LE SOMMET DE L’ICEBERG COMMENCE A EMERGER AU KIVU

24 décembre 2009

Au fil des jours

 

En cette veille de Noel; au moment que les espoirs deviennent reves et realités Néhémie Bahizire, citoyen congolais du Sud-Kivu, en République Démocratique du Congo, dénonce encore une fois le drame que la population vit et le dessein qui est en train de se réaliser.

 

 

Je n’ai jamais cessé de crier au secours de la population du Nord et Sud Kivu, en adressant mes appels à l’humanité toute entière, pour que celui est épris d’amour et de compassion agisse. Jusqu’à présent, toutefois, j’ai crié en vain. Certains de mes lecteurs me taxent d’alarmiste, d’extrémiste, xénophobe et qu’en sais-je encore. Et pourtant chaque jour qui passe, le cheminement des événements donne raison. 

 

1. UNE POPULATION CIBLÉE ET CONSCIENTE 

 

Attaques 

 

-          Aucun jour ne passe sans que les radios locales n’annoncent des tueries, pillages et viols de femmes et filles par des militaires du CNDP/FARDC[1], partout où ils passent. 

 

-          Le 25/11/2009, un député élu de la circonscription électorale de Kabare au Sud Kivu dénonce la déportation de la population d’Irhégabaronyi, dans la chefferie de Nindja, par le CNDP/FARDC pour la contraindre aux travaux forcés dans les mines de cassité- rite. 

 

-          Dans la nuit du samedi 05/12 et celle du lundi 07/12/2009, dans la paroisse catholique de Kabare et le monastère de Murhesa, attaque et assassinat successif d’un Abbé et d’une sœur de l’archidiocèse de Bukavu par des hommes en armes. 

 

-          La famine s’annonce au Sud Kivu : elle sera accompagnée d’épidémies car dans toutes les campagnes, depuis deux saisons culturales, les populations sont en perpétuel déplacement forcé et ne peuvent ni cultiver ni même récolter ce qui se trouve dans leurs champs, car ce sont soit les militaires du CNDP/FARDC soit ceux du FDLR[2] qui les récoltent. 

 

 

Cris inécoutés 

 

Au stade actuel, les pourfendeurs des Kivutiens jouent maintenant à découvert leurs intentions réelles, et l’étau se resserre de plus en plus sur la population autochtone du Kivu. Cette population en est de plus en plus aussi consciente et manifeste son désarroi. 

 

-          Le 28/10/2009, la Société civile du Sud Kivu a organisée une marche de la population de la ville de Bukavu pour remettre un mémorandum adressé au Président de la République, afin de dénoncer l’ambiguïté des objectifs de l’opération Kimya 2. 

 

-          Le 31/10/2009, la population de Lubero au Nord Kivu a marché pour dénoncer le silence complice du gouvernement congolais sur l’extermination en cours par le CNDP de la population de ce territoire. 

 

-          Le 18/11/2009, les ONG internationales et autres agences des Nations Unies suspendaient leurs activités à Lubero au Nord Kivu ; motif : la population ne voulait plus d’eux. Le même jour à Bunyakiri au sud Kivu, la MONUC, les FARDC et autres ONG internationales ont essuyé des jets de pierres de la part de la population en colère ; bilan : deux personnes fusillées par les FARDC. 

 

 

2. ACTEURS ET ACTIONS MILITAIRES EN COURS 

 

 

2.1 Opération Kimya 2 

 

Déclenchée pour – semble-t-il – forcer les Hutus rwandais armés à rentrer chez eux au Rwanda, cette opération se révèle aujourd’hui lancée contre la population locale du Sud Kivu. 

 

 

2.2 Les résistants autochtones « Maï-maï » 

 

-          Les opérations militaires menées par le CNDP se focalisent sur la traque des derniers résistants Maï-maï dans le territoire de Fizi au Sud Kivu. Chaque jour le CNDP/FARDC se vante du bilan des Maï-maï tués et parle de nettoyage. La population locale se demande pourquoi personne ne s’occupe des FRF[3]. Les Maï-maï ont-ils commis plus de crimes qu’en a commis le CNDP, sous la barbe et le silence complice coupable de la MONUC[4] ? 

 

-          Le 3/11/2009, un nouveau mouvement Maï-maï appelé Union du Peuple Congolais pour la Révolution, « UPCR », a attaqué le centre d’instruction militaire de Luberizi au Sud Kivu. Bilan : 3 personnes tuées, des armes, munitions et otages emportés. Ce mouvement, conduit par les officiers militaires déserteurs des FARDC, a déclaré combattre l’agression rwandaise au Kivu. 

 

2.3 La MONUC 

 

-          Le 2/11/2009, monsieur Alain Le Roi, secrétaire général adjoint de l’ONU chargé des opérations, a dénoncé le massacre de 69 personnes par les militaires du CNDP à Lukweti, près de Nyabiondo dans la province du Nord Kivu, et a suspendu l’appui de la MONUC à cette brigade ; tandis que l’ong Human Right Watch parlait de 555 personnes massacrées, le 30.11.2009 le même Alain Le Roi félicitait le président Kabila pour la paix rétablie au Kivu ! 

 

2.4 Les FDLR 

 

-          Déstabilisées par les opérations en cours, le poids de leur présence sur la population des FDLR a augmenté. Selon le rapport de l’ONU, elles sont aussi complices de l’exploitation illégale des minerais congolais.  

 

2.5 Le CNDP 

 

-          Le 10/11/2009 monsieur Kamanzi Désiré, président du CNDP, annonce sa démission de la tête de ce mouvement, sous prétexte de non application par le Gouvernement congolais des accords signés avec son mouvement. 

 

-          Le 12/11/2009 monsieur Kambasu Ngema, secrétaire général du CNDP, menace à la radio Okapi de retourner leurs armes contre le Gouvernement congolais. Le même jour, la Société civile de Walungu au Sud Kivu dénonce les viols à grande échelle commis sur femmes et filles par des militaires du CNDP/FARDC à Luhago, Cishadu et Nzibira. 

 

-          Le 17/11/2009 la radio Okapi annonce l’arrestation en Allemagne de monsieur Ignace Murwanashaka, président des FDLR et un de ses collaborateurs, alors que le Gouvernement congolais protège un autre criminel, tutsi, Bosco Ntaganda, recherché par la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre. 

 

-          Le 27/11/2009 citant le rapport des experts des Nations Unies, l’ONG britannique Global Witness dénonce l’exploitation par le CNDP des minerais dans les carrières minières abandonnés par les FDLR[5]

 

3. OCCUPATION DU KIVU PAR LE RWANDA MOYENNANT LE CNDP 

 

-          Le but de l’action du CNDP commence à se réaliser. Le 20/11/2009 la radio Okapi a annoncé le déversement dans les territoires de Masisi et Rutshuru au Nord Kivu, de 12.000 familles Tutsi en provenance du Rwanda, accompagnées de leurs troupeaux de vaches. Ils sont entrés par la localité de Kibumba, frontalière au Rwanda. La population autochtone crie depuis lors au secours mais en vain, car ces envahisseurs et leurs troupeaux occupent toute terre qu’ils trouvent et cela sans distinction, même jusque dans le parc de Virunga. Ils se déclarent refugiés congolais rentrants chez eux, et pourtant ils ne connaissent même pas les villages d’accueil. 

 

-          Interrogé par les journalistes, le HCR ainsi que la Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR) ont déclaré ne pas reconnaître ces gens dans les statistiques des réfugiés. Elève-t-on des vaches dans les camps des réfugiés du HCR au Rwanda ? Le Gouvernement rwandais a dit ne pas reconnaître ces gens, alors que le Gouvernement congolais acquiesce et se tait. 

 

-          Le même jour, l’agence des Nations Unies pour l’habitat « UN Habitat » s’en est mêlée et a exigé une cohabitation pacifique, en faisant fi aux droits et vies des victimes autochtones qui perdent pour de bon leur unique moyen de subsistance, leur terre. 

 

-          Il est aussi connu qu’un autre mouvement d’invasion tutsi vers le Sud Kivu se prépare via le Burundi. Une tentative a déjà été déjouée à Kavinvira : ils sont rentrés et attendent seulement le signal de leur armée CNDP qui est en train de déblayer le terrain. Le HCR déversera aussi ses 500.000 personnes baptisés « réfugiés congolais » ; et vive l’occupation du Kivu. 

 

 

4. RÔLE JOUÉ PAR LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE 

 

  

4.1  Union Européenne, USA et autres Pays du Nord : 

 

-          Le 19/11/2009 les Ambassadeurs de l’Union Européenne se réunissaient à Kisangani en RD Congo pour statuer sur les forêts congolaises. Au même moment, les USA et le Canada empêchaient la réunion du Club de Paris de décider un allègement de la dette de la RDC. Cela en soutien à leurs multinationales qui opposent un bras de fer au Gouvernement congolais sur la révision des contrats miniers jugés léonins. Or, ces mêmes pays venaient d’exiger et obtenir de la RD Congo la révision de son contrat minier avec la Chine. Une justice à double vitesse. 

 

-          Le problème de l’eau douce du bassin du Congo ainsi que celui de positionnement de la base militaire de la force USA « AFRICOM » attendent de s’ajouter aux malheurs des congolais. 

 

-          Les USA refusent catégoriquement de fournir des renseignements sur les comptes bancaires des personnalités du CNDP logés dans les banques américaines, comme le demandent les experts de Nations Unies. 

 

-          La Chine, l’Uganda, la Grande-Bretagne et la France ne veulent pas tous entendre parler de ce rapport qui démontre l’implication des multinationales de leurs pays dans l’achat des minerais de sang exploités au Kivu. 

 

4.2  Les Nations Unies : 

 

Les Nations Unies sont représentées en RD Congo par la MONUC, dont les méfaits sont connus : 

-          avoir livré la ville de Bukavu au CNDP en 2004 ; 

-          avoir décoré Nkundabatware, chef du CNDP ; 

-          s’être impliquée dans le trafic d’armes et munitions contre les minerais avec le CNDP, 

-          faciliter le démantèlement de l’armée républicaine en accompagnant l’infiltration de cette dernière par des rwandais et ougandais, 

-          exploitation sexuelle des filles congolaises, etc. 

 

Les soldats pakistanais, casques bleus de la MONUC déployés au Sud Kivu, au lieu de s’occuper de la protection de la population civile, mission principale pour laquelle ils sont là, ne font que prêcher l’Islam. Ils ont déjà construit plus de 20 mosquées dans différents villages ; chaque jour, pour s’attirer des adeptes, ils distribuent aliments et vêtements. Tout cela aux frais des Nations Unies ; aucune réalisation d’intérêt communautaire telle qu’écoles, centres de santé, etc. La population perplexe se demande si l’ONU est venue au Sud Kivu pour y implanter la religion musulmane. 

 

Le 30/11/2009, les Nations Unies ont prorogé l’embargo sur l’importation des armes en RD Congo pour une année, cependant elles s’abstiennent et ne proposent rien comme sanction contre le Rwanda, l’Uganda, la Tanzanie et d’autres pays européens et asiatiques, pourtant cités par les experts de cette même ONU à propos de la vente des armes aux criminels au Kivu et en Ituri. 

 

5. LE GOUVERNEMENT CONGOLAIS 

 

Il est connu que le Gouvernement en place en RD Congo est au service de ces puissances prédatrices avec la mission de faciliter toutes les opérations supra citées. Elues pourtant par le peuple, ces autorités ne devraient pas travailler en mercenaire : or, c’est cela la réalité sur le terrain. Inutile donc de parler des autorités qui trahissent leur peuple. 

 

Conclusion 

La population congolaise du Kivu est la victime expiatoire du génocide commis au Rwanda par les Rwandais ; chaque jour, elle paye les frais amers du conflit Tutsi – Hutu du Rwanda et cela sous la barbe et le silence coupable de la Communauté internationale et des autorités congolaises. Meurtrie, cette population marche vers un lendemain incertain sans savoir à quel saint se vouer. 

La MONUC, qui ne veut aucunement qu’on parle de son départ du Congo, attend probablement d’y superviser la balkanisation du Kivu. Cela ne pourra se réaliser que dans un bain de sang des congolais, victimes innocentes. Le reste, Dieu seul sait. 

 

 Bukavu, le 8 décembre 2009. 

 

 Néhémie BAHIZIRE 

 

 

 

 




[1] FARDC : Forces Armées de la RD Congo, auxquelles a été intégré hâtivement début 2009 le CNDP de Laurent Nkunda qu’elles combattaient. CNDP : Congrès National pour la Défense du Peuple, mouvement politico-militaire pro-rwandais défendant les intérêts essentiellement tutsi

[2] Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, une organisation politico-militaire des Hutu rwandais en RD Congo.

[3] FRF : Force Républicaine fédéraliste. Branche du CNDP au Sud Kivu. 

[4] MONUC : Mission des Nations Unies au Congo. 

[5] Info donnée par radio Okapi, la radio de la Mission des Nations Unies au Congo. 

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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