Kinshasa, – A la veille du départ de la délégation d’une partie des membres de
la Conférence épiscopale nationale du Congo, Cenco, au Synode spécial pour l’Afrique à Rome, le président de cette institution de l’Eglise catholique en République Démocratique du Congo, Mgr Nicolas Djomo, s’est exprimé devant la presse confessionnelle sur cette importante rencontre qui va déterminer l’avenir de l’Eglise catholique sur le continent africain.
D.I.A./RENAITRE : Vous êtes, depuis une année, Président de
la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO). Vous conduisez la délégation des Evêques qui prendront part au prochain Synode Spécial pour l’Afrique sur le thème : « L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le Sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde ». En quoi un tel thème est actuel pour la vie en R D Congo et en Afrique ?
Mgr Djomo :
La République Démocratique du Congo est un pays qui a souffert de l’une des plus grandes injustices, ces dernières années. Des guerres injustes, assassines et inopportunes lui imposées ont causé des dégâts incommensurables. Nous continuons de déplorer des massacres gratuits de la population civile, l’extermination ciblée des jeunes, les viols systématiques perpétrés comme arme de guerre, l’enrôlement des enfants dans les rangs des combattants.
La RDC pleure plus ou moins 4 millions de morts, selon les estimations. On évalue au moins à 2 millions de déplacés internes depuis le début des atrocités. Un drame humanitaire s’est déroulé dans notre pays qui s’apparente à un génocide silencieux, déclaraient les Evêques de
la CENCO.
Les communautés affectées par toutes ces guerres sont traumatisées, parfois divisées et profondément appauvries. De la profondeur de leur souffrance se trouve ce désir profond de la paix, de cette paix qui est fruit de la justice. Dans ce contexte, la réconciliation est une urgence. Le Synode offre à l’Eglise de
la RD Congo l’opportunité de délivrer son message pour que justice soit faite. Pour notre Eglise, le Synode est donc un temps d’Espérance, un moment privilégié pour parler de la paix et de ce qui a été à la base des guerres qui ont endeuillé notre pays. Le même souhait m’anime à l’égard d’autres pays d’Afrique vivant des situations similaires que
la RD Congo, la région du Darfour par exemple.
D.I.A./RENAITRE : Quelle contribution l’Eglise –Famille de Dieu en République Démocratique du Congo entend apporter au cours des travaux du Synode ?
Mgr Djomo :
La CENCO est
la Conférence Episcopale qui a, non seulement publié le plus de messages pour la paix, la justice et la réconciliation ces dernières années, mais elle est également celle qui a fait montre d’un courage prophétique exceptionnelle, avec une présence consolatrice remarquable auprès des populations victimes de violence de tout genre. Si vous parcourez tous les différents programmes mis en place par nos différentes commissions épiscopales sur la justice, la paix et la réconciliation, vous vous rendrez compte du total engagement de notre Eglise à la promotion des valeurs de la justice, de la paix et de la réconciliation. Nous allons donc partager, avec les Eglises sœurs, l’expérience qui a été la nôtre pendant ces moments douloureux et comment nous avons travaillé pour que la paix advienne et que la réconciliation qui s’en suivrait soit une occasion de reconstruction communautaire.
D.I.A./RENAITRE : Y a-t-il des attentes personnelles ‘ particulières’ par rapport à ce deuxième synode ?
Mgr Djomo : L’Eglise du Congo attend que le Synode aborde les questions de fond qui sont à la base des conflits dans notre pays et dans
la Sous-région. Il s’agit de : l’exploitation illégale des ressources naturelles, l’instauration de l’état de droit dans ces pays, les violences faites aux femmes et le projet funeste de balkanisation de
la RD.Congo. L’Eglise a toujours stigmatisé le lien indéniable entre l’exploitation des ressources et les guerres récurrentes que nous vivons. En effet, comme nous l’avons souligné à maintes reprises, « au lieu de contribuer au développement de notre pays et profiter à notre peuple, les minerais, le pétrole et la forêt sont devenus des causes de notre malheur ». Mais l’exploitation des ressources a des implications qui dépassent les frontières de notre pays. Voilà pourquoi nous souhaitons que le Synode s’y penche pour qu’une prise de conscience internationale s’opère afin que cesse cette pratique maffieuse qui suscite le désordre et encourage l’impunité. Tout le monde connaît le rôle néfaste des milices qui se sont formées autour des puits d’or et de coltan. Aujourd’hui, notre pays bat le triste record de violences faites aux femmes. Ces questions devraient retenir l’attention des Eglises d’Afrique car ce qui est arrivé à notre pays peut se reproduire dans un autre. Mais nous savons aussi que la justice, la paix et la réconciliation ne peuvent se réaliser que là où il y a l’état de droit dans des pays, promoteurs des valeurs démocratiques. Or, le problème de fond qui est l’une des causes des conflits dans nos pays c’est l’absence de l’état de droit. Cette question est fondamentale. Elle devra préoccuper tous ceux qui travaillent pour l’avènement d’un monde meilleur en Afrique.
D’une manière particulière, nous attendons que, face au silence de la communauté internationale, l’Eglise au moins reconnaisse la souffrance du peuple congolais qui a été victime des guerres injustes. Il s’agit d’un message de solidarité avec ces peuples qui ont tant souffert des guerres oubliées : le RDC, le Darfour par exemple… Nous attendons qu’unis au peuple de Dieu qui est au Congo particulièrement, l’Eglise dénonce ce génocide silencieux et réclame que justice soit faite, tant au niveau interne qu’au niveau externe.
D.I.A./RENAITRE : Quelles stratégies prendre pour que les résultats du Synode aident effectivement le Continent Africain à renaître ?
Mgr Djomo : L’après Synode devrait amener les Eglises d’Afrique à plus de solidarité. Comme vous avez eu à le constater, au cours des événements malheureux que notre pays a connus, la solidarité des Eglises sœurs a certes joué, mais nous souhaitons à ce qu’elle soit de plus en plus forte. Pour parler des stratégies pour le suivi du Synode, nous pensons que la première devrait être le renforcement des structures au niveau de
la Sous-région, en mettant en place des axes communs de communication pour la justice, la paix et la réconciliation. Une autre stratégie pourrait consister à mobiliser nos différents Centres d’études pour qu’ils consacrent leurs recherches sur les réalités profondes de nos pays et qu’ils deviennent des Centres de prospectives pour la prévention des conflits et de consolidation de la paix. La même mission est à confier à nos jeunes Universités et Facultés Catholiques, de plus en plus nombreuses.
En outre, nous avons l’obligation de nous engager encore plus dans l’action de développement. Cela implique une nouvelle vision du travail de nos organismes affectés principalement à cette tâche. Depuis longtemps, pour des raisons tout à fait compréhensibles, certains de nos organismes, comme CARITAS, ont dû consacrer la plus grande partie de leurs énergies aux urgences. Nous pensons qu’il est temps de passer progressivement de l’urgence au développement.
Bref, notre souhait est que, au terme de ce Synode, grâce aux échanges entre les Pères Synodaux, autour du Saint-Père et grâce à l’aide du Seigneur qui ne manquera pas de nous envoyer son Esprit, nous puissions nous doter d’instruments pastoraux de plus en plus appropriés à l’éradication des réelles causes de déstabilisation de l’Afrique pour l’établissement d’une paix durable, condition sine qua non du développement de nos pays. (Agence catholique D.I.A. www.dia-afrique.org)








1 octobre 2009
Au fil des jours