Entrée du CNDP au prochain gouvernement: point de vue de deux patriotes

27 décembre 2009

Au fil des jours

Par Mastaki Bayange Lwissonga et l’Abbé Mbelu

Entrée du CNDP au gouvernement ou la soumission d’un État vaincu.

Par Mastaki Bayange Lwissonga

Eh oui! Quel titre : « Le Cndp « négocie » sa participation au gouvernement »! En fait, devrions-nous nous interdire de lire les évènements dans leur contexte afin  de  voir les choses dans leur ensemble? Nous nous éloignerions émotionnellement de nos blessures, nierions notre humiliation, l’atteinte répétée et continue à notre dignité humaine, les graves crimes imprescriptibles commis contre la personne et contre les biens. Ceci amoindrirait le choc ressenti et contrôlerait notre révolte! Comme conséquence, les bénéficiaires de notre distraction pourraient continuer leur sale besogne sans souci. 

Pourquoi ne pas dire: « Le Cndp force sa participation au gouvernement« ; c’est plus vrai. Ceci avec l’écartement d’institutions issues des élections, le Parlement en premier. Rappelons-nous du départ humiliant de Vital Kamerhe, des sorties en bonne et due forme des députés du Kivu sur la question, de leur réprimande par une collègue du Katanga et le fait que le président ait promis de leur parler en « adulte » après…!

Le Cndp, c’est quoi? Réponse (ou tentative de réponse): un groupe armé. À l’intérieur du pays, s’il en est, il ne serait aucunement différent d’un autre groupe armé. La différence (et c’est là qu’il puise sa force) est reliée au parrain: le Rwanda. C’est dire qu’en « négociant » avec le Cndp, la Rdc s’engage à poursuivre les objectifs rwandais en RDCongo. C’est un État vaincu qui se soumet. Ceci contre son peuple. C’est la raison pour laquelle on écarte les élus du peuple et le gouvernement. On multiplie l’importance du « gouvernement parallèle », pourtant dénoncé depuis lors. Au lieu de mobiliser la nation pour une guerre qu’elle ne peut perdre face au Rwanda, voire face au Rwanda et à l’Ouganda réunis, les pouvoirs Kabila qui, pour l’essentiel, ne recrutent qu’au Katanga a fini par croire qu’il est vaincu -et avec lui la RD Congo- et le fiston croit désormais qu’il ne peut « gouverner » qu’avec l’appui, combien cher, du Rwanda et la neutralité chèrement payée par des intérêts pétroliers à l’Ouganda.

Ainsi, par exemple, plutôt que d’en appeler à une Commission parlementaire qui réunirait des députés du Parlement congolais de partout et de tous les partis (en considération de leur expertise et non de leur loyauté au Président), on nous fait venir un « Abbé », Jean-Bosco Bahala soit-il, sans savoir dans quelle compétence institutionnelle il agit. Notez que je n’ai rien contre le frère Bahala qui avait toujours été un grand défenseur de la souveraineté de notre pays. Mais le temps des ONGs est fini avec les élections. Le temps où les Abbés et les pasteurs jouaient les « bons offices » est révolu; le peuple a élu ses représentants que nul, Président soit-il, ne doit continuer à contourner. Il faut dénoncer ces interventions parallèles (entre amis) et favoriser la consolidation de la démocratie par la participation des institutions en leurs capacités respectives. Et, il ne faudrait pas que les élus attendent la raisonnabilité du Président; il faut l’y amener par un jeu démocratique ferme.

Cette façon de faire de la Présidence est absolument antipatriotique, illégale et illégitime. La situation grave du moment lui recommande de cesser de jouer au « parri fou », réellement fou, contre la nation. C’est à ce même jeu qu’on a vu la Présidence jouer dans les « négociations » relatives aux Accords d’Ihusi, jusque là inconnus du peuple qui, pourtant, paie leur exécution par autant de vies fauchées, des biens détruits, des personnes violées, déplacées et l’installation, par l’intermédiaire du Cndp, des populations non contrôlées sur notre territoire par un État étranger, le Rwanda.. Comment un chef de police peut-il négocier un accord international qui a un impact sérieux sur la souveraineté nationale?

Je comprends que les personnes qui sont en charge de la gouvernance de la RD Congo soient sous une forte pression des puissances étrangères bénéficiaires de nos malheurs et qui instrumentalisent la méchanceté et la jalousie de nos voisins contre nous. On l’a perçu dans le colloque de Goma. Ces puissances, après avoir bien armé le Rwanda, doivent avoir dit aux gouvernants de la RDCongo que « jamais vous ne gagnerez une guerre contre le Rwanda! » et qu’il faut plutôt acquiescer aux exigences de ce dernier.  Ce qui se passe, en réalité, est ceci. La mondialisation a toujours visé le démembrement de la RDCongo (relisons le frère Jean-Pierre Mbelu et d’autres). Pour le réaliser, elle a eu des envieux qui, en participant à son exécution qu’on croyait très facile, en profiteraient par l’expansion de leurs territoires sur ces terres riches desquelles ils videraient de leurs populations. N’est-ce pas que « l’appartenance soit disant historique du Kivu au Rwanda » était la première revendication du Rwanda en octobre 1996 (ceci même avant d’avoir aperçu Laurent-Désiré Kabila et Kisase Ngandu)? C’est ce qu’on a vu s’inscrire dans les accords de Lemera et, maintenant, dans les accords d’Ihusi. À mal gérer une situation d’aussi grande sensibilité, les gouvernants congolais risquent de se voir demander, par chacun de nos voisins, des pans entiers du territoire national. Ce qui ne se fait pas en droit international.

Malheureusement pour le Rwanda, les transnationales et les États de citoyenneté de celles-ci, quand les dés semblent définitivement jetés -il n’y a pas plus d’évidence qu’aujourd’hui où les gouvernants se battent contre les leurs révoltés par toute la situation pour contribuer à une domination étrangère- le Kivu, par ses infatigables filles et fils, dit NON à l’expropriation violente qu’ils subissent et à l’appropriation de leurs terres à des étrangers qui, demain, pourraient demander une autonomie territoriale.

Qui, aujourd’hui, sait qu’il y a une guerre terrible dans le Masisi et que c’est par des dizaines de vols d’avions et d’hélicopteurs que le Rwanda prend ses morts et ses blessés du front pour ne pas réveiller les curieux. Vous savez, le Rwanda contrôle la presse! Heureusement, le Kivu n’est plus seul; il y a l’Orientale et Dongo (en Équateur). Chaque feu patriotique qui s’allumera va exiger de l’ennemi exécutant du plan de la mondialisation de multiplier les fronts; ce qu’il ne pourra pas à moyen terme. Même avec l’aide internationale. Ce sera fini pour les « guerres par procurations » (« wars by proxy », mots de Cohen!). Une guerre opposera directement les congolais aux exécutants du plan de la mondialisation. Les Patriotes la gagneront contre ces États et conte l’État-Vichy établi à Kinshasa en ces jours.

Enfin, chez les dirigeants qui ont une vision et un sens de leadership comme certains s’en vantent à Kinshasa, dans une période comme celle-ci, c’est le meilleur moment de multiplier les pouvoirs institutionnels. Et surtout maintenant que nous avons un Parlement élu et des assemblées élues. Sous la pression, le gouvernement (exécutif) qui négocie peut faire semblant de céder, mais on envoie la matière pour étude et confirmation au Parlement qui prend son temps pour l’étudier (pendant que l’exécutif prépare des capacités militaires et autres), puis la réfute ou encore l’accepte mais en l’amendant très sérieusement. Concentrer tous les pouvoirs entre les mains d’une seule personne, un incompétent en plus, est hautement dangereux pour toute la nation. Il faut rejeter cette attitude suicidaire, la confrontation qui s’en suivra ne fera qu’améliorer la démocratie congolaise, car une démocratie se construit sur des luttes institutionnelles internes. Cela aux niveaux autant horizontal (national – national; provincial – provincial) que vertical (national – provincial – local).

Merci de m’avoir donné le privilège de me lire (surtout de me relire)!

Mastaki B. Lwissonga,  23 déc 2009

 

Le CNDP au gouvernement: Qu’est-ce que cela veut dire ?

Jean-Pierre Mbelu

 

La lecture et la relecture de l’histoire immédiate de notre pays révèle le rôle nocif du Rwanda dans la guerre d’agression à laquelle nous ne cessons de résister jusqu’à ce jour. Pour remplir son rôle de sous-traitant des transnationales, le Rwanda s’est servi de plusieurs rébellions au sein desquelles plusieurs Congolais(es) ont été, souvent, de parfaites marionnettes. L’AFDL (et le PPRD), le RCD et le CNDP sont les créatures du Rwanda.  Croire que c’est au nom des accords signés à Goma au mois de mars que le CNDP, ayant à sa tête actuellement, un criminel de guerre (Bosco Ntaganda) recherché par la CPI,  participera au futur gouvernement de Kinshasa relèverait d’une absurde naïveté.

 

Au jour d’aujourd’hui, il devient de plus en plus clair que mâter les Congolais(es) sur la terre de leurs ancêtres est une entreprise périlleuse. Contrairement aux compatriotes qui nous voient à partir de l’image (négative du Congolais) que les autres leur renvoient, nous estimons que les organisations congolaises réussissent, tant bien que mal, à résister face aux assauts de la mort fomentés par « les maîtres du monde et ceux qui leur obéissent ». L’image négative du Congolais inconscient, naïf et responsable participe de la longue guerre psychologique accompagnant les crimes économiques, les crimes humanitaires, les crimes socio-politiques et culturels que les transnationales commettent sur notre sol à travers le Rwanda, ses bras armés (dont le CNDP) et ses bras politiques (dont l’ex-AFDL, le RCD et le PPRD).

 

Dans ce contexte, l’entrée du CNDP au gouvernement signifie profondément que le processus dit démocratique déclenché en 2006 fut un leurre. Il est possible qu’avec  ce coup-là, « les plus sceptiques » d’entre nous en viennent à comprendre ce qui se joue chez nous depuis les années 90 : le pillage de nos matières premières par ceux qui ont bâti leurs fortunes sur notre dos depuis cinq siècles passe aujourd’hui par les guerres qualifiées d’ethniques, les génocides et les processus démocratiques  biaisés.

 

Comment imaginer un seul instant que ceux qui nous ont foutu la guerre soient aussi ceux qui, aujourd’hui, nous disent que pour faire la paix, ils doivent avoir à leurs côtés et cela dans toutes les institutions du pays leurs compagnons de crimes ? Et cela contre toutes les règles nationales et internationales du droit ?  Le comble est que « les petites mains du capital » nous somment  de plus en plus de ne plus poser ce genre de questions au nom de notre irresponsabilité ? Elles utilisent « les petites mains médiatiques congolaises » pour nous culpabiliser et nous criminaliser. Elles nous demandent d’arrêter de chercher de boucs émissaires comme si nous n’avions pas découvert comment elles opèrent !

 

Dans Bush le cyclone, Michel Collon note ceci : « Les trois grands blocs (Etats-Unis, Europe, Japon) (et nous pouvons ajouter les pays émergents) mènent la guerre chaude, froide ou tiède, contre les peuples du tiers-monde. Mais ils se font aussi la guerre entre eux pour savoir qui va dominer le monde et ses richesses. La guerre économique bien sûr. Mais aussi la guerre politique et, dans certaines conditions, militaire. Quand le rapport de forces change entre les grandes puissances, quand une superpuissance veut en remplacer une autre,  ou simplement la priver de l’accès à certaines matières stratégiques, cela se règle aussi par la violence. Soit directement, soit indirectement, par l’intermédiaire d’Etats ou de mouvements contrôlés. La guerre est le moyen fondamental pour repartager les richesses du monde, c’est-à-dire les sources de profits. » (p..20-21. Nous soulignons).  Pour contrôler « le non-Etat » congolais, les escadrons de la mort du FPR y sont injectés et rejoints par « les mouvements contrôlés » dont le CNDP.

La montée de la Chine au Congo fait peur aux « grandes nations de droits de l’homme ». Elles nous confient de plus en plus ceci : « Si nous sommes trop regardant du point de vue des conditionnalités de droits de l’homme, les gouvernants Congolais vont nous chasser et la Chine aura à elle seule le marché. » Ce raisonnement apparemment judicieux est faux sur toute la ligne. Les transnationales ne connaissent pas les frontières étatiques. Les mêmes  investissent en Belgique, aux USA, en France, en Allemagne, etc.

Elles sont « victimes » de l’appât du gain. Il est tellement fort que l’humanité de l’autre homme passe après l’accumulation des biens matériels. C’est une inversion des valeurs. Elle traduit le niveau très avancé d’incompétence morale  atteint par les donneurs de leçons de démocratie au Nord du monde.

 

Heureusement, les Congolais(es) résistent et résisteront toujours. En plus de cette résistance interne, il serait judicieux que nous soyons nombreux à mener une lutte juridique et de l’intelligence aux côtés de ces jeunes générations occidentales qui s’investissent dans la recherche des instruments juridiques pouvant contraindre les Etats du Nord et leurs transnationales à tenir compte des droits économiques, sociaux et culturels.

 

Rejoindre les auteurs de Noir Canada (dont Delphine Abadie) là où ils se battent pour que le Canada cesse d’être « un paradis juridique » pour les transnationales ; rejoindre le CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) dans sa lutte pour l’annulation de notre dette odieuse et la mise à nu des mécanismes mortifères utilisés par les IFI pour nous rendre à tout jamais esclaves serait un pas de géant effectué  sur le front où les acteurs majeurs de ce qui se passe chez nous opèrent. L’hybridité est une dimension importante de nos luttes de libération à ne pas négliger.

 

Il y a d’autres fronts internes. Par exemple : l’implication des mobutistes dans la dérive autoritaire montante chez nous ne devrait pas nous laisser indifférents. Des observateurs avertis se réalisent de plus en plus que ceux qui, hier, ont adulé Mobutu pendant plus de trois décennies, se retrouvent, aujourd’hui, majoritaires aux côtés de Joseph Kabila et à des postes importants dans les institutions (formelles) du pays. Plusieurs parmi eux font partie de la bourgeoisie compradore travaillant à la sauvegarde de ses intérêts privés au détriment de tout un peuple. Il n’est plus tellement sûr qu’ils échappent au jugement populaire demain s’il arrivait que les dignes filles et fils de notre peuple luttant sur plusieurs fronts accèdent à la gestion de la res publica. Qu’on se le dise !

 

J.-P. Mbelu

À propos de kakaluigi

Agé de 66 ans, avec 35 ans passés en Afrique dans la République Démocratique du Congo comme missionnaire. Engagé dans l'évangélisation, le social et l'enseignement aux écoles sécondaires. Responsable de la Pastorale de la Jeunesse, Directeur du Bureau Diocésain pour le Développement (BDD), Directeur d'une Radio Communnautaire et membre du Rateco.

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