Le groupe « Antenne Libre ASFCO » de Bukavu manifeste ses inquiétudes et ses craintes vis-à-vis les informations qui depuis un certain temps circulent dans le pays sur une éventuelle révision de la charte constitutionnelle de la RDC.
Depuis quelques semaines, les informations de plus en plus inquiétantes nous parviennent sur une éventuelle révision de la constitution de la république démocratique du Congo du 18 février 2006. En effet, à l’initiative du président de la république, Joseph KABILA KABANGE, une commission d’«évaluation de la constitution » vient d’être mise en place pour étudier les dispositions de la constitution.
Selon plusieurs sources concordantes, cette commission qui comprend une dizaine d’experts représentants la présidence de la république, la primature, l’Assemblée Nationale, le sénat et la cour suprême de justice, réfléchit sur un projet de modification de certaines dispositions de la constitution.
Selon les informations qui nous parviennent, la première modification viserait à renoncer à mettre en place les 15 provinces supplémentaires prévues par la constitution ; la deuxième consisterait à modifier la durée du mandat présidentiel, passant de cinq ans renouvelables une seule fois à sept ans sans limite et la troisième vise à permettre au président de la république de siéger au conseil supérieur de la magistrature.
Notre pays, la République démocratique du Congo, ne s’est pas encore remis de sa longue crise multisectorielle et ils se trouve encore en état de guerre. Le feu n’est pas encore éteint, il est à notre milieu, il est juste à coté de nous. Toute tentative de révision de la constitution serait mettre la poudre au feu et pourrait occasionner des graves conséquences incalculables sur la paix, la cohésion sociale et la reconstruction difficile du pays.
Dans son exposé des motifs, la constitution du 18 avril 2006, au point 1, déclare clairement : « dans le but d’une part, de consolider l’unité nationale mise à mal par des guerres successives et, d’autre part, de créer des centres d’impulsion et de développement à la base, le constituant a structuré administrativement l’Etat congolais en 25 provinces plus la ville de Kinshasa dotées de la personnalité juridique et exerçant des compétences de proximité énumérées dans la présente constitution ». Cette subdivision administrative est confirmée à l’article 2 de la même constitution.
Parmi les dispositions sous le collimateur de la fameuse et surprenante commission d’ « d’évaluation de la constitution », figure celle que nous venons d’évoquer ci haut. Une longue série de questions passent par la tête de nous même, mais aussi de pas mal de nos frères et sœurs de ce grand pays, surtout dans les zones où nous ressentons les affres d’une guerre qui ne se veut pas qu’on termine.
- En renonçant à la mise en place de ces 15 province supplémentaires, l’unité nationale, que les constituants de 2006, affirment vouloir consolider, ne serait plus mise en mal ?
- Quelles étaient les véritables motivations des constituants de 2006 en proposant cette subdivision administrative ?
- Étaient elles réellement fondées sur le souci de consolider la paix et de créer des centres d’impulsion et de développement ou c’était dans le souci de vouloir se tailler des postes en se présentant comme élu ou représentant de telle ou telle autre future province ?
- La répartition des sièges de sénateurs ne tient elle pas compte de ce découpage en 25 provinces ?
- Qu’est ce qui manque à la république pour matérialiser cette disposition ?
- Les infrastructures, nous diraient, nos autorités, mais qu’est ce qui manque pour que les infrastructures suivent ?
- Est ce que les 11 existantes, sont elles suffisamment équipées en infrastructures ?
Il nous semble que et pour les constituant de 2006 et pour ceux qui veulent remettre en cause cette subdivision, les motivations sont autres et ce n’est nullement l’intérêt des congolaises et congolais qui est visé.
La constitution d’un pays, faut il le rappeler, c’est l’âme d’une Nation, c’est elle qui dicte et fixe les modalités de fonctionnement d’un Etat. La constitution est un instrument sacro-saint et que par conséquent, non seulement elle protège et guide la Nation, mais aussi et surtout, elle doit elle-même être sérieusement protégées tant par ses propres dispositions que par tous, les filles et fils du pays.
L’exemple de la constitution américaine, vielle de plus de deux cents ans et qui n’a subi qu’une vingtaine d’amendements et non une révision devrait nous servir d’exemple. Chez nous, c’est le contraire, seuls trois ans suffisent pour qu’on évoque déjà des possibles révisions de la constitution et comme cela ne suffisait pas, on veut même toucher à l’intouchable, réviser ce qui ne peut l’être.
Les constituants de 2006, conscients des mauvaises mentalités des politiciens congolais qui, une fois, au pouvoir, ayant goûté au miel et à l’orgueil du pouvoir, ne veulent plus l’abandonner et tiennent à tout prix et par tous les moyens à s’y accrocher et cela même contre la volonté du peuple, avaient bien pensé, protéger cette fois – ci, notre constitution. C’est dans cet esprit que dès l’exposé des motifs, il est clairement dit au point 4 de celui-ci que : « pour préserver les principes démocratiques contenus dans la présente constitution contre les aléas de la vie politique et les révisions intempestives, les révisions relatives à la forme républicaine de l’Etat, au principe du suffrage universel, à la forme représentative du Gouvernement, au nombre et à la durée des mandats du président de la république, à l’indépendance du pouvoir judiciaire, au pluralisme politique et syndical ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle. » cet énoncé est confirmé et repris à l’article 220 de notre constitution.
Quelle mouche vous pique alors pour commencer, très tôt comme ça, à envisager la révision de l’« irréversible »? Est ce un problème de compréhension des textes ou le français, notre langue nationale, utilisée dans la constitution, vous échappe un peu, pour que vous envisagiez l’infaisable ? Ce qu’on n’est pas en mesure de faire en cinq ans, par manque de volonté et de dynamisme politique, soyez surs, chers dirigeants, que vous ne le ferez pas même en 50ans.
Peuple congolais, amis du Congo, vous toutes et tous qui aimez le Congo, ouvrons l’œil et le bon. N’ayons pas de courte mémoire. Ces histoires de révision de la constitution vont encore une fois nous plonger dans une véritable dictature, plus viril ante et écrasante que celle connue sous la deuxième république. Rappelons nous, c’est à partir des révisions intempestives et de non respect des textes et lois, dont la plus suprême qu’est la constitution, que notre cher et aimé pays est tombé dans un système dictatorial sans pareil et dont nous subissons jusqu’à ces jours le coup. D’un mandat de cinq ans, on est passé à celui de sept ans, après celui-ci on s’est octroyé un autre de sept, appelée « le septennat du social », et le social s’en est il suivi ? De cinq on est arrivé au mandat à vie, jusqu’à 32 ans de règne, les conséquences, nous le subissons encore. Retombons encore dans les mêmes erreurs ?
Ne soyons pas du tout naïf ni encore moins dupe, ce pays appartient à nous tous, aucune personne ni groupe d’individus, parce qu’ils ont seulement, on ne sait par quelle magie, une parcelle de pouvoir, ne vienne s’en approprier et commencer à en faire une domaine privé.
Le peuple congolais qui, à tord ou à raison, trompé ou conscient, a adopté par voie référendaire la constitution, elle-même, élaborée par cela même qui sont au pouvoir aujourd’hui et qui pour des raisons et des calculs politiques veulent aujourd’hui remettre en cause leur œuvre, n’a pas besoin de cette révision et celle – ci n’est ni opportune encore moins une priorité.
Que demande le peuple congolais ? Certainement, pas des révisions intempestives de la constitution ne visant qu’avez vous accrocher au pouvoir et vous faire des présidents et ministres à vie. Les choses évoluent un peu partout, pourquoi seulement chez nous où nous voulons toujours faire le contraire de tout ce qui se passe ailleurs ?
Le peuple demande sans se lasser, depuis plusieurs décennies : LA PAIX, LE DEVELOPPEMENT, LES ROUTES, LES HOPITAUX, LES ECOLES, LA NOURRITURE,…
Rendons nous nos richesses par une répartition équitable de nos ressources et arrêtez de nous distraire par vos projets. A la place des commissions dites d’ «évaluation de la constitution », mettez en place des commissions d’ « évaluation de vos cinq chantiers » et le peuple vous sera reconnaissant. Ne cherchez pas à justifier vos échecs et la non réalisation de vos promesses électoralistes par des dispositions constitutionnelles. Dans un pays, lorsque on révise à tout moment et selon l’humeur des dirigeants, cela crée une certaine crainte dans le chef de plusieurs investisseurs et constitue une preuve patente de l’instabilité qui règne dans ce pays ; faites donc attention.
Fort de tout ce qui précède, l’Antenne Libre ASFCO, condamne avec la toute dernière énergie, cette tentative de coup d’Etat constitutionnel et invite le président de la république, garant de la Nation, à veiller au respect strict et scrupuleux de toutes les dispositions de la constitution et à renoncer à son projet. Nous invitons aussi le peuple à rester très vigilant et à ne pas adhérer à des telles initiatives pour le triomphe de la démocratie et l’instauration d’un Etat de droit dans notre pays.
Bukavu, ce 04 octobre 2009
©Antenne Libre ASFCO, 2009










3 octobre 2009
Au fil des jours