LA PRESSE CONGOLAISE DE CE LUNDI 05 octobre 2009

5 octobre 2009

Actualités

per CongoForum

La rentrée judiciaire est le titre qui fait l’unanimité dans les journaux parus ce matin dans

la Capitale. Les discours ont porté sur la « Tolérance Zéro », mais aussi sur les élections.

Il est aussi question du remaniement ministériel et du sort de JP Bemba.

Rentrée judiciaire

Dès le WE, les médias se sont accordés pour souligner qu’elle a eu lieu sous le signe de

la « Tolérance Zéro », avec des titres comme « Rentrée Judiciaire : Les magistrats invités

à poursuivre les auteurs de détournements de biens publics jusqu’à leur dernier

retranchement » (Digitalcongo) ou « Magistrats : feu vert pour traquer lesdétourneurs » (Radio Okapi)

Le Procureur général de la République, Flory Numbi, a soutenu que la corruption, la

concussion et les détournements de biens et de deniers publics sont des antivaleurs qui

freinent la réalisation de Cinq chantiers de la République initiés par le chef de l’Etat,

Joseph Kabila.

Le siège de la Cour suprême de justice (Csj) – remis à neuf et équipé après l’incendie

provoqué par les militants du Mlc au lendemain du 2ème tour de l’élection présidentielle

– a servi de cadre, samedi 3 octobre 2009, à l’audience solennelle de la rentrée judiciaire

2009-2010.

Cette cérémonie a été rehaussée de la présence du chef de l’Etat et magistrat suprême,

Joseph Kabila, qui a ainsi tenu à témoigner le prix qu’il attache au bon fonctionnement de

l’appareil judiciaire.

On a également noté la présence de plusieurs personnalités, entre autres, les deux

présidents des chambres du Parlement, Evariste Boshab (Assemblée nationale), Léon

Kengo (Sénat), le Premier ministre, Adolphe Muzito, le président de l’Assemblée

provinciale de Kinshasa, Roger Singi, les membres du gouvernements, les ambassadeurs

et chefs de missions diplomatiques, les représentants des organisations internationales,

les chefs de confessions religieuses, etc.

A cette occasion, le Procureur général de la République (Pgr), Flory Kabange Numbi, a

prononcé une mercuriale dans laquelle il a dénoncé la corruption, la concussion et les

détournements de biens et deniers publics perpétrés par les fonctionnaires de l’Etat.

Il a salué la détermination des autorités du pays de combattre ces antivaleurs qui

compromettent la réussite de Cinq chantiers initiés par le chef de l’Etat, Joseph Kabila,

un vaste programme de reconstruction qui chaque jour fait changer le visage de la Rdc.

Le Pgr a indiqué qu’en sa qualité de protecteur légal de la loi, il s’accrochera à cette lutte

contre l’impunité et a rappelé que dans un Etat de droit, nul n’est au-dessus de la loi.

Flory K. Numbi a invité les magistrats à user de toutes les voies légales pour rechercher

les infractions et sanctionner les auteurs.

Il a également appelé la population à dénoncer tous les auteurs de détournements,

corruptions et concussions en les rassurant de garder leur anonymat.

Auparavant, le président de la Csj, Bemwenze Kienga, a, mis l’accent dans son allocution

de circonstance sur les respects de la Constitution et a planché sur la validité des actes

pris par la Csj en cas de force majeure.

« Les magistrats sont désormais autorisés à poursuivre les détourneurs des deniers

publics jusque dans leurs derniers retranchements. Le procureur général de la

République a donné le ton hier samedi au cours de la rentrée judiciaire à Kinshasa, en

présence du chef de l’Etat, Joseph Kabila. Quitte à la population de dénoncer ces

détourneurs », a-t-il ajouté, à ce que rapporte »

radiookapi.net

Premier à prendre la parole, le premier président de la Cour suprême de justice, Gervais

Bimwenzi a disserté sur la force majeure en droit constitutionnel. Il a parlé de la

continuité et de la régularité de la CEI, juridiquement autorisée à parachever le

processus électoral en RDC jusqu’à son remplacement par la Ceni.

A son tour, le procureur général de la République, Flory Numbi, a axé son intervention

autour de l’infraction de détournement des deniers publics et privés en droit positif

congolais. A cet effet, le PGR a indiqué que pour réussir l’opération « Tolérance zéro »

initiée par le président Joseph Kabila, il faut quitter le stade des slogans et réadapter les

textes relatifs au régime des immunités et des privilèges dont bénéficient certaines

personnalités.

« L’Etat de droit n’est-il pas par essence celui où la loi est au-dessus de tous ? », s’est-il

interrogé. Et d’inviter les magistrats du parquet ainsi que leurs auxiliaires à user de

toutes les voies légales pour rechercher les infractions de détournement et en poursuivre

les auteurs.

Enfin, Mbuyi Mbiye, bâtonnier national, a stigmatisé la justice congolaise qui donne une

image partielle, selon lui. Une image qui ne reflète que l’insolite, la catastrophe et par

conséquent les échecs et les faiblesses des juges.

La conséquence, a-t-il poursuivi, est qu’aujourd’hui, même les personnes les plus

convaincues de leur culpabilité ou de l’absence du bon droit en leur chef, émettent des

critiques acerbes à l’endroit de la justice considérée comme abjecte et qualifiée même

d’une justice injuste.

Réaction d’un magistrat

Certains magistrats présents à cette cérémonie de rentrée judiciaire ont favorablement

accueilli l’appel leur lancé par le procureur générale de la République. Selon Kisula

Betika, procureur de la République au parquet de grande instance de la Gombe, le

procureur vient de donner le ton : « Le chef vient de nous réarmer. Nous allons appliquer

la loi et nous avons déjà commencé. Nous allons poursuivre les détourneurs jusque dans

leurs derniers retranchements, bien sûr, en appliquant la loi. Donc, les textes nous

donnent tous les moyens. Et comme le chef l’a dit, nous avons besoin de la e pas

maintenant

Du statut des magistrats et de leur indépendance

A l’instar de toute activité dont le succès repose en majeure partie sur le facteur humain,

la justice congolaise ne peut redémarrer et évoluer dans une bonne direction si une

attention particulière n’est accordée à la qualité ainsi qu’aux conditions de vie et de

travail de ceux qui la servent. Et la loi organique 06/020 du 10 octobre 2006 portant

statut des magistrats, dans son exposé des motifs, revient sur l’indépendance des

magistrats. Cette indépendance édictée dans toutes les constitutions que la RDC a

connues, n’a jamais été suivie d’effets. Et en élaborant cette loi organique, le constituant

a clairement exprimé la nécessité de faire sortir le pouvoir judiciaire du carcan dans

lequel il est enfermé.

Qui dit indépendance du magistrat, dit également moyens d’action et surtout les

conditions sociales et de travail du magistrat. Dans un mémo adressé en 2003 au chef de

l’Etat, le Synamag, le syndicat national des magistrats, rappelle que le magistrat de la

RDC n’échappe pas aux divers maux qui rongent la grande masse de la société

congolaise : corruption, concussion, incurie, irresponsabilité, indiscipline, sans oublier les

valeurs humaines et morales générales. Donc, comme la société congolaise elle-même,

la justice est à refaire complètement et rapidement afin de regagner la confiance du

peuple, et de mieux jouer son rôle d’instrument d’équilibre et de paix sociale en vue du

développement à la fois de l’homme et du pays, peut-on lire.

Ce document indique en outre que plusieurs promesses ont été faites par les

gouvernements qui se sont succédé depuis 1990 en vue d’améliorer les conditions de vie

et de travail des magistrats. Mais ces promesses n’ont malheureusement pas été tenues.

Le mémo du Synamag fixe enfin un tableau de rémunération des magistrats. Ce tableau

compare les rémunérations des magistrats congolais avec celles des magistrats d’autres

pays africains. Il recommande par exemple que le salaire du premier président de la CSJ

soit l’équivalent de celui d’un ministre, etc.

Et pour revenir à la loi organique portant statut des magistrats, les articles 25 et 26

spécifient les avantages sociaux, le traitement et autres indemnités du magistrat. Ces

avantages vont des allocations familiales au pécule des vacances, en passant par le

logement, le transport, les frais funéraires.

En définitive, parler de l’indépendance de la magistrature revient notamment à assurer

au magistrat un salaire décent qui le mette à l’abri de toutes les sollicitations. De cette

indépendance, dépendra en partie la réussite de la mission de poursuivre les détourneurs

des deniers publics.

Commentaires

La Référence+ aussi bien que Le Potentiel et Le Phare mettent en évidence les

détourneurs des deniers publics, visés dans la mercuriale que le procureur général de la

République a prononcée lors de cette rentrée judiciaire samedi 3 octobre dernier.

Pour La Réf+, « Flory Numbi, le procureur général de la République, a plaidé pour la

levée des immunités aux dirigeants pour que la rigueur de la loi s’applique à tout le

monde en cas d’infraction. Les magistrats ont ainsi reçu le feu vert pour traquer non

seulement les petits citoyens mais aussi les « kuluna en cravate » (expression

congolaise équivalant à notre « criminel en col blanc » NdlR) responsablesd’infractions…

».

Pour sa part, Le Potentiel

constate que « les corrupteurs et les détourneurs sontcouverts par les immunités

».Néanmoins, ce quotidien pense que la mise en garde lancée

à l’endroit des détourneurs a beaucoup de chance de réussir dans la mesure où celle-ci

constitue « une belle réplique qui intervient trois mois après le terrible réquisitoire du

président de la République sur les opérateurs judiciaires ».

Le Potentiel relève par la suite que le PGR s’est adressé au législateur auquel il a

demandé de « réadapter les textes relatifs au régime des immunités et des privilègesdont bénéficient certains d’entre nous

».

(Tout cela est fort bien dit, mais il est beaucoup moins simple de le mettre en

application, parce qu’il existe au Congo une situation contradictoire qui finit en cercle

vicieux. D’une part, il est clair que la corruption et les détournements font des ravages à

tous les échelons du pouvoir et cela pousse à rejeter les immunités qui servent de

« parapluie » aux indélicats. Mais à côté de ces faits que l’on pourrait appeler des « abus

de pouvoir économiques », il y a aussi la tendance à l’abus de pouvoir politique, souvent

appelée aussi la « dérive autoritaire du pouvoir ». Et, là, le seul contrepoids possible est

la critique des mandataires politiques et de la société civile. Cela pousse à conserver et à

renforcer l’immunité de ceux qui exercent ce droit de critique ! NdlR)

Pour Le Phare, si « Le PGR a invité les Congolais à dénoncer les détourneurs », il a parla même occasion promis la garantie de l’anonymat à la population ». (Disons-le

nettement : certaines phrases prononcées ressemblaient désagréablement à des appels à

la délation et rappelaient le « Miso gaa » et les appels à la « vigilance » du MPR ! NdlR

Elections

S’agissant de la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI) qui aurait dû

intervenir de plein droit dès l’installation du nouveau Parlement à l’issue des élections

législatives de 2006 et qui poursuit encore ses activités malgré tout, LE POTENTIEL note

que « la CEI dissoute bénéficie de la force majeure en droit constitutionnel » au terme de

l’arrêt de justice autorisant la prolongation du mandat de la Commission électorale

indépendante.

Se référant donc à cet arrêt, le 1er président de la Cour suprême de justice « autorise la

prolongation de ce mandat afin d’assurer la gestion des affaires courantes ».En cela, note ce quotidien, la CSJ se fonde sur le principe du droit de «

la force majeureen droit constitutionnel ».

(Le raisonnement juridique est impeccable. On peut quand même se demander si le

maintien d’une Commission très discutée est un bon moyen pour rendre crédibles les

élections à venir. A empile les uns su les autres des meubles boiteux, on obtient

difficilement une asise solide . NdlR)

Remaniement

L’Avenir consacre sa manchette au remaniement ministériel « les choses se précisent »,affirme-t-il, « pour plusieurs raisons ».

Le journal pense que le départ de l’ancien ministre des Relations avec le Parlement, le

professeur Adolphe Lumanu pour le cabinet du chef de l’Etat, et le décès, il y a une

semaine du ministre de l’Economie André-Philippe Futa constituent deux paramètres qui

permettent de croire que le chef de l’Etat n’est pas très loin de procéder au remaniement

de l’équipe gouvernementale. Partant, le journal se fait l’écho de l’opinion qui, dit-il,

« demande que les prochaines nominations soient faites en fonction des objectifs à

atteindre et non en termes de la désignation des ministres potentiels par des chefs de

partis ».

Bemba

Avec la suspension de sa remise en liberté, « le pire s’annonce pour Bemba », titre LePhare qui ajoute « l’horizon s’est considérablement assombri pour le leader du MLC

depuis que la Chambre préliminaire II a décidé d’accorder à l’appel du procureur Moreno

O’ Campo un effet suspensif sur la décision de remise en liberté provisoire ».Pour ce journal, «

tous les paramètres d’appréciation du dossier judiciaire du numéro Un

du MLC ainsi que la gravité des charges qui pèsent sur lui indiquent qu’il est parti pour un

procès dont la première audience pourrait avoir lieu probablement au début de 2010 ».

Le Phare rappelle à ses lecteurs que « la CPI a habitué les Congolais à des renvois

d’audience qui prennent au moins six mois, soit en moyenne deux audiences par an ». Etde rappeler que «

Thomas Lubanga a dû consommer deux années de détention provisoire

avant l’ouverture de son procès. Jean-Pierre Bemba s’achemine vers sa deuxième année

de séjour à La Haye, sans qu’il soit fixé sur la date de la première audience de son

procès ».Compte tenu de tous ces paramètres, Le Phare a raison de croire que, quoi que l’on

puisse penser, il est difficile d’envisager au leader du MLC une sortie du tunnel avant les

prochaines élections de 2011, et par conséquent, il invite à présent « les cadres et

militants du MLC à avoir les deux pieds sur terre, que son procès se termine par son

acquittement ou sa lourde condamnation ».

© CongoForum, le lundi 5 octobre 2009

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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