Bruxelles, 16 juin 2009
Hier, lundi 15 juin, EurAc a signé la déclaration de plusieurs ONG internationales «La réponse de l’UE aux besoins urgents de protection et d’assistance au Congo : nouveaux enjeux quant à la situation en RDC “ (annexe 1). EurAc partage les fortes préoccupations exprimées sur les conséquences humanitaires de l’action Kimya 2 contre les FDLR : accroissement du nombre de déplacés à l’est de la RDC, tueries, destructions et pillages, mais aussi augmentation de l’horreur que représentent les violences sexuelles faites aux femmes. Nous souscrivons aussi aux différentes recommandations du document.
L’action militaire n’a pratiquement aucune chance de désarmer les FDLR et provoque en retour des réactions agressives de ces derniers contre la population, qui paye une fois de plus le prix de stratégies mal réfléchies. En plus de l’impact négatif des opérations conjointes militaires comme Umoja Wetu, Lighning Thunder ou Kimya 2 sur la situation humanitaire et sur les souffrances de la population, EurAc est convaincu que ces opérations conjointes ne contribueront en rien au rétablissement d’une paix durable à l’est du Congo et à la mise en place d’un Etat de droit garanti par des institutions démocratiques solides.
Nous constatons que les acquis obtenus à travers la réforme du secteur de la sécurité, notamment de l’armée grâce aux efforts consentis par Eusec et par les autres instances internationales, risquent d’être anéantis par ces opérations conjointes. Le « brassage accéléré » et mal coordonné des éléments CNDP, Maï-Maï et autres dans les FARDC depuis janvier ont détruit le travail de recensement et de contrôle du chaine de paiement des soldats.
Nous craignons que l’insécurité, qui augmente plutôt qu’elle ne diminue en conséquence de Kimya 2, ne vienne encore compliquer davantage les processus de décentralisation et d’organisation des élections locales, pourtant si nécessaires pour renforcer les institutions de la Troisième République.
Ces constats et analyses ont été confirmés au cours des missions de terrain effectuées récemment par plusieurs ONG (dont EurAc) – pour plus de précisions, se référer au mémo joint en annexe.
EurAc, le réseau des ONG européennes qui travaillent sur l’Afrique Centrale, réaffirme sa conviction que Kimya 2 n’aura que des effets contre-productifs. Il recommande à l’Union européenne et aux Etat-membres de se focaliser sur le retour à la paix durable à l’est du Congo, ce qui ne sera jamais possible sans un Etat congolais stable et fort.
EurAc invite l’UE et ses membres à faire la différence sur les terrains suivants :
- L’UE et ses membres peuvent prolonger et élargir le mandat d’Eusec, qui accompagne le plan de réforme de l’armée congolaise. Nous considérons la réforme du secteur de sécurité (SSR) – et l’unification de l’armée en particulier- comme des éléments-clés dans la réhabilitation de l’Etat congolais et de ses instruments, nécessaires à la restauration d’un Etat de droit, et nous appelons l’Union européenne à consolider son rôle de coordinateur des partenaires internationaux dans ce domaine à travers Eusec. Il convient de poursuivre et de renforcer les efforts de concertation et de coordination entre l’Union européenne et ses Etats membres en matière de RSS afin d’aboutir à une meilleure articulation entre la démarche commune de l’Union européenne et les initiatives bilatérales supplémentaires de certains Etats membres et d’autres instances (telles que la Monuc, la Banque Mondiale, l’Afrique du Sud et l’Angola). EurAc plaide aussi pour l’adoption d’un plan unique d’accompagnement de la part de la communauté internationale pour le rétablissement de la sécurité au Congo : ce plan devrait se fonder sur une vision à long terme, une division claire des tâches et une complémentarité entièrement capitalisée entre l’UE et l’ONU.
- l’UE et ses membres peuvent contribuer à l’ouverture et à la capitalisation d’un espace de négociation avec les FDLR sur le terrain pour accélérer le processus pacifique de leur désarmement et rapatriement volontaire et encourager toutes les parties à respecter leurs engagements pris dans le cadre des Accords de Nairobi (novembre 2007) et de Goma (janvier 2008). Cette négociation doit inclure des mesures d’accompagnement des réfugiés et ex-combattants rwandais ainsi qu’un processus de restauration de la confiance entre le gouvernement rwandais et les ex-combattants. L’Union doit exercer une pression forte sur le gouvernement rwandais pour qu’il garantisse le respect des libertés démocratiques et pour qu’il entame un dialogue constructif avec sa propre diaspora. A très court terme, il faut encourager le Rwanda à rassurer les membres des FDLR et leurs proches en leur garantissant la sécurité, la réintégration socio-économique effective et le fonctionnement des instruments de justice ordinaire et transitionnelle selon les normes internationales.
- L’UE et ses Etats-membres doivent veiller à l’application de la résolution 1596 et de toutes les mesures du Conseil de sécurité prises contre les leaders des FDLR. Ces mesures consistent à empêcher leur entrée ou le passage en Europe ; à geler leurs fonds, d’autres avoirs financiers et ressources économiques placées en Europe. L’UE et ses Etats-membres doivent veiller si nécessaire par des actions en justice à ce que les leaders des FDLR vivant en Europe n’exercent plus une influence négative sur le processus de paix.
- L’UE et ses membres ont un rôle pionnier à jouer dans l’aboutissement du cycle électoral de 2006 et dans la mise en place de la décentralisation en RDC. EurAc se réjouit des opportunités créées par le rapprochement entre le Congo et le Rwanda. Ce rapprochement augmentera l’impact des structures telles que la CIRGL. Même si nous plaidons fortement pour un rôle accru de la CIRGL, il faudra veiller à ce que ces structures ne deviennent pas des cadres légitimes où les Etats forts de la région dominent les Etats plus faibles, par exemple en s’appropriant leurs ressources naturelles. Le Congo devra se positionner comme partenaire à part entière dans une nouvelle constellation régionale mais restera fragile tant que le cycle électoral concernant les institutions de la Troisième République ne sera pas achevé.
Pour plus d’informations :
Kris Berwouts
Rue des Tanneurs, 165 B – 1000 Bruxelles, Belgique
Tel: +32 (0)2 213 04 00










17 juin 2009
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