(CongoForum)
Budget
L’actualité est dominée dans les colonnes des journaux parus ce vendredi à Kinshasa par l’adoption à l’Assemblée nationale du Budget 2010 dans sa version revue et corrigée après que le chef de l’Etat, J. Kabila, ait renvoyé la première copie pour une seconde lecture au Parlement.
L’Assemblée nationale a adopté jeudi 21 janvier à 22h30’, à une écrasante majorité, la copie revue et corrigée du Budget 2010. Le Phare, qui livre cette information dans sa manchette intitulée : « Les députés éventrent le boa », rapporte que dans son mot de circonstance, Evariste Boshab, le président du Bureau, a indiqué que le procès d’intention fait à son institution par l’Exécutif national était sans fondement.
Boshab a révélé que les députés ont renoncé à leur « part » dans les recettes additionnelles, en guise de geste de solidarité avec les basses catégories socio-professionnelles.
Le Phare rapporte que pour les analystes, les députés n’ont fait que charger le gouvernement. Mais ils n’ont pas pu expliquer au peuple de quelle façon l’ancienne affectation desdites recettes se présentait. Et qu’est-ce qui avait provoqué la réaction du chef de l’Etat ?
« 352 députés nationaux sur les 417 ayant pris part à la plénière marathon d’hier jeudi 21 janvier 2010 ont voté oui pour l’adoption du budget 2010 après une seconde lecture et réécriture par la commission économique et financière de la chambre basse », rapporte La Référence+, qui émet le souhait de voir les sénateurs – chez qui le vice-Premier ministre en charge de la Reconstruction, Emile Bongeli, est allé solliciter leur compréhension- suivre le pas de leurs collègues de la chambre basse pour qu’on enterre définitivement le projet de loi organique portant ouverture des crédits provisoires.
Toujours à propos de l’adoption du Budget 2010 par les députés, l’Avenir signale que plus de 21 milliards de francs congolais ont été affectés à l’amélioration des conditions de vie de militaires et de policiers à raison de plus de 12 milliards de francs congolais pour les militaires et 9 milliards de francs congolais pour les policiers. Pour les autres fonctionnaires et agents de l’Etat, le gouvernement entend trouver des ressources notamment avec le point d’achèvement qui appellera une révision du budget et la mise à la retraite de certains agents ayant atteint la limite d’âge. Tout en soulignant le fait que le social ne se réduit pas au salaire, le confrère note que le souhait du chef de l’Etat de faire de l’année 2010 une année du social sera respecté.
Gouvernement
Sous le titre : « Gouvernement : tout peut arriver ! », La République soutient que la première copie du Budget 2010 considérée d’anti-social projette l’image réelle du fonctionnement de la chambre basse du parlement que d’aucuns trouvent qu’elle se préoccupe davantage des privilèges des députés que des intérêts des électeurs parmi lesquels on trouve des enseignants, des médecins, des agents de l’Etat qui, jadis, avaient introduit des revendications sous forme des mémorandums. Face à la réalité, rapporte La République, qui fonde ses propos sur les informations recueillies dans les milieux mieux informés, Joseph Kabila suit attentivement l’évolution de la situation étant donné le fait qu’il a placé cette année sous le signe du social.
Les mêmes sources contactées par ce journal ont souligné que la concrétisation du programme des 5 chantiers et les perspectives de prochaines échéances électorales de 2011 exigeraient que le chef de l’Etat soit entouré des personnalités sûres partageant sa vision du futur de la République du Congo. D’où les changements auxquels il pourrait être amené à faire prendraient en compte des critères plus rigoureux dans le choix des collaborateurs.
Clément Vidibio
Certains journaux reviennent sur la série noire que connaît la presse congolaise. « Clément Vidibio : la chute d’un baobab », indique Le Phare dans un article accompagné de l’hommage de l’Omec (Observatoire des médias congolais) à l’illustre disparu. L’Omec salue la mémoire d’un chevalier de la plume qui aura consacré plus d’un demi-siècle de sa vie à la noble cause de l’information, de la formation et de l’éducation de ses concitoyens.
L’OMEC rappelle que le baobab qui vient de s’écrouler appartient à la génération des patriarches de la presse nationale, dont les écrits auront traversé plusieurs époques, la colonisation belge, le régime Kasa-Vubu, le régime Mobutu, les régimes LD Kabila et J. Kabila, le régime 1+4 et la 3ème République.
Le POtentiel, pour sa part, publie le Programme des obsèques de feu Clément Vidibio dont le corps sera exposé ce vendredi au logis familial dans la commune de Lemba sur Rue Lutshatsha n°12 avant l’enterrement le samedi au cimetière de Kinkole.
Polémique sur le nombre de morts en RDC, attribuables à la guerre de l’Est
Il semble bien que le nombre de 4 millions de morts (pour la période 1998-2004) ait été cité par la première fois par IRC, une ONG américaine. C’est en tous cas ce qu’on dit MM. Lambert et Lohle-Tart, qui désignaient l’ONG américaine International Rescue Comitee (IRC) comme la source initiale de ce qu’ils considèrent comme un « canard », lui attribuent assez vaguement des motivations « publicitaires » dont on ne voit pas trop le fondement. Les ONG humanitaires ont suffisamment de drames et de catastrophes sous la main pour devoir en inventer. Plus sérieux est l’argument qu’ils avancent tout à la fin de leur travail, non à propos des ONG, mais de l’Occident en général : pouvoir attribuer tous les maux, y compris un nombre important de décès, à la guerre, soulageait à bon compte les consciences occidentales qui avaient des remords de s’être montrées trop longtemps « coulantes » pour ne pas dire « complices » avec le régime Mobutu. « Il existe certes un véritable drame humain en RDC; mais il n’est que très partiellement dû à la guerre de 1998-2004 comme on vient de le montrer. En fait, les Congolais souffrent surtout des conséquences de la gestion désastreuse du pays par le régime du maréchal Mobutu et on pourrait se demander pourquoi dans le passé la Communauté Internationale n’a pas plus énergiquement manifesté son écœurement face à la déliquescence des conditions de vie de l’immense majorité de la population congolaise. Peut-être fallait-il soutenir un « ami » dans le contexte de guerre froide qui prévalait encore à cette époque?
On pourrait aussi se demander si l’affirmation « quatre millions de morts en RDC» résulte d’une simple – mais grossière – erreur d’appréciation ou si elle sert les intérêts de pays, d’organisations ou d’autres puissances occultes. »
Leur texte , « LA SURMORTALITE AU CONGO (RDC) DURANT LES TROUBLES DE 1998-2004 : UNE ESTIMATION DES DECES EN SURNOMBRE, SCIENTIFIQUEMENT FONDEE A
PARTIR DES METHODES DE LA DEMOGRAPHIE. ANDRE LAMBERT ET LOUIS LOHLE-TART, DEMOGRAPHES ADRASS@SKYNET.BE, OCTOBRE 2008 peut être chargée à
http://www.congoforum.be/upldocs/Surmortalit%C3%A9.pdf
Ils concluent : « Sous cette hypothèse, le nombre maximal de décès s’élèverait alors – dans une perspective
maximaliste – à 182 592 * 1.22 soit un volume de 222 762 morts.
Sachant qu’on est parti de 1992 – et non pas de 1998 –, disons par facilité que le nombre de morts dus
aux troubles est d’environ DEUX CENT MILLE MORTS ».
Ils s’attirèrent une réplique « Bagatelles démographiques pour un massacre », que l’on trouvera à http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=1&newsid=153318&Actualiteit=selected.
G. De Boeck, auteur de ce texte, se préoccupait moins de défendre les 4 milions de IRC, que de soulige la faiblesse des méthodes utilisées par les démographes. On y lisait notamment :
« MM. Lambert et Lohle-Tart expliquent d’ailleurs longuement de quelle manière il s’y sont pris pour établir des chiffres de population, de mortalité, etc… vraisemblables et qui, vu leurs compétences et le soin qu’ils y ont apporté doivent être proche de la réalité. Sinon, les mathématiques et la démographie ne veulent plus rien dire !
Et c’est pourtant précisément là que se situe le point faible de leur travail.
Pour les citer eux-mêmes, ils écrivent : « Puisque la reconstitution sur le passé est validée, on peut également admettre que le nombre de morts produit par la reconstitution entre 1998 et 2004 est acceptable. Ce nombre – qui comporte tous les décès – s’élève à 7 679 821!
Donc, en suivant le raisonnement des tenants de l’affirmation « Quatre millions de morts », s’il n’y avait pas eu de troubles, il y aurait eu dans la population quatre millions de morts de moins que ceux reconstitués. On a donc testé des niveaux d’espérance de vie (et les probabilités de décès qui en découlent) pour parvenir à un nombre de décès de 7 679 821 – 4 000 000 soit environ 3 680 000 décès. On obtient ce résultat à condition de programmer une espérance de vie de 60 ans entre 1998 et 2004 alors qu’en dehors de ces dates, elle stagne aux environs de 42 ans. Burlesque … »
Le titre de leur étude annonce d’ailleurs la couleur : « La surmortalité au Congo, etc… »
Ils assimilent « morts de la guerre » à « surmortalité », ce qui correspond à un contexte différent de celui de l’Afrique, tel que nous l’avons décrit plus haut.
Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, les guerres nt fait avant tout des victimes militaires. On envoyait à la boucherie des milliers d’hommes jeunes et, lorsqu’ils n’en revenaient pas, ils étaient effectivement morts trop tôt, auraient encore eu devant eux de longues années à vivre.
En 40-45, les pertes furent à peu près équivalentes entre combattants et non-combattants, avant tout parce que le développement de l’aviation permettait désormais des bombardements aériens massifs, qui ne faisaient pas le détail. Depuis lors, la situation n’a fait qu’empirer pour les civils, au point que le meilleur conseil que l’on puisse donner à un civil d’un pays en guerre est de se faire soldat : il augmentera ainsi considérablement ses chances de survie !
Tant que la guerre frappait de préférence les militaires, population jeune et saine ayant une belle espérance de vie, la mortalité « de guerre » se distinguait en effet de la mortalité « de paix » par un accroissement, une « surmortalité ».Mais que se passe-t-il quand elle se met à faucher surtout les civils, avec cette circonstance aggravante qu’on ne travaille que sur des statistiques. »
…
Le calcul de nos brillants universitaires repose en effet sur un postulat : les morts de la guerre, s’il n’y avait pas eu la guerre, ne seraient pas morts du tout. Relisons-les : « Ce nombre – qui comporte tous les décès – s’élève à 7 679 821! Donc, en suivant le raisonnement des tenants de l’affirmation « Quatre millions de morts », s’il n’y avait pas eu de troubles, il y aurait eu dans la population quatre millions de morts de moins que ceux reconstitués… »
Et le calcul qui suit (7 679 821 – 4 000 000 soit environ 3 680 000 décès.) montre bien que l’on fait dire aux partisans des 4 millions de morts que sans la guerre, aucun de ces morts ne serait mort, ce qui revient à leur faire prétendre qu’en temps de paix, dans certaines provinces du Congo, personne ne meurt pendant une période aussi longue que six ans d’affilée ! Ah ! La verdure et le climat sain des altitudes ! L’air tonifiant des montagnes du Kivu !
Soyons sérieux ! Personne n’a jamais proféré une bourde pareille et il n’est pas étonnant que l’on arrive à conséquences burlesques quand on prête à son interlocuteur des prémisses qui sont pures billevesées.
Il est au contraire fort probable que la plupart de ces gens seraient morts au cours de ces mêmes six années, précisément parce qu’il s’agit de gens faisant partie de groupes vulnérables et « à risque » et qu’ils « bénéficiaient » des conditions de survie très dures léguées par « la gestion du Maréchal ». Ils allaient mourir, mais ils avaient le droit de mourir un peu plus tard, de mourir en paix, de mourir parmi leurs êtres chers… Si l’on s’écarte de ce principe, il n’y a plus qu’à légaliser le meurtre. Ne sommes nous pas tous mortels ?
Considérer que le chiffre de 4 millions représente des personnes dont, sans la circonstance de la guerre, aucune ne serait morte pendant ces six ans, cela revient à dire que tous étaient des jeunes en bonne santé. C’est l’application à une réalité africaine d’aujourd’hui d’une grille de lecture faite pour l’Europe de 1914 ! Au niveau des précautions oratoires, on a eu soin de parler de « toutes les autres victimes – dont le nombre est beaucoup plus important que celui des « combattants » – du fait de la désorganisation des hôpitaux, des circuits commerciaux, des travaux agricoles etc.. » . Dans la pratique on nous ramène à une conception surannée : la guerre tuant des hommes valides et jeunes, et qui donc avaient une espérance de vie dépassant largement la durée de la guerre, conception dont on vient de montrer qu’elle est aux antipodes de la réalité guerrière de l’Afrique d’aujourd’hui. Le postulat des « gens qui ne seraient pas morts du tout » mène à ne considérer comme due à la guerre qu’une surmortalité absolue de 200.000 morts « en trop ». A quoi peut-il correspondre ? Mystère ! Peut-être aux pertes directes.
Les auteurs de « La Surmortalité… » se sont-ils rendus compte ou non qu’ils prêtaient à ceux qu’ils critiquaient un raisonnement caricatural ? Il est difficile de le dire mais on ne peut que leur appliquer la formule dont ils usent eux-mêmes à l’égard des autres « (s’il s’agit) d’une simple – mais grossière – erreur d’appréciation ou si elle sert les intérêts de pays, d’organisations ou d’autres puissances occultes ».
Il faut d’ailleurs déplorer également qu’IRC, ou les autres « auteurs » du chiffre des quatre millions de mort aient fait de multiples citations de ce chiffre sans trop jamais préciser comment il était établi. On devrait toujours s’abstenir de brandir des chiffres sans les documenter.
Car, il faut bien le dire, si la « réfutation » des 4 millions apparaît elle-même réfutable, cela n’en établit pas pour autant la validité de cette estimation. »
Arrive à présent le rapport dont il est fait état dans le Potentiel d’aujourd’hui : « Un rapport déposé mercredi au Conseil de sécurité des Nations Unies par un groupe de chercheurs canadiens vient de revoir à la baisse le nombre des victimes du conflit qui sévit dans la partie Est de la RDC.
Le bilan de la guerre en République démocratique du Congo, estimé jusqu’à présent à 5,4 millions de morts, serait en fait nettement inférieur à cette estimation, selon une étude présentée mercredi aux Nations unies à New York par un groupe de chercheurs de Vancouver. Selon ce rapport sur la Sécurité humaine élaboré à l’Université Simon-Fraser à Vancouver, les estimations publiées par la RDC sont au moins deux fois plus élevées que ce qu’elles devraient être ».
Les considérations développées par les experts canadiens pour contester les chiffres d’IRC sont dans les grandes lignes les mêmes que celles de MM. Lambert et Lolle-Tart, notamment que l’on se base sur une mortalité « normale » (lisez : hors conflit) de la RDC égale à la moyenne de l’Afrique centrale, alors que la détérioration des conditions de vie en temps de paix pendant la « déglingue » du régime Mobutu avaient certainement déjà augmenté cette mortalité . Ils cherchent donc eux aussi une surmortalité. Ce qui les expose aux mêmes critiques : considérer que guerre= surmortalité est une références aux grands conflits européens, non au genre de guerre qui se livre à l’Est du Congo.
Mais, paradoxe suprême, alors qu’ils emploient les mêmes outils que Lambert/Lollé-Tart pour critiquer IRC, ils arrivent néanmoins à un chiffre dix fois supérieur à celui des démographes liégeois !
On se demanderait bien, pour finir, si la démographie et les statistiques sont des choses sérieuses !
© CongoFoum, le vendredi 22 janvier 2010










23 janvier 2010
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