Pouvoir et misère du peuple

19 octobre 2009

Billet du jour


(Le Potentiel 19/10/2009)

Semaine hautement politique, celle que l’on vient de vivre. Elle a été émaillée, à l’Assemblée nationale, par l’examen du Rapport d’exécution de Budget 2009, du projet de Budget 2010 et la motion de défiance du député Clément Kanku contre le Premier ministre Adoplhe Muzito. Si le projet du Budget 2010 a été déclaré recevable et envoyé à la commission Economico-financière pour prendre en compte les amendements pertinents proposés, par contre la motion de défiance contre le Premier ministre a été rejetée par 325 voix contre, 69 pour et 44 abstentions.

En effet, à la suite d’une motion incidentielle et conformément au règlement intérieur de l’Assemblée nationale, cette motion de défiance a été rejetée pour vice de procédure. Ainsi, les règles du jeu démocratique ont été respectées. Toutefois, si l’Oppostion tient à en découdre avec l’équipe gouvernementale, elle aura la latitude d’initier une « motion de censure », soutenue par 125 signatures comme le prévoit le règlement intérieur de la cchambre basse. On peut donc se permettre de dire que ce n’est que partie – remise.

Mais en attendant, il importe de tirer les leçons de cette plénière du samedi 17 octobre 2009. Certes, le débat que devrait susciter la motion de l’honorable Kanku n’a pas eu lieu pour vice de procédure. Serait-ce autant dire qu’une page est tournée et que rien ne s’est passé ? Répondre par l’affirmative à cette interrogation serait faire preuve d’un esprit politique étriqué.

Le message de l’honorable Kanku est bien passé dans la population. Même si le débat n’a pas eu lieu, des intervenants de la majorité n’ont pas nié l’existence de quelques faits relevés par l’auteur de la motion. Il y a des réalités et il serait imprudent de passer sous silence cette séance plénière de l’Assemblée nationale comme si de rien ne s’était passé. Car les critiques sont de plus en plus régulières contre certains animateurs des institutions de la République accusés d’immobilisme et de mal gouvernance. En effet, l’immobilisme de l’Exécutif ne date nullement de la motion Kanku, ni du mandat Muzito. La gabegie financière, la corruption, l’intolérance … sont des fléaux dénoncés par le président de la République lui-même. La dépréciation monétaire continue, le pouvoir d’achat érodé de la population ne sont pas de la science-fiction.

C’est dire que l’on doit sortir des sentiers battus de l’auto-satisfaction. Il s’agit d’être à l’écoute du peuple et ne pas abuser de sa confiance. Si l’auteur de la motion ne peut avoir raison sur toute la ligne, il a exprimé l’une des préoccupations de la population congolaise. La réplique du Premier ministre aurait certainement permis de lever un pan de voile sur certaines zones d’ombre.

Le moment est donc crucial. Il appartient au président de la République de tirer les leçons utiles de cette plénière de l’Assemblée nationale. Autant il est demandé à la majorité d’accompagner le président de la République dans sa volonté de donner une nouvelle impulsion à l’action de toutes les institutions nationales, autant cette même majorité a l’obligation morale et politique de mesurer les enjeux à très court terme et d’agir en conséquence.

Je pense, pour ma part, qu’il y a lieu d’envisager, dans les meilleurs délais, la formation d’un gouvernement d’ouverture qui connaîtrait la participation et l’implication de toutes les intelligences, y compris celles de l’Opposition. Même si Muzito restait à son poste pour besoin de l’unité de la coalition, l’urgence d’un réajustement gouvernemental s’impose.

La Nation y gagnerait si les partis politiques acceptaient cette ouverture. Au cas contraire, le chef de l’Etat ferait appel, dans l’intérêt du pays, à des individualités politique et technocrates, mues par le patriotisme et la volonté de réussir.

Au fait, lorsqu’on analyse sereinement les résultats qui ont sanctionné le vote de samedi découlant du mode de vote ( debout-assis), on se rend à l’évidence qu’ il a sérieusement influencé le scrutin. C’est dans ce contexte qu’on a relevé un nombre important d’abstentions (44). Une manifestation du dégoût de la « politique » comme si tout était joué à l’avance.

Le moment et venu de savoir lire les signes de temps. La capacité de tout pouvoir consiste à prévoir, à se projeter dans l’avenir pour rencontrer les préoccupations du peuple. Question d’éviter que le discours de Kanku fasse des émules, ne devienne la « bible » de l’opposition, des syndicats, et de toute la Société civile.

Sénateur

Par Modeste MUTINGA

 

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À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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