Le Supérieur général des Frères de la Charité répond aux accusations

3 décembre 2009

Actualités

Le Supérieur général des Frères de la Charité répond aux accusations du rapport de l’ONU qui prétendent qu’un confrère appuie des rebelles au Congo.

De l’argent pour la guerre ou pour de bonnes œuvres ?
 
Je reviens tout juste  du Congo oriental, où j’ai visité les activités des Frères de la Charité. C’est en 1994, tout juste après le génocide au Rwanda, que nous y avons démarré nos œuvres : à Bukavu, avec de l’enseignement et le soin aux malades mentaux, à Goma, avec les soins aux handicapés et malades mentaux, et depuis quelques semaines, à Shabunda, également avec un établissement de soins pour malades mentaux.


 
En 1994 j’y étais aussi, et lors d’une visite à un camp de réfugiés où travaillaient un certain nombre de nos frères, on me fit la remarque : « Vos frères travaillent également pour l’ennemi ». Ils faisaient référence à ceux qui étaient retournés au Rwanda afin d’y poursuivre des activités ou les réassumer. Je répondis : « Mais nous sommes également ici ». Lorsque je me trouvais quelques jours plus tard au Rwanda et discutais avec des responsables du ministère qui venait d’être formé, de la reconstruction de notre hôpital psychiatrique, j’entendis à nouveau soudain la même remarque : « Vous travaillez chez notre ennemi ». Et je ne pus que servir la même réponse.
 
Le Frère Stan Goetschalckx est l’un des frères qui s’est penché sur le sort des réfugiés. En 1993 déjà, il avait été envoyé au départ de la congrégation afin d’établir des programmes d’enseignement dans les camps de réfugiés au Rwanda. Il accompagna les réfugiés jusqu’à Uvira (Congo oriental), où il demeura quelques années et lança plusieurs projets d’enseignement. Il quitta ce poste en 1996, lorsqu’il partit pour la Tanzanie afin d’à nouveau venir en aide aux réfugiés, et depuis c’est à Kigoma qu’il développe ses activités, en y fondant Ahadi, avec pour but l’organisation d’un enseignement à distance pour les milliers de jeunes qui séjournent dans les camps.
 
Lorsque quelqu’un travaille pour les réfugiés, le risque d’être accusé par d’autres d’intelligence avec l’ennemi n’est pas imaginaire. Les remarques lancées en 1994 se répètent sous toutes sortes de formes et de paroles. Lorsqu’on travaille avec des gens et que l’on partage leur vie de tous les jours, il est difficile de demeurer insensible à l’injustice qu’ils subissent. On ne peut fermer les yeux, ni faire la sourde oreille face à la souffrance des autres. N’est-ce d’ailleurs pas la mission des religieux d’être la voix de ceux qui n’en ont plus, et de défendre leurs intérêts ?

En leur enseignant, nous leur offrons de nouvelles perspectives de vie, ils sont réhabilités dans leur dignité humaine et aussi encouragés à œuvrer de manière pacifique à la réconciliation. Le développement de la paix a toujours fait partie intégrante du programme d’enseignement que nous proposions dans les camps de réfugiés, tout en sachant combien il est difficile, à cause des traumatismes encourus, de se préparer à retourner dans son pays sans se laisser guider par la haine et la vengeance.
 
Entre-temps, beaucoup de réfugiés sont retournés dans leur pays, et on a pu, au départ d’Ahadi, assurer un encadrement poursuivi tant au Burundi qu’au Congo. En tant que congrégation, nous avons toujours appuyé à 100% Ahadi et les activités du Fr. Stan Goetschalckx, alors que d’autre part, celui-ci pouvait d’ailleurs recevoir des marques d’appréciation pour son œuvre, et plus particulièrement lorsqu’il y a deux ans il reçut aux Etats-Unis le prix Opus. Il est dès lors particulièrement regrettable que cette reconnaissance soit regardée par certains avec envie, et qu’une campagne de diffamation ait été  orchestrée. Le Fr. Stan est allé témoigner à Arusha, en essayant d’y relater de manière objective ce qu’il avait vécu en tant que témoin oculaire du génocide. Ce geste-là n’a, lui aussi, pas été apprécié de tous. Il est facile de lancer des ragots, et en Afrique le tam-tam  de la médisance constitue un instrument performant lorsqu’il s’agit de détruire quelqu’un. Qui connaît l’Afrique le sait et en tient compte.
 
Il est aussi très inquiétant que de prétendus experts qui sont envoyés par les Nations-Unies pour inspecter en premier lieu le fonctionnement et l’efficacité des troupes de l’ONU, se laissent mener par ces rumeurs, et donnent dans leur rapport une liste des personnes qui collaboreraient à l’appui des rebelles hutus dans l’Est-Congo. Se rendent-ils compte du dommage qu’ils causent à ces personnes et aux organisations qu’ils représentent, en reprenant dans un document officiel des rumeurs sans même en avoir vérifié la véracité ? Le rapport n’a pas encore été émis officiellement, mais depuis plusieurs semaines, des extraits de ce rapport et maintenant même son intégralité ont été diffusés par la presse. Comment est-il possible qu’un rapport sous embargo soit quand même prématurément communiqué ; quelque chose semble ne pas tourner rond dans le système des Nations-Unies.
 
Lorsque j’entendis pour la première fois ces allégations, j’ai haussé les épaules. La réalité est que nous soignons ceux qui ont été les victimes de la méconduite des soldats dans le Congo oriental. À Shabunda, nous venons d’ouvrir un service psychiatrique où des femmes violées et traumatisées sont soignées. La réalité est que nous continuons à soigner les réfugiés et que nous continuons à œuvrer pour que leur réintégration se passe de la manière la plus pacifique possible. La réalité est que, au Rwanda, nous nous occupons de personnes handicapées et malades mentaux, sans jamais poser la question de leur ethnie ou de leur origine. Nous travaillons, pour le dire avec une boutade, pour l’ennemi dans les deux camps. Mais pour nous, il ne s’agit pas d’ennemis mais de semblables qui nécessitent de l’assistance, du soutien, de l’enseignement et des soins.
 
Les médias ont donné large diffusion au rapport d’inspection, sans que nous n’ayons pu en voir nous-mêmes la version officielle, et en ont fait leur version. Heureusement que le Fr. Stan Goetschalckx a eu la possibilité de réagir, et en tant que congrégation nous désirons appuyer et confirmer cette réaction. Mais cela ne veut pas dire que l’accusation, aussi infondée qu’elle fût, ne nous porte pas dommage. Nous attendons la version officielle pour demander réparation, ainsi qu’aux Nations-Unies et aux experts qui ont établi le rapport. Et entre-temps, nous continuerons à travailler comme à l’accoutumée, sans préférences ethniques, en tous lieux où des gens souffrent et sont atteints dans leur dignité humaine. Cela demeure pour nous notre première et seule mission.
 
Fr. René Stockman
Supérieur général
Frères de la Charité                                   

Source: communiqué de presse des Frères de la Charité, 30.11.09

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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