|
Alors que dans 48 heures les Fardc aidées des Casques bleus de la Monuc s’apprêtent à lancer l’assaut décisif contre les rebelles hutus rwandais, le rapport de Ban Ki-Moon au Conseil de sécurité pose problème. Affirmer aujourd’hui que les éléments des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr) usent d’une stratégie mystérieuse telle qu’ils s’apparentent à l’Hydre de Despéridès dont les têtes repoussaient multipliées au fur et à mesure qu’on les coupait, ceci paraît être, toutes proportions de superstition et de mysticisme gardées, la métaphore qui convient le mieux pour stigmatiser, plutôt que pour le caricaturer, l’étrange phénomène de quasi invincibilité dont s’auréolent ces sanguinaires rebelles hutus rwandais sans foi ni loi qui mettent depuis quinze années les territoires de Masisi, Rutshuru et Walikale en coupe réglée.
Nous n’avons eu de cesse de dire dans nos livraisons antérieures que ces soudards dont la plupart sont des génocidaires qui ont des comptes à rendre avec la justice de leur pays d’origine ne sont à vrai dire que des forces démoniaques pour la déstabilisation de l’ancienne province du Kivu, et qu’elles ne se soucient pas le moins du monde de mettre à mal le pouvoir de Kigali ! Il suffit, pour s’en convaincre, de voir avec quel diabolique acharnement ils commettent massacres, viols et vols sur les innocentes populations des territoires qu’ils razzient. Génocidaires chez eux, génocidaires également sur cette terre pacifique du Kivu qui regrette amèrement d’avoir accordé hospitalité à cette pègre d’assassins qui lui fait payer aujourd’hui un lourd tribut de sang ! Fardc + Monuc : la loi du surnombre doit jouer sur le terrain ! Quand, de guerre lasse, Joseph Kabila a coalisé avec le Rwanda en décembre 2008 et janvier 2009, pour mettre ces bandits hors d’état de nuire dans le cadre d’une opération militaire conjointe dénommée « Umoja wetu » (Notre unité) menée par les armées des deux pays voisins, il s’est trouvé au Parlement de la commune de Lingwala une poignée de députés frondeurs, dont une grande majorité est originaire de ce coin de la République, pour houspiller l’initiative présidentielle qui n’a pu accomplir avec brio sa mission. Certes, pendant deux mois les éléments des Fdlr ont été durement secoués et une bonne partie de leur logistique a subi des revers importants qui les ont désorganisés. Mais l’hydre s’est aussitôt ressaisie après cette première opération conjointe congolo-rwandaise. Elle a progressivement reconstitué sa capacité de nuisance. Au vu et au su de l’impuissante Mission de l’Onu en République démocratique du Congo qui a pourtant réussi à obtenir la requalification de son mandat par le Conseil de sécurité. L’exécutif onusien a effectivement accédé à la requête pressante de Alan Doss, Représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en République démocratique du Congo, d’agrandir de 3.000 nouveaux éléments en renfort aux 17.000 déjà opérationnels en Rdc. D’ores et déjà les forces combattantes de la Monuc totaliseront en ce mois de juillet un effectif de 21.000 Casques bleus qui, ajoutés aux éléments des Fardc présents sur le terrain des opérations, vont constituer quelque chose comme 50 mille hommes à verser dans l’opération « Kimia II » qui succède à « Umoja wetu » en visant résolument de mettre un terme à cette situation. Y parviendra t-on cette fois au moins ? Des indices permettent de le penser, même si, parallèlement à cette option militaire, Roland Van de Geer, le Représentant spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, affiche du scepticisme quant à la durabilité d’une solution militaire en l’absence de l’appui que peut lui apporter une solution diplomatique et politique. Le diplomate européen raisonne en effet en termes de cette solution-là qui a permis le retour à la paix en République démocratique du Congo et au Burundi au terme de négociations politiques laborieuses internes. Roland Van de Geer est donc de ceux qui, comme nous aussi, restons fermement convaincu que l’on ne peut espérer guérir une plaie purulente sans l’avoir auparavant désinfectée, tout comme il est absurde de mettre un cataplasme sur une jambe de bois, comme c’est le cas pour le Rwanda et ses rebelles hutus du Fdlr. A moins d’exterminer complètement les éléments de cette rébellion pernicieuse, il est difficile d’entrevoir l’éradication totale et définitive de cette dernière sur le sol congolais tant qu’à Kigali on fait la sourde oreille sur toute idée de négociation, et l’on s’enferme dans le carcan de la haine. Fardc contre Fdlr : cette fois ou jamais ! A cette allure, le tout fringant président des Fdlr Ignace Murwanashyak, qui coule des jours paisibles en Allemagne où il n’est nullement inquiété, peut persister à ne jamais imaginer « libérer « le Rwanda autrement qu’à coups de sévices contre des citoyens congolais chez eux, et à s’en vanter sans vergogne ! On ne peut le comprendre : aussi longtemps que ses hommes exercent un contrôle physique sur les mines du Kivu, il trouvera toujours le financement nécessaire pour s’approvisionner en armes et en munitions. Et il lui est loisible de tuer les Congolais à distance par procuration, sans être inquiété le moins du monde par les procureurs de la Cpi ! Mais, tout de même, sur le plan strictement des ressources humaines, on ne peut s’empêcher de penser que 50 mille hommes soient incapables de mettre hors d’état de nuire quelque 5 mille soudards. Même s’ils peuvent bénéficier de l’avantage que leur offre la configuration du terrain, la loi du surnombre devrait jouer en leur défaveur. Dans le cas d’espèce donc, cette loi doit nécessairement privilégier la coalition Fardc-Monuc. En second lieu, il y a l’intervention des hélicoptères de combat dont la livraison a été évoquée par Alan Doss pour servir d’appui aérien aux attaques au sol dans un relief aussi tourmenté que celui du Kivu. De plus, le transport des troupes C-130 mis à la disposition de la Monuc par l’armée belge est d’une nécessité logistique de premier ordre qui permettra d’assurer en temps réel le déplacement des troupes sur le théâtre des opérations afin d’en assurer le succès. Malgré l’indifférence de la communauté internationale qui biaise pour ordonner l’arrestation de Ignace Murwanashyaka pour les tueries à répétition dont se rendent coupables ses hommes au Nord et au Sud-Kivu, il reste que, nonobstant tous ces handicaps, le Gouvernement de Kinshasa doit, cette fois ou jamais, se résoudre à neutraliser définitivement les forces négatives rwandaises qui opèrent sur le sol congolais, avec le concours de toutes les capacités militaires de la Monuc, Certes, si l’on s’en tient au seul rapport des forces entre la coalition Fardc-Monuc d’une part, les Fdlr de l’autre, on peut parier sur une débâcle rapide des forces rebelles, même si elles ont l’avantage de se battre sur un terrain qu’elles connaissent particulièrement bien depuis une décennie, Mais leur infériorité numérique ne saura tenir longtemps devant l’avancée fulgurante des troupes de la coalition, plus nombreuses et surtout plus équipées techniquement parlant. Cependant, à deux jours du début des opérations, le rapport adressé le 29 juin au Conseil de sécurité par le Secrétaire général de l’Onu Ban Ki-Moon a de quoi faire douter de la volonté de la communauté internationale de prêter vraiment mains fortes aux forces gouvernementales dans cette opération qui décidera de la pacification définitive des deux provinces du Kivu par l’éradication toute aussi définitive de la présence des forces négatives hutus rwandaises dans cette contrée. Tant ces rebelles constituent les « principales sources de conflit dans la région des Grands Lacs. En effet, dans son rapport, le Secrétaire général l’Onu jette une hypothèque lourde quant à la réussite de cette opération projetée dans la mesure où, avant même qu’elle ne débute, le patron de l’Onu conditionne le soutien international au gouvernement de Kinshasa « au comportement des unités des Fardc et cessera tout soutien aux opérations dès que ces unités manqueraient u respect des droits de l’homme et violeraient le droit international humanitaire ». Un double constat se dégage des inquiétudes consignées dans ce passage du rapport de Ban Ki-Moon. Et d’un : son document a omis de tenir compte de l’avertissement aux hommes de troupe et à leurs commandants se trouvant en opération, lancé par le chef de l’Etat Joseph Kabila Kabange, commandant en chef des Fardc le 30 juin 2009 dans son message à la nation à l’occasion de la fête de l’Indépendance. En effet, faisant un distinguo nécessaire entre le bon grain et l’ivraie qui poussent tous deux dans l’armée, le président de la République avait anticipé sur les inquiétudes de Ban Ki-Moon en reconnaissant que des cas isolés de dérapage et d’indiscipline sont effectivement reprochés aux éléments de l’armée, mais que ces faits « ne doivent pas être généralisés à toute l’armée ». Ce disant, Joseph Kabila Kabange a même solennellement affirmé que les coupables ont été traduits devant les juridictions compétentes et qu’il en sera toujours ainsi ». Cet engagement est en lui-même suffisant. Il devait persuader le Secrétaire général de l’Onu d’y faire référence dans son rapport, et y puiser l’encouragement à formuler à l’adresse de la communauté internationale pour le soutien qu’elle accorde à la réussite de l’opération « Kimia II » qui démarre dans quarante-huit heures. Et de deux : ce document ignore les propos tenus par Alan Doss, son Représentant spécial à Kinshasa peu avant qu’il ne s’envole pour New York mercredi dernier. Alan Doss a en effet eu l’honnêteté de reconnaître, dans le point de presse tenu le même mercredi, que les responsables des Fardc ont publié au début de cette semaine des communiqués appelant les militaires de faire preuve de discipline, de respect des droits de l’homme et de protection en toutes circonstances pendant l’opération « Kimia II » Le Représentent de Ban Ki-Moon s’en est félicité et il a déclaré que la Monuc, « tout en appuyant l’élan du Haut commandement des Fardc contre des actes et comportements dont certains effectifs des Forces armées de la RDC sont accusés, réitère son engagement à soutenir les efforts du Haut commandement des Fardc qui visent à renforcer la discipline et la morale des troupes ». Et le Représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Rdc a terminé son discours non sans « en encourager les partenaires de la République démocratique du Congo à soutenir les efforts de l’Armée congolaise en particulier, et du Gouvernement congolais en général en vue de renforcer et de combattre l’impunité » au sein de l’armée. Cela étant, nous en venons à nous demander s’il ne faut-il pas soupçonner, dans la non prise en compte de Ban Ki-Moon des communiqués du Haut commandement des Fardc une quelque intention cachée – du genre coup fourré – destinée à porter ombrage à cette opération. Nous ne le savons encore aujourd’hui. Mais il reste que le conditionnement de ce soutien aux Fardc tel qu’il vient d’être formulé par le Secrétaire général de l’Onu au Conseil de sécurité risque d’être mal interprété à Kinshasa. D’aucuns pourraient y voir, bien plus à raison qu’à tort comme une préméditation contre la réussite de « Kimia II ». Clément Vidibio/MMC |
FOCUS : Le rapport de Ban Ki-Moon hypothèque le succès de « Kimia II »
Inscrivez vous
Abonnez-vous à notre newsletter pour recevoir les mises à jour par e-mail.










12 juillet 2009
Actualités