CONGO ACTUALITE’ n° 98

10 octobre 2009

Actualités

 

SOMMAIRE

ÉDITORIAL 

KIMYA II AU SUD KIVU: DETRESSE DES POPULATIONS DANS UN SOMBRE HORIZON 

LE RAPPORT DE OXFAM 

LE RAPPORT DE INTERNATIONAL CRISIS GROUP

 

 

 

ÉDITORIAL

 

Plusieurs Ong sont en train de prendre conscience de l’ampleur des dommages collatéraux de l’opération militaire Kimya II contre les FDLR dans le Sud Kivu (RDCongo) et de son inefficacité, car il n’est pas sûr qu’elle puisse résoudre le problème de la présence des FDLR en RDCongo. Un nombre toujours croissant d’Ong commence en effet à demander la suspension de Kimya II au profit d’autres stratégies.   

Beaucoup sont les propositions et il s’impose une évaluation de chacune d’elles.   

 

1. Pour affaiblir la base des FDLR en RDCongo, on propose de rompre-empêcher la relation et les contacts existants entre les membres des FDLR présents en RDCongo et les responsables politique du mouvement résidents en Europe et en Amérique, en empêchant à ces dernier leur activité de propagande et d’information et en levant contre eux des procédures judiciaires, pour leur éventuelle complicité en crimes de guerre et en crimes contre l’humanité commis en RDCongo par d’autres membres du mouvement qu’ils représentent. Telle proposition comporte le risque de museler une voix politique dissidente légitime, sous couvert d’une complicité présumée  dans des crimes contre l’humanité et des violations des droits de l’homme.   

 

2. L‘on propose au Rwanda de présenter une nouvelle liste de membres des FDLR encore actifs et supposés d’être impliqué dans le génocide rwandais de 1994, pour pouvoir déceler les membres du mouvement non impliqués dans les événements de 1994 et commencer avec eux un dialogue, en vue de leur désarmement, rapatriement ou relocalisation dans d’autres territoires de la RDCongo ou, même, dans des Pays africains tiers.   

Cette deuxième proposition a le mérite de demander à l’actuel régime rwandais de s’engager directement, avec le gouvernement congolais et avec la médiation de
la Communauté Internationale, dans un dialogue ouvert avec, au moins, une partie des FDLR, celle qui n’est pas impliquée dans les événements rwandais de 1994. Cette proposition était déjà contenue dans les accords signés à Nairobi par les deux gouvernements congolais et rwandais au mois de novembre 2007, mais elle échoua quand le Rwanda présenta, après quelques mois, une liste de 6 997 FDLR génocidaires, un chiffre qui couvrait la totalité des membres du mouvement en question. Par la suite, lors de la rencontre du 31 octobre 2008 avec le ministre belge des Affaires Étrangères, Karel De Gucht, le Président rwandais Paul Kagame s’était exprimé en des termes différents, en mentionnant une deuxième liste de 120 génocidaires. Si, comme il pourrait être possible en relisant le passé, Kigali inscrit encore dans la nouvelle liste les noms des principaux responsables politiques et militaires des FDLR, même cette deuxième proposition n’apportera pas les résultats attendus.     

 

3. L‘on propose, finalement, l’intervention de forces militaires rwandaises spéciales pour neutraliser la chaîne de commandement des FDLR et arriver ainsi à la reddition, au désarmement et au rapatriement/relocalisation des membres du mouvement. Cependant, toute opération militaire comporte de nombreux risques pour la sécurité de la population civile, comme démontré dans la situation actuelle.  En outre, la stratégie adoptée par les FDLR (actions de guérilla et de représailles) et la configuration du terrain (montagneux et recouvert de forêt) sont deux grands obstacles aux objectifs préétablis. Il faut aussi rappeler que depuis déjà treize ans, depuis 1996, d’une manière ou dans une autre, l’armée rwandaise a été toujours présente dans le Kivu, en appuyant les différents  mouvements rebelles, l’AFDL, le RCD et le CNDP qui avaient comme objectif « officiel » la neutralisation des FDLR. Le suspect est que, sous couvert de la défense de la minorité tutsie et de la lutte contre les FDLR, le régime rwandais soit en train de tenter une véritable occupation militaire du Kivu, au service des intérêts économiques et financiers de puissances et multinationales occidentales engagées dans l’exploitation illégale des ressources minières (coltan, or, cassitérite,…), du pétrole du Lac Albert (aux frontières avec l’Ouganda) et du gaz méthane du lac Kivu (aux frontières avec le Rwanda).    

Selon des observateurs, précédemment le risque de ces trois propositions est de remprunter des chemins déjà échoués dans le passé.    

 

4. Une quatrième possibilité reste encore: celle du dialogue politique et de
la diplomatie. Beaucoup d’observateurs sont convaincus que la paix dans l’est de la RDCongo en général et dans le Kivu en particulier dépend d’un changement de la situation politique au Rwanda, où l’idéologie de l’unitarisme culturel et politique et l’apparence d’un grand développement économique et technologique (au service, hélas, de la seule classe dirigeante et militaire, cachent, en réalité, un système politique basé sur la dictature, la répression et la violation des droits de l’homme.
La Communauté Internationale bien sait  que c’est le manque de liberté et de démocratie au Rwanda qui empêche le retour volontaire des FDLR dans leur Patrie, mais hypocritement elle fait semblant de ne pas le savoir et continue cyniquement à imposer aux FDLR un rapatriement volontaire impossible. Pour rentrer au pays, les FDLR demandent simplement un effort supplémentaire de réconciliation nationale, chaque partie reconnaissant ses propres responsabilités dans le drame rwandais de 1990 – 1994 et l’ouverture de l’espace politique à l’opposition, pour permettre la démocratisation du Pays. La justice vis-à-vis du passé se situe dans le contexte de la réconciliation nationale et de la démocratisation du Pays et ce chemin est possible seulement dans le dialogue et l’acceptation réciproque. Pour cela, les FDLR posent l’ouverture d’un dialogue inter rwandais comme condition nécessaire pour leur retour volontaire en patrie. Si l’Onu,
la Communauté Internationale et le Rwanda veulent arriver au rapatriement des FDLR, ils savent que la tenue d’un dialogue inter rwandais entre gouvernement et opposition, interne et externe, est un passage difficile, mais nécessaire. Le manque d’un dialogue inter rwandais révèle tout simplement  l’absence de volonté politique de la part de
la Communauté Internationale et du Rwanda même pour résoudre le problème des FDLR qui continuent à être un alibi utile au Rwanda, lui permettant de garder le contrôle sur le Kivu et aux multinationales occidentales, leur permettant de continuer, sans être inquiétées, l’exploitation illégale des ressources naturelles du Kivu (coltan, or, cassitérite, pétrole et gaz méthane). 

La coopération économique entre le Rwanda et la RDCongo résultera insuffisante, si elle ne sera pas accompagnée d’un processus de démocratisation du Rwanda même, car elle contribuera tout simplement à « légaliser » l’exploitation illégale et clandestine des ressources naturelles du Kivu. La démocratisation du Rwanda résoudrait simultanément les deux problèmes fondamentaux du Kivu: 1. la présence des FDLR, car elles pourraient rentrer finalement au Rwanda et 2. la naissance de rébellions appuyées par le Rwanda, car ce dernier n’aurait plus d’alibi pour intervenir en RDCongo avec le prétexte de neutraliser la menace représentée par les FDLR. La démocratisation du Rwanda est le seul chemin qui puisse rendre la Paix au Kivu.         

 

KIMYA II AU SUD KIVU: DETRESSE DES POPULATIONS DANS UN SOMBRE HORIZON

Réflexions d’un citoyen congolais du Sud Kivu, en République Démocratique du Congo. 

 

Officiellement l’opération militaire Kimya II contre les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) a débuté le 12 juillet. Maintenant l’insécurité et les affrontements sont généralisés au Sud-Kivu et spécifiquement dans les territoires de Shabunda, Walungu, Kalehe, Mwenga, Uvira. Les troupes des Forces Armées de
la République Démocratique du Congo (FARDC),
l’armée nationale, sont appuyées par les Casques bleus pakistanais de
la MONUC. Le bilan des affrontements n’est toujours pas donné officiellement et cette guerre n’est couverte par aucune presse. 

 

Une guerre généralisée, des populations sans assistance 

Dans le territoire de Shabunda on compte des villages pillés et des populations déplacées par milliers. 

Dans le territoire de Walungu, groupement de Kaniola, les populations des villages qui longent la forêt (Nyamarege, Cindubi, Izege, …) sont en train de quitter leurs maisons pour aller vers des villages plus proches du centre de Walungu. 

Dans le territoire de Kabare, c’est la chefferie de Nindja qui est la plus traumatisée, suite aux affrontements (Luhago, Cishadu…). 

Dans le territoire de Kalehe, presque toute la chefferie de Bunyakiri s’est vidée de ses habitants, qui se sont dirigés vers Kalehe centre, chef lieu du territoire. 

Dans le territoire de Mwenga, ce sont des milliers désormais les personnes entassées à Mwenga centre et à Kamituga. Dans la chefferie de Burhinyi la souffrance des populations ne fait que s’accroître. 

Dans le territoire d’Uvira, la population fuit les Hauts Plateaux de Lemera, vers Uvira, par crainte des combats. 

C’est une guerre qui n’a aucune chance de réussite, car les FARDC enfoncent les FDLR de plus en plus dans la forêt congolaise. En outre, c’est comme un rituel convenu: les FARDC tirent en l’air et les FDLR se déplacent avec leur population. Cela n’empêche qu’il y ait des victimes parmi la population qui, apeurée, prend
la fuite. Ceux qui se trouvent dans un village occupé par l’une ou l’autre force antagoniste (FARDC et FDLR), ne peuvent pas quitter, pour ne pas être considéré espions de l’autre camp, alors que ces déplacements sont nécessaires à la population pour son ravitaillement. 

Bref, l’état d’insécurité est presque généralisé sur tout le territoire du Sud-Kivu. Dans ces contrées, la population civile est en débandade, sans aucune assistance humanitaire. Elle se concentre dans les grands centres, ou bien elle est utilisée comme bouclier humain par les deux cotés. La population civile hutu rwandaise, contrainte à un déplacement continu, est aussi sans assistance. Tout cela malgré que les Autorités congolaises et des Nations Unies aient promis de sécuriser les civils. 

 

L’attitude des autorités 

Les autorités tant provinciales que nationales gardent un silence coupable et ne mettent en place aucun mécanisme d’assistance à cette population en détresse. 

 

L’échec du programme Amani 

Au Sud-Kivu, le 11 juillet, les autorités nationales du programme Amani et le Chef d’Etat Major général des FARDC ont reconnu que sur 28.000 hommes des bandes armées, qui étaient attendus au brassage, seulement 3.000 se sont présentés, avec 300 armes seulement. 

Et maintenant, dans les coulisses, les Mayi-Mayi qui ont refusé le brassage se disent frustrés par la position privilégiée du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) et des Forces Républicaines Fédéralistes (FRF). Ces dernières sont toujours stationnées dans les Hauts Plateaux de Minembwe, au Sud Kivu et n’ont jamais signé l’acte d’engagement pour mettre fin aux hostilités. Au Nord Kivu, le CNDP, censé être démantelé pour devenir un parti politique, continue à ériger des barrières dans les contrées qu’il occupe, en faisant payer la taxe aux véhicules qui y passent. Ce mouvement se dit intégré dans les FARDC, mais sa structure militaire reste toujours intacte; en quelque sorte il y deux armées parallèles. Au vu de ce qui précède, on peut aisément déduire que les accords entre le gouvernement et le CNDP ne sont pas sincères. 

Le 6 juillet, sur Radio Okapi, le Représentant de la R.D.Congo à la Communauté des Pays des Grands Lacs (CPGL), Mr. Ntumba Lwaba, déclarait que bientôt il y aura des patrouilles mixtes de troupes congolaises et rwandaises sur les lacs Kivu et Tanganyika. L’on peut se demander qui protège qui, finalement? L’armée congolaise a-t-elle désormais fusionné avec l’armée rwandaise? 

A l’horizon se profile le danger d’un éclatement de l’armée nationale en plusieurs factions, car une partie de l’armée mal supporte la présence d’éléments étrangers, rwandais et ougandais, dans ses rangs. C’est ainsi qu’elle pourrait se désolidariser et se rattacher même aux FDLR et aux autres groupes armés. Ce serait alors une guerre totale. La paix n’est pas pour bientôt au Kivu. 

 

Et pourtant… 

Et pourtant il y aurait un chemin qui pourrait épargner à la population tant de souffrances et une guerre sans issue: l’ouverture d’un vrai dialogue interrwandais, demandé depuis longtemps par les Hutu rwandais au Congo comme condition pour leur retour. La population congolaise se demande étonnée pourquoi la Communauté internationale ne pousse pas les Rwandais à se parler entre eux, comme elle l’a fait avec les Congolais et avec bien d’autres peuples d’Afrique.[1] 

 

Le fond du problème est au Rwanda 

Un demi-million de déplacés de guerre sont recensés dans la province du Sud-Kivu où se déroule, depuis le dimanche 12 juillet 2009, l’opération Kimia II menée conjointement par les FARDC et la force de la Monuc contre les rebelles rwandais des FDLR. L’objectif de l’opération est de les déloger des centres habités et des sites miniers, pour les obliger à désarmer et à rentrer dans leur pays. Mais, de l’avis des analystes politiques, «le fond du problème est ailleurs, spécifiquement au Rwanda», les massacres et les violences de toutes sortes tirant leur origine du génocide rwandais de 1994. Refoulés de leur pays à la suite de la réaction violente du pouvoir incarné par le président tutsi Paul Kagame, les Hutu rwandais et leurs dépendants ont trouvé refuge dans les provinces du Kivu. Avec bagages et, surtout, armes. 

Les rébellions alimentées par Kigali, qui se sont succédé en RDC à partir du Kivu entre 1996 et 2003, sont venues aggraver une situation déjà insoutenable. Ainsi, sept années de présence armée et de contrôle sans partage de la partie orientale du territoire congolais n’ont pas suffi à l’armée rwandaise pour anéantir la menace que feraient peser les «FDLR» sur le pouvoir de Kigali, d’autant plus que l’on n’a jamais observé une quelconque escarmouche à la frontière commune ou au Rwanda entre rebelles et soldats de Kagame, au cours des quinze dernières années. 

Dès lors, la communauté internationale, qui s’est tant dépensée pour amener les protagonistes congolais autour d’une table de négociations, ferait œuvre utile en faisant de même au Rwanda. 

En effet, on ne peut prétendre restaurer la paix, la sécurité et l’autorité de l’Etat dans les provinces du Kivu si les choses restent en l’état chez le voisin. Curieusement, les mêmes puissances occidentales refusent de s’impliquer dans la convocation d’un dialogue inter-rwandais, susceptible de ramener la paix, les réfugies et les exilés politiques au Rwanda. 

«Si jamais il doit y avoir un dialogue inter-rwandais, il appartient aux Rwandais d’en décider», répondent invariablement des diplomates occidentaux en poste à Kinshasa.[2] 

 

 

LE RAPPORT DE OXFAM

 

Selon une nouvelle enquête menée auprès d’environ 600 villageois par Oxfam International, les représailles, de nombreux cas de violences sexuelles, les viols, les travaux forcés et les actes de torture à l’encontre des civils ne cessent d’augmenter dans l’Est du Congo, en raison de la récente offensive militaire menée par le gouvernement congolais contre les FDLR avec le soutien de l’ONU. Cette enquête, réalisée à partir des témoignages de 569 civils vivant dans 20 communautés touchées par le conflit au Sud et au Nord Kivu, souligne que les opérations militaires ne font qu’augmenter l’insécurité des populations civiles, victimes des attaques des deux parties. 

Oxfam indique que les FDLR ont intensifié leurs représailles à l’encontre des civils et que de nombreux membres de l’armée congolaise sont également coupables d’abus. D’après l’ONU, quelques 800 000 personnes ont été déplacées dans le Nord et le Sud Kivu depuis le début de l’offensive en janvier 2009. « La guerre est loin d’être terminée pour les civils. Cette souffrance n’est pas inévitable. Elle est le fruit des décisions des grands dirigeants de ce monde qui ont estimé que de tels dommages collatéraux constituent un prix qu’il est acceptable de payer afin d’éliminer les FDLR. Mais ce prix est beaucoup trop élevé », explique Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam en République démocratique du Congo (RDCongo). 

 

Les témoignages ont fait ressortir un certain nombre d’éléments importants concernant les opérations conjointes: 

Les opérations ont engendré une montée de la violence contre les civils. 

Cette violence est souvent la conséquence directe des opérations. 

Les populations ont souligné une augmentation des attaques de civils par le FDLR en réponse aux attaques militaires menées à son encontre depuis le début de l’année. 

Il a été signalé que certaines personnes ont été enterrées jusqu’au cou par les FDLR jusqu’à ce qu’elles acceptent de payer une «amende» afin d’être libérées. Quelques communautés ont mentionné l’existence de caches souterraines où des personnes seraient battues puis plongées dans des tonneaux d’eaux salées. 

Des abus commis par des militaires de l’armée congolaise ont également été signalés. Dans la moitié des communautés, des témoignages ont fait état de «travaux forcés », beaucoup d’hommes et d’adolescents, mais aussi quelques femmes et enfants ayant dû participer au transport de marchandises pour le compte de l’armée. Au Nord Kivu, il a été établi que la majorité des violences sexuelles a été perpétrée par l’armée congolaise. 

Un certain nombre de témoignages ont confirmé que certaines unités des Fardc ont profité de Kimia II comme prétexte pour brûler des champs et expulser des populations civiles de leur champ ainsi que de leur lieu de résidence, sous la menace des armes; dans certains régions du Nord Kivu, des salles de classe de certaines écoles ainsi que des locaux appartenant à des églises ont été occupés manu militari par les FARDC. Les populations du Sud et du Nord Kivu ont fait état d’agressions à l’encontre des civils par des unités nouvellement intégrées. À Masisi, des ex membres des milices, maintenant rattachés aux FARDC continuent dans leur pratique de taxation illégale des commerçants. Au nord du Sud Kivu, il a été signalé que des centaines de personnes déplacées qui ont perdu leurs cartes d’identité dans leur fuite sont accusées d’être des FDLR et doivent payer 2 USD à chaque poste de contrôle des FARDC ou sont tenues de payer des pots-de-vin pour échapper à l’arrestation. D’un autre côté, les communautés de la région au sein de laquelle l’enquête a été réalisée ont signalé que des FARDC, des groupes
Mai Mai et des criminels ordinaires se font passer pour des FDLR ou d’autres groupes armés étrangers lorsqu’ils mènent de violents pillages et d’autres attaques de civils. 

 

Dans un climat insidieux de peur qui s’est installé dans la région entière, personne n’est perçu comme étant neutre. Lorsqu’une des parties en conflit, Fardc et Fdlr principalement, arrive dans un nouveau lieu, les civils y sont perçus comme des «collaborateurs» et doivent faire face à de nouvelles attaques. Des communautés entières sont sévèrement punies par les deux camps car soupçonnées de collaborer avec «l’autre». Là où les FARDC ou les FDLR se déploient, ils exigent de la population locale des paiements en liquide ou en nature (farine de manioc, haricots, huile de palme, …) qui sont plus tard brandis comme signe de collaboration par l’autre partie. Au niveau individuel, des résidents au Sud Kivu ont décrit comment la population locale est utilisée par l’un des camps afin d’espionner l’autre. 

 

La plupart des personnes interrogées se sont prononcées en faveur du dialogue et d’un rapatriement pacifique des groupes armés étrangers. 

Des 14 communautés affectées par la présence des FDLR, 10 ont spécialement demandé leur retour volontaire et leur rapatriement, 9 étaient plutôt en faveur du dialogue inter-Rwandais, tandis que seulement deux communautés ont soutenu le désarmement forcé. 

Dans quatre communautés, certains sont même allés jusqu’à se prononcer en faveur d’un arrêt des opérations militaires menées à l’encontre des FDLR. 

Plus généralement, une demande unanime a été exprimée afin que la justice et l’autorité 

publique soient restaurées et que les représentants de cette autorité reçoivent un salaire ainsi 

qu’une formation adéquate. Partout, l’amélioration de la discipline, du salaire et de la formation des FARDC était une préoccupation extrêmement importante. 

 

Sur cette base, Oxfam affirme que les gouvernements régionaux et leurs partenaires internationaux devraient d’urgence augmenter les ressources, déployer et développer les instruments non-militaires existants pour encourager au maximum le désarmement volontaire et explorer activement des options non-militaires supplémentaires, y compris une série complète de mesures pour promouvoir et faciliter le retour ou l’intégration de ceux qui acceptent d’être désarmés. 

 

« Les résultats de cette enquête devraient permettre de tirer la sonnette d’alarme et de faire prendre conscience aux membres du Conseil de sécurité de l’ONU de l’impact négatif de cette opération militaire », poursuit Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam en RDCongo.[3] 

 

 

LE RAPPORT DE INTERNATIONAL CRISIS GROUP

 

Le 9 juillet, dans son dernier rapport publié simultanément à Nairobi et à Bruxelles, International Crisis Group, organisation non gouvernementale internationale en charge de la prévention des conflits en Afrique et dans le monde, se dit sceptique face à la persistance de l’insécurité au Kivu, affirme de ne pas croire en l’efficacité des opérations militaires conjointes contre les forces négatives rwandaises FDLR et appelle plutôt à l’élaboration d’une stratégie globale en vue de leur désarmement, une stratégie qui allie à la fois les approches militaire, politique, diplomatique et judiciaire et des pressions internationales. 

 

Selon le rapport de ICG, parmi les commandants et les membres dirigeants des FDLR,[4]  il y a aussi des officiers des ex Forces Armées Rwandaises (ex )FAR ainsi que des anciens responsables civils du régime du président Habyarimana, soupçonnés d’avoir participé au génocide de 1994.[5]  

Au fil des années, le groupe a également recruté dans les populations rwandaises réfugiées en RDCongo de plus en plus de jeunes Hutu n’ayant pas participé aux événements de 1994 ou qui n’avait pas encore seize ans à l’époque des faits. (Seize ans constituent l’âge limite légal retenue par Kigali pour ouvrir une procédure légale en cas de suspicion de participation au génocide). Un grand nombre des éléments des FDLR n’a donc pas participé au génocide en 1994 et ne constitue pas un ensemble politisé cohérent. En effet, beaucoup d’entre eux cohabitent pacifiquement avec la population congolaise, travaillent dans l’agriculture en cultivant des champs, pratiquent le petit commerce et se sont mariés avec des femmes congolaises. 

 

La présence des rebelles hutu rwandais des FDLR à l’Est du Congo constitue non seulement un motif de tension politique récurrent entre la RDCongo et le Rwanda, mais impose aussi une insécurité permanente et traumatisante aux populations des provinces du Kivu, surtout à cause de leur relation très obscure et ambiguë avec le groupe dénommé Rasta qui s’illustre par de graves violations des droits de l’homme (enlèvement, meurtres, viols, …) commises à l’encontre des populations congolaises. 

Une large portion du Kivu est sous contrôle totale des forces hutu rwandaises. Dans des villages occupés par les FDLR dans les deux provinces du Kivu, les institutions légitimes congolaises – policières ou administratives – ne sont pas supprimées, mais totalement dominées et empêchées d’exercer leur autorité. Les FDLR se caractérisent particulièrement par leur activité d’exploitation illégale des minerais rares et des autres ressources naturelles des territoires sous leur contrôle. L’or, la cassitérite et le coltan sont écoulés sur le marché parallèle par des trafiquants ougandais et rwandais, avec la complicité de certains commandants FARDC et de commerçants congolais. Les taxes imposés sur les marchés de villages et le commerce du charbon de bois et du cannabis s’avèrent également source d’importants revenus pour le groupe. 

Le désarmement réussi des FDLR reste donc une condition nécessaire pour mettre fin à l’instabilité chronique de la partie orientale de la RDCongo. 

 

Le régime rwandais face aux Fdlr 

 

Les autorités du Rwanda, dont la capitale se situe à moins de trois heures de trajet automobile de Goma, considèrent que la résilience d’une milice rebelle de plusieurs milliers d’hommes vivant à proximité de leur territoire constitue un enjeu sécuritaire pour le pays. Toutefois, depuis le fiasco de l’offensive «Oracle du seigneur» sur le territoire rwandais en 2001, les FDLR se sont montrées incapables d’organiser une nouvelle tentative d’invasion du Rwanda. 

La menace militaire que les FDLR font peser sur Kigali doit être relativisée aussi au vu du déséquilibre des forces en présence, qui est largement en faveur de l’armée nationale rwandaise. 

Le problème posé par les FDLR aux autorités de Kigali est essentiellement d’ordre politique. 

Le président tutsi Paul Kagame est issu d’une communauté qui représente aujourd’hui moins d’un cinquième de la population de son pays. Pour consolider son pouvoir sur la durée, il ne peut pas se permettre de conserver un système de représentation politique dans lequel les Rwandais continueraient à définir leur identité selon leur appartenance ethnique. La stratégie adopté par Paul Kagame pour garder le pouvoir est celle de l’unitarisme qui élimine la différence culturelle et sociologique entre Tutsis et Hutus. 

Plus généralement, selon
la vision FPR de la renaissance rwandaise, le pays doit être tout entier consacré à la reconstruction de son unité et à son développement. La réussite de l’actuel régime rwandais est fortement axée sur la sécurité intérieure et les investissements financiers internationaux et ne peut pas tolérer d’opposition réelle.
Suivant ce concept de gouvernance, la stabilité et le développement sont favorisés au détriment de l’ouverture politique et de la liberté d’expression ou d’association. Le régime de Paul Kagame est ainsi régulièrement mis en cause pour sa nature antidémocratique et pour le manque de justice ou de liberté offertes aux Rwandais. 

Toute opposition véritable au régime est rapidement accusée de divisionnisme et poussée dans l’illégalité[6]. L’existence des FDLR et le thème du génocide sont parfois instrumentalisés pour justifier des mesures autoritaires visant à marginaliser toute opposition et justifier la concentration du pouvoir entre les mains du chef de l’Etat. 

La perspective à court terme d’un dialogue politique inclusif inter-rwandais et de l’ouverture d’un espace politique pour les dirigeants des FDLR – dont certains comme le secrétaire général Callixte Mbarushimana sont soupçonnés de génocide – est encore actuellement rejetée par Kigali. 

Les FDLR représentent un épouvantail idéal auquel peut être associé, si besoin, toute opposition véritable. Les FDLR constituent donc un problème, mais parfois utile, pour le régime actuel de Kigali. 

 

Le régime rwandais face à
la Communauté Internationale 

 

Kigali est également conscient de la difficulté et de l’embarras que représente le dossier des FDLR pour la communauté internationale. En effet, dans la foulée des massacres perpétrés lors du génocide de 1994, une très forte pression européenne et américaine s’était exercée sur Kinshasa pour que le Zaïre accueille tous les Rwandais fuyant l’avancé de la rébellion des FPR. Parmi ces réfugiés figuraient de nombreux soldats des Forces armées rwandaises (FAR) et des miliciens Interahamwe encore équipés de leurs matériels militaires. Sans être désarmés, ils avaient pu traverser la zone de sécurité contrôlée par les forces françaises de l’opération «Turquoise» à l’Ouest du Rwanda. 

Les autorités rwandaises prennent en compte aussi le sentiment de culpabilité que la communauté internationale entretient depuis son échec à empêcher le génocide de 1994. Kigali manipule ce sentiment pour mettre ses interlocuteurs sur la défensive, s’opposer aux critiques extérieures et négocier des projets d’assistance ou d’investissement étrangers. 

Le défi posé à la communauté internationale est d’exiger du  gouvernement rwandais la fin de l’instrumentalisation politicienne du génocide et du dossier FDLR, tant au niveau national que dans ses relations avec ses partenaires étrangers. 

 

La déclaration de Rome (2005) et les accords de Nairobi (2007) 

 

En février 2005, il y eut une tentative de règlement négocié avec les FDLR. Une délégation du gouvernement congolais rencontrait à Rome, sous le patronage de la communauté de Sant’Egidio, de hauts responsables militaires et le chef politique des FDLR, Ignace Murwanashyaka, mais aucun représentant du gouvernement de Kigali ne fut présent aux discussions. Un espoir de réussite naquit le 31 mars 2005 quand le groupe rebelle diffusa un communiqué annonçant sa décision de démobiliser unilatéralement. 

Ce document indiquait la volonté des FDLR d’abandonner la lutte militaire au profit du combat politique au Rwanda, sous réserve de l’acceptation par le régime de Kigali de «mesures d’accompagnement» non ultérieurement spécifiées. Sous cette formule imprécise, Ignace Murwanashyaka conditionnait le désarmement des FDLR à l’acceptation par le président rwandais Kagame d’un «dialogue politique inclusif inter-rwandais» et de l’ouverture d’un espace politique pour les membres dirigeants du groupe rebelle.[7] 

La condition principale posée en termes vagues par Ignace Murwanashyaka dans le communiqué du 31 mars revenait à exiger du président Kagame la mise en place d’un pouvoir partagé avec les dirigeants des FDLR. Le concept de «dialogue politique inclusif» auquel le chef du groupe armé se référait, avait déjà été appliqué en RDCongo et dans d’autres pays africains lors de périodes de transition post-conflit. Dans ces précédents cas, les participants au dialogue s’étaient accordés sur une formule de partage du pouvoir généralement déterminée en fonction du poids politique et démographique des communautés que chaque parti prétendait représenter. 

 

La déclaration de Nairobi signée le 9 novembre 2007 reposait sur un compromis entre la RDCongo et le Rwanda pour une approche commune du démantèlement des groupes armés en général et des FDLR en particulier. Dans le cadre de cette nouvelle coopération, qui se voulait pragmatique et active, les deux pays s’engageaient à empêcher tout soutien direct ou indirect aux groupes armés congolais et étrangers. 

Kinshasa devait mettre au point avec la MONUC un plan détaillé de désarmement des FDLR et lancer rapidement des opérations militaires au Nord Kivu et au Sud Kivu. L’innovation stratégique majeure acceptée par les représentants du président Kagame consistait à proposer une relocalisation sur le territoire congolais, loin de la frontière avec le Rwanda, aux combattants hutu rwandais qui rendraient volontairement leurs armes. La condition exigée était que ces futurs candidats à la résidence en RDCongo ne soient pas recherchés pour génocide par le Rwanda ou le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Kigali, de son côté, s’engageait principalement à bloquer le long de sa frontière les réseaux de soutien de la milice rebelle de Laurent Nkunda et à fournir à Kinshasa une liste exhaustive des génocidaires recherchés. 

La remise par Kigali de sa liste de génocidaires eut des effets contre-productifs sur les activités de sensibilisation au désarmement volontaire menées principalement par
la MONUC. La section DDRRR avait compté s’appuyer sur cette liste pour approcher des officiers FDLR dont le nom ne figurerait pas sur le document. Elle espérait ainsi les convaincre qu’ils ne seraient pas systématiquement jetés en prison une fois rapatriés au Rwanda, contrairement aux affirmations véhiculées par la propagande interne du groupe. Or, la liste fournie par le Rwanda en décembre 2007 comprenait plus de 6 800 noms de suspects, un chiffre très proche de l’effectif estimé de la milice hutu.
Certains des individus inscrits sur cette liste étaient décédés depuis des années ou résidaient ailleurs qu’en RDC. D’autres n’avaient gardé aucuns liens connus avec les FDLR. La hiérarchie des FDLR s’empressa d’utiliser le chiffre donné pour convaincre ses troupes de la duplicité de Kigali et de ceux qui tentaient de promouvoir le désarmement et le retour volontaire au Rwanda. Kigali formula une réponse pas du tout convaincante  au trouble qui accompagna la réception de la liste de 6 800 Rwandais suspectés de génocide: selon Kigali, le Rwanda s’était engagé à fournir un document recensant «tous» les génocidaires suspectés ayant vécu en RDC et pas la liste des FDLR génocidaires. 

 

 

 

L’opération militaire Kimia II 

 

La logique de l’opération «Kimia II» en cours et mise en œuvre par les FARDC et la MONUC est fondée sur l’idée que les FDLR sont stratégiquement dépendantes de leurs sources de revenus financiers. L’action militaire privilégiée dans cette opération vise à affaiblir les FDLR essentiellement en les repoussant des centres économiques et des zones d’extraction de ressources naturelles du Kivu. Aucune action significative n’est prévue pour réduire spécifiquement les capacités de contrôle et d’autorité de leur commandement. 

Une action massive pour perturber les circuits d’approvisionnement des FDLR est nécessaire, mais elle sera insuffisante à elle seule pour provoquer les conditions d’un désarmement volontaire et forcé significatif. En effet, repoussés en dehors de leurs zones de contrôle habituelles, les FDLR tentent ensuite de reconstituer leurs circuits d’approvisionnement en recourant aux pillages et aux rançonnages. 

L’indiscipline, l’absence de formation adéquate et le manque de capacités opérationnelles des soldats de l’armée nationale congolaise ne favorisent pas la réalisation d’une action militaire de désarmement forcé efficace et tenant compte de l’impératif de protéger les populations civiles. 

L’appui de la MONUC dans la planification et la logistique des nombreuses opérations lancées durant les dernières années n’a jamais compensé l’inefficacité des brigades FARDC. Les troupes de la MONUC n’ont ni les capacités ni les moyens de mener une action offensive autonome majeure au côté des soldats congolais. 

Considérant que l’armée nationale congolaise et la MONUC n’ont pas la capacité et la volonté politique de mener une opération offensive efficace pour démanteler la chaîne de commandement des FDLR, les actions offensives doivent être suspendues. 

 

Une nouvelle stratégie 

 

Les opérations militaires ou les campagnes de sensibilisation visant le désarmement volontaire des combattants de base ne peuvent pas produire des effets satisfaisants sans la neutralisation préalable des structures de commandement et de contrôle des FDLR et sans une coordination et une intégration complète des différents leviers d’action. 

 

La protection des populations, l’isolation des dirigeants les plus radicaux des FDLR, des options pacifiques de démobilisation pour les combattants non-génocidaires et la coordination des activités de désarmement forcé et volontaire seront les piliers d’une nouvelle approche du désarmement de ce mouvement rebelle. 

 

Une nouvelle stratégie combinerait le renforcement de la sensibilisation des combattants et des populations, un traitement judiciaire des dirigeants politiques opérant à l’étranger,  une pression militaire graduelle sur les FDLR, le rapatriement des officiers acceptant de renier la direction actuelle, le démantèlement du système de commandement et de contrôle sur le terrain par des forces militaires spéciales. 

 

Toute nouvelle stratégie doit considérer la protection des populations civiles comme une priorité. 

Actuellement, le temps n’est pas à de nouvelles offensives militaires contre les FDLR, mais à la mise en œuvre de mesures immédiates pour faire baisser la tension. 

Contenir les rebelles, et non les agresser, ainsi que protéger les populations devront constituer la priorité immédiate en attendant la mise à disposition de ressources supplémentaires et l’émergence d’une véritable coordination entre partenaires impliqués dans le dossier du désarmement des FDLR. 

Les autorités politiques et militaires de Kinshasa doivent mobiliser les FARDC et la police nationale sur la priorité immédiate que constitue la protection des populations contre les représailles de la milice hutu rwandaise. Cette décision doit être concrétisée par la mise en place de zones sécurisées et d’un système de contrôle permanent des axes de communication. L’établissement de zones protégées par des soldats congolais et de la MONUC à proximité des territoires contrôlés par les FDLR devrait permettre à la population victime de représailles et d’attaques de disposer d’un refuge temporaire et d’un accès facilité à l’aide humanitaire des ONG et des agences de l’ONU.   

 

Une fois la situation sécuritaire du Kivu stabilisée, l’objectif central doit être de libérer les combattants des FDLR de l’emprise idéologique et physique exercée par leurs dirigeants politiques et militaires pour affaiblir la chaîne de commandement du groupe armé et faciliter le désarmement. 

 

L’obstacle majeur au démantèlement des FDLR réside dans la détermination de leurs dirigeants politiques actifs en Europe et en Amérique du Nord et de leurs cadres militaires sur place qui exercent leur contrôle sur les combattants. La réussite du programme de désarmement du groupe ne pourra être obtenue tant que sa direction ne sera pas rendue inopérante.

Dès à présent, il est indispensable que les autorités politiques et judiciaires en France, en Belgique, en Allemagne, aux Etats-Unis, au Canada, au Cameroun, en Zambie et au Kenya s’engagent à lutter contre les activités de levée de fonds et de propagande menées par les responsables des FDLR vivant sur leurs territoires en appui de la lutte armée. Des enquêtes judiciaires devront être lancées par les parquets de ces pays, lorsque cette possibilité est prévue par les lois nationales, pour vérifier une éventuelle complicité des dirigeants des FDLR dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis dans l’Est du Congo. Dans les cas où cette complicité est avérée, on devra lancer les poursuites judiciaires correspondantes. Cette initiative ne sera pas fondée sur la recherche d’une éventuelle participation individuelle au génocide de 1994 ou sur l’examen de la conformité des revendications politiques exprimées, mais sur l’éventuelle association de ces personnes  aux activités criminelles et aux violations des droits de l’homme menées actuellement en RDC par les FDLR/FOCA ou le RUD-Urunana. 

 

Une nouvelle stratégie demande que le Rwanda établisse et communique une nouvelle liste révisée des membres des FDLR encore actifs soupçonnés de génocide. Cette liste n’aura pas de valeur juridique contraignante. Néanmoins, sur la base de son contenu et des informations communiquées par les services de renseignement rwandais, une discussion technique, sous patronage de la facilitation internationale, pourra s’engager avec les officiers FDLR ne figurant pas sur
la liste.
Cette discussion, à laquelle devra participer le gouvernement rwandais aussi, devra traiter des modalités de désarmement et de réintégration individuelle, en vue d’un retour au Rwanda ou d’une réinstallation individuelle à l’ouest du Congo ou dans un pays africain tiers. 

 

Enfin, comme dernier recours, toute nouvelle campagne militaire de désarmement forcé devra prévoir, pour être efficace, l’engagement simultané de bataillons d’élite pour mener des opérations d’encerclement des unités rebelles les plus radicales («cordon and search»), de forces spéciales pour démanteler le système de commandement et de communication des FDLR et, finalement, de troupes conventionnelles pour assurer avec la MONUC le contrôle du territoire, la récupération sécurisée des déserteurs des FDLR et la protection des populations. 

Il est donc nécessaire que les FARDC disposent rapidement de leurs propres forces spéciales et de leurs propres bataillons d’élite. Le cas échéant, les opérations de bouclage et de recherche pourraient être confiées à des bataillons de l’armée nationale congolaise (FARDC) et celles visant le démantèlement des structures de commandement et de contrôle des FDLR à des forces spéciales rwandaises. 

 

En l’absence d’une stratégie nouvelle et des moyens de la mettre en œuvre, les opérations offensives planifiées dans le cadre de l’opération «Kimia II» devront être interrompues ou différées. 

 




[1] Cf Néhémie Bahizire, Bukavu, 17.07.’09 

[2] Cf Le Potentiel – Kinshasa, 30.07.’09 

[3] Cf Oxfam International – «Réveiller le démon: Impact du désarmement forcé sur les civils dans les Kivus» juillet ‘09 

[4] L’organisation des Hutus rwandais crée en RDC par des ex-Forces armées rwandaises (ex- FAR) et des miliciens Interahamwe fuyant les troubles rwandais dût régulièrement changer d’appellation pour échapper à son association historique avec le génocide de 1994. Connue initialement sous le nom de Rassemblement Démocratique pour le Rwanda (RDR), puis d’Armée pour la libération du Rwanda (ALiR/PALiR), elle adopta l’actuelle désignation de Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) en 1999, à la suite de l’inscription de ALiR sur la liste des mouvements terroristes dressée par le gouvernement américain, en raison de l’assassinat de touristes occidentaux par des miliciens hutu rwandais dans le parc de Bwindi en Uganda.   

[5] A titre d’exemple, le chef d’état-major de la branche militaire des FDLR, le général Léodomir Mugaragu, ainsi que le colonel Idelphonse Nizeyimana, le lieutenant-colonel Ezéchiel Gakwerere ou le major Jean-Damascène Rutiganda ont eu un rôle majeur dans la conduite du génocide de 1994. Egalement, le secrétaire général des FDLR, Callixte Mbarushimana et le commissaire pour la propagande et la mobilisation des FDLR, Martin Gatabazi, alias Enock Dusabe, sont fortement soupçonnés par la communauté internationale d’avoir participé aux massacres de 1994. 

Le 3 mars 2009, la Belgique, les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne soumirent au Conseil de sécurité de l’ONU une liste de quatre responsables des FDLR afin qu’ils soient placés sur la liste des personnes visées par les interdictions de voyager et le gel des avoirs prévues par la résolution 1857 (2008). Ces dirigeants des FDLR étaient Callixte Mbarushimana (déjà mentionné), Stanislas Nzeyimana, Pacifique Ntawunguka et Leopold Mujyambere. Washington rédigeait le même jour un ordre exécutif qui ajoutait le commandant militaire des FDLR/FOCA, le général Sylvestre Mudacumura, à ce groupe pour leur infliger des sanctions sur le territoire américain. Ce geste de la communauté internationale reste pour l’essentiel symbolique dans la mesure où la plupart de ces individus vivent au Kivu sans compte en banque ni possibilité de voyager 

[6] Le divisionnisme est devenu un crime au Rwanda en 2002. Selon Human Rights Watch, «la loi interdisant [le divisionnisme] n’offre qu’une définition large et vague du terme. 

[7] Dans les mois qui suivirent cette annonce, aucun désarmement significatif ne fut observé et la sécurité des populations sur le terrain ne s’améliora pas. En août 2005, le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, devait constater l’échec de la rencontre de Rome. Lors d’une déclaration publique, il critiquait fermement Ignace Murwanashyaka pour avoir refusé de donner l’ordre de démobilisation à ses combattants. Le président des FDLR, de son côté, accusait la RDC et la communauté internationale de n’avoir pas convaincu le Rwanda d’entamer un dialogue politique inclusif. 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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