 

EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO 

 

Après « Umoja wetu » au Nord-Kivu, « Kimya II, au Sud-Kivu 

Au Nord-Kivu, lors de l’opération appelée « Umoja wetu », déclenchée le 20 janvier et qui a pris fin officiellement le 25 février 2009, il n’y a pas eu de combats entre les FDLR et la coalition rwando-congolaise. Les FDLR n’ont fait que des embuscades pour retarder l’avancée de la coalition et n’ont combattu qu’une fois, en février, à Katoyi, dans le territoire de Masisi, quand ils furent encerclés. Alors il y eut beaucoup de morts et de blessés du côté des troupes rwandaises et très peu du coté des FDLR. Alors que les autorités ont déclaré que l’opération a eu un succès de 80%, les FDLR sont toujours là, seulement ils se sont déplacés plus à l’intérieur dans la forêt et ils se sont divisés par groupes. Peu d’eux sont rentrés au pays. 

Et maintenant préparée par l’arrivée de troupes nombreuses, une opération analogue, appelée « Kimya II », est déclenchée au Sud-Kivu. Officiellement, elle ne sera réalisée que par les FARDC avec l’appui logistique de
la MONUC, mais les populations sont depuis longtemps inquiètes de voir dans ces troupes une forte présence rwandaise, fraichement arrivée, et donc autre que les troupes du CNDP. Quant aux FDLR, si attaqués, ils sont décidés à se battre, mais ils déclarent aux FARDC : « Nous avons marié vos sœurs, comment pouvez-vous attaquer vos beaux-frères, vos sœurs, vos neveux ? Nous avons été appelés de nos pays d’asile
[1]
par Laurent Désiré Kabila, nous avons combattu avec vous contre les forces filorwandaises du RCD, nous avons même sauvé votre actuel Président à Pweto des mains du FPR, comment se fait-il que maintenant vous nous considérez vos ennemis ? 

 

La souffrance de la population congolaise 

Bien avant le début de cette opération, la population a commencé à souffrir des exactions des militaires FARDC, d’incendie de villages, de viols, et même de massacres que la voix officielle attribue régulièrement aux FDLR, alors que, pour certains cas au moins, les témoignages disent autrement[2]. Il y a les FARDC mal payés, il y a des gens corrompus par le gouvernement de Kigali, il y a les RDF infiltrés, les groupes de bandits… leur méfaits permettent de continuer à salir les FDLR, pour que l’opération bénéficie de l’appui de
la Communauté internationale
[3]. Il faut aussi tenir compte que les réfugiés rwandais cultivaient et faisaient de l’élevage et vendaient de leurs produits aux marchés ; contraints à fuir, ils sont restés sans moyens de survie, ce qui les poussé à puiser aux biens des populations locales. 

Des opérations aux buts cachés 

Est-ce possible que les Rwandais auteurs des massacres de Congolais à Kasika, Makobola, Katogota pendant la guerre de 1998, puissent leur apporter maintenant la paix[4] ? Rappelle-t-on que le 6 novembre 2008, plus de quatre cent congolais de 14 à 40 ans ont été massacrés par l’armée rwandaise de Nkunda à Kiwanja, au Nord-Kivu ? 

Ces opérations dans l’Est de
la RDCongo ont des buts cachés que les Congolais découvriront par après. Sous prétexte de l’opération « Umoja wetu », beaucoup de militaires rwandais sont entrées au Congo
[5]
, mais seulement un nombre très réduit a regagné son pays, les autres se sont mélangés aux forces du Pareco et du CNDP[6]. Des témoins signalent à Bukavu plusieurs entrées nocturnes de militaires rwandais, par la frontière ou à travers le lac, qui par après prennent la direction de la forêt[7]. A la fin du mois d’avril, des militaires de la garde présidentielle de Paul Kagame ont aussi traversé la frontière vers le Congo. Il s’agit de jeunes très arrogants, chacun armé de fusil, couteau et marteau[8]

L’année dernière, le Président Kagamé s’est adressé à tous les jeunes, tutsi et hutu, qui avaient raté leur diplôme cette année-là en leur disant : Ne vous découragez-pas, la fin de l’école n’est pas la fin de la vie. Je vais vous donner du travail ». Ils ont été « invités »[9] à s’enrôler et ont été formés par les Américains (USA), non pas pour la guerre, mais pour les assassinats. Ces jeunes sont déjà entrés au Congo, une partie, mélangée à
la Garde présidentielle de Paul Kagame, s’est dirigée vers la forêt, une autre est restée à Bukavu. Leur mission : assassiner et endosser la faute aux FDLR. Ils parlent les langues du Kivu. 

Ainsi se poursuit le dessein de renforcer la présence du Rwanda à l’intérieur des institutions congolaises. Nous ne pouvons pas ignorer que le Rwanda a l’ambition d’installer un pouvoir Hima[10] au Congo. Malheureusement, certains Congolais n’ont pas le souci de leur pays et se laissent corrompre ; ainsi, est-il très facile de leur faire la guerre et le projet d’annexer l’Est du Congo au Rwanda chemine vers sa réalisation. 

 

AU RWANDA 

 

Le sort des rapatriés 

Les rapatriés « volontaires », suite aux opérations « Umoja wetu » et « Kimya II », sont surtout des femmes, des enfants, des vieillards, que le Haut Commissariat de l’ONU aux Réfugiés (HCR) a transportés au Rwanda. Là, après avoir passé quelques jours dans un camp de transit, ils sont envoyés vers leur colline d’origine. Le HCR donne à chaque famille ayant plus de six enfants un sac de maïs, un sac de haricots, une bâche, des casseroles, des assiettes ainsi que des couvertures. 

Lorsque ces personnes quittent le camp, les autorités du camp demandent par téléphone à des gens du FPR (Front Patriotique Rwandais, le parti au pouvoir) se trouvant sur la colline de destination des rapatriés s’ils acceptent leur arrivée. Si la réponse est négative, la police arrête ces personnes en route et les met en prison, en les accusant d’avoir participé au génocide. Certains rapatriés retrouvent leur champ ; et comme beaucoup de maisons ont disparu, la plupart d’eux ira habiter dans des maisonnettes que l’Etat a construites tout au long de la route. 

Les femmes réfugiées qui rentrent au Rwanda en provenance du Congo sont poursuivies, car, dit-on, lorsqu’on tue un serpent, il faut tuer aussi ses petits. C’est ainsi qu’au secteur Cyete, on a cherché à tuer M.me Mukandinda Bahakwa Béatrice, qui venait de rentrer du Congo avec ses enfants. Son mari, rentré au pays en 2008, avait été assassiné. En cette année 2009, suite aux difficultés de la vie au Congo, la veuve aussi était rentrée, avec ses enfants. Une nuit, alors qu’elle était à la toilette, elle a vu arriver chez elle Muhigirwa Innocent, responsable de l’escadron de la mort du secteur, avec des soldats. Elle est immédiatement descendue vers le fleuve Ruzizi, où des pécheurs l’ont sauvée en lui faisant regagner au nouveau le Congo. Les enfants sont restés dans les mains de la famille élargie. 

Au mois de mars dernier, dans ce même secteur Cyete, une femme, dont le mari, Bizimana, était réfugié au Congo, a été emprisonnée avec ses deux enfants, Mulimbo, de 18 ans et Bunyenyeri, de 20 ans. Lors de sa détention, Mulimbo a été tellement battu qu’il se trouve maintenant à la maison en de mauvaises conditions. Dès que Bizimana est rentré au Rwanda, sa femme a été relâchée, mais lui aussi a été fortement battu et reste en prison. En cette circonstance, le Chef de
la Police a déclaré à la population : « Vous continuez à être orgueilleux ! Vous n’avez pas encore considéré les cadavres, vous n’avez pas encore accepté ! ». 

Dans l’ex-Commune de Cyimbogo, les militaires ont accusé deux jeunes hommes, Niyibizi, fils de Rwanze Gushira, et Kazee, fils de Nyandwi, d’avoir volé un fusil au Camp militaire. Après les avoir traînés loin de leurs maisons, ils les ont frappés devant la population qu’ils avaient réunie, en les accusant du vol. Comme ils niaient d’avoir volé, les militaires les ont retenus et sont partis perquisitionner leurs maisons. Après avoir mis des cartouches sous leurs lits,  ils ont appelé les jeunes et la population environnante : « Venez voir ce qu’ils ont nié ! ». C’est ainsi qu’on les a emprisonnés. A cette occasion, le responsable d’Ibuka[11] a prononcé des paroles qui ont effrayé la population : « Dans le temps, les Tutsi ont dominé les Hutu, et jusqu’à présent il faut qu’il en soit ainsi ! ». 

Quant aux combattants FDLR qui ont accepté de rentrer au pays, leur sort demeure incertain ; certains d’entre eux ont été emprisonnés. Les démobilisés du FPR et les démobilisé des FDLR ont des cartes différentes. Sur la carte de ces derniers il est écrit : « Il s’est séparé des rebelles ». 

C’est ainsi qu’il y a des retours de réfugiés rapatriés au Congo. Le 27 avril 2009, Radio Okapi a informé que cent citoyens rwandais sont installés à Nyabibwe, localité à Nord de Bukavu sur le bord du lac Kivu. Ils sont revenus du Rwanda au Congo après avoir été rapatriés lors de l’opération « Umoja wetu ». Le 29 avril, lors de son journal matinal, Radio Iriba a signalé la présence de familles rwandaises (femmes et enfants), au quartier Panzi, à la périphérie sud de Bukavu. Ce sont les familles de combattants hutu capturés lors de la même opération. Ils sont revenus au Congo, ont déposé leurs familles et sont partie vers la forêt à une destination inconnue.[12]

 

Le gacaca continue 

Comment rentrer dans un pays où règnent la discrimination et la menace ? Dans les prisons, les prisonniers sont entassés sans pitié et les arrestations continuent. Le « gacaca », la dite juridiction populaire qui juge les Hutu accusés de génocide, pavane vérité et réconciliation, mais en réalité c’est une justice de vengeance des Tutsi contre les Hutu, qui s’exerce avec l’appui financier et moral de
la Communauté internationale. Il aurait dû se terminer à la fin de 2007, mais il a continué, en s’occupant des accusations concernant les dégâts matériels. Après avoir dépouillé autant que possible les Hutu de leurs biens, les rescapés
[13]
corrompus sont en train de casser les jugements, afin que ces innocents soient tués, car au Rwanda l’emprisonnement à vie est égal à la mort. 

Ainsi, le gacaca reprend-il de plus belle. On cherche à juger de nouveau ceux qui ont été relâchés. En particulier, sont visés maintenant les fonctionnaires de l’ancien régime, qui étaient restés jusqu’à présent au pays sans être inquiétés, et avaient même travaillé pour l’actuel parti au pouvoir, le FPR. Au Rwanda toute personne qui réfléchit, qui peut partager avec d’autres ses réflexions devient un danger et on cherche à la mettre à l’écart[14]. C’est ainsi que le 14 mai 2009 dans le secteur Mururu beaucoup de personnes ont été arrêtées. Les prisonniers sont en train de périr en prison, depuis qu’on a suspendu l’assistance de leurs familles[15]

Le président Kagamé sait bien que la majorité des personnes arrêtées au Rwanda sous accusation de participation au génocide sont innocentes  Pendant qu’on les emprisonne, les teneurs du pouvoir se protègent. Le 18 juillet 2008, la constitution rwandaise a été revue pour y insérer un article permettant à la justice rwandaise de poursuivre le président Paul Kagamé et ses proches collaborateurs, malgré l’immunité dont ils jouissent. Cela en vue d’éviter que la justice internationale s’occupe d’eux à propos de l’assassinat des ex-Présidents rwandais Juvénal Habyarimana et burundais Cyprien Ntaryamira et de les acquitter enfin. 

Tout à fait récemment, Human Rights Watch a écrit une lettre au Tribunal Pénal International d’Arusha[16], en Tanzanie, en lui demandant de s’occuper aussi des crimes commis par le FPR. Le Ministre rwandais de
la Justice a réagi en disant que ce serait une tautologie, car les criminels du FPR le Rwanda les a déjà jugés… 

 

Se taire, mourir, ou devenir esclaves 

Les personnes qui ont encore des parents ou des enfants à l’étranger, particulièrement réfugiés au Congo, sont persécutées, en vue de contraindre les membres de famille exilés à rentrer au pays. Des hommes ont été chargés par les autorités de passer dans les quartiers recenser ces familles. Ils s’adressent aux « Nyumbakumi », qui surveillent chacun la vie de dix familles, et leur demandent si parmi elles il y a quelqu’un qui n’est pas du PFR, le parti au pouvoir. C’est ainsi qu’ils composent des listes d’opposants, qu’ils transmettent aux militaires, qui la nuit passent à coté de chacune de ces maisons, pour être aux écoutes de leurs discours ou de leurs échanges par téléphone. S’ils trouvent qu’ils parlent de leurs parents exilés ou avec eux au téléphone, ils les arrêtent. Si quelqu’un sort de la maison après 20h00, il sera fortement battu. Ces familles hésitent même à utiliser le téléphone, de peur d’être accusées de parler avec leurs conjoints au Congo. 

Voici les noms de quelques-unes de ces personnes qu’on appelle Intore[17], choisies par le Président d’Ibuka pour espionner : Nyaminani, fils de Munganga ; Mvuyekure Gaspard, fils de Mbasho, Kavumbi Jean-Marie Kanyamikenke ; Habanabashaka fils de Rusenyanteko ; Mbarubukeye Emmanuel, secteur Kamembe ; Habiyambere Pierre, secteur Kamembe ; Mukundiyukuzi Didas, secteur Gihundwe. Leur tâche est celle de donner les noms des familles qui ont des frères au Congo et de les surveiller. Chaque soir, ils doivent donner rapport de tout ce qu’ils ont entendu derrière les portes et le rapport sera transmis au niveau supérieur. D’autres espions traversent le lac la nuit vers Bukavu pour capter des informations. 

 

Dans chaque cellule (qu’on appelle akagari), un homme est chargé d’éliminer tout opposant. Il est responsable d’un escadron de la mort. Voici quelques-uns de leurs noms : au Secteur de Mururu : Gaponda, fils de Munyandamutsa ; au Secteur de Mutongo : Mananga ; au Secteur de Cyete : Muhigirwa Innocent. Ils sont tous des Tutsi. 

 

Le 7 mai 2009 au secteur de Cyato, a eu lieu une réunion, dirigée par le premier responsable d’Ibuka, à laquelle n’ont participé que des Tutsi de père et de mère. Il y avait plus de deux cent personnes : les responsables d’Ibuka de chaque secteur, les resposnables des escadrons de la mort de chaque secteur. Ils ont dit[18] : tous ces Hutu qui, selon vous, ont de mauvaises pensées, et ceux que vous voyez être forts, doivent avoir un dossier de participation au génocide et doivent être arrêtés. Ceux qui ont des champs ou de l’argent, il faut faire vite à les emprisonner, avant que les élections n’aient lieu. Nous commencerons par arrêter deux personnes par secteur, la semaine suivante nous en arrêterons quatre, après un mois nous en arrêterons huit, et ainsi de suite, jusqu’à ce que tous soient arrêtés[19]. Comme vous le voyez, nous avons des travaux qu’ils doivent faire pour nous : préparer les terrasses pour cultiver nos collines, cultiver pour nous, construire nos maisons. Vous savez que les Hutu sont forts ; si nous ne préparons pas ces dossiers pour les emprisonner, nous ne pourrons pas les faire travailler pour nous comme « Tigistes »[20]. Le gacaca doit recommencer afin que ceux qui n’ont pas été emprisonnés, soient emprisonnés, et que ceux qui ont été libérés puissent être à nouveau emprisonnés. 

 

Toute une population intimidée et appauvrie 

L’intimidation règne dans le pays. Chacun a peur d’exprimer son avis sur la situation même avec son proche. Le 26 avril dernier, le Gouvernement a interrompu les relations avec la radio BBC Gahuza miryango, gêné par les nouvelles qu’elle diffusait. 

En ce même mois d’avril, lors d’une visite à Byumba, le président Kagame a déclaré que celui qui n’est pas à mesure de suivre ses instructions, il n’a qu’à partir, et que celui qui détourne les biens publiques sera emprisonné. Or c’est le groupe qui gère le pays qui s’enrichit outre mesure. 

Dans les écoles, au moment de la recréation, les élèves tutsi se retrouvent selon leurs “familles”, c’est-à-dire les élèves des classes supérieures, Tutsi. Ils chuchotent entre eux, ce qui fait craindre les Hutu. 

Bien que l’initiative généralisée de la « mutuelle de santé » garantisse désormais les soins primaires, l’écart entre riches et pauvres s’agrandit du jour au jour. Beaucoup de Hutu, la population pauvre, ont dû quitter leurs maisonnettes dans les quartiers populaires de Kigali, avec un maigre dédommagement, et ces quartiers ont été rasés pour faire place à des villas. Désormais à Kigali on ne peut bâtir qu’en matériaux durables, condition que les Hutu ne peuvent pas remplir, car toute l’économie est monopolisée par le cercle (akazu) de Paul Kagame, par les rescapés et Ibuka. Les maisons commerciales doivent être en étages. Aucun petit vendeur n’ose plus vendre aux bords des rues, et même beaucoup de petites boutiques ferment à cause des taxes trop élevées[21]. On impose aux paysans de couper leurs bananeraies, en prétendant qu’elles causeraient la malnutrition. Or, c’est la bananeraie qui donne à la famille un peu d’argent liquide, à travers la vente de la bière de bananes. 

Bonne partie des Tutsi mêmes : les Banyamulenge, ceux qui viennent du Burundi, ceux-là même qui ont toujours vécu au pays, tous ceux qui ne font pas partie du groupe de pouvoir venu de l’Ouganda, sont de plus en plus marginalisés. Tout celui qui veut être droit est menacé et mis à l’écart. 

 

Un régime qui jouit de l’appui international 

Malgré cela,
la Communauté internationale continue à appuyer le régime de Kigali, et les Etats-Unis d’Amérique considèrent Paul Kagame intouchable. Les signes sont nombreux. 


La Communauté internationale continue utiliser deux poids et deux mesures. 

- Nous ne nions pas le massacre de 800.000 Rwandais en 1994, mais ne faut-il pas aussi tenir compte du massacre de 5.480.000 Congolais par le régime de Kagame et ses alliés depuis 1996, ainsi que des centaines de milliers de Hutu rwandais massacrés par les troupes du FPR depuis leur entrée au Rwanda le 1er octobre 1990, au Congo en 1996-’97 et jusqu’à présent ? 

- Elle a dévalorisé le mandat d’arrêt lancé par les juges français et espagnol contre les planificateurs du génocide au Rwanda et au Congo. 

- Bien que le FPR Inkotanyi ait utilisé les enfants pour s’emparer du pouvoir au Rwanda, aucune institution internationale ne les a inquiétés jusqu’à présent. 

- Le procureur du Tribunal Pénal International pour le Rwanda (TPIR), le canadien Louis Alburt, qui avait commencé l’enquête sur l’attentat à l’avion du président Habyarimana, a été obligé de démissionner de ses fonctions, à cause de la pression des USA, de
la Grande Bretagne et du Rwanda
[22]

- Les USA contestent la remise en liberté des responsables des FDLR, Calixte Mbarushimana et Ignace Murwanashyaka et disent souhaiter que tous les seigneurs de la guerre dans
la Région des Grands Lacs soient arrêtés, mais ils ont longtemps appuyé le rebelle filorwandais Laurent Nkunda
[23]
, dont l’armée a fait en deux ans de guerre au Nord-Kivu beaucoup de morts et presque deux millions de déplacés[24]

- Depuis la publication, en décembre dernier, du rapport onusien sur l’agression du Rwanda au Congo à travers les forces de Nkunda, les Pays-Bas et
la Suède avaient suspendu les aides budgétaires envers le Rwanda. Pourquoi les autres bailleurs de fond n’ont pas voulu faire de même ? 

- L’accord de décembre 2008 entre le président congolais Joseph Kabila et le président rwandais Paul Kagamé a fait à ce que Nkunda soit arrêté et que l’opération de la traque des FDLR commence en janvier 2009 au Nord-Kivu[25].
La Communauté internationale appuie cette opération et refuse d’écouter la voix des réfugiés hutu au Congo : on les « traque » : sont-ils tous des tueurs ? Quoi dire des enfants nés au Congo après l’exil, des jeunes qui étaient enfants en 1994, des femmes, des vieux et de tant d’adultes, qui ont été aussi victimes des malheureux événements rwandais ?
 

 

Conclusion 

Il est incompréhensible qu’on veuille rapatrier les Hutu par force, alors que certains de ceux qui ont été rapatriés sont en train de rentrer au Congo. On ne peut pas forcer quelqu’un à rentrer chez lui : c’est un crime et l’histoire le témoignera. Les Hutu rwandais au Congo veulent rentrer chez eux, mais ils ne peuvent pas être forcés au retour, alors que leurs conditions de sécurité et de dignité au Rwanda ne sont pas assurées. Leur retour, que ces opérations de guerre au Nord et au Sud-Kivu déclarent viser, se réalisera non par la violence, qui est en train de faire de nouvelles victimes et de nouveaux déplacés, mais par un changement dans le pays. L’unique solution pour ramener la paix au Rwanda est que les représentants de tous les Rwandais se mettent à une même table pour parler de l’avenir de leur pays, comme d’autres peuples ont fait[26], pour bâtir un pays où chacun se sente libre et protégé. 

Que
la Communauté internationale évite de soutenir la criminalité contre les Hutu partout dans le monde et surtout à l’Est de
la RDCongo, en considérant que les Hutu aussi ont été créés par le même Dieu que les autres êtres humains et ont donc droit à la vie, droit de revendication, droit d’expression, droit à l’assistance de tout genre. 

Que le Communauté internationale exerce une pression sur le gouvernement rwandais, afin que : 

- se réalise un véritable dialogue interrwandais, en vue de bâtir le futur du pays dans la paix ; 

- une amnistie générale soit accordée à tous les ex-FAR (l’armée du précédent régime) et même à tout le monde, pour que le peuple rwandais tout ensemble reconstruise le pays. 

- un véritable multipartisme soit installé dans le pays, désormais à la veille des élections présidentielles de 2010, et qu’elles se passent dans la transparence et la liberté. 

 

Fait dans
la Région des Grands Lacs, le 1er juin 2009. 

 

Mujyanama Erneste 




[1] Le gén. Sekatende nous a appelés du Centrafrique, l’Angola, le Gabon, le Congo-Brazzaville. 

[2] Par ex., le massacre du 22 mai 2009 à Civanga, qui a fait douze morts parmi les passagers d’un camion de commerçants, est à attribuer au 99% aux militaires du CNDP l’ancien mouvement rebelle de Nkunda ; la voix officielle l’a attribué aux FDLR. Samedi le 30 mai 2009 le Ministre congolais de l’Information a défendu aux journalistes de donner la parole aux FDLR. 

[3] Le mauvais comportement d’un certain nombre de militaires des FARDC a provoqué quelque part un rapprochement entre les FDLR et les Mayi-Mayi, les forces spontanées de résistance de la population congolaise. 

[4] Un citoyen congolais témoigne d’un fait avoir vu tout récemment parmi les troupes nouvellement arrivées à Kasika un commandant tutsi qui est allé prés du tombeau du Mwami assassiné lors du massacre d’août 1998 qui fit plus de mille morts. Il a fait le signe de la croix et s’y est recueilli en silence pendant vingt minutes. La population en l’observant se disait : « Ce n’est pas son frère. C’est que son cœur est inquiet par rapport à ces événements-là ». 

[5] Ceux venus par la frontière de Goma se sont dirigés vers Lubero, Nyabyondo (Masisi) et Walikale. 

[6] Le Pareco est composé d’Hutu anciennement établis au Nord-Kivu ; le CNDP est l’ancienne armée du rebelle filo-rwandais Laurent Nkunda, rapidement intégrée dans les FARDC. 

[7] Un réfugié témoigne de les avoir vus à Mwenga. 

[8] Pendant qu’ils s’étaient installés dans la zone près de la frontière avec le Congo, ils maltraitaient les gens : tout homme qui passait près d’eux après 19h00, était obligé de les porter sur le dos partout où ils voulaient jusqu’au matin. 

[9] Au Rwanda l’invitation est un ordre, car la refuser signifierait se déclarer opposant. Si une personne refuse ou réclame face à une requête du pouvoir, on lui dira : « Ah, tu veux attendre les Hutu pour les servir ! ». Parfois, peu de jour après, la personne sera portée disparue. 

[10] Le groupe auquel appartiennent les Tutsi au pouvoir au Rwanda. Le 4 novembre 2008, lors de l’émission « Dialogue entre Congolais », à
la Radio Okapi, la radio de
la Monuc au Congo, le porte-parole du CNDP Mr. Bertin Bisimwa a confirmé l’agression du Rwanda au Congo, en disant qu’elle rentre dans le cadre de la « Vision 2020 », le programme que s’est donné le gouvernement rwandais. Le rapport de l’ONU de décembre 2008 confirmera l’appui rwandais à la guerre de Nkunda au Congo. 

[11] Ibuka signifie : « Rappelle-toi ! » C’est l’association des rescapés Tutsi qui prépare les accusations contre les Hutu. Le FARGE (Fond d’aide aux rescapés du génocide) a comme but de favoriser les Tutsi aux études secondaires et supérieures. 

[12] Le Conseil de sécurité provincial envisage de capturer encore ces réfugiés pour les transmettre à l’Immigration au Rwanda. 

[13] Seulement les Tutsi ont droit à cette appellation et aux facilitations qui en découlent. 

[14] C’est le cas de Bisengimana Elisée, Mukezamfura Alfred, Jean-Pierre Kagubari, Nibirori Agnès, Kubwimana Viateur, Ntakirutimana Faustin, Pius Nzeyimana, Pascal Habarugira, Ntampaka Justin, Mbarushimana Fidel, Habyarimana Emmanuel, Nduwamungu Tatien, Munyangabe Théodore, Munyakazi Laurent : emprisonné sous accusation d’avoir participé au génocide, ils sont tous condamnés à des peines de prison allant de 20 à 30 ans et certains même à perpétuité. 

[15] On n’accepte que de l’argent, qui toutefois reste à la direction de la prison et n’arrive jamais au destinataire. 

[16] Censé juger les crimes commis au Rwanda pendant l’année 1994, ce tribunal n’a jugé jusqu’ici que des Hutu. 

[17] La tâche fondamentale des Intore est celle de terroriser la population en vue des élections présidentielles de 2010. 

[18] De source directe. 

[19] La méthode est la discrétion. En juillet 1996, au stade de Gisenyi, le président ougandais Yoweri Museveni avait donné l’exemple de l’enlèvement d’une chique du pied : on écarte doucement la peau de tout côté et par après on l’enlève. Dans ce sens, le président Kagame a dit récemment : « Nous neutraliserons tous ces méchants ». 

[20] TIG : ce sont les « travaux d’intérêt général » auxquels sont assignés les prisonniers. A 5h00 du matin, ils prennent un gobelet de mais et un de haricots et par après ils partent travailler jusqu’au soir. Ils logent dans des camps où les visites ne sont pas permises. 

[21] A remarquer qu’aucun homme ne peut marcher en ville avec des babouches ; de même, est défendu l’usage de sachets en plastique. 

[22] Cf. journal de R.F.I. du 20 novembre 2008. 

[23] Le 4 novembre 2008, lors de l’émission « Dialogue entre Congolais », à
la Radio Okapi, la radio de
la Monuc au Congo, Mr. Bertin Bisimwa, porte-parole du CNDP, le mouvement de Nkunda, a confirmé l’agression du Rwanda au Congo, en disant qu’elle rentre dans le cadre de la « Vision 2020 », le programme que s’est donné le gouvernement rwandais. Le rapport de l’ONU de décembre 2008 confirmera l’appui rwandais à la guerre de Nkunda au Congo. 

[24] Selon Jules Rutaremara, porte parole des RDF, l’armée rwandaise, les USA qui ont donné les armes que Nkunda a utilisées dans sa guerre contre
la RDCongo, sous prétexte qu’elles devaient servir pour l’opération de maintien de la paix au Darfour, à laquelle le Rwanda participe. 

[25] Cela a fait « remonter les actions » du président rwandais qui a pu vêtir les habits d’un bâtisseur de paix dans
la Région. Le 26 janvier 2009, les Ambassadeurs américain et britannique sont allés exprimer au Premier Ministre congolais leur soutien au programme de la traque des FDLR. De cette manière ils continuent à dissimuler leur complicité dans le génocide rwandais. 

[26] Par ex.: le Congo-Kinshasa, le Congo-Brazzaville,
la République Centrafricaine, où le dialogue a apaisé les différents conflits. 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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