Rome : 29 octobre 2009
Journée de mémoire en ce 29 octobre 2009.
Une messe, une procession, des chants, des témoignages… et la visite aux tombeaux des Evêques devant la cathédrale Notre Dame de
la Paix. Voila ce que l’Eglise de Bukavu a programmé pour cette journée. Le même scenario habitudinaire des années passées. Pas de changements dans ces rites.
Mais cette mémoire, peut être, en ce 2009 demande quelque chose davantage, un pas en avant, un courage renforcé.
Il y a 13 ans on trouvé à la place Nyawera de Bukavu le corps sans vie de Mzee Munzihirwa. Il avait tué avec des coups de pistolet par des soldats dont les noms et la provenance restent encore inconnus. Munzihirwa, le martyr de Bukavu, avait été tué car il était un homme dangereux, lui qui se voulait la sentinelle de ses brebis, de sa terre, de la ville de Bukavu. Jusqu’à la veille de son assassinat il avait crié en dénonçant ouvertement au monde entier ce que le Rwanda et tous ses alliés étaient en train de faire. La convoitise des richesses du Congo avait fait lier ensemble des nations pour pouvoir soumettre le Congo à leurs mires hégémoniques.
13 ans sont passés, mais la situation n’est pas changée. Ceux qui veulent profiter des richesses du Congo sont encore là. Notre gouvernement démocratiquement élu donne l’impression de ne pas avoir un pris de main sur une situation qui s’empire davantage et qui ne fait que continuer à créer famine, violence, morts, déplacements, etc.…
13 ans sont passé dés que le corps de Munzihirwa fut découvert et en toute vitesse fut enseveli à la présence seulement de ceux qui l’avaient aimé et qui avaient cru que ce 29 octobre signait une étape nouvelle dans la vie de la société e de l’Eglise de Bukavu.
Munzihirwa nous l’avons connu, nous l’avons écouté, nous avons vu ses actions et sa manière de se comporter. Avec lui nous avons vécu à Bukavu, à Kasongo, à Walungu. Avec lui nous avons passé dans les différents bureaux du Vaticane et dela Communauté Européenne à Bruxelles pour tendre la main, mais surtout pour réveiller les consciences et faire ouvrir les yeux sur les situations plus pénibles de nos frères et sœurs congolais.
Munzihirwa a été avant tout un homme d’une honnêteté claire et ferme. Et cela parce qu’il était un homme de Dieu, de foi profonde, de charité sans limite et sans frontières. C’est l’homme de la simplicité, de l’essentiel, du grand respect des autres. Ses dénonciation ont été toujours très claires, mais il a toujours respecter tous. C’est la vérité qui vous fera libres! Il n’a jamais mâché les mots: au gouvernants de
la Région des Grands Lacs, aux grands de la terre il a parlé clairement, mais tout en les respectant.
Et c’est pour cette vérité sans compromis que Munzihirwa à donné toute sa vie, jusqu’à l’extrême sacrifice de la vie. Il le savait que sa vie était en danger, mais il ne s’est par retiré en arrière. “Le sang des martyrs est la semence des chrétiens. » (Tertullien).
Munzihirwa avec son sacrifice à mis des profondes et stables fondations à cette Eglise de Bukavu : une église qui ne peut vivre une vie médiocre, de compromis, de tribalismes (ou collinismes, comme on dit à Bukavu). L’Eglise de Bukavu doit pouvoir reprendre en main le courage de la prophétie, du charisme, de la dénonciation et surtout être la « sentinelle » de la vérité. Car c’est vers la vérité qu’elle doit pouvoir cheminer ses brebis.
13 ans sont passés et il est temps qu’on fasse quelque chose de plus pour en perpétuer la mémoire de Mzee Munzihirwa et pour que son exemple ne se perd pas. Dans une société qui est train de perdre ses points de repères il nous faut des modèles. Il a encore beaucoup de témoins sur place à Bukavu, ou ailleurs dans
la RDC, et même en dehors de nos frontières, qui peuvent témoigner objectivement de la « grandeur » spirituelle et humaine de Munzihirwa, et je pense et je crois que l’Eglise de Bukavu doit faire un grand effort pour que tout cela ne soit définitivement perdu et qu’elle œuvre vraiment à se doter d’un groupe de personnes capables de réunir les plus des documents possibles sur Munzihirwa. Créer donc une sorte de bureau de documentation Mzee Munzihirwa. Si bien je me rappelle cette idée je l’avais lancée déjà en 2003 à partir de nos antennes de
la Radio Maria Malkia wa Amani, tout juste à la veille du 7e anniversaire de sa mort. Et alors, voila encore l’occasion, en ce 13 anniversaire, pour pousser, secouer, et fraternellement dénoncer la torpeur et l’assoupissement qui existent et commencer à y penser sérieusement.
Dans son dernier appel du 28 octobre 1996 Mzee Munzihirwa avait dit : « En ces jours, que pouvons-nous faire ? Restons solides et fermes dans notre foi ! Je demande à nos militaires de réveiller en eux un minimum de dignité militaire, et demandons à leurs chefs de faire tout le nécessaire pour protéger nos vies de ceux qui veulent saccager… Nous espérons en Dieu qui nous ne nous abandonnera et que certainement un petit lueur d’espérance surgira de quelque part dans le monde… »
© kakaluigi, 2009











29 octobre 2009
Au fil des jours