Le mystère percé du CNDP new look

30 juin 2009

Interview

Les confidences de Munyapenda

 Africa News

Lundi, le 29 juin 2009

L’ancien rebelle se lâche, faisant part de leur disponibilité à faire partie du prochain gouvernement non sans promettre des surprises aux prochaines batailles électorales. 


C’est le tout premier entretien qu’un haut responsable de la nouvelle direction du Conseil national pour la défense du peuple -CNDP-, accorde à  un média de la capitale. AfricaNews a reçu l’insigne honneur de faire parler Jean-Munyapenda, chef du Département politique du CNDP new look. Présent à Kinshasa où il a  pris part à la réunion d’évaluation des accords de paix signés avec le gouvernement le 23 mars 2009, Munyapenda, économiste de formation, marié et père de huit enfants, ex-membre de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo -AFDL-, ancien du Rassemblement congolais pour la démocratie -RCD- est un des acteurs-clés de tous les mouvements armés partis de l’Est de la RD-Congo. Au cours de cette longue interview à l’hôtel Pyramide sur les hauteurs de Binza, Munyapenda s’est lâché. Il a  dévoilé les secrets, le mystère du CDNP. Tous les sujets ont été abordés sans tabou, notamment les revendications du CNDP, les cas Nkunda et Ntaganda, les élections, sans oublier le sort des RD-Congolais détenus à La Haye. Le CNDP négocie dans l’ordre constitutionnel et ne remet pas en cause les institutions établies, a confié Munyapenda ajoutant que son parti n’exige pas le partage de pouvoirs comme ce fut le cas avec le RCD pendant la transition. Mais le pouvoir l’intéresse. «Si le président de la République et le Premier ministre nous donnent un ou deux postes au sein du gouvernement, nous allons accepter», fait-il savoir. L’ex-mouvement politico-militaire promet de surprendre les autres partis aux prochaines échéances électorales. Munyapenda donne la recette du CNDP pour pérenniser la paix à l’Est: promouvoir le dialogue permanent et l’entente entre les différentes communautés et créer des comités permanents de réconciliation. Entretien.  

Vous avez longtemps négocié avec le gouvernement. Dites-nous ce que veut réellement obtenir  le CNDP pour se calmer?


D’abord, je précise que nous sommes en train de négocier en respectant l’ordre constitutionnel et nous ne remettons pas en cause les institutions en place. Ce que nous voulons, nous l’avons exposé au gouvernement pendant les négociations tenues à Nairobi puis à Goma lesquelles ont abouti à la signature des accords de paix et de stabilité le 23 mars 2009. Aujourd’hui, nous sommes à l’étape de la mise en oeuvre du plan qui était en annexe desdits accords. Nous venons de faire la première session et la seconde interviendra à Goma dans deux semaines. Et, dans trois ou quatre mois, nous allons terminer l’ensemble d’éléments à mettre en oeuvre qui ont été préalablement négociés.

Sur quoi ont porté vos revendications pendant les négociations? 


Dès lors que le gouvernement rwandais et RD-congolais  ont décidé de traquer les FDLR et autres Interhamwe qui nous causent du tort dans l’Est du pays, le CNDP a déposé les armes et s’est joint aux FARDC en se transformant en parti politique.
Nos revendications  s’articulent autour de notre reconnaissance comme parti politique, la libération des prisonniers, le retour des réfugiés et des déplacés de guerre qui avaient fui les attaques des FDLR. Il y a au moins cent mille réfugiés au Rwanda, cent mille en Ouganda et trois cents mille en Tanzanie. Qu’on cesse aussi des tracasseries dont nous sommes l’objet et de nous considérer comme des étrangers dans notre propre pays. Nous avons également proposé la réforme de l’Armée, de la Police, de l’Administration publique et du territoire, de la Justice et du mode des scrutins. Il s’agit là des propositions faites au gouvernement et qui peuvent être discutées parce que nous n’avons pas le monopole de l’intelligence.

Le CNDP est dissident du RCD et l’opinion craint que certains d’entre vous ne puissent se rétracter et déclencher une nouvelle guerre pendant que vos troupes sont déjà intégrées…


Qui peut encore refaire la guerre en se soustrayant de la logique actuelle de rechercher la paix? Le gouvernement est appelé à répondre à nos revendications qui sont pourtant objectives pour arrêter définitivement la guerre. Il ne faut pas renverser la logique. Si le RCD n’a pas pu régler les problèmes et que le CNDP est né sur base de mêmes problèmes, des solutions à trouver seront différentes. Que ceux qui sont au pouvoir nous aident à les aider afin d’éradiquer définitivement les causes de la rébellion et de la guerre dans notre pays. Sur ce point, je pense que le chef de l’Etat nous a compris. Mais il y a d’autres qui sont encore à la traîne. Je ne voudrais pas que les gens nous accusent des causes endogènes de ces guerres. Nous devons nous mettre ensemble pour rectifier le tir et ramener la paix.  

Quelles sont ces causes?  


C’est une habitude des individus qui utilisent des conflits ethniques comme tremplin pour accéder au pouvoir. Le Kivu est très sensible. Si l’on monte des gens contre les autres, il y aura de conséquences. Je demande aux leaders locaux et nationaux de se maîtriser pour faciliter une réconciliation permanente. C’est ainsi que nous avons proposé également au gouvernement la création des comités permanents de réconciliation. Vous savez, deux personnes de tribus différentes peuvent se battre et chacune aligne derrière elle les membres de sa tribu et cela devient une guerre ethnique tout simplement à cause de ces deux individus. Nous luttons contre cette pratique. Nous voulons que les gens comprennent que les Interhamwe et les FDLR constituent une peste pour nous. Il faut s’en débarrasser d’abord. Dès que ce problème sera terminé et que les réfugiés vont retourner, il y aura parfois des problèmes fonciers à régler et des petits problèmes politiques locaux.
 L’essentiel est d’arriver à la paix pour déclencher le développement.

Les FDLR sont des sujets rwandais venus en RD-Congo sur demande de la Communauté internationale. Pourquoi cette même communauté traîne à les rapatrier et les laissent devenir nocifs aux populations RD-congolaises?

A vrai dire, ils sont entrés en RD-Congo parce que le pouvoir en place à l’époque, notamment le président Mobutu leur avait ouvert les portes. Il ne pouvait pas accepter de faire entrer ces Interhamwe dans notre pays. Dans les négociations avec la communauté internationale, il y a des choses à accepter et d’autres à rejeter. Il ne faut pas chercher toujours le bouc émissaire chez l’étranger. C’est vrai que l’étranger a fait des pressions difficiles à gérer mais, il faut voir les deux faces de la monnaie.

N’est-ce pas qu’ils doivent rentrer au Rwanda afin que le tribunal détermine leur sort s’ils sont coupables ou non au lieu de les laisser en RD-Congo?

Il faut ouvrir l’oeil et le bon. Ces Interhamwe ont tué des Tutsi au Rwanda et en RD-Congo. Ils continuent à tuer non seulement les Tutsi  mais aussi les  RD-Congolais d’autres tribus. Et ça fait 14 ans qu’ils opèrent.

Dans l’Est, il n’y a pas que de Tutsi RD-congolais, mais aussi des Hutu. Et pourtant, les Interhamwe sont des Hutu rwandais. Dites-nous, en les traquant, comment vous différenciez le Hutu RD-Congolais et rwandais étant donné que le Tutsi RD-Congolais et Rwandais tout comme les Hutu de deux pays ont tous la même morphologie?


Certes, il y a des Tutsi RD-congolais et rwandais, tout comme des Hutu. Mais dans le cas d’espèce, les FDLR sont des Hutu  rwandais. Ce n’est pas le fait d’être Hutu rwandais qui constitue une faute mais celui d’être un criminel. Nous ne les traquons pas en tant que Hutu mais en tant que criminels. Pour différencier les uns et les autres, quand vous avez un Etat qui a des archives, on sait facilement qui est qui. Si vous détruisez ces archives, l’équation devient difficile au point de punir et les Hutu et les Tutsi RD-congolais pour le simple fait d’être des voisins des Rwandais.

L’opinion pense que le CNDP est trop gourmand au point de réclamer 14 postes au gouvernement. Que revendiquez-vous au juste? 


Nous voulons participer aux prochaines élections urbaines et municipales et en 2011, nous allons participer à celles législatives et présidentielles.
 Le CNDP respecte l’ordre institutionnel. C’est le président de la République qui nomme le Premier ministre et ce dernier forme son gouvernement. En quoi le CNDP est-il concerné car, il ne nomme pas les membres du gouvernement! Comment peut-il réclamer seul 14 postes? C’est un montage médiatique tout simplement.

Juste au début des négociations, le CNDP avait proposé la création d’un ministère chargé de la Réconciliation et de l’Intégration…


Bien sûr mais cela ne veut pas dire que le CNDP devait nécessairement l’occuper.

Et si Muzito vous nommait ministre, allez-vous refuser?


Pourquoi refuser? Je vais accepter et cela ne veut pas dire que le CNDP est trop gourmand et exige 14 postes. Il y a là un glissement de sens. C’est une question qui relève du pouvoir en place. Si le président de la République ou le Premier ministre estiment bon d’octroyer un ou deux postes au CNDP, nous accepterons.

Comment réagissez-vous face à ceux qui pensent que le CNDP est au service du Rwanda et que ce dernier le manipule?


Ceux qui pensent ainsi tapent à côté. Je vous dis que les Occidentaux nous manipulent les uns contre les autres. Je suis maintenant à Kinshasa; pensez-vous que je n’ai pas une autonomie de pensée?  C’est à nous RD-Congolais de comprendre si nous voulons devenir grands ou pas. Que la manipulation vienne de Washington, Bruxelles, Luanda, Kampala ou Kigali, voulez-vous que je vous cite des gens qui demandent l’avis de Bruxelles avant d’entreprendre quoi que ce soit?

Citez-les nous, on veut les connaître…


Ah! Non, j’en passe sous silence. 

Que dites-vous de Nkunda, votre ex-leader aujourd’hui détenu au Rwanda?


Il a été notre chef pendant 4 ans. Mais une branche politico-militaire a toujours des courants en son sein. A un certain moment, Nkunda voyant les FDLR combattre les Tutsi, a cru qu’il fallait combattre les FARDC et lutter contre les Interhamwe après. C’était une erreur monumentale de sa part. C’est ce qu’on lui a reproché à l’intérieur et qu’il n’a pas mis du temps à comprendre. 


Nous lui avons dit que les Interhamwe sont des étrangers. Notre gouvernement qui est en face ne comprend peut-être pas encore mais, il faut négocier avec lui pour tourner les canons ensemble contre eux. Nous avons insisté sur le fait que le gouvernement est notre allié et qu’il ne pouvait pas continuer à lui faire la guerre puisqu’il a déjà compris nos revendications. 


On a expliqué cela à tous les membres du CNDP. Au lieu de rester avec nous,  il a préféré fuir. Il n’y a pas quelqu’un qui est né pour être chef. S’il estimait qu’il est chef à vie, maintenant, il a fui et nous a compliqué l’équation. S’il était resté avec nous, il serait intégré comme tous les autres. On n’a pas d’état d’âme pour résoudre les problèmes qui concernent la paix et la tranquillité.

Qui seront vos alliés politiques aux prochaines élections?


Nous avons notre stratégie et notre tactique. Vous le saurez le moment venu.

Comment allez-vous faire parce que vous êtes installés jusque-là dans l’Est du pays seulement?


Nous allons battre campagne et présenter nos candidats sur l’ensemble du territoire national. Nous avons des candidats presque partout et des gens seront surpris. Comme les locales et les municipales auront lieu dans six mois, nous aurons déjà tout mis en marche pour faire fonctionner notre cerveau.

Quel est l’apport du CNDP dans la consolidation de la paix et la stabilité du pays?


C’est la puissance de notre réflexion sur les réformes  auxquelles nous tenons beaucoup.

A la CPI on ne juge que des RD-Congolais dans la plupart des cas. Croyez-vous à la crédibilité de cette institution judiciaire internationale? 


Je pense des mauvaises choses sur cette institution. Avez-vous déjà entendu la France envoyer ses présumés criminels à la CPI pour y être jugés? Non plus. Faites très attention. Les mandats qui sont lancés par la CPI ont une nature politique et pas toujours juridique. S’ils veulent casser les reins à quelqu’un, ils vont lui lancer un mandat pour l’enfermer là pendant longtemps. 


Et si l’on se rend compte qu’il est innocent, ce sera trop tard. Pour cela, les institutions nationales doivent renforcer leur pouvoir pour éviter de transférer les nationaux à la CPI. Mais cela ne veut pas dire que tout le monde jouit de la présomption d’innocence sinon, le jugement ne produira pas la vérité. 


C’est ainsi que le chef de l’Etat RD-congolais a refusé de livrer Bosco Ntaganda à la CPI…


Un adage dit: «qui veut tuer son chien l’accuse de rage». On accuse Ntaganda de quoi exactement? Nous répondons à une enveloppe dont nous ne connaissons pas le contenu. Par rapprochement au cas Thomas Lubanga, on l’accuse de recrutement des enfants. On accuse aussi d’autres personnes qui avaient des kadogos dans leurs rangs. Le chef de l’Etat a opté pour une justice réconciliatrice et non celle séparative de type occidental.

Quel est votre message aux membres du CNDP et au peuple RD-congolais?


C’est le rêve de grandeur. Nous le partageons tous. Pour devenir grand, il faut travailler et s’organiser. On ne devient pas grand par coup de baguette magique ni par des cris prophétiques. La Suisse est un petit pays -de par sa superficie- mais il est respecté parce qu’il s’est organisé. Pourquoi pas nous qui sommes un pays aux dimensions continentales.


Propos recueillis par Bijou KULOSO  & Octave MUKENDI

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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