(Le Potentiel 19/10/2009)
Sur invitation de la Mission de l’Onu en RDC et en vue de se rendre compte de l’évolution de l’opération Kimia II à l’Est du pays, une délégation de journalistes de Kinshasa a séjourné, du 8 au 12 octobre 2009 dans les provinces du Nord et Sud-Kivu. De leurs échanges avec le commandement des FARDC et les forces de la Monuc, il ressort que l’opération Kimia II est en train d’atteindre tous ses objectifs et les risques d’attaques sur les populations civiles sont sensiblement réduits.
Ces affirmations sans nul doute viennent contredire les derniers rapports des ONG sur les conséquences des opérations militaires sur les populations civiles, plus particulièrement au Sud-Kivu.
En effet, plusieurs ONG de défense des droits de l’homme réunies au sein d’un collectif ont récemment dressé un bilan très critique des opérations sur le terrain, singulièrement pour ce qui est de la protection des civils, et donc le respect des droits de l’homme. A ce propos, le commandant des opérations Kimia II, le colonel Delphin Kahimbi, affirme que les dispositions sont déjà prises pour limiter ces exactions.
Néanmoins, il considère qu’il s’agit là des actes terroristes posés par les FDLR en mal de se ressourcer après leur débandade, puisque coupés de tout lien avec leur source de financement. C’est pourquoi, confie-t-il le commandement des opérations travaille sur une autre stratégie d’intervention rapide pour assurer une protection optimale des populations civiles. Quant à l’implication des FARDC dans les exactions contre les populations civiles, le colonel Delphin Kahimbi, pense que ce sont les mauvaises langues qui attribuent tous les malheurs des civils à Kimia II.
Le problème, pour lui, est bien complexe. Ces exactions sont le plus souvent l’œuvre des FDLR en débâcle, qui procèdent au pillage et autres exactions pour survivre. Cependant, la question des soldats démobilisés et des bandes armées pose également un sérieux problème à Kimia II. Ces deux derniers cas, pense-t-il ne sont pas de la compétence de Kimia II. L’Etat devrait prendre ses responsabilités pour restaurer son autorité, notamment avec le déploiement de la police dans les différents territoires récupérés des mains des combattants hutu rwandais, argumente-t-il. Néanmoins, les éléments FARDC reconnus coupables d’un quelconque acte d’indiscipline sont traduits devant la justice militaire, ajoute-t-il.
LES ONG FONT LES AFFAIRES
Le même sujet était au cœur des échanges entre le commandant des opérations Kimia II et le professeur Philip Alston, Rapporteur spécial du Conseil aux droits de l’homme des Nations Unies. Répondant à la question de l’envoyé des Nations unies venu, sur invitation du gouvernement congolais, se rendre compte de la situation sur d’éventuels cas d’exécutions extra-judiciaires, sommaires et arbitraires, le colonel Delphin Kahimbi ne ménage pas les ONG de défense des droits de l’homme.
« Avant même le déploiement des unités Kimia II, certaines ONG étaient déjà pessimistes. N’oubliez pas aussi que les ONG font des affaires. Raison pour laquelle certaines d’entre elles font des rapports imaginaires sans preuves objectives », répond-il.
La capacité des FDLR réduite, mais…
Que ce soit du côté de la Monuc, comme des FARDC, on s’accorde à dire que la capacité de réaction des FDLR est sensiblement réduite. Pour le commandement des opérations, « il n’existe plus de sanctuaire FDLR sur toute l’étendue de la province du Sud-Kivu ». Avec cela, le colonel Delphin Kahimbi affirme que l’objectif principal de Kimia II, celui de démanteler toutes les bases des combattants rwandais vient d’être atteint. Tout comme d’ailleurs les autres objectifs par effet d’entraînement : coupure des liens avec les carrés miniers et les populations locales et la sécurisation de ces populations. A présent, les opérations consistent à neutraliser les FDLR en les poursuivant partout où ils ont trouvé refuge en vue de leur rapatriement au Rwanda.
De son côté, le commandant ad interim de la brigade pakistanaise de la Monuc déployée au Sud-Kivu en appui aux FARDC estime que la situation sécuritaire dans cette partie du pays est passée à plus de 60 pourcents. Cependant, le colonel Shahid relève tout de même quelques ajustements à apporter notamment du côté des FARDC pour un meilleur résultat des opérations. Pour lui, les éléments FARDC s’identifient encore par rapport à leurs tribus ou groupes armés d’origine – ce qui ne facilite pas la constitution d’un seul corps -, des faiblesses sur le plan de la logistique et les problèmes d’ordre salarial influent sur leur capacité de combattre, et a un impact réel sur la mise en application du mandat de l’Onu par la Monuc, malgré toute son assistance et son approche active.
LA RESTAURATION DE L’AUTORITE DE L’ETAT : UN DEFI
Malgré les cris d’alarme des ONG de défense des droits de l’homme, la Monuc et les FARDC pensent que ce n’est pas le moment de jeter l’éponge. Le commandement de Kimia II s’engage à poursuivre la traque des FDLR jusqu’à la neutralisation du dernier combattant rwandais. Entre-temps, c’est certain que les représailles sur les populations civiles continueront.
Pour l’heure, la Monuc et les FARDC organisent des patrouilles pédestres (dans la jungle) et des patrouilles par véhicules sur les axes routiers importants dans les territoires conquis, notamment à Walungu, Shabunda, Mwenga et ailleurs. Une action qui devrait être renforcée par le déploiement de la police et des services de renseignement et autres services publics en vue de restaurer l’autorité de l’Etat. Mais on est encore loin de là. Et pourtant l’urgence s’impose.
REPORTAGE DE PATRICK TSHAMALA (TELE 7)
Par Le Potentiel








19 octobre 2009
Au fil des jours