Discours du P. Brentegani au cours de la Messe de Requiem à la Cathédrale de Bukavu

31 octobre 2009

Billet du jour

Discours à l’occasion des obsèques du  P. Crippa Giuseppe, Bukavu le 30 Octobre 2009  Dieu nous visite par des circonstances tristes et douloureuses comme celles de la mort d’un confrère. Oui, elles sont tristes aux yeux des hommes et de la mentalité du monde mais combien profondes et riches pour ceux qui ont le don de la foi. Vécus dans la foi, ces événements nous aident à aller à l’essentiel du sens de la vie et prendre conscience une fois de plus que notre vie a un sens dans la mesure où nous la donnons pour les autres, en mettant toutes nos forces, nos énergies, nos ressources pour la construction du Royaume de Dieu sur l’exemple de Jésus Christ. Ce qui reste à la fin de la vie d’un homme c’est l’amour qu’il a été capable de transmettre et témoigner.

 

Le P. Crippa Giuseppe est né à Bergame en Italie, le 1e Octobre 1934. Apres avoir suivi les études nécessaires, il a été ordonné prêtre à Parme le 25 Octobre 1959. Après 5 ans de travail dans la province d’Italie, il a été destiné au Congo où il arrive le 08 Juillet 1966. 

De 1966 à 1996, il travaille à Kamituga, à Uvira, à Kiringye, à Luvungi, mais surtout à Kamanyola.  30 ans de travail que même pas les années de la guerre ont pu ternir. Le témoignage de ces jours l’ont démontré. Dans le voyage de retour depuis Bujumbura où il avait été interné d’urgence, nous nous sommes arrêtés dans les différents endroits où il a vécu. La célébration de la Parole faite à Kavinvira à réuni la communauté chrétienne autour de lui. A Luvungi la célébration de l’eucharistie a été pascale avec plus de 1000 personnes. Le corps a été veillé par des groupes de fidèles pendant toute la nuit. A Kamanyola les gens l’attendaient déjà sur la route et l’ont accompagné pendant le trajet qui va de l’hôpital jusque à la paroisse. C’était une foule immense, difficile à denombrer et qui marchait au chant « Hosanna, bénis soit celui qui vient au nom du Seigneur ! », chacun brandissant sa fleur comme un grand bouquet coloré. La aussi le corps a été veillé tout au long de la nuit. Même pas les longues années de guerre n’ont pu effacer le souvenir du P. Crippa dans le cœur des gens, signe que l’amour est plus fort que la mort, la destruction, le mal. 

Depuis 1997 au jusqu’au 2005, le Père a travaillé à Bukavu comme économe régional. Les garage à Luvungi, qui desservait plusieurs diocèses, ayant été détruit par la guerre, il a su recommencer à nouveau et rendre service dans un autre domaine, notamment dans l’économie. C’était les années de guerre, où les liaisons étaient très difficiles et où pour un bon moment nous tous nous avons été coupé du reste monde. Un temps où il était difficile de se procurer de quoi vivre. Qui a vécu ces moments  

peut en témoigner. A partir de son poste de travail, le P. Crippa s’est évertué à aider tout le monde. Il n’y a pas une communauté religieuse, une structure des diocèses de Bukavu, d’Uvira, de Kasongo, de Kalemie et d’autres diocèses, des séminaires qui n’aient reçu l’aide concrète du travail du Père Crippa. Bien sur, il faisait ce travail au nom de la congrégation des Missionnaires Xavériens, mais c’est lui qui restait au bureau jusqu’à même à minuit, qui avait à suivre les contacts pour procurer le nécessaire, qui se tracassait quand il n’en trouvait pas. Il s’agissait d’un travail caché, humble, difficile mais qu’il a réalisé avec le maximum de lui lui-même, au fil des jours pendant 8 ans. Notre Père Général aime se rappeler de lui comme d’un confrère qui aimait le travail bien fait, remplis de ce bon orgueil de servir les autres dans la meilleure des manières. Il était en effet doué d’un grand esprit pratique et savait dépanner pas mal de situations. Cet esprit, le P. Crippa voulait le communiquer aux Confrères, des fois meme maladroitement mais dans un souci de pauvreté et de bien conserver les moyens et les ressources que la Providence met à notre disposition. Fameuse est restée, auprès des Confrères, la phrase : « Ils baptisent les Confrères mais après ils oublient de mettre l’eau dans la batterie de la voiture ! » 

Terminé son mandat d’économe, le P. Crippa était rentré dans le diocèse d’Uvira, à Kavinvira. C’était son souhait. En 2007 il avait demandé une année sabbatique pour aller approfondir l’étude de la Parole de Dieu, « seule chose qui compte car elle montre la voie de Dieu », disait-il !  Revenu en 2008 dans ce diocèse d’Uvira, il s’était mis à l’ouvre pour réaliser son rêve : la construction d’un hôpital. Avec la générosité de sa famille et à l’aide d’un héritage rassemblé avec la participation de ses frères et sœurs, il commençait à voir la réalisation de cet ouvrage pour le bien être de la population. 

Dans la dernière eucharistie célébrée à Luvungi le 18 Octobre, Journée mondiale de la Mission, le père disait aux fidèles : « si vous gardez la tête basse vous ne verrez que la terre ; si vous la relevez,  vous pouvez voir le ciel, avec le ciel vous verrez Dieu et vous sentirez le désir de chercher et travailler pour le Royaume de Dieu ! » Oui, le Père Crippa était très épris du sens de la justice, animé par un grand désir de développement et voulait pousser les gens au travail, à se donner pour le pays, à servir comme Eglise. Selon le témoignage des gens, ce dimanche le Père avait salué l’assemblée avec une chaleur inhabituelle et un enthousiasme explosif, comme s’il ressentait en lui qu’il s’agissait de la dernière fois. 

La nuit du dimanche à lundi, d’après son propre témoignage, il a senti un fort coup de point à la poitrine. C’était l’hémorragie cérébrale qui s’annonçait. Paralysé du coté gauche, aux premières loueurs du lundi, il a demandé de l’aide, car il ne pouvait plus bouger. Les confrères et les consœurs de Luvingi, vue la gravité, ont vite décidé de l’amener dans un hôpital de Bujumbura. Ce lundi il parlait encore. Le mardi son état s’était empiré. Le mercredi il nous avait tous fait espérer dans une reprise, car il avait repris la parole et son sens d’humour. Malheureusement l’hémorragie ne s’était jamais arrêtée. Jeudi son état s’était à nouveau empiré. Il était conscient que ses forces étaient en train de l’abandonner et pour cela il se confiait à la miséricorde de Dieu en offrant ses souffrances à celles du Christ pour la paix au Congo. Les derniers gestes et réponses conscients mais sans paroles, sont de vendredi. Samedi il a été saisi d’une forte fièvre qui ne l’a plus laissé. Dieu le Père l’a amené avec lui à 2h45 du matin de lundi 26 octobre. A la veille, le dimanche 25 octobre, il célébrait son jubilé d’or, 50° anniversaire d’ordination sacerdotale. Dieu le Père a voulu qu’il célèbre cette grande fête, ce but ambitieux que tout homme voudrait atteindre, au paradis auprès des saints, des saintes et anges du ciel. Il avait totalisé 43 ans de mission ! 

Voilà, mes frères et sœurs, quand un missionnaire meurt dans le pays qu’il a tant aimé, auprès des gens qu’il a servi en leur annonçant l’Evangile et cherché ensemble de travailler à l’avènement du Royaume de Dieu, cela est une véritable grâce pour lui, car il ressuscitera à partir de la terre blessée et souffrante, pour laquelle il a versé beaucoup de larmes, donné le meilleur de soi même, vivant et partageant, peine et souffrances, joies et attentes. En effet, l’année passée, une fois terminé son année sabbatique, vu que sa santé commençait à chanceler malgré l’apparence d’une constitution robuste, sa famille l’avait invité à rester en Italie. Il leur a répondu que s’il devait mourir, cela devait se faire au Congo parmi ses gens et chez lui.  Quand un missionnaire meurt au pays, c’est aussi un témoignage d’amour, car il a embrassé la vie et la destiné du peuple avec qui il a vécu. Jésus lui-même nous dit qu’il n’y a pas de plus grand amour que celui de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Que c’est amour missionnaire grandisse en nous tous afin que nous soyons de plus en plus le reflet de l’amour de Dieu qui agit en nous. 

Nous les Missionnaires Xavériens, avec les membres de sa famille ici présents, sa Sœur Valeria et son beau frère Emilio, avec tous ceux qui l’ont connu, remercions Dieu pour le don de son service et de sa personne. 

Que la Vierge Marie avec notre Fondateur, le Bienheureux Guido Maria Conforti et tous les Confrères morts au Congo qui t’ont précédé, t’ouvrent les portes du Paradis pour entrer dans la joie éternelle. 

Kwa heri Crippa, kwa kuonana, utusindikize sasa katika safari yetu hapa duniani na utuombee. 

Pour les Missionnaires Xavériens 

Brentegani p. Gianni sx 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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