RAPPORT SUR LA SITUATION DES DROITS HUMAINSDANS LA PLAINE DE LA RUZIZI ET LE MOYEN ET HAUT PLATEAU

22 décembre 2009

Au fil des jours

EN NOVEMBRE –DECEMBRE 2009

1. Kimya II, une opération qui a augmenté l’insécurité

Depuis le début de l’opération KIMIA II, l’organisation ACMEJ informe ses lecteurs et ses partenaires sur

la situation des droits humains dans les zones affectées par cette opération, particulièrement dans la plaine

de la Ruzizi et son Moyen et Haut plateau et dans une partie des territoires de Mwenga et Walungu.

A partir des différentes descentes sur terrain qu’elle réalise dans l’ensemble de son rayon d’action, les

zones affectées par KIMIA II connaissent des violations massives des droits humains, dues

essentiellement aux attaques armées entre militaires impliqués dans cette opération contre les combattants

FDLR, actuellement opérant conjointement avec certains groupes armés nationaux, qui n’accordent pas de

répit aux populations civiles.

Dans la province du Sud-Kivu, depuis le début de cette opération en mi –juillet 2009 jusqu’à présent,

s’observent des multiples violations des droits humains, perpétrées par des hommes porteurs d’armes, à

l’occurrence des militaires impliqués dans l’opération KIMIA II, des combattants hutus rwandais FDLR,

des combattants tutsi FRF mais aussi des groupes armés nationaux (Maï-maï) et des hommes armés non

identifiés qui se distinguent par des assassinats, arrestations arbitraires et suivies des tortures,

enlèvements…

Au niveau des libertés fondamentales, la liberté d’expression est malmenée dans les zones de l’opération

KIMIA II, notamment par des actes d’intimidation de la part des militaires, qui imputant les civils soit

d’être des « collaborateurs des FDLR », soit d’être des « collaborateurs des FARDC », arrestation

arbitraires et détentions, libération conditionnée au paiement d’une amende forfaitaire de 50$ à 400$ ou

d’une chèvre à une vache. Les défenseurs des droits de l’homme oeuvrant dans les zones d’opération

KIMIA II sont menacés.

Concernant la jouissance des droits socio-économiques, une insécurité économique se ressent dans les

zones affectées par cette opération; la situation est aggravée à cause des pillages de bétail, des ravages des

champs des civils et des visites nocturnes aux domiciles des civils. Les présumés auteurs de ces méfaits

sont des combattants FDLR, des militaires impliqués dans l’opération KIMIA II et des hommes armés non

identifiés.

Tous ces forfaits sont praticables parce que les militaires de l’opération KIMIA II n’arrivent pas

sérieusement à discipliner ces combattants FDLR et à assurer une protection aux paisibles citoyens

congolais. Depuis le début de l’opération KIMIA II, des défenseurs des droits de l’homme et chefs locaux

sont régulièrement menacés par les militaires de KIMIA II, les combattants FDLR, les combattants FRF et

les combattants Maï-maï. Ils leur extorquent leurs bestiaux et les vendent ensuite à des congolais

commerçants de mauvaise conscience, au prix « magondo » (prix bas) : une tête environ 100$, ou bien ils

les amènent dans les territoires de Mwenga et Shabunda, où ils les vendent cher : une tête de 400 $ à 500$.

Suite aussi à la hausse des prix, la famine se ressent dans les milieux de refuge du Haut plateau de la

plaine de la Ruzizi, où des foules de déplacés se trouvent sans aucune assistance humanitaire.

Les élus de la circonscription d’Uvira ne parviennent pas à faire pression sur les pouvoirs publics

congolais, afin qu’ils assurent la sécurité des civils résident dans les zones affectées par l’opération

KIMIA II.

2. Les populations de la plaine de la Ruzizi abandonnées

Des informations en provenance des localités du Moyen et Haut plateau de la plaine de la Ruzizi et du

territoire de Mwenga indiquent que les défenseurs des droits humains et les chefs locaux subissent des

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violences perpétrées par les militaires impliqués dans l’opération KIMIA II, les combattants Maï-maï et

les combattants FDLR.

Voici quelques exemples tristes :

A) En novembre 2009, quatre personnes adultes, résident dans la localité de Bulaga, dans la plaine de

la Ruzizi, ont été arrêtées, ligotées et torturées, par les militaires impliqués dans l’opération

KIMIA II basés à Igangu, en connivence avec le groupe armé Maï-maï du commandant Mulabiko

Bugoro. Ces arrêtés ont été accusés d’être « collaborateurs des combattants FDLR », malgré

l’inexistence d’aucune réelle ; 3 chèvres, 14 poules et 15$ leur ont été ravis comme caution de leur

libération.

B) Le chef de la localité de Kibungu, Moyen plateau, n’a pas été épargné de cette imputation de

« collaborateur des combattants FDLR » : il a été accusé de ne pas donner de rapport aux militaires

KIMIA II sur la présence des combattants FDLR qui font des patrouilles dans sa juridiction. Pour

sa libération, il a donné aux militaires impliqués dans l’opération KIMIA II basés à Nyamutiri 80$

et deux chèvres. Le 10 décembre 2009, en son absence, une dizaine de ces militaires ont investi

son domicile pendant la journée et ont déclaré : « Il a la chance parce qu’il est absent, mais on

verra ». A son retour, le chef de la localité a été informé de cela. La nuit suivante, ces militaires

encore ont investi son domicile, heureusement il avait décidé de passer la nuit ailleurs.

Actuellement ce chef de localité est en exil. Des informations reçues sur place confirment que ces

militaires continuent à arriver chez lui pendant la nuit pour voir s’il est rentré.

C) Un vieux sage de la localité de Kashita-Rupango, plaine de la Ruzizi, et pasteur de l’église, a dit

aux enquêteurs d’ACMEJ avec les larmes aux yeux : « Nous avons vu l’arrestation de notre chef

de quartier, amené manu militari par deux militaires à l’état major du bataillon basé à Bulinga dela 33e brigade1. Raison : son fils, âgé de 21 ans, est accusé de vouloir épouser la femme de l’un de

ces militaires, du seul fait de s’être reposé à coté de la maison de ce militaire quand il revenait du

champ. Pour être libéré, le chef a dû payer 40$ et une chèvre, sans qu’on ait examiné le bien fondé

de cette arrestation ». « Est-ce que se reposer tout près de la maison de quelqu’un constitue un

délit ? ou cela signifie qu’on veut épouser la femme de quelqu’un? », demande le vieux sage.

D) Le 2 décembre, un homme âgé de 28 ans, cultivateur, marié, père d’un enfant et résident de la

localité de Gombaniro/Lubarika, quartier Kagaragara II, a été arrêté par des militaires de la même33e brigade et conduit à l’état major bataillon par S2 et ses trois garde-corps, pour le motif qu’il

aurait volé la chèvre de Mr. Zihindula Shendwa, ex-combattant Maï-maï, actuellement démobilisé.

Après avoir reçu plusieurs coups de fouet, l’arrêté a reconnu l’accusation, et est parvenu à citer

deux civils complices, dont l’un est adulte et l’autre mineur, âgé de 15 ans. Ils sont aussi aux arrêts

et ont reçu plusieurs fouets, malgré qu’ils aient nié le fait. Le 3 décembre 2009, ils ont été libérés

moyennant 23 $ et une chèvre. Le présumé voleur, une semaine après l’arrestation, a été aussi

libéré.

E) Au coeur de ce mois de décembre 2009, d’innombrables cas des violences ont été enregistrés dans

le secteur ou groupement de Kamanyola, chefferie de Ngweshe, territoire de Walungu, province du

Sud-Kivu. Voici quelques cas, qui se sont passés tous dans la nuit du 12 décembre 2009, au

quartier Kashenyi, dans le secteur de Kamanyola. Vers 21 heures, un groupe de malfaiteurs armés,

qui serait composé de 6 personnes en tenue civile, a attaqué le domicile d’un homme résident de

cette localité, âgé de 22 ans et père de 3 enfants. Ils se sont introduits dans sa maison, où ils ont

trouvé toute la famille encore éveillée. Ils ont ligoté et fouetté le père, en exigeant qu’il donne

1 Ex-CNDP (le groupe armé anciennement commandé par Nkunda), impliqué dans l’opération KIMIA II.

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l’argent. Comme il n’y en avait pas, l’épouse de cet homme, âgée de 23 ans, et celle de son petit

frère, âgée de 21 ans, ont été violées. Ces malfaiteurs sont partis en emportant une chèvre et un

poste radio. Dans la même nuit, ces malfaiteurs se sont dirigés chez une autre personne du quartier,

célibataire et âgé de 50 ans ; après avoir démoli la porte de sa maison, ils sont entrés ont rencontré

l’homme au lit. Sans tarder, ils lui ont tiré une balle à bout portant, au niveau du cou, en

provoquant sa mort immédiate. Puis ils sont partis en emportant un poste radio. Toujours dans la

même nuit, vers une heure du matin, ces malfaiteurs sont entrés de force dans le domicile d’une

veuve âgée de 60 ans et ont emporté un sac d’habits.

F) Dans la journée du 6 août 2009, vers 11 heures, un homme résident de Kamanyola /plaine de la

Ruzizi, âgé de 39 ans, marié et père de 9 enfants, avait été arrêté au marché de Luvungi, qui se

tient chaque mercredi, par huit militaires impliqués dans l’opération KIMIA II, pour le motif qu’il

serait un combattant FDLR ; grâce à l’intervention de son voisin, vendeur d’habits qui était aussi

au marché ce jour-là, et qui avait confirmé qu’il est congolais de la communauté Bashi, l’homme

avait été libéré, moyennant toutefois 20$. Du retour du marché, vers 16 heures de la même

journée, il avait rencontré d’autres militaires impliqués dans l’opération KIMIA II, de morphologie

tutsi, qui l’avaient aussi arrêté et imputé d’être FDLR. Ils l’avaient ramené à Luvungi et enfermé

dans une salle de classe de l’école primaire Kabwiba, où il avait rencontré d’autres détenus. Vers

18 heures, tous avaient été conduits vers la rivière Ruvubu à Murunga. En cours de route, certains

détenus, qui ne ressemblaient pas aux combattants FDLR, avaient été libérés, mais lui et les autres

six détenus avaient été conduits jusqu’à la rivière Ruvubu. C’est là où on lui aurait injecté une

seringue avec contenu inconnu, malgré que la victime ait nié à maintes reprises d’être un

combattant FDLR. Les militaires lui avaient demandé de traduire en mashi quelques mots en

swahili, l’homme l’avai fait, alors les militaires l’avaient libéré et étaient partis avec les six autres

détenus. Le 15 décembre 2009, à Nyangezi, voulant rentrer chez lui a Kamanyola, cet homme est

monté dans un camion militaire partant pour Uvira, en payant 2$ comme frais de transport. Arrivé

à Ngomo, le camion a eu une crevaison. Tous les passagers sont descendus. A ce moment-là, on lui

aurait dit de transporter un colis, mais il n’a pas été à mesure de le mettre sur la tête. Alors ces

militaires, qui seraient au nombre de 48 et tous impliqués dans l’opération KIMIA II, lui ont mis

un foulard sur les yeux, ont ligoté ses bras et ses jambes et l’ont violemment fouetté ; après la

réparation de pneu, ces militaires sont partis, en laissant la victime dans un mauvais état. Vers 20

heures, l’homme a récupéré le souffle, s’est délié et a pris lentement la route vers Kamanyola, où il

est arrivé à une heure du matin. Actuellement la victime se trouve dans un état critique et est en

train d’être soigné. « Maintenant notre moment arrive – a affirmé un citoyen congolais victime

d’un traitement inhumain -. Nous congolais, qui avons une morphologie semblable à celle des

combattants FDLR, sommes aussi victimes d’un plan concerté tendant à la destruction totale ou

partielle de ces combattants FDLR ».

3. Accrochages et conséquences sur les civils

Le 8 décembre 2009, vers 8 heures du matin, une coalition de combattants FDLR et d’insurgés des FRF

du commandant Michel Rukunda Makanika a attaqué pendant une heure les militaires FARDC de la 112e

brigade basés à Minembwe. La coalition est revenue à 13 heures pour disperser les militaires des FARDC,

mais n’est pas parvenue à récupérer la localité de Minembwe.

Le 10 décembre 2009, vers 4 heures du matin, cette coalition de combattants FDLR et insurgés du

commandant Makanika a attaqué de nouveau la localité de Minembwe, un affrontement qui a duré

presque toute la journée. De la part des FARDC, il y aurait eu 5 morts, 9 blessés et 5 militaires emportés, y

compris un capitaine, et des munitions emportées par la coalition. De la part de la coalition, il y aurait eu 9

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morts et 15 blessés. A la même date, la coalition FDLR-FRF a emporté 40 vaches d’un homme de la

communauté des Bafuliru, résident à Ruhuha / Katanga.

En date du 27 novembre 2009, La localité de Magunda, dans le territoire de Mwenga, a été attaquée par

des combattants FDLR venus de Rubumba et Miki. Beaucoup de balles se sont entendues cette nuit-là. Ils

ont pillé tout le matériel du centre de santé de Magunda et emportés 3 infirmiers et un aide infirmier du

centre. Ils ont été libérés moyennant 11 vaches que leurs familles ont données aux combattants FDLR. Il

n’y a pas de présence des FARDC à Magunda.

Le marché de Magunda, qui se fait chaque mercredi de la semaine, est contrôlé par les combattants FDLR

et Maï-maï du commandant Kapopo Walunda. Ils ont mis une barrière à la rivière Mushojo et une autre à

Rubibi2 : chaque passant paye 500 francs congolais.

Il y a eu mouvement de population vers les localités Masangu, Rubuga, Kitoga : là non plus la force

gouvernementale n’est présente.

4. Enfants associés au groupe armé Maï-maï du commandant Mulabiko

En novembre 2009, le groupe armé Maï-maï du commandant Mulabiko Bugoro, actif surtout dans les

localités de Kasaba , Rurambo, Igangu…, est en train de mener une campagne de recrutement. Il mène des

attaques conjointement avec un bataillon de militaires impliqués dans l’opération KIMIA II, basés à

Igangu, en vue de démanteler les combattants FDLR. Des jeunes surveillants des violations des droits de

l’homme formés par ACMEJ et les chefs locaux ont signalé aux enquêteurs de l’ACMEJ qu’il y aurait une

vingtaine d’enfants écoliers de l’école primaire Bulaga recrutés dans ce groupe armé. Pendant les

opérations militaires, ils sont retirés de leurs classes ou bien on leur demande de ne pas partir à l’école

pour participer à l’opération. Leurs enseignants et leurs parents les voient passer et portant l’arme à feu sur

l’épaule. Les enfants recrutés font quelques fois des gardes ou des patrouilles pendant la nuit.

ACMEJ condamne ce crime du recrutement d’enfants, qui est une grave violation du droit international, et

demande au Gouvernement congolais d’offrir une protection et secours efficaces à ces jeunes écoliers de

la localité de Bulaga/plaine de la Ruzizi-Sud-Kivu, touchés par ce recrutement illégal.

ACMEJ condamne aussi d’autres recrutements faits par d’autres forces. Les militaires impliqués dans

l’opération KIMIA, basés dans la plaine de la Ruzizi, réintègrent les ex-combattants Maï-mai démobilisés

dans leur unité, en dehors des dispositions de la loi.

5. Vieillards congolais et autres personnes vulnérables vivant dans les milieux urbains en difficulté

L’article premier de la Déclaration universelle des droits humains stipule : « Tous les êtres humains

naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les

uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». La même déclaration, à son article 7, ajoute « Tous

sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection contre toute discrimination qui

violerait cette présente déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination ».

Et la Constitution de la RD Congo dispose à son article 49, alinéa premier : « La personne du troisième

âge et la personne handicapée ont droit à des mesures spécifiques de protection en rapport avec leurs

besoins physiques intellectuels et moraux ». Malheureusement dans le pays, particulièrement dans la

plaine de la Ruzizi et son Moyen et Haut plateau, au Sud-Kivu, la réalité sur terrain démontre le contraire.

Suite aux violences sexuelles perpétrées par des hommes porteurs d’armes, des femmes sont violées et par

la suite répudiées par leurs maris. Certaines ont été imputées sorcières, lapidées et chassées de leurs

villages d’origine en des endroits où leurs familles ne peuvent pas les visiter, de peur d’être aussi imputés

2 Ce marché est à environ 4 km de Magunda.

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comme sorciers ; d’autres sont accusées de sorcellerie par leurs propres familles et leurs communautés, et

personne dans le village ne peut les saluer ou cohabiter avec elles.

A cause des multiples guerres que le pays a connues, un nombre élevé de personnes du troisième âge

sont abandonnées, sans assistance et même maltraitées. Ceux dont les frères, parents, fils, maris… ont été

massacrés lors des guerres qui ont ensanglanté le pays entre 1996-2003, se trouvent seules sans moyen de

survie. Tous sont dans la rue tous les jours ouvrables des marchés de la plaine de la Ruzizi. Il y en a qui

meurent de faim, d’autres qui sont accusés d’être les grands sorciers du village, ce qui cause que même

leurs propres familles et la communauté locale les abandonnent.

L’action du Ministère des affaires sociales de la RD Congo n’est pas visible dans nos milieux. L’ONG

AMI ne vient plus prendre en charge les soins des personnes indigentes dans les zones de santé de Lemera

et Ruzizi/plaine de la Ruzizi. Ainsi, ces personnes âgées n’ont-elles plus accès aux soins médicaux

gratuits : tous les jours elles sont chassées de Centres de santé, de Centres hospitaliers et d’hôpitaux.

En 2008, ACMEJ a fait une enquête sur la condition de vie des personnes âgées vivant dans les milieux

urbains de la province de Sud-Kivu, particulièrement dans la plaine de la Ruzizi, une partie du territoire de

Mwenga et une autre partie du territoire de Walungu. ACMEJ a constaté qu’ils ont difficulté à accéder à

des soins médicaux appropriés, à trouver une ration alimentaire et à avoir des habits. A cause de leurs

conditions misérables, ils sont facilement imputés sorciers. La majorité, ce sont des veufs et veuves, vivant

seuls dans des bicoques ou maisonnettes de chaumes. Certains sont utilisés comme garde-bébés et logés

dans des cuisines, pour recevoir seulement à manger. Ils ne peuvent pas passer la journée dans ces cuisines

à cause des travaux managers de cuisine, alors, le matin, ils enlèvent leur natte et quittent le lieu ; la nuit

ils la remettent pour y dormir.

Ces personnes âgées, victimes de la misère et du rejet social, nécessitent l’assistance efficace de tous les

acteurs nationaux et internationaux oeuvrant dans le domaine de la protection des vieillards.

6. Exploitation illégale des minerais

Les populations du Moyen et Haut plateau de la plaine de la Ruzizi ont confirmé aux enquêteurs

d’ACMEJ que des combattants FDLR et des groupes armés nationaux exploitent l’or et la cassitérite à

Kalungu, Mikiki et Kakanga, localités se trouvant dans le territoire de Mwenga, groupement de Kigogo et

chefferie de Lwindi.

Les enquêteurs de l’ACMEJ, s’y étant rendus, ont constaté l’exploitation illégale et clandestine de l’or

dans les carrés miniers de Miki et de KIHAZI, se trouvant dans la localité de Kalungu, à 10km de Muhuzicentre,

où se trouve tout un bataillon de militaires impliqués dans l’opération KIMIA ; et dans le carré

minier de Kakanga, où les combattants FDLR et les Maï-maï de Kapopo Walunda exploitent illégalement

l’or. Tous les matins dans le carré minier, certains en tenue militaire semblable à celle des FARDC et

d’autres en tenue civile, y-compris des civils congolais de la communauté Bashi, creusent fébrilement. Ils

font penser à des chiens qui dévorent un animal abandonné.

7. Analyse et appel

L’organisation ACMEJ condamne avec la plus grande vigueur les attaques menées contre les paisibles

paysans civils des zones affectées par l’opération KIMIA II, qui transforment des civils en victimes.

Malgré les rapports de certaines organisations congolaises intervenant dans les zones affectées par

l’opération KIMIA II, le Gouvernement congolais semble faire sourde oreille à ce pillage systématique

des biens des paysans congolais et aussi des ressources congolaises.

Tout ce qui est en train de se passer dans la plaine de la Ruzizi, dans le Moyen et Haut plateau fait

supposer une planification du crime économique contre les paisibles citoyens congolais urbains, pour les

rendre des pauvres quémandeurs, incapables de dire un mot aux envahisseurs rwandais, qu’ils soient

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militaires ou civils. Beaucoup de citoyens constatent les signes de la réalisation progressive d’un projet

d’implantation d’une communauté rwandaise hutu et tutsi l’Est de la RD Congo, non pas en hôtes, mais en

maitres violents. Réduits à la misère, ces congolais des milieux urbains, appelés souvent « opposants aux

initiatives de l’empire Hima », n’auraient plus à réclamer leurs droits fondamentaux.

Suite à tout ce que nous venons de décrire, ACMEJ :

- demande à ces forces et groupes armés de prendre des mesures appropriées pour que cessent

leurs atrocités contre les civiles.

- demande au Gouvernement tant provincial que national….- demande à la MONUC, et autres agences des Nations Unies chargées de protéger les civils en

RDCongo, particulièrement dans les zones affectées par l’opération KIMIA II, de respecter leurs

obligations en matière de protection des civils sur terrain ;

- interpelle toute la Communauté internationale afin qu’elle réagisse rapidement à ce gigantesque

pillage qui sévit dans l’Est de la RDCongo, particulièrement dans la plaine de la Ruzizi, et dans

son Moyen et Haut plateau, car si cela continuait, les souffrances et les morts ne feraient

qu’augmenter ;

- recommande à la population de se désolidariser aux combattants FDLR et à tout groupe armé

national qui a l’intention de troubler la paix de la RDCONGO

Fait dans la Plaine de la Ruzizi, le 23 décembre 2009

ACMEJ

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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