Par Freddy Mulongo, jeudi 19 novembre 2009
C’est une question de souveraineté disent les autorités congolaises, la Monuc avec un contingent militaire de 20.000 hommes doit quitter la République Démocratique du Congo d’ici le 30 juin 2010. Un retrait d’après les spécialistes qui peut prendre un voire deux ans. Que va devenir la radio Okapi ? Continuera-t-elle à fonctionner sous quelle forme ?
La radio est le média qui permet d’atteindre les Congolais dans les coins et recoins de la République
La radio Okapi est une bonne radio qui fait partie du paysage audiovisuel congolais (PAC). Aujourd’hui, il est possible de suivre la radio onusienne en Fréquence Modulée (FM) dans 26 villes et localités, en ondes courtes, sur l’ensemble du territoire congolais ainsi que dans le monde à travers le net. Média particulier car travaillant sous couvert de la Monuc, la radio Okapi n’a pas un dossier au ministère de l’information et presse, et ne subit pas les tracasseries administratives, les fermetures comme les sont les radios associatives et communautaires. La radio n’a pas de récépissé, un papier administratif de 5000$ que le ministère de Lambert Mende réclame à cor et à cri aux autres. La radio Okapi opère donc dans le cadre d’un partenariat entre la Fondation Hirondelle et les Nations Unies. Elle est la radio des Nations Unies en République démocratique du Congo, co-gérée par la MONUC et la Fondation Hirondelle qui appartient aux Suisses.
Depuis son premier son émis le 25 février 2002 à aujourd’hui, la radio Okapi a beaucoup évolué. Pour avoir au tout début opéré la Razzia des journalistes et animateurs dans les médias congolais, elle n’avait pas une bonne image. Celle-ci a évolué au fur et à mesure que la radio Okapi se mit au même diapason que les autres, ne s’appuyant pas uniquement sur ses moyens colossaux. Si au départ le budget était de 4 millions de dollars, il atteint aujourd’hui le double, la radio étant financée par les coopérations britannique, suisse , néerlandaise, canadienne et européenne. Aujourd’hui, la radio joue le rôle que devrait jouer la Radio Télévision Nationale Congolaise (RTNC). Elle est relayé dans les coins et recoins de la République par les radios associatives et communautaires. Elle est écoutée par la majorité des congolais. Ses émissions sont appréciées.
200 personnes dont 140 journalistes y travaillent. Les journalistes de la radio Okapi, qui sont bien payés pour ne pas sombrer dans le « coupagisme « , bénéficient également des moyens logistiques de la Monuc: véhicules, hélico, antonov…Ce qui expliquent leur déplacement rapide surtout en provinces.
La radio Okapi va continuer malgré le départ de la Monuc, mais comment ?
Le pluralisme médiatique en République démocratique du Congo est de façade. Le nombre élevé des radios et télévisions ne garantie en aucun cas la diversité d’opinions. Car la majorité des médias au Congo- démocratique appartiennent aux acteurs politiques: Digital Congo (janet kabila), Afrika TV ( Azarias Ruberwa, ex-vice-président de la République pendant la transition) ; Global TV ( Cathérine Nzuzi wa Mbombo, ministre aux affaires humanitaires durant la transition) ; Canal 5 et radio 7 : Modeste Mutinga, ex-président de la Haute Autorité des Médias et Sénateur de l’Alliance Majorité Présidentielle ; Horizon 33 ( Charles Okoto, Député, il vient d’être nommé ambassadeur de la RDC en Ouganda) ; RadioTélé Lisanga ( Roger Lumbala , sénateur );Mirador TV (Lady Luya) CCTV, Canal Kin et Ralik ( Jean Pierre Bemba, sénateur à la Cour pénale de Laye) ; Rtg@ ( Pius Mwabilu, député AMP), Radio-Télé Nyonta (Moïse katumbi, gouverneur du katanga, AMP), Radio Télé Océan (Ngoyi Kasanji , gouverneur du Kasaï Oriental, AMP); la radio liberté Sankuru (Joseph OlengaNkoy) etc…
Deux dangers à eviter à la radio Okapi: « la Congolisation » et « la Mutingasation »
1.La Congolisation de la radio Okapi
La RTNC étant la voix de son maître, la voix du pouvoir. En congolisant la radio okapi pour en faire la RTNC3, la seule avantage serait que le pouvoir soit entendu dans les coins et recoins de la République. Atteindre les zones d’ombre que la RTNC n’y arrive plus depuis de décenies peut être une bonne chose. Mais un vrai danger pour le pluralisme médiatique, une aubaine pour les thuriféraires qui n’ont qu’un seul objectif que le pouvoir des joséphistes rempile en 2011 ? même sans résultats probants pour les 5 chantiers.
Les prévaricateurs et encenseurs vont avoir un média clé en main, rien n’est sûr que le passé de la radio Okapi comme radio de la paix sera pris en compte.
2.La Mutingasation de la Radio Okapi
Soutenu par la communauté internationale qui avait déjà fait le choix de son candidat pour les élections Louis Michel de 2006, Modeste Mutinga l’ex-président de la Haute Autorité des Médias (HAM) par un autoritarisme, roublardise, et fourberies a privé les Congolais d’un débat démocratique entre les deux candidats resté en lice au premier tour des élections présidentielles. Profitant de sa position, il s’est octroyé des fréquences radio et télévision pendant la transition sans que cette même communauté internationale ne dénonce ce comportement jacobin d’être juge et partie surtout en ce qui touche le domaine des médias. Aujourd’hui, Modeste Mutinga a été récompensé pour services rendus à l’Alliance de la majorité présidentielle (AMP): Il est rapporteur au Sénat pour le compte de ce parti qu’il a servi durant la transition et son premier vice-président à la HAM, Esdras Kambale est le Ministre de la Culture et des Arts.
Ne rêvons surtout pas ! Un OPA sur la radio Okapi n’est pas à exclure. Face aux requins véreux et dangereux, il faut protéger l’avenir de la radio Okapi. Comment ?
Même si la Monuc se désengageait de la radio Okapi, il faudrait au moins que la fondation Hirondelle (suisse) puisse demeurer et continuer dans le projet. Même si la radio Okapi devrait se privatiser, il faut éviter qu’un conglomérat des aventuriers, des actionnaires roublards ou encore des Seigneurs de la guerre en mal de légitimité puissent mettre leurs grappes sur celle-ci.
Jusque -là la radio Okapi ne fait jamais de la publicité. En se privatisant, la radio Okapi pour renflouer ses caisses, va-t-elle céder à la facilité en poussant les Congolais à boire la Skol et la Primus ? Les sociétés brassicoles sont les seules qui se payent les publicités de plusieurs minutes dans les médias au Congo.
Pour éviter tous ces écueils, que faire ?
Tout en demeurant sur le sol congolais, la radio pour réussir sa mutation devra opter pour une vision sous-régionale. Trouver les partenaires dans les pays limitrophes de la République Démocratique du Congo. Ce qui atténuerait la vorace volonté de Congolais qui pensent uniquement à rempiler en 2011 ? sans convaincre. La radio Okapi pourrait continuer à être au service des africains, tout en sauvegardant son âme d’une radio de la paix.
C’est aussi aux Congolais de penser sur l’avenir de cette radio Okapi qui a fait ses preuves, qui a permit à ceux-ci de dialoguer entre eux. Si deux de nos confrères de la radio Okapi: Serge Maheshe et Didace Namujimbo ont été assassiné, tous les deux à Bukavu, une ville qui tue ses journalistes simplement parce qu’ils exerçaient librement leur métier, et appartenaient à un média que les autres ont estimé qu’il fallait faire taire. N’est-ce pas une raison pour nous tous de se battre pour que la liberté d’expression ne s’éteigne pas au Congo de Lumumba, en veillant que le départ de la Monuc ne soit pas aussi la mort de la radio Okapi. Et que cette dernière ne tombe pas entre les mains des prédateurs, des mains museleuses et bâilloneuses.










19 novembre 2009
Au fil des jours