(CongoForum)
Les premiers « bilans 2009 » commencent à sortir de presse. A part cela, la tenue du Conseil des ministres de samedi 12 décembre à Bukavu, l’accord entre la RDC et le FMI, la rumeur sur la mort présumée d’Etienne Tshisekedi et la fronde au sein de l’AMP sont les titres qui font l’actualité dans les journaux parus ce lundi 14 décembre 2009.
Bilan 2009
A mesure que l’on se rapproche des fêtes de fin d’année, on voit fleurir dans les journaux les articles en forme de bilan et de rétrospective de l’année 2009. Crise économique, faillite des entreprises, insécurité dans l’Est. C’est le cas aussi dans la prese congolaise où L’Observateur ouvre le bal avec ce titre : « Crise économique, faillite des entreprises, insécurité dans l’Est . Une année 2009 de dures épreuves pour la RDC » mais poursuit, plus joyeusement avec un paragraphe guilleret sur les grands travaux de Kinshasa « Le boulevard du 30 Juin, en plein centre d’affaires de Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo connaît une véritable métamorphose avec des travaux effectués par des entreprises chinoises. Jour et nuit, des ingénieurs chinois et congolais dirigent et coordonnent des travaux d’agrandissement et de modernisation de ce boulevard. Les travaux de réhabilitation des infrastructures routières en RDC s’inscrivent dans le cadre de grands chantiers lancés par le président congolais Joseph Kabila lors de son investiture en décembre 2006 », qui ressemble fort à un coup de chapeau obligatoire à « l’impulsion présidentielle ».
Au cours de l’année 2009, beaucoup d’objectifs que s’est assigné le gouvernement n’ont, dans leur majorité, pas été atteints. La RDC a connu peu de moments de réussite mais beaucoup de déboires et échecs consécutifs d’abord à l’environnement économique mondial et ensuite à l’amateurisme, à l’irresponsabilité et au manque de volonté des acteurs politiques et dirigeants congolais qui se sont illustrés par leur incapacité à matérialiser les objectifs que s’est assigné le gouvernement sur le plan politique, économique, social, diplomatique et sécuritaire.
Quant à la refondation de l’Etat, la consolidation de la paix et de l’unité nationale, la consolidation de la stabilité, la formation d’une armée unifiée et intégrée, la stabilisation macroéconomique et la mise en œuvre de cinq chantiers, l’amélioration des conditions sociales par l’accès de tous aux services sociaux de base de qualité , l’augmentation de la croissance, force nous est de constater qu’un grand nombre d’objectifs n’ont pas été atteints. Les provinces de l’Est restent encore des zones très instables politiquement, des zones à la merci des groupes rebelles. Les opérations conjointes entre les FARDC et l’Armée nationale rwandaise lancées au mois de janvier 2009, les opérations Kimya I et Kimya II menées conjointement par les FARDC et la Monuc n’ont pas réussi à mettre en déroute les FDLR, qui continuent encore à semer la terreur et la mort dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dans l’ Est du Congo.Le processus de la formation d’une armée restructurée, intégrée et républicaine n’a jamais vraiment démarré. Au contraire, l’opération de réinsertion des ex combattants au sein des FARDC n’a pas produit des effets positifs attendus, dans le sens de la formation de l’Armée nationale congolaise. « Selon un haut responsable militaire de la MONUC, cette organisation n’a pas intérêt à voir la RDC se doter d’une armée restructurée et intégrée, au risque de voir sa mission prendre fin. » Visiblement l’instabilité actuelle en RDC semble arranger les responsables politiques et militaires de la MONUC pour qui la formation d’une armée congolaise restructurée et intégrée semble être le cadet de leurs soucis « , a confié un diplomate de l’Union Européenne. La situation actuelle dans la province de l’Equateur est une nouvelle occasion pour la MONUC de justifier sa raison d’être en République démocratique du Congo. »
Sur le front de l’amélioration des conditions sociales par l’accès de tous aux services sociaux de base de qualité. En effet, la dépréciation continuelle du Franc congolais a entraîné la baisse du taux de change et la baisse du pouvoir d’achat de la population. Une année après, les congolais n’ont pas de couverture sociale. L’accès aux soins de santé primaires, l’accès à l’eau potable, à l’électricité, au transport et à l’emploi reste encore un luxe. Dès l’année prochaine , le président congolais s’engage à mettre l’accent sur le secteur des transports, des infrastructures scolaires, hospitalières, de génération et de distribution d’eau et d’électricité, ainsi qu’à celles liées aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. En outre, le climat des affaires exécrable et une mauvaise législation en matière judiciaire et d’investissements ont fait que très peu d’investisseurs se sont tournés vers la RDC en 2009.
La politique de la réforme des entreprises de l’Etat amorcée par le ministère du Portefeuille a davantage entraîné ces entreprises vers leur faillite. L’opération Tolérance zéro lancée par le chef de l’Etat congolais n’a pas arrêté les pratiques de corruption, de détournements des fonds, de concussion, et des pillages des deniers publics et des richesses du Congo. Une pratique odieuse qui prive le trésor public congolais des ses ressources en devises. Le règne de l’impunité a repris du poil de la bête au point où beaucoup d’observateurs soutiennent aujourd’hui que l’Opération Tolérance Zéro n’aura été qu’un coup d’épée dans l’eau. La politique de rétrocession de 40 pour cents alloués aux provinces n’a pas été appliquée telle que stipule la constitution congolaise. Conséquence; les provinces congolaises sont restée encore beaucoup plus pauvres et démunies. Et par manque d’emplois et de visibilité, l’exode rural s’est davantage accru vers les villes comme Kinshasa, Lubumbashi, Matadi…
A la lumière de ces faits, il convient de reconnaître que l’année 2009 aura été celle de toutes les peines et des épreuves endurées par les Congolais. Les résultats sur terrain montrent que le bilan de cette année d’existence est loin d’être positif, même si quelques efforts ont été faits dans certains secteurs qui n’ont pas d’incidence directe sur le vécu quotidien des Congolais.
Et de conclure : « C’est la raison pour laquelle dans son discours devant le Congrès, le président Joseph Kabila a donné trois mois au gouvernement pour accomplir des objectifs visant à améliorer la situation économique et sociale de la population congolaise. » Je souhaite cependant que le gouvernement aille plus loin et plus vite. Je lui assigne donc des objectifs complémentaires à atteindre impérativement d’ici la fin du mois de mars 2010. Il s’agit en priorité de l’adhésion de notre pays à l’OHADA, mesure essentielle pour assurer le secteur privé sur une préoccupation capitale, la sécurité juridique et l’amélioration du climat des affaires« , a souligné le Président Joseph Kabila. Ce sont là des défis qui ne peuvent être relevés que si le président congolais se décide vraiment à lutter contre la corruption, les détournements, la concussion, le clientélisme et l’impunité qui, en la manière d’un cancer gangrène le paysage politique congolais ».
Conseil des Ministres
Le Phare, La Référence+ et Le Potentiel sont les seuls journaux qui font état de la réunion du Conseil des ministres présidée par JK à Bukavu. L’habitude de ces conseils itinérants tenus dans une province après l’autre semble perdre de sa nouveauté et les journaux n’en font plus forcément out un plat !
Ces organes de presse soulignent que ce Conseil s’est appesanti sur la question de l’insécurité remarquée de retour en force dans le Sud-Kivu. Le gouvernement s’est engagé à la combattre, note, par exemple, Le Phare reprenant le passage ad hoc du compte-rendu de cette réunion du Conseil des ministres tel que lu par le ministre Lambert Mende porte-parole du gouvernement.FMI
Parlant de l’accord intervenu entre le Fonds monétaire international et la République démocratique du Congo, accord qui a permis la signature du programme triennal en faveur de la République démocratique du Congo, Le Phare estime que maintenant « le plus dur reste à faire ». Ce quotidien prétend que le climat était à l’angoisse à Kinshasa quelques heures avant la signature de l’accord visé, tant, note-t-il, « que l’on avait peur d’échouer si près du but et de perdre du coup tout contact avec les perspectives de l’atteinte du Point d’achèvement de l’initiative PPTE (Pays pauvres très endettés) ».
Pour Le Phare, maintenant que cet accord est signé, forte des atouts dont elle dispose sur le plan des ressources naturelles potentielles, la RDC « devrait relever le défi de quitter à courte échéance le palier peu honorable de « pays pauvres très endettés », et « nos gouvernants devraient tirer les leçons de la magnanimité internationale et ne pas tomber dans les erreurs du passé , lesquels nous ont conduit dans le cycle infernal d’un endettement qui ne faisait que se creuser au fil du temps. C’est le moment de les exhorter à se dépasser en imagination afin de booster toutes les sources des recettes et d’investir dans les projets créateurs des richesses, capables de soutenir l’émergence d’un Etat moderne au cœur de l’Afrique »Toujours à propos de la signature de l’accord triennal FMI-RDC, si le précédent quotidien parle de l’incertitude qui aurait, selon lui, prévalu avant que ne soit signé ledit accord, La Référence+ est plutôt d’avis que cette signature ne faisait l’objet d’aucun doute et que cela ne relevait que du secret de Polichinelle. Ainsi, écrit ce quotidien, le Fonds monétaire international vient d’approuver la conclusion d’un programme triennal formel avec la RDC pour une bagatelle somme de 550 millions de dollars USD.
Le Potentiel opine du même bonnet que Le Phare pour estimer également que maintenant que ce programme a été signé entre les deux parties, « le plus dur est à venir » car, explique-t-il, les divers décaissements prévus dépendront de l’évaluation qui sera faite au fur et à mesure que l’on va cheminer dans l’exécution du programme établi. Pour ce faire, conclut le quotidien, « Kinshasa a tout intérêt à poser des actes de bonne gestion ».
Par ailleurs, parlant de l’accord passé entre la RDC et le FMI, le journal Le Palmarès distingue au loin la silhouette récurrente du Grand Serpent de Mer. Il lie l’accord à un remaniement ministériel qui ne saurait pas tarder à intervenir, croit-il savoir, parce que, explique-t-il, « Le processus d’anéantissement de la dette exige de la RDC une série de réformes impliquant la bonne gouvernance et l’assainissement des finances publiques ». Avec sa dose d’assurance habituelle, ce quotidien écrit : « J. Kabila sait que son gouvernement actuel ne saurait tenir le pari de la bonne gouvernance parce que, exceptés quelques rares ministres, affirme-t-il, la plupart d’entre eux sont compromis dans des dossiers de malversation et d’hémorragies financières ». Cela étant, poursuit-il, « Avant mars 2010, il est sûr et certain que le Chef de l’Etat va congédier les ¾ des ministres de ce gouvernement ». (Le remaniement, s’il est souvent annoncé, est présenté tantôt avec une cause, tantôt avec une autre. Au début de 2009, il était question de faire place au CNDP, puis il a été question des « gaspillages » de Muzito qui semblaient bien dissimuler une volonté de mainmise, à forte connotation préélectorale, de l’AMP, les dernières rumeurs semblent viser surtout une « purge » de ministres incompétents ou d’une honnêteté très relative. Une autre interprétation possible serait que la Primature de Muzito, qui est économiste, avait pour objectif principal de se concilier le FMI. Cela fait, on pourrait composer un nouveau gouvernement, sans doute axé principalement sur les élections de 2011. Il faut aussi remarquer que le discours de JK sur l’Etat de la Nation a été bruyamment salué par le CNDP et qu’en date du 11 décembre le très kabiliste site Digitalcongo a consacré une grande page à ce sujet : «Le Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) a salué les efforts du chef de l’Etat Joseph Kabila après ses trois années à la magistrature suprême, pour le début d’exécution des cinq chantiers de la République et en appelle le gouvernement à lui prêter main forte.etc… ». De là à penser que le CNDP frappe discrètement à la porte de derrière et qu’on lui entrebâille celle-ci, il n’y a qu’un pas… NdlR)
Pour Le Palmarès, ce remanienement, « C’est le prix à payer pour rassurer nos partenaires bilatéraux et multilatéraux ». Le journal croit ainsi savoir que les premiers, en l’occurrence les partenaires bilatéraux, se sont permis, dans le cadre du Club de Paris, de suggérer certains départs au chef de l’Etat. « Ce n’est donc pas par hasard, conclut-il, que celui-ci s’est montré critique envers le gouvernement dans son discours sur l’état de la Nation ».
TshisekediS’agissant de la rumeur qui a envahi la capitale samedi 12 décembre dernier donnant Etienne Tshisekedi pour mort, quelques journaux parus ce lundi matin démentent cette nouvelle. A cet effet, Le Palmarès lui, se fend d’une grosse manchette dont le titre reprend l’interview accordée par le président de l’UDPS à Radio Okapi, interview dans laquelle l’intéressé affirme qu’il « est en convalescence » et qu’il « est suivi par ses médecins ».
Ces rumeurs sur un décès possible de Tshisekedi, si elles ont agité la rue et la presse, ont déclenché de grosses vagues sur « l’Internet congolais », avec pluie de communiqués divers parfois eu aimables. En cause notamment le fait que le dossier médical de Tshisekedi , évidemment confidentiel, circulerait dans certains milieux, et la publication de photos du leader UDPS par L’INFO en ligne des CONGOLAIS DE Belgique. Celui-ci, effectivement, ne semble pas tenir la forme olympique sur les clichés de Cheik Fita. Et voici que certains intervenants y voient déjà une manipulation kabiliste. Là, c’est Cheik Fita qui risque d’en faire un infarctus !
Parlement
D’après Radio Okapi, qui a fait à ce sujet deux dépêches dans la journée d’hier dimanche, un groupe de 16 députés de la majorité s’est organisé en « courant rénovateur ».
« Nous voulons que la Majorité s’assume. Nous en avons vraiment marre d’attendre le changement qui ne vient pas. Nous avons un nouveau bureau à l’Assemblée nationale. Nous pensions qu’avec ce changement, c’est pour imprimer un nouveau dynamisme. Mais nous constatons que le pouvoir de l’Assemblée nationale est comme confisqué. Nous passons 8 jours sans plénière. Le président se déplace et il se déplace avec tous les pouvoirs alors qu’il a des collaborateurs », dénonce l’honorable Albert Pwela président de ce groupe.
Le courant rénovateur de l’AMP relève encore. « Il y a plusieurs questions pour lesquelles on passe au vote. On politise tout. Une assemblée nationale d’élus, incapable de sanctionner un seul membre du gouvernement, pourtant, les méfaits, nous les constatons à longueur des journées. La corruption est devenue comme un sport national. Nous avons tous, dans la classe politique comme un consensus national à la médiocrité ».
Par conséquent, poursuit-il, son groupe se démarque de cet immobilisme et de ce consensus à la médiocrité pour tirer la sonnette d’alarme. « Nous devons rectifier le tir. Le problème, en s’enlisant, dénote un peu une certaine incapacité du gouvernement à apporter des solutions… »
Toujours d’après Radio Okapi, pour Koyagialo Ngbase Te Gerembo, secrétaire exécutif adjoint de l’AMP, les députés de la majorité sont libres de sanctionner les ministres lorsque la faute est avérée. « L’AMP accepte la liberté d’expression et cela dans le cadre de l’exercice démocratique. Ces députés qui se sont exprimés, n’ont fait qu’usage de ce droit fondamental, explique-t-il.
M. Koyagialo rappelle que l’AMP est un regroupement, une plate forme et que les députés sont plutôt membres de leurs partis politiques. « S’ils veulent créer un courant, ça ne peut être qu’au sein de leurs partis politiques, mais pas au sein de l’AMP », tranche-t-il. S’agissant des critiques formulées par le courant novateur à l’Assemblée nationale, que le courant rénovateur accuse de servir de caisse de résonance du gouvernement, le secrétaire exécutif de l’AMP répond : « On ne sanctionne pas pour le plaisir de sanctionner. On sanctionne s’il y a une faute. S’il y a une faute avérée, une sanction sera prise (…). Toute instruction venant des partis politiques, destinée à la coalition majoritaire, se fait, se prépare au niveau de l’AMP.»
(Cela fait surgir une fois de plus le problème de l’inconsistance de coalitions qui n’ont été que les prolongements d’alliances tactiques purement électorales. N’étant pas sous-tendue par une pensée politique commune, la majorité n’a dès lors pour programme que de durer, puis de se faire réélire, ce qui contribue à maintenir les partis congolais dans leur situation de simples machines électorales.
Par un autre aspect, on se retrouve devant un problème aussi vieux que la démocratie parlementaire : celui des votes « majorité contre opposition » et de la discipline de parti. (Laquelle se complique, au Congo, d’alliances emboîtées comme les poupées russes : on est membre d’un parti, qu lui-même est membre de l’AMP, qui est à son tour membre de la coalition gouvernementale ). Il s’est posé avec acuité, il y a près d’un an, avec la motion Kyaviro, origine de « l’affaire Kamerhe ». Celui-ci représentait le modèle achevé d’un Président de Chambre appliquant les règles de la majorité avec souplesse et diplomatie, et déplaisait de ce fait à ceux à qui, à l’époque, nous avions donné le sobriquet de « rhinocéros de l’AMP », farouches partisans de l’imposition musclée du vote de discipline. L’éviction de Kamerhe au profit de Boshab était une concession à cette tendance. Il est donc assez étonnant d’entendre les députés contestataires dire à ce sujet « Nous avons un nouveau bureau à l’Assemblée nationale. Nous pensions qu’avec ce changement, c’est pour imprimer un nouveau dynamisme. Mais nous constatons que le pouvoir de l’Assemblée nationale est comme confisqué ». On n’a pas dû leur expliquer, à l’époque, le sens de ce qu’ils votaient ! NdlR)
L’incident à l’origine de tous ces remous est expliqué dans Le Potentiel: « Motion de censure contre Muzito : AMP se déchire ». Explication : « Après plusieurs tentatives, sans succès, de l’Opposition de « descendre » le gouvernement Muzito, la majorité ou une partie de la majorité vient de prendre la relève. Une motion de censure contre Muzito court et elle est l’initiative d’un député de la majorité présidentielle. Diversion ou chantage ? En attendant la réponse à cette interrogation, la démarche divise déjà l’AMP avec toutes les conséquences imprévisibles ».
© CongoForum, le lundi 14 décembre 2009








14 décembre 2009
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